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MÉMOIRE THÉORIQUE DE GERHARDT ET CHANCEL

L^avantage marqué de ces formules sur la notation dualistique devient évidente, si Ton considère leur disposition uniforme et régulière qui exprime pour tous ces corps, en apparence si différente, une même loi de métamorphoses, la transformation en acide carbonique, ammoniaque, aniline ou alcool, avec fixation des éléments de Teau, ou la transformation inverse des produits avec élimination de ces mêmes éléments.

Remarquons, en faisant le calcul de ces équations contractées, que nous arrivons à des formules voisines de celles qu'il adoptera plus tard ; la formule synoptique de Turée

( II.AzH'-' ^^ l H.AzH'-'

devient en effet, le calcul effectué,

H.AzH

lu.

^« ^ " AzII

La notation nouvelle que nous venons d'esquisser rapidement, ajoutent les auteurs, a donc pour but principal de symboliser par des équations contractées les métamorphoses qui caractérisent ces corps. Ce genre d'écriture, appliqué aux composés qui ont certaines métamorphoses communes, permet de généraliser ces métamorphoses et d'arriver ainsi aux lois qui régissent des groupes entiers de corps.

L'ensemble des corps qui dérivent les uns des autres, d'après certaines équations, constitue une série chimique. Déterminer la constitution d'un corps, ce n'est pas, selon nous, indiquer l'arrangement moléculaire des éléments qui le composent, mais c'est reconnaître la série à laquelle il appartient et le rang qu'il occupe.

Les séries chimiques peuvent être considérées à divers points de vue. Si l'on n'envisage que les rapports de filiation entre certains corps, c'est-à-dire le mode de génération successive de corps dissemblables, on a ce que nous appellerons des séries hétérologues, véritables arbres chimiques, suivant l'heureuse expression de M. Laurent*.

1. Cette rédaction me paraît obscure; en fait, les auteurs veulent dire que les séries hétérologues comprennent les corps déiivés d'un môme hydrocarbure, znal9 [mr ttès métamorphoses différentes et remplissant des fonctions différentes : ainsi l'hydrocarbure C?H«, l'alcool C*H«0, l'acide acétique G«H*0*, constituent une série hétérologue. Si dans ces séries hétérologues, on prend des corps de même ^ ff^^^jUn^ fhjmiq^m par exemple, l'alcool méthylique, l'alcool éthylique, Tâlcool allylique, ce sont des isologucs. Ceux qui diffèrent seulement par CH* sont des homologues.

Si, plaçant parallèlement plusieurs séries hétérologues, on rapproche les termes similaires, c'est-à-dire ceux qui sont soumis à la même loi de métamoq)hoses \ on constate de nouvelles séries qui se développent dans un autre sens, et qu'on peut appeler séries isologues. Parmi ces dernières, on en distingue dont les termes ne différant entre eux que par w CH*, ont une similitude qui se poursuit d'une manière complète dans toutes les métamorphoses, ce sont les séries homologues.

Essayons de rendre notre pensée par un exemple vulgaire : Qu'on dispose sur une table un jeu de cartes en mettant sur une première ligne verticale toutes les cartes d'une même couleur, et parallèlement à celles-ci sur d'autres lignes verticales les cartes semblables des autres couleurs ; les cartes de même couleur, mais de valeur différente placées dans le sens vertical formeront une série hétérologue ; les cartes de couleur différente, mais de même valeur disposées horizontalement, formeront une série isologue ou homologue.

Cet exemple si simple est l'image de toute la classification chimique. Qu'une carte vienne à manquer dans le jeu, sa place n'en est pas moins marquée, et chacun peut, sans lavoir vue, s'en faire une idée exacte. Il en est de même en chimie, des séries peuvent être constatées sans qu'on en connaisse tous les termes, et l'avantage de la classification sériaire, telle que nous la concevons, est peut-être moins de grouper méthodiquement des corps déjà connus que de prévoir l'existence de corps inconnus dont elle fait à l'avance connaître les propriétés les plus importantes et la place qu'ils doivent occuper. On ne connaît, par exemple, aujourd'hui, que cinq à six alcools homologues; on sait leur point d'ébullition, leur densité, les acides qu'ils fournissent par l'oxydation, les hydrocarbures qu'ils donnent par les agents déshydratants, et la classification sériaire prévoit l'existence d'un grand nombre d'autres alcools semblables, et pour n'en citer qu'un, l'alcool C^IPO, elle prédit que cet alcool bouillira à 98 degrés, qu'il sera sensiblement soluble dans l'eau, que sa densité de vapeur sera de 2,6, que sa densité à l'état liquide sera de 0,7, que les agents d'oxydation le transformeront en acide métacétique*, les agents déshydratants en gaz propylène.

Nous avons choisi l'exemple précédent parce qu'aucun chimiste ne met en doute la découverte prochaine de ce corps... Si, pour les alcools et pour quelques autres corps, la prévision des termes inconnus est aujourd'hui évidente, il n'en est pas ainsi pour une infinité de combi-

U Aujourd'hui nous disons qui possèdent la même fonction chimique. 2f Nom donné à cette époque à l'acide appelé depuis propionique.

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