‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 224 sur 274 · MÉMOIRE THÉORIQUE DE GERHARDT ET CHANCEL · texte numérisé non relu

MÉMOIRE THÉORIQUE DE GERHARDT ET CHANCEL

naîsons dont on ne pourra présager la découverte que par une classification complète.

Ce principe de classification est resté dans la science sous des noms différents; les corps isologues constituent les corps de même fonction chimique; tels sont Talcool ordinaire et Talcool allylique, mais chacun appartient à un groupe homologue différent, le premier à celui des alcools primaires C"H'°+*0, le second à celui des alcools primaires C^H'^'O.

Aucune classification n'avait été, en chimie organique, aussi claire et aussi complète; aucune n'avait permis à ce point de prévoir les termes inconnus avec leurs propriétés principales, physiques et chimiques. Tout ce qu'il y a dans les considérations de Gerhardt et Chancel est encore vrai aujourd'hui, sauf que les découvertes ultérieures les ont corrigées et complétées sur certains points; ainsi, la connaissance des isoméries, la découverte des alcools secondaires, a permis de préciser la notion d'homologie. On ne peut plus dire que tous les alcools ^njjm+jQ g^jj^ homologues, aujourd'hui que l'on a précisé les fonctions diverses des alcools, les uns donnent par oxydation une aldéhyde, d'autres une acétone; il y aura plusieurs séries homologues d'alcools isomères, mais le fait de l'homologie subsiste toujours entre les corps possédant le môme ordre de réactions.

Les auteurs s'attachent aussi à une idée que Gerhardt a faite sienne et qu'il développera dans l'appendice de son Traité de Chimie : « Presque toutes les réactions bien étudiées peuvent se représenter par des doubles décompositions^ et il est à présumer que les réactions encore douteuses sont compliquées d'actions secondaires qui, mieux connues, les feront rentrer dans la loi générale, »

Ils admettent avec Ampère, Gandin, Laurent, que la formation de Tacide chlorhydrique est également une double décomposition entre IP et Cl*, qui donnent deux molécules d'acide chlorhydrique ; les réactions par double décomposition des corps de la chimie organique montrent qu'il se sépare de véritables couples chimiques; mais ces couples chimiques, suivant Gerhardt et Chancel, ne préexistent pas dans la molécule qui constitue un système unique. (Cette expression couple chimique

n'est pas très claire dans le mémoire de Gerhardt et de Chancel, et il me semble qu'il aurait mieux valu employer le mot de résidus, créé par Gerhardt, les doubles décompositions étant des échanges de résidus.)

Cette idée de couples chimiques qui n'existent pas, disent-ils. tout formés dans les corps, mais se manifestent seulement en présence d'autres corps, les amène à concevoir comme éléments de certains couples, non seulement l'eau et l'ammoniaque, mais encore l'acide carbonique, l'oxyde de carbone, même l'hydrogène. Si, reprenant la formule donnée par Dumas aux alcools, on peut admettre qu'il existe dans ceux-ci des couples représentés par de l'eau et un hydrocarbure ;i CH*, il s'ensuit que ces mômes hydrocarbures peuvent faire partie de couples où se trouvera l'ammoniaque ou l'hydrogène. Cette pensée est éclaircie par les formules suivantes :

Les bases de Wurtz et d'Hofmann peuvent être considérées comme des homologues de l'ammoniaque :

( II.CIP Méthylamine Az < H

Ethylamine Az | H

( H H.CU« Méthyléthylamine Az ] H.C«H*

On peut aussi admettre des homologues de H' : Hydrogène (2 volumes) \ „ Gaz des marais j „

Diméthyle (éthane) j tî rn»

et des homologues de l'eau :

C H Eau ^ ) H ^ volumes

MÉMOIRE THÉORIQUE DE GERHARDT ET CHANCEL 395 Alcool méthylique 0 j , * 2 volumes.

Alcool éthylique ^ ) u 2 volumes.

