‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 205 sur 274 · OH*0%C*H%H · texte numérisé non relu

OH*0%C*H%H

Formiate d'étbylène.

Formules dans lesquelles Dumas admettait, comme Berzélius dans les sels, l'existence d'un acide acétique anhydre (>H*0», d'un acide formique anhydre C*H*0'.

Avec Liebig, les formules étaient plus simples :

Acétate d'oxyde de méthyle.

Formiate d'oxyde d'éthyle.

Cependant, môme pour la chimie minérale, les formules

1. Rappelons que le potassium avait alors un poids atomique double de celai que nous lui donnons; il était de 78, l'oxygène étant 16.

dualistiques n'avaient pas rallié tous les esprits. Dulong et Davy avaient, l'un et Tautre, trouvé qu'il n'était pas logique d'admettre dans les acides l'existence séparée de l'eau et de l'oxyde anhydre, car avec cette conception, l'acide chlorhydrique, l'acide iodhydrique, se trouvaient former une classe h part ; de même leurs dérivés métalliques se trouvaient placés en dehors des sels. Voulant réunir dans une même catégorie les oxacides et les hydracides, ils représentèrent les premiers par une formule une : SO*H*, Az*0'H% au lieu d'une formule dualistique S0% H"0, et Az"0% H*0; pour eux, les sels résultent du remplacement de l'hydrogène par un métal, aussi bien avec les oxacides qu'avec les hydracides. C'est cette dernière vue qui a enfin triomphé, mais tout d'abord elle fut vivement combattue et presque universellement repoussée. Comment admettre, disait-on, une telle quantité d'êtres fictifs, SO* dans l'acide sulfurique, Az*0' dans l'acide azotique, etc.? Et cependant ceux-là mêmes qui soulevaient de telles objections, admettaient sans conteste et regardaient comme évidente l'existence d'un acide oxalique anhydre C*0* dans les oxalates et les éthers oxaliques, tant il est difficile, même aux esprits éminents, de s'abstraire des idées préconçues et de diriger leurs raisonnements par la logique.

En résumé, la théorie appelée corpusculaire, atomistique et ^ Densités atomique, telle que l'avait constituée Berzélius, avait, entre 1830 et 1840, rallié la majorité des chimistes; ce sont, à peu d'exceptions près, les poids atomiques qui sont aujourd'hui adoptés. Liebig et son école, Regnault, Pelouze, donnent au carbone un poids atomique égal à 12 (H=l) comme l'avait fait Berzélius, tandis que Dumas et ses élèves lui attribuent une valeur égale à 6.

De l'édifice élevé par Berzélius, on n'avait rejeté que l'idée des symboles barrés. H, Cl, etc., représentant l'équivalent ou le double atome.

Mais la théorie atomique telle que l'avait conçue Berzélius, h la suite de l'hypothèse de Dalton, portait en elle son germe de destruction, la confusion entre Vaiome et la molécule y l'idée

erronée que les gaz renferment le même nombre d'atomes, comme disait Berzélius, sous le même volume, le mot atome employé dans des sens différents: atome physique, atome chimique, atome composé de premier ordre, de second ordre, etc.

Les expériences de Dumas sur les densités de vapeur vinrent montrer, en effet, que de nombreuses exceptions troublent la prétendue loi d'après laquelle les gaz renfermeraient le même nombre d'atomes sous le même volume. Ces exceptions sont signalées en 1835 dans la Philosophie chimique de Thenard *, et Dumas y insiste dans ses leçons professées au Collège de France. La densité de vapeur du mercure mène à un poids atomique de 100, tandis que le poids atomique déterminé par l'analyse de Toxjide mercurique, l'équivalence, la chaleur spécifique est égal à 200; le. volume correspondrait donc à un demi-atome. Pour le phosphore, au contraire, le volume correspondrait à deux atomes, sa densité de vapeur étant 62 fois celle de l'hydrogène, tandis que les autres considérations donnent au phosphore un poids atomique égal è, 31 ; de même pour l'arsenic. Il nest donc pas vrai, dit Thenard, que les gaz renferment le même nombre datomes. Et Dumas, mettant en relief ces contradictions, résultant d'une fausse interprétation de l'hypothèse générale d'Avogadro, contribuera plus que tout autre à renverser l'ancienne théorie atomique.

