LES HOMOLOGIES DE GEIUIARDT
vous-même, et il m'a (Ut : Que M. GerharJl envoie une leilre, je la lirai moi-même.
Voici donc ce qu'il faut faire : Ecrivez une lettre 1res polie, très convenable, en disant que MM. Favre et Silhermann sont dans Terreur, que les homologues vous appartiennent. Que votre livre étant attaqué avec violence tant en France qu'à Tétranger, il est fâcheux que cesmessieurs viennent dans ce moment attribuer ù un autre ce qui vous appartient. Que Ion pourrait croire qu'ils profitent de ce moment pour faire chorus avec les autres. Que vous ne doutez en aucune façon de leur loyauté, qu'ils ont fait leurs recherches avec votre li^Te entre les mains, qu'ils se sont trompés en croyant que la classification des homologues ne vous appartenait pas. Voyez, réfléchissez, je n'ose trop vous donner un conseil; c'est votre femme qu'il faut aussi consulter. Mais il me semble qu'il ne faut pas courber la tête, et que si l'on nous laisse de côté pour un moment, il faudra cependant, si nous sommes unis et si nous ne paraissons pas attendre avec humilité la bienveillance de tel et tel, que l'on compte un jour avec nous... Si votre femme a un peu d'ambition pour vous, si elle se sent assez forte pour renoncer pendant quelque temps à quelques superfluités, eh bien ! venez, que l'on vous accorde ou non un congé...
J'ai dit k l'Institut le mot : calomnies infâmes de M, Liebig...
Tout le monde vous donnait tort en blâmant seulement la forme (lu pamphlet de Liebig, mais depuis l'éther nitreux, j'entends tout ce même monde dire : « Nous n'avons jamais cru aux infamies de Liebig! » Il y a mieux que cela, Dumas, Regnault, etc., etc., m'ont dit : « Nous n'avons jamais cru au mellon de Liebig!!! »
Il faudra ruminer l'affaire du congé. Pouillet, Beudant, pourront peut-être nous servir.
Je suis aujourd'hui un peu plus calme qu'hier, mais en recevant votre lettre j'étais furieux, j'allais faire un effroyable scandale î\ l'Académie. Mais, soyez tranquille, cette affaire ne se passera pas dans l'ombre.
Gcrhavdl à Laurent,
Montpellier, 17 avril 1840.
Je vous remercie bien sincèrement de ce que vous avez fait dans l'affaire Favre et Silbermann.
Je soupçonnais depuis longtemps Balard de ne pas m'être favorable, mais je n'en avais pas la certitude. Aujourd'hui je n'ai plus de doute là-dessus. Figurez-vous que l'autre jour mon doyen reçoit une lettre de lui dans laquelle Balard attribue maintenant à mon préparateur mes travaux, et où il dit que j'aurais dû le
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payer en égards ou en argent! Et il propose de prendre un ou deux jeunes gens moyennant que je leur donnerais quelques cents francs par an. Comprenez-vous cette infamie? Quand mon c... de préparateur ne tenait pas même en règle la boite à réactifs, quand je suis obligé de faire tout moi-même!
Ainsi Balard (et Dumas, car c'est tout un maintenant, un cœur et une ûme) fait maintenant chorus avec mes ennemis. Outre cela, Balard dit que je néglige mon enseignement, quand j'ai plus de monde qu'il n'en a jamais eu ; il me reproche de professer le sujet de mes travaux, quand je ne rabâche qu'hydrogène et oxygène ; il me reproche d'employer tout l'argent du cours à mes expériences, quand il n'y avait rien du tout pendant qu'il était professeur et que j'ai fait tout ce qu'il y a à la Faculté! Au moins, c'est présentable maintenant, quand c'était une écurie sous Balard!
Il a du bonheur de ne pas travailler, je lui tomberais dessus à la moindre boulette.
Je suis comme dans un étau. A Paris on ne veut pas de moi et à Montpellier on voudrait me faire partir parce que je fais de l'opposition. C'est-à-dire que je ne veux pas me soumettre quand un imbécile comme notre recteur m'ennuie.
Figurez-vous l'autre jour — semaine de PAques — le recteur envoie une circulaire pour nous forcer à continuer, malgré l'usage où tout le monde est de prendre huit ou quinze jours de vacances. Je me dis : attends, je t'attraperai. Sachant que tous les étudiants étaient partis, je vins pour faire ma leçon. H y avait trois individus : je les remercie et ajourne après Pâques. Là-dessus, lettre du recteur, où il monte sur ses grands chevaux et me savonne pour avoir traduit l'autorité à la barre de l'auditoire, et avoir suspendu le cours de ma propre autorité. Je lui réponds par une fin de non-recevoir, et voilà mon individu qui est enfoncé.
J'ai reçu par Masson le numéro de la Revue où est votre article. C'est fièrement lapé; Liebig aura une attaque d'apoplexie, vous verrez. Tant pis, c'est lui qui a commencé.
Voyez-vous, on ne gagne rien du tout à se soumettre, j'ai usé de ce moyen-là et j'ai toujours été dupé. Si nos affaires sont bonnes, nous les enfoncerons tous et ils seront bien obligés de venir à nous.
rrerhardt ' Gerkavdl à Laurent,
L'envoi de cette lettre a été retardé par suite d'une triste nouvelle
pord sa mèro,
20 avril 1846. 2 mai 1846