LE TRIBUT DE ZAMORA
n serait plus exact d'intituler ce chapitre : Autour du Tribut de Zamora. Cette longue partition est l'ouvrage dramatique le moins intéressant, qu'ait produit Gounod, et nous trouvons inutile d'en faire l'analyse détaillée. La musique en est claire et limpide, trop limpide peut-être : ' elle se distingoie par un style mélodieux, par une facture correcte, mais le Tribut de Zamora fut considéré comme une œuvre rétrograde. Est-ce lassitude, est-ce au contraire une protestation du musicien contre l'école de Wagner ? Nous ne saurions'le dire. Gounod a composé quatre actes, entièrement écrits selon des formules tombées depuis longtemps en désuétude. Le Tribut de Zamora causa dans le public un étonnement général, nous pourrions presque dire une désillusion. Par îe style et par les formules, par les procédés et par la découpure des morceaux, la partition nous reporte à rancien régime. C'est un grand opéra conçu tantôt en opéra-comique, tantôt en opéra italien. Sous ce rapport, il n'y manque rien, pas même le traditionnel coup de cymbales frappé dans les ensembles, au point culminant du Crescendo, le Dsing /... après lequel tout s'apaise, tout diminue, comme daxts le beau sextuor de Lucie.
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Cbose singulière I Oounod avait débuté en 1851, à l'Opéra, par Sapho, et l'on avait deviné nn précurseur. Sapho, nous l'avons fait remarquer, était en avance sur son temps. En 1881, dans le dernier ouvrage dramatique qu'il ait fait représenter, le musicien prend une direction inverse. Gtouuod compose une œuvre sous une forme qui nous rejette en arrière. Le Tribut de Zamora n'eut pas mfime ce qu'on appelle le succès d'estime.
Cette partition, elle aussi, a son histoire, histoire moins romanesque que celle de Polyeucte. Le livret, écrit par MM. Brésil et ûennery, avait séduit M. Halanzier, directeur de l'Opéra. II y trouvait, à tort ou à raison, des situations dramatiques, bien faites pour favoriser la mise en scène et émotionner le spectateur. Il s'adressa d'abord à Verdi, et lui demanda de composer la musique. L'illustre maestro accepta en principe. Toutefois Verdi voulait acquérir le scénario, afin d'ôtre seul propriétaire de la pièce. Il offrit 4,000 francs. On dit que M. Bennery, habitué à toucher de l'Ambigu de plus fortes sommes, refusa cette offre comme étant trop modique. Bref, on ne pat s'entendre. M. Halanzier se retourna vers Gounod qui s'empressa d'accepter et de se mettre à l'œuvre. A la fin de l'année 1879, les principaux morceaux étaient écrits, et l'auteur se proposait de terminer son œuvre pendant les répétitions. On allait commencer les éludes, quand le successeur de M. Halanzier, Vaucorbeil, s'aperçut que
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la partition était trop incomplète. Gounod demanda un délai sur lequel on se mit d'accord.
Par une lettre publiée dans lea journaux, et portant la date du 18 septembre 1879, Gounod déclarait qu'il désirait donner à son œuvre uu plus grand développement musical, et il demandait un sursis au Directeur de l'Opéra, ajoutant : • Vous êtes trop artiste et trop mon ami, pour ne pas être à l'unisson de mon désir... ■» Le même jour, Vaucorbeil répondait ; « Quels que soient les graves embarras que va me causer le retrait momentané de votre partition, la perfection de l'œuvre avant tout ! Je vous accorde donc le délai que vous me demandez. »
Les études furent reprises au bout d'un an environ. Les répétitions furent très laborieuses. Après bien des hésitations, des retouches et des coupures, le Tribut de Zamora fut enfin représenté à l'Opéra le l" avril 1881.
Les rOles étaient ainsi distribués : Ramire, Roi d'Oviédo (Giraudet). — Ben-Said, Ambassadeur du calife de Cordoue (Lassalle). — Hadjar, frère de Ben-Saïd (Melchissédec). — Manuel (Sellier). — Le Cadi (Sapin). — Hennosa, captive espagnole àCordoue (M'" Krauss). — X^ma, fiancée de Manuel (M'' Daram). — Iglésia, enfant trouvé (Mlle Janvier), etc.
Noua serons bref au sujet de la partition.
Nous nous bornerons à résumer l'intrigue de ce mélodrame oriental, et à indiquer, après chaque acte, le catalogue des morceaux.
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Ancien acteur de mélodrame, M. Brésil, qui a écrit le livret de Si fêtais Roi, est, avec M-Dennery, l'autear du Tribut de Zamora. Nous ne savons à qui attribuer les vers du poème, si teutefoia on peut qualifier de poème un drame écrit sous une forme peuljrique.Les vers en effet semblent n'être que la parodie d'une œuvre poétique. C'est de la prose rimée.
L'action se passe, au premier acte, sur ace place publique d'Oviedo, et, aux actes suivants, â Cordoue. Nous sommes en plein IX* siècle.
X^ma, que l'on croit orpheline, ' est fiancée i Manuel, un jeune soldat espagnol. Selon l'nsag-e, on vient offrir des bouquets & la jeune fille, quand une fanfare se fait entendre. Ce sont les Arabes qui, sous la conduite de Ben-Saïd, envahissent le théâtre. Ils sont envoyés par le calife de Cordoue pour réclamer le Tribut de Zamora, c'est-àdfre le Tribut de cent viei^es que les Espagnols doivent payer pour la rançon de leur terrible défaite. Les Espagnols murmurent. Xaïma, vêtue en mariée, proteste plus énergiquement encore. Née parmi les Zamoriens, elle se rappelle la bataille, la mort de son père, l'enlèvement de sa mère parle vainqueur. Ces protestations ne peuvent fléchir le chef des Arabes, Ben-Saïd, qui s'éprend de Xaïma, et réclame de plus belle le Tribut. Les jeunes filles se rassemblent au son des cloches. On procède au tirage au sort. Fatalité I Le nom de Xaïma sort le premier de l'urne. Ben-Saïd emmène la fiancée de Manuel, sous les yeux de son rival désespéré.
Catalogue du prbmiee acte : Prélude fugué.— Chœur d'introduction : Au vieux pays de Cantabrie.—AnhBide de Manuel à sa fiancée ; O blanc bouquet de l'épousée. (Manuel XEuma). — Entrée des Arabes ; récitatif de Xaima. — Cavatiue de Ben-Saïd : Quel accent l Quel regard ! Une partie de cette cavatine a été retranchée à la représentation. — Duo des deux fiancés : Ojoie immense ! (Manuel.Xaîma).
Chceur : Entendez-vous les cloches ailées, accompagné d'un carillon de trois notes, comme dans VArlésienne. Ce carillon à trois temps persiste, quand bien même la mesure, vers la fin du morceau, change et devient, pour l'orchestre et le chœur, une mesure à quatre temps. Ce mélange de rhythme produit un effet très original.
Final : Quoi, vous oses proférer des menaces de mort! ('Ben-Saïd). — Le peuple se joint à Manuel pour chanter l'Hymne National : Debout enfants de VIbérie !
Au second acte, les Arabes attendent, devant Cordoue, l'arrivée des cent vierges. Hadjar, le frère deBen-Said, soldat et poète, dit une chanson, une Kassidah. Il est interrompu par Hermosa, une pauvre folle, captive de Zamora. C'est une Espagnole qui est échue par le sort à Ben- Saïd^mais elle est partout respectée,selon la prescription du Coran :
Tiens pour saiata lea fous, sinon sois maudit I
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fien-Saïd fait son entrée triomphale avec son précieux Tribut. Manuel, déguisé en soldat arabe, a pu suivre incog^nito le convoi. A Cordoue, il est aussitôt reconnu par Hadjar, qu'il a épargné autrefois dans un combat. Hadjar doit la vie au jeune Espagnol. Il le presse dans ses bras te le prend sous sa protection. Manuel lui avoue qu'il est venu pour racheter Xaïma, sa fiancée. La vente publique des cent vierges a lieu par le ministère du Cadi. Un duel aux enchères s'engage entre Manuel et Ben-Saïd. Celui-ci reste le plus fort enchérisseur, Xaïcna.luî est adjugée , et il l'emmène dans son palais.
Cataloque nu second acte : Chœur à quatre voix d'hommes, Fêtons; fêtons C anniversaire. — Chanson d'Hadjar : La flèche siffle l — Scène et air de la folie. (Hermosa). — Marche et chœur : Sonnei clairons. Arrivée du Tribut. — Duo : Je connais cet homme. (Manuel, Hadjar). — Marche des captives. — Chœur des acheteurs arabes :
Ah 1 quelle moisson fortunée ! — Trio : Le temps des épreuves cruelles. (Xaïma Manuel, Hadjar). — Récit et scène ; seule en ce lieu ! (Hermosa Zaïma). — Final de la vente, et reprise de la marche.
Le troisième acte se passe dans le Harem.
C'est naturellement l'acte du ballet. Au lever du rideau, les femmes sont couchées sur des coussins. Ben-Said paraît avec Xaïma. Le chef arabe offre une fête à la jeune fille. Après le ballet.
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SA VIE ET BES ŒUVRES Sèt
Hadjar veut essayer de délivrer la prisonnière. II introduit Manuel dans le palais, présente à Ben-Saïd le soldat chrétien à qui il doit la vie, et supplie son frère de rendre Xaïma à son fiancé. Rien ne peut fléchir le chef arabe. Bei^Saïd et Manuel, les deux rivaux, sont en présence. Ils dégainent. Manuel est désarmé, et il va périr. XfULQia se précipite entre les combattants, et, grâce à ses prières, Ben-Saïd pardonne à sonadversaire.
Vient ensuite la scène principale de la pièce, le grand duo entre Hermosa et Xaïma. La foll» raconte à la jeune fîUe les iocidents i» la bataille deZamora. Dans son délire, elle chante l'Hymne National, une sorte de Marseillaise. Les deux femmes échangent leurs souvenirs. Peu à peu, la folie d'Hermosa se dissipe. Elle reconnaît en Xaïma l'enfant qu'elle croyait avoir perdue. Coup de théâtre ! Ciel, ma mèref La jeune fille se jette dans les bras d'Hermosa, et le rideau tombe.