Ainsi, il n'y avait aucune loi pour la fixation des nombres proportionnels des corps composés, que nous appelons aujourd'hui poids moléculaires ; pour les corps volatils, les formules répondaient à des volumes de vapeur différents ; pour les corps organiques non volatils, elles n'étaient que la simple traduction de l'analyse : telle était la confusion dans laquelle se traînait la chimie organique, confusion qui ressort évidemment de la façon dont on définissait cette partie de la chimie et de la nature des classifications adoptées.

Définition et La chimic minérale possédait un ensemble de faits considéde*'a chîmîe rablcs qu'il était facile de classer soit par la'nature des sels, soit

organique.

1. Cette partie du Traité de chimie de Thenard est due entièrement à Bineau, m'a dit M. Wurtz. (Gr.)

par Tindividualité des corps simples auxquels on les rapportait; et la notation dualistique de Berzélius pouvait être employée sans inconvénients graves. Il n'en était pas de même pour la chimie organique; ici, il n'y a aucun essai de classification, aucun lien logique qui rattache entre elles les espèces chimiques ; la définition de la chimie organique n'est même pas encore satisfaisante.

Pour Berzélius, pour Thenard, la chimie organique comprend Tétude des espèces végétales et animales, en même temps que des notions de physiologie, comme l'indique la définition suivante due à Thenard :

Faire C histoire des substances immédiates^ examiner comment elles se forment dans l'acte de la nutrition, chercher à en créer de semblables et même de nouvelles, déterminer celles qui entrent dans la composition de toutes les parties des plantes et des animaux, et étudier successivement toutes ces parties, voilà ce qui constitue les deux branches de la chimie qu'on appelle chimie végétale et chimie animale.

Sa classification est en rapport avec une telle définition de la chimie organique, et est tout aussi imparfaite : Berzélius, par exemple, dans son Rapport annuel, classe d'abord les expériences qui appartiennent à la physiologie végélale, puis il aborde successivement le chapitre des acides, celui dos bases, celui des substances ni acides ni basiques: sucres, essences, corps gras, etc., puis iF passe aux matières propres à difi'érents végétaux, avant d'arriver aux produits de la distillation sèche; le tout se termine par la chimie animçje.

Thenard fait quatre grandes classes : acides, bases, matières neutres, matières colorantes ; il les subdivise en groupes, sectîohs et sous-sections; dans les acides, on trouve les groupes des acides qui ne renferment que du carbone et^de^ l'oxygène : l'acide oxalique C*0*, un acide qu'on n'avait jamais vu, des acides qui ne sont gas gras, des acides qui. sont gras, etc. ; dans la classe des matières neutres, se trouvent des sections pour les sucres, les alcools, les éthers, les essences, les résines, etc. Il y a là ccrtainemçnt une tentative honorable de classification, mais bien insuffisante encore.

Laurent, le premier, apporta un essai de classification logique en prenant pour point de départ sa théorie des radicaux

.^rjflic^^^ fondamentaux et des radicaux dérivés, et rattachant ainsi les ^ yi-'^^>t<fn ki^ espèces chimiques à un hydrocarbure générateur. ■^ ' ^^^ Toutes les combinaisons organiques j dit-il, dérivent (Tun hydro-

gène carboné j radical fondamental^ gui souvent n existe plus dans ses combinaisons, mais gui y est représenté par un radical dénvé renfermant autant de carbone que lui *.

Laurent eut donc l'idée de ranger tous les corps connus en séries disposées d'après le carbure fondamental ; c'est le premier essai de classification rationnelle des composés organiques rattachés à des hydrocarbures générateurs. C'était en même temps une opposition hardie aux formules si complexes que Berzélius édifiait d'après les vues de la théorie électro-chimique.