111 fît!* lî r«H* ^ volumes.

Il est facile de voir comment ces formules se transformeront pour arriver à constituer la théorie des types, qui elle-môme sera une étape dans la voie du progrès où les successeurs de Gerhardt s'engageront h sa suite, pour arriver enfin h rétablissement des formules de structure dans le plan, puis dans l'espace .

Mais, sous ce premier aspect, les idées théoriques de Gerhardt sont déjà fécondes en résultats; de ce qu'elles arrivent à considérer le diméthyle comme étant rapporté îi H* et pouvant être

écrit I ¥1 pii,» il s'ensuit qu'au lieu de deux résidus identiques

comme Cil*, la molécule peut renfermer deux résidus différents, d'où Texistence d'hydrocarbures que Gerhardt et Chancel appellent radicaux mixtes, et dont ils donnent des exemples :

Ethylméthyle J ^JjJ^^ = C'll« Amylméthyle j ^^^^, = C'U»

Comme nous l'avons vu, Gerhardt avait déjà prévu les radicaux mixtes que Wurtz réalisa, mais il va plus loin dans sa prévision en montrant qu'une môme formule brute peut renfermer plusieurs isomères ; ainsi il prévoit trois butanes C*H** :

H.Cai* C n.C'H* ( H.C^ÏP

U.C^U* l II.CH^ ( Il

Seulement, on croyait alors que le diméthyle et l'hydrure d'éthyle étaient différents.

De même que les hydrocarbures C"I1*°+* sont représentés dans

les formules j „ ^j, et < „ ^ -^^ par un couple hydrogène

-j- C^H*", de même il est permis de considérer les acides mono-

basiques de la si'Tie formique par un couple acide carbonique plus hydrogène pour Tacide formique, et par un couple acide carbonique -j- C°Il*" pour ses homologues, acide acétique, acide métacétique, acide butyrique; leur formule générale sera n CH* -[" ^t)*. Quant aux acides bibasiques, le couple sera formé de 2C0« + U' dans Tacide oxalique, et de 2C0* -f- C"H*° dans ses homologues, comme Facide succinique; leur formule générale sera n CH* -j-^CO*. Déjà nous voyons que la basicité des acides organiques est mesurée par le nombre des CO* qu'ils renferment; le môme fait s'énonce dans un langage analogue, quand on dit aujourd'hui que la basicité des acides croît avec le nombre de groupes carboxyles CO-H qu'ils renferment.

De la constitution des acides se déduit celle des acétones qui appartient en propre à Chancel : Les acétones peuvent très bien être considérées comme les éthers des aldéhydes^ cest-àdire issues d'un couple alcool plus aldéhyde. L'acétone ordinaire serait à V acétate de méthylène ce que V aldéhyde est à facide acétique.

Cette comparaison est erronée, car elle fait croire à Gerhardt et Chancel que l'oxydation de l'acétone pourrait donner naissance à de l'acétate de méthyle, mais la formule qu'ils en donnent mène cependant à des prévisions exactes; elle permet de supposer l'existence d'acétones mixtes comme C*H'0, C*H', que

nous écrivons aujourd'hui CO ^ ^ .„,

Le nombre des acétones formées par le procédé ordinaire est très limité, disent-ils, comparativement au noinbre des acétones dont on prévoit r existence.

Tel est cet admirable mémoire, où Chancel, le disciple de Gerhardt, venait apporter au jeune maître son contingent d'idées. Toute la théorie des types y est en germe; le principe de la classification sériaire, avec ses séries hétérologues, homologues et isologues, permet de reconnaître la place des corps et de prévoir l'existence et les propriétés des termes inconnus; de nouvelles classes de corps encore inconnus y sont prévues, les radicaux mixtes et acétones mixtes, enfin les isomères des hydrocarbures C"1I*" + ', et celles des acétones, y sont indiquées.

Aucune notation alors en usage ne pouvait permettre de

Page 1