CAIàLOOUE DU TROISIÈME ACTE. — ChœUr deS
femmes du sérail : heureuse vie. — Ballet précédé d'une barcaroUe non chantée; l'orchestre l'exécute seul. Valse; danse Grecque, Arabe, Espanole et Italienne; Pas des guirlandes. Pas des pointes; toutes les herbes de la St-Jean. — Romance de Ben-Saïd : Je m'efforce en vain de te plaire. Trio : (Manuel, Ben-Saïd, Hadjar), je veux ta fiancée. — Scène du duel, pendant laquelle un chœur de soldats chante à l'unisson. — Grand duo final entre Hermosa et Xaïma.
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Hermosa recoDDait sa fille, et cette scène est Traiment dramatique. M" Krausa, tragédienne et cantatrice à la fois, chante l'Hymne National avec des inflexions de voix différentes. Tant&t la Toix est éclatante, tantôt elle prend un accent sourd et lugubre. La mélodie est vulgaire; c'est un pas redoublé. Mais le jeu de l'artiste excita un tel enthousiasme à la première représentation, que GouDod.qui dirigeait l'orchestre, tendit la main à son interprète par dessus le pupitre, au bruit des applaudissements do toute la salle.
Au quatrième acte, les jardins de Ben-Saïd.
Effet de lune. Manuel a escaladé le mur d'enceinte. Armé d'un poignard, il veut tuer sa fiancée, et se frapper ensuite. Hermosa vient déjouer ce noir dessein. Elle tente un dernier effort pour fléchir Ben-S^d. Elle l'implore en vain. Le chef arabe garde Xaïma, et il ordonne que Manuel soit reconduit immédiatement, sous bonne escorte, jusqu'à Oviedo. C'est alors qu'Hermosa, pour délivrer sa fille, s'empare du poignard de Manuel et le ploDge dans la poitrine de Ben-Saïd. Le Coran protège encore la pauvre folle, les soldats l'épargnent, et Manuel s'enfuit avec Xaïma en bénissant le Seigneur-Bieu.
Catalogue du quatbième acte : Introduction ; et eavatine de Manuel : J'ai pu, la nuit venue. — Duo : (Xaïma, Manuel) Vois déjà les deux! — Komance d'Hermosa : Tu trouves donc que ce n'est pas asses f et trio (Xaïma, Hermosa, Ma-
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nuel).— ' Duo (Xaïma, Ben-S^d), et romance da Xaïma en deux couplets : Que les vœux tes plus doux. — Scène finale : Arrière la follet
Le Tribut de Zamora fut reprù à l'Opéra, au mois de mars 1885. Sellier conservait le rôle qu'il avait créé. Les autres interprètes étaient M"* Dufrane dans le rôle d'Hermosa, M"* Isaac, MM. Melcbissédec, Caron, etc. Cette reprise n'eut pas pins de succès. L'impression générale resta la même. Mais la plupart des journaux se montrèrent indulgents pour l'œuvre. II est curieux de relire les principaux feuilletons après la première représentation. Ou sent que les critiques ne veulent pas dire le fond de leur pensée.
La Presse musicale, comme la Presse politique, n'a pas toujours sa pleine liberté d'appréciation. Berlioz lui-même a avoué qu'il n'avait pas son franc-parler dans le Journal des Débats, et cependant, de tous les critiques, Berlioz est eelui qui se gênait le moins. Dans un précédent chapitre, nous avons fait allusion au feuilleton élogieuï qu'il avait publié sur la Reine de Saba, après la première représentation de cet opéra, ea 1862. Eh ! bien, voici ce que Berlioz écrivait, à la môoie époque à son ami Morel :
< Je voti9 écris aa milieu d'un de cas abominables feaîlletons, dont on ne sait comment se tirer. Je cherche h soutenir ce malheureux Gounod qui vient de faire un fiasco comme ou n'en Vit jamais. It n'y a rien dans sa Reine dt Saba, absolument rien I Comment soutenir C9
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qui n'a tii ou, ni miuoles? Kt pourt&nt, il faut que je trouve quelque chOBe k louer ! Le poème est au-dessous de tout. Cela n'a pas l'ombre d'iatérët ni de bon sens. Et c'est son troisième jiasoo 11 l'Opéra. (Saj>Ao, U tfimn» tanglante, la Raint it Saba). Bhl bien, U en fera on quatrième !...»
Ce qui fait dire à M. ÂdolpUe Julien dii journal te Français : t Polyeucte est le quatrième ouvrage de M, Gounod représenté d'origine à l'Opéra. Berlioz avait préyu Polyeucte, mais il n'avait pas prévu le Tribut de Zamora. »
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CtmPQSITIfflS RELIGIEUSES ET COMPOSITIONS DIVERSES. LES CATALOGUES ET LES EOtTEURS.— CONCLUSION-
Laissons le Tribut de Zamora. Faisons un long retour en arrière pour revenir à Rome en 1840, et retrouver Gounod pensionnaire do la Villa Médicis.
A cette époque, l'art musical semblait primer les autres arts à l'Académie de France, dont Ingres était directeur. Tout fier de son talent de violoniste, le célèbre peintre préférait ÇLuelq^uefois son archet à ses pinceaux, et les concerts étaient fréquents à la Villa. Gounod était spécialement chargé d'organiser les séances de musique, et d'en composer les programmes, sous la condition expresse de proscrire les œuvres de Rossini.
Ingres, comme on sait, avait pris en grippe la musique du maître italien. Il ne voulait rien entendre de lui, sauf le Barbier de Séville.
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C'était le seul opéra qn'U pardonnait à Rossiaî. Tous les autres, y compris CuiUaume-Tell, horripilaient M. Ingres. Mais Gounod, en malicieux imprésario, trichait sur les prog;rammes. U attribuait h Mozart certaines oaavrea de Rossini, et Ingres, sons cette glorieuse étiquette, admirait s ns marchander.
En 1840, le séjoar à Rome des lauréats do l'Institut était d'autant plus agréable que M. et M"* Hensel étaient les hôtes assidus de la Villa Médicis.
Fanny Mendelssohn, la sœur de Félix Mondelssohn Bartholdy, avait épousé Guillaume Hensel, le peintre do la Cour du Roi de Prusse, et, en 1840, elle faisait un voyage à travers l'Italie, en compagnie de son mari. Les deux époux séjournèrent plusieurs mois à Rome, et ils recurent à l'Académie de France l'accueil le plus courtois et le plus chaleureux. Fanny était une musicienne accomplie. Femme charmante et distinguée, pianiste émérite, elle séduisit les jeunes lauréats qui s'empressaient autour d'elle, et lui faisaient une cour tout artistique.
Parmi les plus chauds admirateurs de sou talent et de son esprit, on remarquait d'abord Gounod, ensuite Bousquet etDugasseau. Nous connaissons Bousquet, Prix de Rome pour la musique en 1838 (1). Quant à Dugasseau, peintre amateur, il a moins marqué dans les arts. Il était,
(1) V. notre premier chapitre.
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dans ces dernières années , Conservateur du Musée de la ville du Mans.
Gounod, Bousquet, Dugasseau formaient une trinité sur qui la nature éminemment artistique de Fauuy Mendelssohn exerçait un ascendant notable. Fanny trônait pour ainsi dire à la Villa.
On a publié récemment à Paris la correspondance do M"" Hensel (1), où nous relevons las passages suivants relatifs à Gounod :
• 23 AVHiL 1840 : ... On ne saurait s'imaginer un publie plus ftttentif que Gounod, Bousquet et Dugasseau ; ils se souviennent de chaque note que je leur ai jouée il j a quelques mois. . . Oounod est passionné pour la musique. Cn auditeur tel que lui est une bonne fortune. Mon petit air Vénitien l'enchante. Il a également une prédilection pour la romance en si mineur, faite ici à Rome pour le duo de Félix, son capricio en ta mineur, et surtout pour le concerto de Bach qu'il m'a fait Jouer et rejouer plus de dix fois. *
Plus loin :
■ Samedi soir, j'ai fait de la musique à mes hdtee, et leur ai joué entr'autrea choses le concerto de Bach. Ils ont beau le savoir par cœur, leur enthousiasme va crucendo. Ils m'ont serré et baisé les maina, particulièrement Gounod qui est d'une expansion extraordinaire ! Il se trouve toujours il court d'expression, quand il veut me faire comprendre quelle influence j'exerce sur lui, et combien ma présence le rend heureux. Nos deux français
(l) Fanny liendelaaohn , d'apris les mémoires de sni E. Sergy. Paris 1888.— V. aussi uns série d'articles pkrus à ce le Gaide tytutical de Bruxelles ea septembre et oelobre iSSB.
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forment ua contraste parAùt : Bousquet eat d'une sature c&lme et correcte ; Qounod est pusionné et romantique à l'excds. Notre musique allemande produit sur lui l'effet d'une bombe qui édatenùt dans une maison. Jugez du désarroi ! »
* 8 iiÂi 1840 : Nos Français ont paaeê la soirée avec nous. Ils s'intitulent les trois caprices : Bousquet est le caprice en la, Gouaod le caprice en mi, et Dugasaeau le caprice en jj bémol... Quanta Qounod, la musique allemande le trouble et le rend h moitié Tou. En général, Gounod meparatt peu mfir encore. Je ne connais de lui qu'un scherzo de peu de valeur qu'il m'a demandé la permission de m'offrtr. t
■ 13 MAI 1840 : Je joue ainsi tout Pidélio et bien d'autres choses encore. J'exécute la sonate en ut mineur de Beetlioven. Gounod était fou d'enthousiasme, et il finit par crier ; Beethoven est un polisson! (1) Sur quoi ses amis, Jugeant qu'il était temps de le mettre au lit, l'emmenèrent. . . >
Et, dans son délire, Gounod, plein d'ivresse musicale, se laissait conduire au lit, sans résistance. La chambre qn'il occupait à l'entresol donnait sur les jardins. C'est là, dans ce petit logement garni du piano traditionnel, que le futur auteur de Faust bq berçait de rêveries.
A la Villa Médieis, on faisait des farces comme au collège. Que de fois les camarades de Gounod vinrent interrompre les pensées du jeune compositeur I « Gounod, criait-on d'en bas, une femme vous demande I » Cette femme, c'était
(1) Que le lecteur ne s'effarouche pas de ce mot de : folmon. C'était ou cri d'admiration!