Les idées de Laurent furent combattues par Berzélius, Dumas, Liebig, par tous ceux dont l'autorité scientifique était dominante; et la classification resta ce qu'elle était avec ses groupes d'essences, de résines, de graisses et de corps indifférents.

Cependant la science vit surgir une notion qui s'efforçait de lier la chimie organique à la chimie minérale, celle des radicaux composés. Berzélius avait déjà dit en 1817 : Nous trouvons gue la différence entre les corps organiques et inorganiques consiste en ce que dans la nature inorganique tous les corps oxygénés ont un radical simple ^ tandis que toutes les substances organiques sont formées par des oxydes de radicaux composés. Liebig adopta la notion des radicaux composés, mais différait de Berzélius en ce qu'il admettait l'existence de radicaux composés renfermant de l'oxygène, comme le benzoyle, l'acétyle, etc. Dans l'alcool et dans l'éther, il supposait un radical hydrocarboné, Téthyle, qu'il écrivait alors C*H*®; de là, cette mémorable discussion avec Dumas, pour qui, comme nous l'avons dit, l'éther était un monohydrate d'éthylène dont l'alcool était le dihydrate; mais Dumas

1. W est impossible de méconnattre dans cette conception ridée première des ttjpes, celle qui domine aujourd'hui la science, c'est-à-dire que les combinaisons

^ organiques dérivent d'un édifice premier, un hydrocarbure modifié par substitution et par addition saos que le plan primitif soit changé, de même que dans une'

t construction l'architecte peut changer des pierres ou ajouter des constructions

annexes sans modifier le plan de la coostruction primitive. Et cette conception de Laurent a précédé celle des types chimiques de Dumas, dés types mécaniques de Regnault. (Auguste Laurent, par E. Grimaux, Revue scientifiquey 8 et 15 août 1896.)

finit par se rallier à la théorie des radicaux composés, et il s'unit h Liebig pour en soutenir la doctrine, qui fut exposée dans une note rédigée en commun, et présentée h l'Académie des sciences en 1837. Telle que nous la concevonSy disent-ils, la chimie organique nous présente des radicaux qui jouent le même râle que les métaux^ d'autres à qui appartient un rôle analogue à celui de T oxygène, du chlore^ du soufre. Ces radicaux se combinent entre eux ou avec les éléments proprement dits, et donnent ainsi naissance^ au moyen des lois les plus simples de la chimie minérale, à toutes les combinaisons organiques,

Dumas abandonna bientôt la théorie des radicaux composés, à laquelle Liebig resta fidèle, eh définissant la chimie organique : la chimie des radicaux composés ; et quand il publia son Traité de chimie organique, il s'en servit comme d'un moyen de classification. Le premier volume comprend Tétude des dérivés des radicaux : amide, oxyde de carbone, cyanogène, benzoyle, cinnamyle, salicyle, éthyle, mélhyle, amyle, glycéryle; mais dès le second volume, il fut obligé d'en revenir à la vieille classification : alcaloïdes, acides, essences, résines, etc.

Les radicaux composés, après avoir été combattus par Gerhardt, reparaîtront avec lui dans sa théorie des types.

Tel était Tétat de la chime organique aii moment des débuts dC-Gérhardt drfnsTa science chimique : bases insuffisantes pour Tédification des théories, arbitraire et erreurs dans la fixation des formules, classification sans règles précises. Une réforme s'imposait, qui devait en môme temps étendre ses bienfaits à la chimie minérale.

Deux hommes se donnèrent à cette tâche difficile, semée d'obstacles élevés moins par la nature des choses que par les rivalités et la routine de leurs contemporains; deux hommes qui, après avoir combattu séparément, devaient unir leurs efforts pour cette œuvre immense, et succomber avant d'avoir vu le triomphe de leurs idées, Laurent et Gerhardt.

L'histoire de l'œuvre de Gerhardt nous permettra de connaître le sort des théories qui régnaient encore vers 1840 et de voir par quelles transformations les théories chimiques sont arrivées à leur état actuel.

Page 1