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UQ lauréat de llostitat, affublé d'un japon et couvert d'une mantille. Gounod s'était d'abord laissé prendre à cette plaisanterie. 11 avait ouvert sa fenêtre, et, après sa fenêtre, sa porte. La farce fut renouvelée, mais le compositeur se mit en méfiance. Il n'ouvrait plus ni porte, ni fenêtre. Il se calfeutrait. Un soir, il refusa de recevoir M. et M"" Hensel. II prenait Fanny Mendelssobn pour un Prix de Rome "déguisé.
On ne s'ennuyait pas alors h l'Académie.
Fanny appelait familièrement !e Uirectenr : Papa Ingres. « Il est an septième ciel, écrivait-elle, de pouvoir faire de la musique à cceur-joie, et d'accompagner les sonates deBeethoven.v Ingres de son cdté était plein de bienveillance et d'amitié pour ses jeunes pensionnaires. Il crayonnait Gounod, et il lui donnait le médaillon de Mozart, avec cette dédicace : à Charles Gounod, jeune compositeur déjà célèbre; souvenir affectueux d'Ingres.
Aux séances musicales, et aux concerts improvisés, se joignaient d'autres distractions. On excursionnait dans la campagne, aux environs de Rome. Gounod, aussi ardent que leste, montait aux arbres pour cueillir des fleurs qu'il offrait à Fanny. C'étaitle boute-en-train de ces parties champêtres. Un jour il tomba malade, et ne put se joindre à la promenade avec ses amis. « — Je l'ai regretté, écrit Fanny, car peu de personnes savent plus sincèrement et plus follement s'amuser que lui.— »
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Hélas t Fanny dut quitter bientôt la Villa Médicis pour continuer son voyage à travers l'Italie. La nouvelle de eon prochain départ caosa un véritable deuil dans toute l'Académie. De son c6té la jeune femme éprouvait un réel cbagrin à l'idée de se séparer de ses amis :
■ .... Pour ne pat fondrt en tar met, écTÎt-éilo, ie me sma BBsise an pisuo et j'ai joué l'allégro de la Sonate en la
majeur de Beethoven Bl&asser at Easelowskj ear-
vinrent au moment où Qounod implorait à getwux la
favenr d'entendre l'adagio de In Sonate en fa mineur
Vers deux heures nos tiQtes se retirèrent ; nous étions très émus, & la fois lieureax et tristes. >
En quittant la Villa, M"' Hensel, dans une de ses lettres, nous montre un Gounod tout pénétré de l'exaltation religieuse :
( Bousquet nous a confié, chemin faisant, ses craintes au sujet de l'exaltation religieuse de Gounod depuis
qu'il subit l'ascendant du père Lacordûre Dêj^, son
éloquence av^t groupé, l'hiver dernier, autour de lui une partie de la jeunesse. Oounod, d'un caractère faible et d'une nature impressionnable, fut gagné dès l'abord par la parole vibrante de Lacordaire ; il vient de a'enrO- 1er dans l'association dite de Jean l'EvangéUsU, exclusivement composée de jeunes artistes qui poursuivent la régénération de l'humanité parle moyen de l'art. L'association s'est accrue d'un grand nombre de jeunes gens des premières familles romaines ; plusieurs d'entre eux ont renoncé à leur carrière pour entrer dans les ordres. Bousquet a l'impression que Gounod, lui aussi, est sur le point d'échanger la musique contre te froc. »
C'est ainsi que Gounod, l'ancien, élève de
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Lesueur, Gounod que nous avons vu à Paris, au collège Saint-Louis, annoter de musique tous ses cahiors d'écolier, avait subi à Rome le charme et l'ascendant de la femme. Fanuy l'avait initié aux chefs-d'œuvre de la musique allemande. Il était dominé en même temps par une influence bien opposée, celle du Père Lacordaire dont il suivait assidûment les conférences. Les olïïces de la chapelle Sixtine l'attiraient. Il y cherchait les émotions religieuses et les émotions musicales. Tout d'abord la musique liturgique ne fit pas sur lui une grande impression. Elle lui parut froide. C'est anti-sensuel, disait-il. Peu à peu, ces chants religieux l'étounent, lo troublent et le captivent. Le triomphe est complet.
Gounod avait re^u un double choc, l'Eglise et le Monde, le Ciel et l'Enfer. Le compositeur, lui aussi, entend des voix intimes. Il est pénétré de ces accents mystiques. L'acte du jardin de FaMsfs'élabore dans sa pensée, et comme à son insu. Ce combat entre la vie religieuse et la vie mondaine, auquel nous avons déjà fait allusion, accentue les tendances de l'artiste, et modifie le physique même de l'homme. Gounod se façonne aux attitudes du moine, sans rien perdre de l'allure dégagée du Lauréat de l'Institut. C'est le Janusbi-fons des temps modernes, a dit un critique, et ce critique compare le musicien à un pèlerin encapuchonné, armé d'un bâton, s'en allant le longdes routes poudreuses pour implorer des indulgences à Rome. Le même critique,
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M. Arthur Haulhard.ajoute : « — Goanod a voulu tâter du petit collet... Où l'auraient mené ses velléités monastiqaesT Je ne sais. Sa vocation me paraît superâcielle. 11 est homme à organiser un cotillon dans un cloître. Je ne le vois pas enfermé à la Trappe. Au moment de prononcer le sacramentel : Frère, il faut mourir l il s'écrierait : Sœur, il faut danser I — et je suis bien honnête pour la sœur. — >
Les convictions religieuses de Goaaod ont cependant paru toujours sincères. Le Maître a gardé quelque chose de l'apôtre, et de l'apôtre convertisseur. Sa science liturgique est des plus solides. Il a étonné le Père Didon par ses connaissances en théologie. Le Révérend Père, à la suite d'un entretien qu'il avait eu avec l'auteur de Faust, s'écriait : Il est plus fort que mol I Gounodue se contente pas de disserter. Quelquefois il agit. Il fait des conversions. Gounod avait d'abord essayé de convertir Sarah Bernhardt au catholicisme. De ce côté, l'échec a été complet. Mais il a réussi à faire tomber la grâce divine sur le cœur de M'" Nevada. C'est sur ses instances que la charmante virtuose a reçu l'eau du baptême, au mois de mare 1884, à l'église des Passionnistes de l'avenue Hoche.
A l'heure actuelle, le M^tre semble se retrancher dans la composition des œuvres religieuses. C'était le but qu'il s'était proposé au commenceinent de sa carrière. Dans notre premier chapi-
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SA. TIB BT SBS Œ0TBBS 393
tre, nous avons parlé de ses premiers ouvrages : C'est un Agnus Dei exécuté à Paris, à l'église Saiut-Roch, le 29 octobre 1838, le jour de l'auDÏversaire de la mort do Lesueur ; c'est une messe exécutée à Rome le U' Qi^ 1^41 à l'église Saiut- Loui0-des-Francais ; à Vienne une messe de Requiem à l'église Saint Charles, le 2 novembre 1843. Nous avgns encore reproduit le compte rendu de Louis Viardot sur quelques compositions de Gounod inscrites au programme du concert donné & Londres le l^ janvier 1851. C'est un Sanctus et un Libéra me, œuvres de jeunesse qui ne tardèrent pas à repasser le détroit.
Au mois de janvier 1852, le Sanctus et le Benediciiis étaient chantés au Concert Sajnte- Cécile par Gueymard , M"* Poinsot et le chœur. Le Sanctus fut considéré par la critique comme un morceau remarquable. On louait surtout le crescendo dont Louis Viardot avait fait l'éloge le 18 janvier 1851, dans son feuilleton. Ce crescendo est marqué par les appels de la grosse-baisse, instrument peu liturgique, mais qui donne à cette composition religieuse un caractère mélodramatique.
Nous relevftds encore aux programmes des Concerts Sainte-Cécile, un Ave verum chanté en 1852 par Masâet. Cedt un morceau pour ténor-solo , chœur et orchestre. La musique en est pleine de charme et de rêverie mystique.
Quelque temps après, cet Ave verum était exécuté avec succès à Cologne.
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394 CH&BLES dOUNOD
■ Je ne crains pas <ie qualifier eette œuvre d'admirable, farîrait J. d'Ortlgue. Accents nobles et touchants , expression Traie etpathâtique, Ëmotion pénétrante, parties vocales bien fondues entre elles ; instrumentation mystérieuse, sobre d'effets, mais ricbe d'intentions. Toutes les qualités supérieorea s'; rencontrent. Pourquoi 1 Parce que le compositeur ne cherche quli exprimer fidèlement ce qu'il éprouve profondément... etc. »
L'éloge est complet.
L'année saivante, en 1853, Gounod dirigerait i l'église de St-Germam-l'Âuxerrois une messe à trois voix d'hommes composée pour les classes de l'orphéon. Cest la messe dite atix Orphéonistes. Les morceaux les plus remarqués furent l'O Salutaris et VAgnus Dei. Noos avons parlé déjà de cette œuvre dans un chapitre préctîdentJ (V. Orphéon.)
Au mois d'avril 1854, à Lyon, on exécutait au concert annuel de Greorges Hainl l'oratorio l'Ange et Tobie. C'était une première audition et les critiques appréciaient très favorablement cette composition, où la science relevait avec éclat l'inspiration religieuse.
Le concert des jeunes artistes hérita des morceaux qui avaient été précédemment joués au concert Ste-Cécile. Le Sanctus et le Benedictus faisaient partie du répertoire ordinaire de la société dirigée par Paâieloup. Ce Sanrfws, exécuté pour la première fois à Londres en 1851, a été intercalé dans la messe solennelle de Ste-Cécile.
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Gouuod a composé cette messe pour le septième anniversaire célébré à l'église 9aint-Eustache le 29 noveoïbre 1855 par l'Association des artistes musiciens (IJ.
L'œuvre religieuse de Gounod est importante aussi bieo par la valeur musicale des compositions que par leur nombre. Ce nctmbre est considérable.et nous ne pouvons nous arrêter sur chaque ouvrage. Noiis tacherons, par de simples mentions, d'en donner un aperçu d'après lès catalogues qui vont suivre.
Gounod a écrit pliisîeilrs me5ses,mais celle qu'il a composée en l'honneur de Ste-Ôécile (1855) doit surtout fi^er notre attention. Cette composition est à l'Œuvre religieuse du Mîdtre ce que Faust est à son Œuvre dramatique. La messe de Ste-Cécile obtint un légitimé succès. On raconte que M. Poirson, l'ancien proviseur du collège St-Louis, qui avait si vertement répriipandé le jeune Gounod pour avoir couvert tdas ses cahieiï de notés et de portées musicales, était allé à St-Bustache écouter, derrière un pilier de l'église, la composition de son ancien élève. Le proviseur mélomane fut enthousiasmé, etj le soir même, Gounod recevait de son ancien directeur
(1) La première mèsBe de Sainte-Cécile, exécutée h St- EiistaClie en 1S49, eat de Nièdermejer . C'est-^là belle messe en ti mineur. L'exemple de îjiedermejer avait été suivi, avant Oounod, par Âdolpbe Adam et AmbroiK Tttomas. '
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.396 CHABL8S OOCNOD
ès-lettres ua billet ainsi couqu : • Bravo, cher homme, que j'ai connu enfant I ■
La messe solennelle de Ste-Cécila, 1« premier ouvrage de musique sacrée vraiment important que Gounod ait fait exécuter à Paris, passe peut une des meilleures compositions religieuses écrites dans ces derniers temps. J. d'Ortigue en est aussi enttiousiaste que M. Poirson. Voici les louanges que le critique du Journal des Débats adresse an compositeur :
< Qoimod a la idénitude, la fécondité, la largeur, I'odction, la aoblesse, le ctdme. Il a le sens des choees liturgiques et, je dini plus, il est convaincu ; il croit 1 Le Eyrit est une humble et touchante priàre, pleine d'émotion religieuse. Elle repose sur un dessin périodique des violons qai s'enroule giaeieusement sur luI-mSme. Le Gtoria est le premier que j'entends qui soit eonforme aa vru sens du texte. Je parle des compositeurs modernes,
des plus illustres même Le Credo est le moneaa
capital de l'ouvrage, et il doit ea être ainsi dans toutes
les compositions de ce genre M. Ctoonod a eli l'idée
d'écrire l'Offertoire pour orchestre leol... CTest on chefd'œuvre de mélodie (mctTuuse, d'harmonie pénétrante, d'instrumentatioD exquise. Le Sanctu» ne le cède en rien
aux belles parties de l'ouvrage h'Agnus Dei, sous le
rapport du faire et de l'habileté est excellent. La cérémonie s'est termiaëe par le Domint salvum, sur lequel le compositeur a fait eateudre une mardw militsice qui s'agence à merveille avec le plain-chant dont elle est néanmoins indépendante; le tout Matenu par u&e soq> nerie des cuivres sur les deux notes ré mi, d'un brilUuU effet (1). *
(1) Journal dei Dibfitt, Î7 dJcembru 181(5.
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Scudo, dont l'esprit à cette époque était relatîvement calme, fît, dans, la Gtuette Musicale et daa« la Revue des Deux-Mondes, l'éloge de cette messe. — Il remarque- particulièremeat le Credo, morceau largement développé qui renferme des parties excellentes, entr'autres le Besurexit. Il remarque aussi l'Offertoire intitulé : Prière intime. Ce prélude symphonique lui paraît traduire d'une manière très heureuse les sentiments qu'on doit éprouver à cet instant suprême —
La messe de Ste-Cécile fut esécutée, comme nous l'avons dit, le 29 novembre 1855. Tilmant dirigeait l'orcliestre, et Gounod les chœurs. Le grand orgue était tenu par Batiste. Bussine, ^ourdan et M'" Dussy interprétaient les solos. Une seconde audition eut Ûeu à St-Eustacbe !e 13 mars 1856, et, quelque temps après l'œuvre était exécutée à Notre-Dame.
D^uis 1855, la messe solennelle de Gounod a fait son chemin dans le monde religieux. Les grandes c:athédrales, les églises, tes salles de concert ont accueilli , tant en France qu'à l'étranger, co bel ouvrage qui est uu des titres de gloire du compositeur.
Noussommesen 1855. Â cettoépoque, Gounod travaille à sa partition de Faust. Pendant plusieurs années, l'art profane l'absorbe ; toutefois, il ne délaisse pas la musique sacrée. Plusieurs compositions religieuses furent exécutées h régÛsQ et dans les concerts.
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398 CHARLES OODKOD
Ea 1867, la presse musicale anaonçaît, pour le 6 juin, l'exécutioii de sa messe en ut mineur.
Au mois de nsvembre 1876, à Saint-Eustacbe, Gounod dirigeait une œuvre nouvelle, sa messe do Sacré-Cœur, écrite pour quatre voix, solos, choGura et orchestre. Les journaux signalèrent les parties les plus remarquables de l'ouvrage, le Qui tollis,l9 Crucifixus, le Benedictus et la Communion (1).
À Saint-Eustache, la foule était nombreuse.
On raconte que l'enfant (Je chœur qui devait chanter un solo dans le Benedicftis, n'ayant pu pénétrer jusqu'au chœur, Gounod tira la m^trise d'embarras. Le compositeur prit la voix de fausset et chanta lai-même le "Benedictus à.
Saint-Euatache.
La Messe du Sacré-Cœur produisit un grand effet à Anvers, où elle fut exécutée le 4 novembre 1879, jour de la Saint- Charles. Le succès fut tel que le Conseil municipal d'Anvers décida que te nom de l'auteur gérait donné à une rue de la ville.
. En 1882, Gounod adressa une lettre au Sénat pour demander le maintien du crédit affecté dans le budget aux maîtrises des cathédrales. C'est une éloquente protestation en faveur de
(t) La Communion avait été exécutée en 1875, sous le titre inexact d'Offertoire, aux Concerts Pasdeloup. En 1676, elle fit partie des programmes des Concerta da Çhatelet.
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ex TIE ET SBS ŒUVRES 399
renseignement du pl&in-chant. La Chambre des Députés avait supprimé le crédit, et le Sénat, malgré la lettre de Gouuod, ne crut pas devoir le rétablir.
En 1885, le Maître composa, sur la demande de M" Clément, évêque de Constantine et d'H^ppone, un Hymne à Saint Augustin. C'est un chœur i l'unisson, avec accompagnement de grand orgue.
Le 35 mars de la mémo année, exécution h l'Eglise Métropolitaine de la troisième messe solennelle de Gounod (messe de Pâques). «Yoîlà une œu-vre faite avec conTÏctiou, avec indépendance, avec am^our, écrirait M- W^ber dîtns. son compte rendu du Temps. ».
Au mois de juillet 1387, à Reims, exécution de la Messe à la mémoire de Jeanne (tArc, où routeur se rapproche du style de Palestrina, tout en employant les harntonies modernes. Cette messe est écrite pour solos, chœurs et oi^e.
Elle se recommande autant par le style que par l'instrumentation. Les seuls instruments d'orchestre emplayés.sont huit trompettes à piston, trois trombones et des harpes. Les morceaux sont courts. Pas de Credo, L'introduction est confiée aux cuivres, dont la sonorité puissante est soutenue par celle du, grand orgue.
Dans cette messe, Gounod fait à l'église ce qu'il a fait au théâtre dans le Tribut de Zamora. Il abandonne sa première manière, et il vise à la simplicité.
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400 GBABLBS aOUNOD
Nous pourrions citer un grand nombre de pièces religieosea, chœurs, prières, motets, etc., composés par l'auteur de Faust. Cela nous entraînerait trop loin. It faut aussi reconnaître la difficulté qu'on éprouve pour bien apprécier la •musique d'B^lise dans les détails de la composi-tion. Ces œuvres, pour la plupart, sont écrites pour lesvo^x, Elles exigent l'audition (IJ.
En outre de ses messes et de ses morceaux de musique sacrée, Gounod a produit deux grands oratorios, deux œuvres importantes : La Rédemption et Mors et Vita.
La Ridemption, trilogie sacrée, contient 24 chœurs, 33 récitatifs, des solos, duos, trios, quatuors, et des morceaux d'orchestre. Gounod, & la fois poète etcompositeuTf çst l'auteur de la musique et des paroles. Il a dédié son œuvre à S. M. la Reine d'Angleterre.
L^i Rédemption (n% B^écntéB en 1882 au festival de Birmingham. On sait que ce festival est une institution philanthropique, fondée en 1765 daps le but de aBbyenir au:n besoins de l'hôpital
(1) Due des derniàres composItionB religieuses de Goonod est la Communion det Saints, exécutée en 1889 aux concerts du Conservatoire. C'est un morceau d'un sentiment doux et mystique, écrit pour soprano, avec quel- C|ueg mesures d'un chœur d'anges, chanté dans la cou-
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de la ville. La première séance eut lieu en 1768, à la chapelle St-Paul ; la seconde dix ans plus tard, et la troisième en 1784. Depuis cette époque les festivals se sont succédé de trois eu trois ans. Eu 1834 fut achevée la vaste salle destinée â grandes fêtes musicales, le town-hall, qui fi^ un rectanfïle, long carré contenant 2000 pi environ. C'est, paraît- il, une des meilleures g des salles qui existent. L'acoustique y est ex lente. La voix du chanteur, même dans ses m ces les plus délicates, ne perd aucun de ses eG et les eiaemblM ne produisent aucune confus On n'en peut pas dire autant de notre salle Tïocadéro.
Le festival de Birmingham est encore trien Les organisateurs de ces magnifiques séai ont compris qu'il était prudent d'espacer ains concerts, qui, trop rapprochés auraient rai peut-être le zèle des souscripteurs. C'est une i table orgie musicale. Le concert dure de 11 1 res du matin & 3 heures de l'après-midi, ] reprendre de 8 heures à 11 heures du soir. Oi a pour son argent.
Afin de donner une idée de la composition l'orchestre, nous mentionnerons le nombre instruments à cordes. D'ordinaire, il est de La salle est pourvue d'un orgue gigantest œuvre du facteur anglais Hill. Les chœurs c prennent 95 sopranos, un grand nombre de c traltos, 95 ténors et 80 basses, en tout 370 c ristes environ.
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402 CHABLBS QOirNOD
C'est avec de pareils moyens d'exécution que La Rédemption fut donnée, pour la première fois, en Angleterre, sous la direction de l'auteur.
La partition est précédée d'un commentaire de Gounod : « Cet ouvrage, dît-il, est l'expression des trois grands faits sur lesquels repose Tezistence de la Société chrétienne, et qui sont : 1" la Passion et la mort du Sauveur; 2° sa vie glorieuse sur la terre depuis sa Résurrection jusqu'à son Ascensîoa ; 3* la diffusion du christiaiiisme dans le monde par la mission apostolique. Ces trois parties de la trilogie soAt précédées d'un prologue sur la Création, la chute de nos premiers parents et la promesse d'un libérateur. *
Le prélude instrumental ^prim^ le chaos.
Accords dissonants. Le prologue se termine par un choeur céleste. ■ Pans ce prologue, dit l'auteur, apparaît par trois fois la mélodie typique de l'homme-Bieu -Rédempteur. » Cette mélodie reviendra encore dans l'Oratorio. Elle ne manque ni de noblesse, ni de grandeur. C'est sans doute pour produire un contraste que l'auteut a donné à cette phrase un accent et un caractère qui semblent plutôt convenir à un opéra qu'à une œuvre religieuse.
La première partie, intitulée le Calvaire, contient notamment une marche instrumentale, la Montée au Calcaire, suivie d'un chœur de femmes dont la mélopée est accompagnée du Vexilla Régis. Cette mélopée se combine ensuite avec la marche précédemment entendue. Après
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le Crucifiement, Marie est au pied de la Croix. La complainte qu'elle chante est accompagnée du Stabat Mater. La mort de Jésus signalée par le tremblement de terre. L'orcl tre est chargé, par des successions harmooiqi d'imiter le bruit du cataclysme, et de doc l'impression des ténèbres. La première pa finit par un ohorat. C'est l'adoration de la Cr Deuxième partie : de la Résurrection à l'Asc sion. Elle s'ouvre pat un chœur prophétie Orchestre, orgue, solo de cor, appel? de tr* pette. Le chœur annonce la résurrection. L'ai apparaît aux saintes femmes agenouillées vant le tombeau. Mélopée ;
Pourquoi parmi les morts eherchez-voas un Tivanl
• Cette mélopée, dit l'auteur, est soutenue une combinaison harmonique dans laquelle dessus et les basses d'orchestre s'éloignent co tamment par une progression harmonique sens contraire, jusqu'au moment où sur ces n il est ressuscité, le chant et la basse franchiss subitement un espace de tierce, exprimant a:
que le Christ, par sa puissance divine, a triom; du tombeau et de la servitude de la mort. »
On voit quelle importance Gounod, dans passage, a donnée à l'intervalle de tierce t
« A la fin de cette seconde partie, dit enc l'auteur dans son commentaire, neuvième et d nière apparition de la mélodie typique, empi
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tant tout l'orchestre à l'aaisson et soateaae par les accords da grand orgue tout entier. • C'est l'Ascension.
Cette seconde partie est écrite dans ua style plus Tigourenx que la première. Klle forme un heureux contraste. Quant i la dernière partie de la trilogie, elle est vraiment belle.
Elle est intitulée : La Pentecôte. Le prélude instrumental en est délicieux. Le premier chœur, selon le commentaire de l'auteur, ■ est un hymne à la gloire, du dernier âge de l'humanité, qui verra régner sur la terre la grande fraternité par la paix et l'amour. ■
Hélas I La grande fraternité eziste-t-elleT Je crois bien que nous ne sommes pas encore arrivés à ce dernier âge de l'humanité, « sorte de dernier paradis terrestre, dit Gounod, avant-goût de l'éternité bienheureuse. »
Il y a dans la Pentecôte des pages remarquables où reparlât la note tendre et caractéristique du musicien. Le numéro trois est l'hymne apostolique, un des morceaux les plus développés de la partition. Le chœur final est la glorification de la très Sainte Trinité dans les siècles des siècles.
 la fin de son comaientaire, Gounod nous apprend en quelles circonstances il écrivit sa partition : « C'est, dit-il, pendant l'automne de l'année 1S67 que me vint la pensée de composer une œuvre musicale sur La Rédemption. J'en écrivis le librotto à Rome, où je passais deux mois de l'hiver 1867-186W chez mon ami Hébert,
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BA. VIE BT SBfi (SUVBES 405
peintre célèbre, alors Directeur da l'Académie de Franfie. Quant à la musique, je n'eu composais à cette époque que deux fragments : 1* La marche au Calvaire en entier ; 2* le début du premier morceau de la troisième partie : La Pentecôte. Ce ne fut que dooze ana plus tard que je terminais c6 travail si longtemps interrompu... ■
La Rédemption a été exécutée plusieurs fois en Angleterre (1). Elle fut donnée & Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts, au mois d'avril 1883, et, pour la première fois à Paris, au mois d'avril 1884, au Palais du Trocadéro. Les interprètes pour les soloB étaient : Fanre (Jésus); Ketten, ténor, professeur au Conservatoire de Genève, frère d'Henri Ketten; M"" Albani, venue exprès de Londres ; etKosine Blocb. (LaViei^e Marie).
Mors et Vita (2), trilogie sacrée dédiée au Pape Léon Xni, eBt la suite de Rédemption. Mors et Vita fut exécutée en 1885 an Festival de Birmingham. Cette fois, Gounod n'était pas au pupitre. Nous connaissons les motifs impérieux qui l'empêchèrent alors de se rendre à Londres. Ce fut M. Richter qui dirigea l'orchestre.
Comme dans Rédemption, l'auteur fait précé-
<l) Editée & Londres psr la maison No?eUo. L& pajiitîon piano et chant a paru en deux fiditiona. L'une sTea le texte français seul; l'autre avec le texte fran^ai» et )a traduction anglaise. Â Paris ebez Durand.
(2) Editée à Londres, chez Novello. A Paris, ches Dorand.
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406 CHAULES GOUNOD
der sa partition d'un commentaire. • On sa demandera peut-être pourquoi j'ai placé dans le titre la Mort avant la Vie. C'est que, si dans l'ordre du temps, la Vie précède la Mort, dans l'ordre étemel c'est la Mort qui précède la Vie. La mort n'est que la fin de l'existence, c'est-àdire ce qui meurt chaque jour ; elle n'est que la fin d'un mourir continuel, mais elle est le premier instant, et comme la connaissance de ce qui ne meurt pas. »
—L'auteur nous explique la signification qu'il donne à certains motifs typiques qui reviennent plusieurs fois dans son œuvre. Ce sOD,t quatre formules musicales : 1* Une phrase exprimant la terreur qu'inspire le sentiment de justice, «t par suite l'angoisse du châtiment.— 2" Seconde forme, celle des tristesses et des larmes qui devient, par l'emploi du mode majeur et par l'altération d'une simple note, la forme des consolations et des joies. — 3' La félicité des bienheureux. — 4" La quatrième forme, par sa triple superposition qui donne le cadre d'une quinte augmentée, annonce le réveil des morts. C'est l'e&ayante fanfare de la trompette angélique dont parle Saint Paul dans l'une de ses épîtres aux Corinthiens. —
La Rédemption était composée sur au texte français, versi&é par Gounod lui-même. Le second Oratorio est écrit sur des paroles latines empruntées à la liturgie de l'Eglise catholique, et à la Vulgate.Use divise en trois parties : Mors, Judicium, Vitot
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SA VIB ET SES (EUVEKS 407
D'abord un court prélude, ensuite une messe àeRequiem. Dans le prologue, la Mort est exprimée par une phrase descendante de trois secondes majeures, de ut à sol bémol. C'est le fameux intervalle de Triton, cette abomination de la désolation, que proscrivait la tonalité du plain-chant. Le morceau le plus important du Requiem est le Dies irœ.
La seconde partie, Judicium , contient des effets plus larges, et nous pourrions dire plus pittoresques. Les trompettes du Jugement dernier viennent réveiller les morts, pendant que toutes les forces de l'orchestre sont mises en jeu. La plus belle page de la partition est intitulée Judex. L'arrivée du Divin Juge est décrite, à l'orchestre, par une large mélodie exécutée à l'nnisson par les instruments à cordes. Cette phrase se déploie dans l'orchestre, et se heurte avec les motifs typiques. Elle s'épanouit dans un chœur grandiose.
Ce morceau excita le plus vif enthousiasme sur le public du Conservatoire- de Paris,aa concert du 25 mars 1888, où une sélection de Mors et Vita fut donnée.
La troisième partie, Vita (Jérusalem céleste), est traitée avec concision. Les trémolos, les harpes, tous les moyens pom: traduire en musique la félicité céleste sont employés. Après un récitatif et une mélodie inspirée, écrite pour baryton, le chœur chante un Sanctua d'un caractère vraiment religieux. L'œuvre s'achève sur un
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final en forma de fague , et sur ces mots :
Hosannah in excelsis.
Mors et Vita fut esécatée pour la première fois à Paria, au mois de mars 1886, au Trocadéro, sous la direction de l'auteur. M'** £rauss et Conueau ; Faure et un ténor anglais, Lloyd, interprétaient les sotos.
Au mois de mars de l'année suivante, l'Oratorio était entendu à Bordeaux, a^ plusieurs solennités musicales furent données en l'honnear du Mïdtre. A la suite d'un festival, un punch fut oSert à l'auteur de Faust. On porta des toasts, et M"* Terrestri récita une pièce de vers adressés à Gounod, pièce dans laquelle nous remarquons l'alexandrin suivant ;
Ta chantas te veau d'or, sans jamais l'adorer.
En effet, Gounod a chanté le Veau <£or dans le deuxième acte de Faust. Il l'a chanté aussi dans ses compositions religieuses. Je veux dire qu'il a fait retentir la note profane à l'église. D'un côté, B08 opéras sont remplis de morceaux d'un caractère religieux. De l'autte côté, sa musique sacrée empiète sur le domaine dramatique.
Cest ainsi que dans Rédemption, œuvre originale et variée, l'auteur a fait de nombreux emprunts aux rôles de Marguerite et de Juliette. Mors et Vita, ouvrage plus sévère, conçu sous une forme plus liturgique et par conséquent empreint d'une certaine monotonie , renferme
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aassi des passages qui conviendraient au théâtre. Citons notamment le beau morceau intitulé Judex où le thème est exécuté par les instruments à cordes. Cest uii effet de scène qui rappelle le fameux unisson de V Africaine.
On a dit, avec raison, que la musique de 6ounod exprimait la passion reli^euse, comme elle exprime les passions de la vie mondaine. Souvent la muse de l'auteur exalte sous la même inspiration l'amour divin et l'amour profane. Il y en a pour tous les goûts. Mais tous les compositeurs modernes en sont là ! Du moment où l'orchestre résonne dans les églises, le genre dramatique et le genre sacré se confondent inévitablement.
La ligne de démarcation entre l'art religieux et l'art mondain semble difficile à établir. On a beaucoup disserté sur cette question délicate. Pourtant, en se plaçant à un point de vue rigoureux, on peut marquer une distinction bien tranchée : La véritable musique religieuse, la seule qui convienne aux offices de la liturgie catholique, c'est le pur plaîn-chant, le plainchant ecclésiastique, musique essentiellement vocale. En dehors du plain-chant, la cérémonie religieuse tourne au Festival, et tous les admirables chefs-d'œuvre que les compositeurs modernes ont écrits pour l'Eglise appartiennent au genre dramatique. Si ce n'est du Théâtre, c'est tout au moins de l'Oratorio, ou de la musique de Concert.
410 CHABLE8 GODNOD
D*aatres compositions reli^euses de GouDod ont été insérées dans les Recueils de Mélodies. Ces recueils constituent une sélection du plus vif intérêt. On y trouve la vraie note du talent de Tauteurde Faust. Beaucoup de ces mélodies devenues populaires se distinguent par la pureté, par un charme expressif, par \me harmonie sobre et pénétrante. L'accent est personnel, et l'inspiration musicale déborde sous les formes les plus exquises. Qui n'admire ces cautilènes originales, dont nous avons déjà parlé : Le Soir, le PrintempSj le Vallon, Jésus de Nasareth f Et la romance si émue, si passionnée de Medjê ? Et V Envoi de fleurs sur les paroles d'Emile Augier ? Quoi de plus simple, de plus délicat, de plus persuasif ÇLue cette charmante phrase : Si Von veut savoir gui m'envoie
Mais la mélodie qui nous semble primer toutes les autres, c'est Venise, idée musicale très caractéristique, oîL apparaît une tendance vraiment géniale.
Venise fait partie du premier volume des mélodies qui se compose ainsi :
Les Champs (Béranger). — Seul/ La pensée des morts (Lamartine).— Ave Maria (prélude de Bach).— Le premier jour de mai (Panserat).
— Oma belle rebelle ! (Baïf).— Aubade (Hugo).
— Chant d'automne.— Le Lever (Musset).— Venise (Musset) — Sérénade (Hugo). — Le Vûi/on (Lamartine).— Le Juif-Errant (Béranger). — La Chanson du Printemps (Eugène
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Tourneux) —L'âme d'un Ange; La Rondinetla (Th. de Banville).— Jésus de Nazareth..— Mon habit (Béranger). — Le Soir (Lamartine), intercalé dans Sapho.
Ce premier volume contient en outre deux chœurs d' Ulysse, (le deuxième chœur des Naïades du premier acte ; le chœur des Snivantes fidèles du 3"* acte; chant d'Euricléo) ; et une cantilène qui avait été composée pour Philémon .et Baucis: Ni l'or, ni la grandeur....
Le deuxième recueil est non moins riche :
A une jeune fille (Augier). — Marguerite (0. Pradèro). — Medjé (Barhier). — Envoi de fleurs (Aogier). — Si la mort est le but (Louise Bertin). — Solitude (Lamartine). — Tombes mes ailes (Legouré). — Boire à l'ombre (Aagier). — Noël (Barbier). — Donnes-moi cette fleur fGozlan et Barbier). — Au Printemps (1) (Barbier). — A une bourse (Augier). — Hymne à la nuit (Barbier). — Ce que je suis sans toi(L. de Peyre). — Primavera (Gautier). — Crépuscule.
— Au départ, scène (Augier).— Au Rossignol (Lamartine). — Déesse ou femme (madrigal extrait de La Colombe). — Le Retour de Tobie (extrait de l'oratorio Tobie). '
Le troisième recueil contient plusieurs mélodies tirées des œuvres dramatiques :
La Pâquerette (Dumas fils).— Sur la montait) Vieiie, BuÎTona les sentiers ombreux Oil s'égarent les amoureux.
413 CHARLES aoUNOD
gne (Barbier). — A toi mon cœur (Barbier). — Mignon (Louis Gallet). — Où voulei-vous aller (Gantier).— Le Souvenir (Joseph Collin).— SZanche Colombe (Extrait de la Colombe). — Jérusalem (fragment de Gallia).— Prends garde I (&dcrbier). — Soi^ro (Barbier). —Le Calme (Extrait d« \^ Nonne sanglante : Un jour plus pur, 3" acte). — Aimon8-nou$ (Barbier).— Chanson du Pâtre {Sapho).—Je ne puis espérer {A.. Delpit). — Invocation (ouverture de Faust). — Chanter et souffrir (A. Delpit). — Le Ciel a visité la Terre (C" de Ségnr). — Absence (C de Ségur). — Rêverie (Barbier) sur le ballet de Faust).— La Reine du matin (Extrait de la Reine de Saba : Comme la naissante aurore.
Le quatrième recueil se compose presque en entier d'emprunts faits aux opéras :
Le Banc de pierre (Paul de C!houdens).— Oiseaux, taises-vous ! (fabliau du Médecin malgré lui). — Magali (Mireille) (1).— Notre-Dame des petits enfants (C" de Ségur). — Nuit silencieuse (1" acte de Cinq-Mars). — Qui vivra verra (Chanson de Stéphane au 2* acte de Ro— méo).—0 ma Lyre l stances de Sapho). —Ala
(1) Ponrttnoi cette délicieuee ch&iiBon est-ella cbantée au théâtre avec des éclatB de voix et lur an rhjthme de pae redoublé î L'auteur, il est vrai, a marqué le mouvement allegretto. Comme la mélodie gagnerait k être pour ainsi dire murmurée sur un mouvement moins rapide 1
Madone (Ange adorable... 1" acte de Roméo).
—Sylvie (romance de Sylvie au 2* acte de la Colombe). — Sainte it^Tvsae (dernier acte de MireiUé).~Temp[e, ouvre-toi ! strophes (4' acte àess Deux- Reines).— Bacchanale (les Bacchantes de Philémon). — Pitié pour les larmes! (c'est !a belle supplication de Mireille aux pieds de son père, fin du 2' acte>. — La Salutation angélique.— Esclave et Reine (3* acte de la Reine de Saba). — Le nom de Marie (C de Séfçur). — Aimons, mes sœurs (3' acte de Sapho).— Pariemoi d'elle (Extrait de la Colombe). — Prière du soir(E. Manuel). — Le Départ du Mousse (Pierre Barbier).
Ces ^[uatre recueils c(HDprennânt 80 m<»ceaux. Si l'on en défalque les emprunts. &its aux œuvres dramatiques et religieuses, on compte environ cinquante mélodies originales. Ces volumes édités par la maison Cheudeos (1> sont partout répandus. Ils fournissent chez les éditeurs ud riche répertoire pour l'abonnement à la lecture musicale.
Depuis le séjour de Gounod en Angleterre, la maison Lemoine a édité un recueil de 20 mélodies que GouDod avait composées à Londres :
Clos ta paupière. — La Fauvette. — Le pays
(i) La Sérénade, Jésus de Nasarelh sont la propriété de U maison Lebeau. VAva Maria, Mon Habit appartiennent à la maûoQ Heugel. (Editions, séparées).
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bienheureux. — Mon amour a mon cœur. — Chanson d'avril. — Heureux sera le jour. — Viens, les gasorts sont verts.^ Si vous n'ouvrez voire fenêtre. — Loin du pays. — Quanti mai. — A la brise. — La fleur du foyer. — Ma belle amie est morte. — L'ouvrier. — Que ta volonté soit faite. — Prière du soir. — Prière d'Abraham.— Les nias blancs. — Fleur des bois (duo). — Barcarola (duo).
Gonnod est Tauteur de quelqaes-unes de ces poésiea : Le pays bienheureux; Loin du pays ; Que ta volonté soit faite !
DaDS ces cantilèues, plus récenunent écrites, la muse de l'auteur n'est pas inspirée comme dans les premières mélodies. Les Lilas blancs, notamment, valse chantée dédiée à la fille de Régnier, n'est certes pas la meilleure œuvre du volume. La charmante femme, à qui la mélodie est offerte, méritait mieux. On trouve cependant dans ce recueil de bien jolies choses. Citons par exemple : La Prière du soir, paroles de Ch. de Lifçny. La musique en est exquise : mélodie d'ua caractère discret et tendre, bien digne du compositeur qui a écrit Faust. Voici la dernière strophe : '
Bn&Q celle qu'ici j'adore
Dans moa exil.
Pais qu'au ciel je la retrouve encore.
Ainsi soit-ill
Si rallosîou s'applique à Georgîna Weldou, oa
s« disputera quelque peu, U-haut, au sein mâme du Paradis,
Gounod, onle voit, eat ua musiciâQ fécond. Que de productions, et quelle œuvre considérable 1 Le M^tre a écrit dans presque tous les genres. Ëa 1862, à l'enterrement d'Halévy, il avait composa en rbonneur de sou ancien professeur, et sur un psaume de David, une des quatre strophes qui farent exécutées à la cérémonie religieuse. Les trois autres strophes avaient pour autears,Baztn, Victor Massé, Jules Cohen, tous élèves d'Halévy. — En 1869 , différentes œuvres de Gounod furent données à la Société des Concerts de l'Opéra, Société éphémère, dont les séances ne fureid; pas nombreuses.— Une cantate : A la Frontière, fut exécutée à l'Opéra le 8 août 1870. — Au mois de juin 1875, à l'inauguration de la statue de l'abbé de La Salle, fondateur de l'Institut des Ëcoles chrétiennes, on jouait à Rouen une cantate de Gounod, composée sur des paroles latines pour la cérémonie. — La môme année (mai 1875) , & une représentation de gala au bénéfice des Orphelins de la guerre, l'Opéra donnait une œuvre de circonstance :Le Memorare du Soldat. — En 1876, Festival à l'Opéra , pour célébrer le centenaire de l'indépendance des Etats-Unis : Chœur de Gounod , La Liberté éclairant le Monde. 600 exécutants , disait le programme. — En 1877, au Concert spirituel du Châtelet : Jésus sur la mer de Tibériade, psalmodie chorale. — La
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mfime anaée^ au Concert populaire, premiùre audition d'une saltarelle pour orchestre. — En 1878, jour de l'inauguration de l'Expositioa, grande cantate : Vive la France. — En 1886, au Conservatoire : D'un cœur qui faime , duo composé sur les paroles de VEstker, de Racine, etc., etc.
Nous ne pouvons tout mentionner. Le moyen le plus pratique de dresser une liste complète des nombreuses productions du Maître, serait de reproduire les catalogues des éditeurs, nomenclature qui serait trop longue. Nous nous bornerons à résumer quelques-uns de ces livres spéciaux.
GouDod n'a pas facilement trouvé d'éditears, au début de sa carrière. Il a subi le sort commun. En 1851, SapAo est représentée sans succès. La reprise, en 1858, n'est pas plus heureuse , et les droits d'auteur, pour ces quelques représentations, ne procurent pas la fortune à l'auteur. « Quant à un éditeur, dit Gounod (Z)e la propriété artistique).., pas plus que dans le creux de ma main I »
Après la représentation d'Ulysse, un éditeur se présenta : « Pour la première fois, continue Gounod, je vis briller dans ma nuit d'artiste ce rajon consolateur qu'on nomme un éditeur... Rien ne peut donner une idée de ma joie... Le sauveur eu question fut M. Escudier qui eut la générosité de m'acheter mon ouvrage pour rien!... Kienice
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n'était guère pour moi qui étais loin de roulor sur l'or... »
Nestor Koqueplau avait monté Sapho à l'Opéra. 11 monta aussi La Nonne Sanglante. Mais, après quelques représentations de cet ouvrage, il fut remplacé, comme directeur, par Crosnier, et le premier acte de l'administration nouvelle fut de vétiver La Nonne Sanglante de l'affiche.» Tant que je serai directeur, disait Crosnier, je ne jouerai pas une pareille saleié ! » Et Gounod de s'écrier : encore un cbeval tué sous moi I
La Nonne Sanglante ne trouva pas d'éditeur.
Les frais de la partition piano et chant furent faits par M"* Zimmennann, et le volume, édité chez Brandus et Dufour, alla plus tard s'enfouir dans les magasins de-M. de Choudens. L'œuvre était classée.
Noos arrivons à l'année 1855, époque à laquelle le musicien entreprend de composer Fausf. Nous savons par quelles circonstances le travail fut interrompu. (V, notre chapitre : Gounod écrivain). Goimodahandonue son opéra pour écrire le Médecin malgré lui. Pour la première fois, un éditeur ofîre de l'argent. Colombier acheta cette partition 4,000 francs, sur lesquels un tiers revenait, non pas à Molière, mais aux librettistes.
C'est en 1859 que M. de Choudens entra en relations avec l'auteur de Faust. Nous avons dit comment et à quelles conditions Fausi fut acheté (V. notre chapitre : Faust). A partir de cette époque, M. de Choudens fut jusqu'en
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18711' éditeur de Gouiiod(l). Sap^, Ulysse, la Nonne Sanglante passèrent dans la maison, ou ' furent édités aux frais de M°"< Ziaunermanu. Les autres opéras furent achetés aux prix sui~ vants. Du molos voici la part de l'auteur de la musique, ainsi qu'il résulte des renseignements extraits des brochures de M*" Weldon :
Faust, Philémon, la Reine de Saba, 6,666 fr.
pour chacun de ces ouvrages. — Mireille, 13,333 fr. — Roméo, 33,333 fr. — Les deux Reines, 5,000. — La Colombe, 3,000.— Ballet de Faust, 2,000. — Tobie, 1,000. — Les mélodies auraient été achetées à 500 îr. pièce, et chaque duo 1,000 francs (2).
La maison Cboudens a en outre édité Gailia, Jeanne d'Arc, le Tribut de-Zamara, le nouveau ballet de Roméo, les quatre recueils de Mélodies. Elle a édité encore un volume de 15 duos, cinq recaeils d'airs de concours pour différentes voix, un recueil de 6 cantiques, ixa recueil de 12 chœurs et une cantate : Le Temple de VHar~ monie (3); Les Couronnes, trois chœurs à 3 voix égales ; Les Martyrs, scène chantée. — Messe à deux voix égales. — Messe brève en ut majeur.— La symphooie en mi bémol (n° .2) (orchestre et
(1) M. de Choudens père est mort eu novembre 1838, laiesuit deux âls MU. Àntonj et Paul de Ghoudens.
(^)Sdan Orphelttiat. Les affaires, p. 53.
(3) Ces recueils de duoa et chcenrs constituent une BÔlection des œuvres dramatiques et religieusea.
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àrraa^ment pour piano) — et bon nombre d'autres pièces, des cantiques, des motets; marche pontificale, etc., etc. — Pour orgue ou harmonium, lao morceaux religieux destinés au service divin (2 volumes). C'est un arrangement qui fait passer en revue la musique de théâtre du Maître. Les mélodies profanes se transportent ainsi à l'Eglise en introït, offèi'tgitvs, élévations, communions, etc. Eu cherchant bien je crois qu'on trouverait des airs de baJUets transcrite à l'usage du service divin. Inutile d'ajouter que Gounod n'est pas complice de ces adaptations. — Un autre volume de 50 morceaux religieux. — Un volume de 153 chorals (Choix de chorals de J.— S. Bach, avec une préface). — Plusieurs pièces de musique vocale sans accompagnement, entr'autres le Chœur des Amis, et quelques morceaux pour demoiselles et enfants, etc.
Notre liste, nous le répétons, n'est pas une nomenclature exacte et chronologique. C'est un simple aperçu, et nous procéderons de même pour les autres éditeurs. Quant aux transcriptions, arrangements pour piano selon tous les degrés de force, selon toutes ■ les mains, ils se multiplient à l'infini. Cest une véritable inondation.
L'éditeur Lebeau a publié un grand nombre d'œuvres religieuses du compositeur. Gounod était mfùtre de chapelle aux Missions Etrangères quand il entra en relations avec M. Lebeau
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père. On conserve encore chez l'éditeur un petit oabier rempli d'annotations et de musique manuscrite du m^tre de chapelle. C'est une précieuse relique qu'il nous a été permis de feuilleter, et où nous avons vu cette écriture ferme, tracée d'une main posée, soit à la plume, soit au crayon. Comme dans la plupart des manuscrits de Gounod, les ratures sont rares.On dirait l'ceavre d'un copiste amoureux de calligraphie.
Voici un aperçu du catalog^ue de la maison Lebeau :
Musique chorale :-un grand nombre de chœurs généraux parmi lesquels : Tout Vunivers est plein desa magnificence. (Double chœur). — Vive l'Empereur ! — Près du fleuve étranger. (Super . flumina).— Dans cette êtable (Noël du XVIII* siècle). — Prière àMarie. — etc., etc.
ChcBurs à quatre voix d'hommes : La Cigale et la Fourmi. — Le Corbeau et le Renard. — Hymne à ta France. — Chœur de chasseurs. — Le vin des (kiulois et ta Danse de l'Epée. — Chant des Compagnons.— Prière du soir et du matin. — etc., etc.
Un grand nombre de chœurs à trois voix égales, destinés à célébrer l'Ecole et l'Enseignement : La Distribution des Prix. — Les Vacances. — L'Angetus. — Le Catéchisme. — L'Ecriture. — La Grammaire,— Le Dessin. — etc.
Musique religieuse : Messe solennelle de Sainte-Cécile. — Messes chorales: n' I ,auxorphéonistes,à trois voix d' hommes ;n' 2, aux Sociétés
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chorales, à quatre voix d'hommes; (réduite à trois vois égales) .— Messe funèbre. — Chcears religieux, pièces originales ou tirées des messes. — Un grand nombre d'O Salutaris , d'Ave Verum, Pater Noster, Domine Salvum, des Motets. — Les sept paroles du Christ, chœur à quatre voix. — Jésus de Nazareth.— etc., etc.
Parmi les morceaux de piano, citons douze pièces : VAngelus. — Menuet. —Les Pifferari.-~ Musette. — Bald'enfants. — Sérénade. — Royal menuet. — Nazareth. — Prélude. — Invocation. — Pastorale. — Danse de l'épée.
Pour piano, violon et orgue: Sérénade. — Hymne à Sainte-Cécile.— Quintette de cosi fan ïM^e (violoncelle).
La maison Lebeau est propriétaire de la Sérénade. Disons, en passant, que c'est une mine d'or pour l'éditeur.
Une autre mine d'or appartient à la maison Heugel ; VAve Maria sur le prélude de Bach, morceau dont les arrangements de toutes sortes ont produit d'importants bénéfices.
La maison Heugel a encore publié : Dapacem.
—Invîolata, àdeux voix égales.— Ave verum, à deux voix. — Mon habit. — Deux vieux amis, — et La jeune religieuse de Schubert, transcription par Gounod pour violon, piano, orgue.
A c6té de la maison Heugel, la maison Colombier où la partition du Médecin malgré lui a
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été publiée ainsi que la première symphonie onr^(l).
Un autre ouvrage moios counu a paru chez le même éditeur. C'est une Méthode de cor à pistons par Ch. Gounod, prix de Rome, in-folio de 19 pages. Qui le croirait t L'auteur de Faust a commencé par écrire pour le piston I Dans un avant-propos, Gounod fait valoir les avantages de l'instrument, et il vante le cor à pistons fabriqué par M. Raoul, facteur et fournisseur du Roi; ce qui donne une date à la publication de cette méthode.
La partition de Cinq-Mars a été édités chez Crus, ainsi qu'une marche religieuse, et la Saltarelie.
La partition de Jeanne d'Arc (S) a pour éditeur Gérard, (ancienne maison Meissonnier). Ilala, stances à Livingstone, a été également publié chez Gérard.
Dans ces dernières années, l'auteur de Faust s'est intéressé à la carrière artistique de M"* Georges Palicot (Marie Schneckeuburger), élève de Gailmant et Delaborde. Avant de se
(1) Arrangée pour le piano à quatre maias par Georges Biiet.
(!) Partition piano et cbant arranerSa par Georges
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prodoire dans les Concerts, tant en France qu'à l'étranger, M"' Palîcot avait tenu par intérim les grandes orgues de S'*-Marie desBatignoUes et de la Trinité. Excellente musicienne, elle n'a pas voulu se confondre avec les nombreux virtuoses du piano. Elle s'est créé une spécialité, en Jouant avec un incontestable talent du piano-pédalier. Malgré les perfectionnements apportés récemment par les maisons Ërard et Pleyel à ce lourd instrument, le pédalier, aux basses brutales, nous parwit une annexe inutile au piano. Les doigts des pianistes nous sufBsent amplement. Que leurs pieds gardent le repos I Le pédalier est surtout utile comme terrain de préparation à l'étude du clavier de pédales du grand orgue.
Gounod a voulu flatter la talent de M"* Palicot, »t il a écrit spécialement pour elle quelques pièces pour orchestre et piano-pédalier : Danse Roumaine, Hymne national russe ; et Suite Concertante. Pour piano-pédalier seul : Cansonetiaen ré, Choral et toccata en fa.
La Fantaisie sur l'hymne national russe, publiée par l'éditeur Alphonse Leduc, a reçu plusieurs arrangements, notamment un arrangement spécial, pour deux pianos, par Gounod.
La Suite Concertante, éditée également chez Leduc, a été arrangée à doux pianos par Saint- Sagns, et pour piano seul par Pierué. Elle a été récemment transcrite pour piano à quatre mains par Charles de Bériot.
Cette Suite Concertante, où l'on distingue en
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maints endroits le style d'Hœndel et Mozart se divise en quatre parties ; Entrée de fête, La Chasse, Romance, Tarentelle.
Gounod a composé quelques ouvrages de musique de chambre. Les abonnés du concert La Trompette, de la Société de musique de chambre pour instruments à vent (Salons Plejel), et du quatuor Mendels ont pu entendre ces compositions. Je citerai notamment un Quatuor, et un Nonetto, petite symphonie pour fiûte, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 cors et 2 bassons.
Le Maître a peu sacrifié au piano.Cependant il n'est pas l'ennemi acharné de cet instrument trop universel (1). Dans une de ses lettres intimes, et en parlant d'une de ses mélodies, l'auteur de Faust écrit ; ■ J'aime tant le piano là dedans ! On peut si bien le modérer et l'enrichir, sans dévorer la voix I » (Lettres et Documents, p. 47).
Ne nous égarons pas à parler ici du piano, de ses pompes et ses œuvres, des services qu'il peut rendre, et du grave tort qu'il a porté à l'art. Terminons notre examen rapide des catalogues.
(1) Dana denx opusculea publiés en 1884 et 1865 chec Dentn, nooB avoua easajé de démontrer l'influence per* nicieuse que le piano % exercé, parcertain8cOté8,sar l'Art Huaical :
Origines, variationt tt avenir de notre lonatité. De la mauvaise in/tuence du piano fur tArt Musical. Etude SUT les inslrumenls à clavier : clavicordt, piano.
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Chez réditeur Lemoine :
Marche funèbre d'une Marionnette. — Dodelinette. — Vive la France. (Transcrit pour orchestre militaire par Sellenick). — La partition de Polyeucte. — Jésus sur le lac Tibériade. — Messe du Sacré-Cœur de Jésus, à quatre voix. — Messe brève à quatre voix. — Miserere, chœur à quatre voix. — Passacaille. — Hymne à St-Augustin.
— Petit Scherzo pour deux contrebasses. — Messe à la mémoire de Jeanne d'Arc. — La vision de Jeanne d'Arc. — (Violon et orgue, ou orchestre).
— La Salutation angélique. — Ave Maria. — Etc.
Biondina. — Le recueil de 20 mélodies dont nous avoQJS parlé plus haut, — et un grand nombre de mélodies séparées parmi lesquelles nous citerons :
Viens mon cœur (Avec violoncelle). — V Absent. — Chant des Sauveteurs bretons. — Réponse de Medjé. — Chanson de la Glu. — Les deux pigeons. — Elle sait ! — Dernières volontés. — Voix d' Alsace-Lorraiine. — Vierge <r Athènes. — Passiflora. — O Salutaris à trois voix. — Memorare (duo). — Le Loup et l'Agneau (quatre voix). Quelques cantiques ; plusieurs autres duos, chœurs, etc., etc.
Nous en avons fini avec les catalogues. Nous devions les raprodaire par fragments, car ils nous montrent la variété et l'universalité de l'œuvre da
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GoDDod. Cet homme, ddpitis un demi-alècle, trayeUle opiniâtrement ; U a produit sans rel&che. Bien qu'à ce titre il mérite une attention toute particulière.
C'est au colley que nous aTons pris le mtisicien, et nous avons soÎTi sa brillante carrière par nn examen plus analytique que ciitique de ses nombreux ouvrages. Noua avons été sobre d'appréciations personnelles. Pour conclure, nous observerons la même réserve. H ne nous convient pas de verser l'encens ou le blâme sar l'cBuvre musicale d'un artiste vivant, d'un musicien comme Gounod.
plus tard, dans un long temps, je l'espère, lorsque le Maître aura disparu de la scène mnsi' cale, lorsque l'auteur de Faust appartiendra à la postérité, les biographes pourront saisir leur proie. Ils rendront leurs arrêts avec plus de liberté, plus d'autorité et pins dé désintéressement. Si Bizet vivait encore , est-ce que la Critique rendrait à VArlésienne et à Carmen l'hommage qu'elle lui rend aujourd'hui? La Critique contemporaine est oublieuse ou injuste; et elle se trompe si souvent 1
Plus tard donc, on retracera d'une façon plus complète la vie de Gounod; on fera connaître des détails plus intéressants, des incidents curieux, et un grand nombre de particularités que nous avoiu voulu garder sous silence. L'existence privée du musicien, son caractère, sea flauvrea seront étudiés d'une fagon pdus intime.
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A quoi nous servirait-il aujourd'hui de répétât ce que tout le monde sait, de dire, par exemple, que Gounod a sa rue dans le XVUr arr(mdissement de Paris, qu'il habite, au coin de la rue Montchanitt, avec son beau-frère le peintre Dubafe, un hôtel somptueux, dont la galerie da second étage est garnie d'objets d'art ? Si tou6 pénétrez dans son cabinet de travail^ dans te Sanctuaire.Tous verrez, au fbnd, un orgue d'église il tuyaux. Ceat une salle de musique avec un grand piano à queue et une belle bibliothèque remplie d'œuvres littéraires et musicales. Près de la fenêtre, une table-bureau dans laquelle se dissimule un autre piano. Au moyen d'un truc, le clavier se découvre à volonté .
C'est Ih que le Maître reçoit les visiteurs. Le jeudi est le jour réservé ans: étrangers. Ses amis sont accueillis chaque jour avec afi^ilité et bienveillance. Dans cette immense {ûèce, on a vu bien souvent l'auteur de Faust vêtu de velours noir, le cou entouré d'une cravate ilottante, et les pieds emprisonnés dans de petits souliers de femme, car il y a toujours un peu de la femme chez Gounod. Sa conversation est charmante et persuasive. Le musicien est un causeur spirituel et éloquent. Sa |^ jsionomie est mobile, sa voix est douce, et quand il parle, on dirait de la mui»que.
Gounod a deux enfants: son fîls Jean qui a épousé M"* Galand, fille du peintre décorateur ; sa fiUe, Jeanne, qui, au xaoia de mars
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1886, a épousa M. te Baron de Lassus. Le Nonce du Pape a béni, à l'église Saint-François de Sales, l'union des jeunes mariés. M. Jean Gounod s'occupe de peinture. Son père, lui aussi, a, dii-on, manié quelque pen le pinceau et la pa~ iette. Mais la musique de Gounod vaut mieux, beaucoup mieux, que sa peinture.
Qui n'a vu le maître soit au Théâtre, soit an Concert, soit le dimanche à l'église St-Âugostin à la messe d'une heure, pendant laquelle il reste prosterné, la tête cachée entre leâ deux mains ? Il prie, à moins qu'il ne compose! Qui ne connaît cette belle tôte couverte de cheveux blancs 7 C« n'est plus la figure du jeune lauréat de Flnstitut telle que l'a montrée Ingres. Un demi-siècle a passé I Ce n'est plus la tête représentée par plusieurs bustes, notamment par le buste de Carpeaux. La physionomie du musicien nous a été rendue de profil par le beau portrait d'^e De launay. Là, Gounod semble plus recneUli. La pose est moins théâtrale que celle des portraits placés à l'étalage des éditeurs. Cest un Gounod plus intime. On sent là le rôveur et le poète.
Ajoutons que le 9 août 1877 il a été promu commandeur de la Légion d'honneur, et Grand.
Offîcier, en 1880, lors de la fête nationale du 14 juillet. Depuis 1860, il a reçu un grand nombre de décorations étrangères. S'il existait une distinction spéciale pour le Mérite Musical, Gounod devrait être grand chancelier de l'ordre.
Que de renseignements nous pourrions encore
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roproduire sur cet homme émioeut non seulement en musique, mais en toutes choses, sur ce grand artiste qui a séduit, charmé, conquis toute une génération, et qui a eu tant d'imitateui Les imitateurs de la musique de Gounod ont é nombreux. Qu'ils sont éloignés du modèlt Saint-Saëns et Bizet, eux, ont suivi une vo indépendante. « Tout le monde fait de la musiqi de Gounod, écrivait un jour Reyer, mais jusqu présent, c'est encore celle de Gounod que préfère.»
Enregristrerons-nous les reproches que l'on adressés, à un point de vue général, au comp( sitenr ? On a dit qu'il avait employé à satiété d formules et des procédés, comme la note tenu les unissons, les marches harmoniques. On a d que, dans son orchestre, les parties instrumei taies ne manquaient pas, pour obtenir certaii effets, d'envelopper le motif en se déroula:
d'une manière invariable. On lui a reproché su tout de pratiquer avec excès ce que l'on appel en terme de métier la Rosalie, c'est-â-dire ( répéter plusieurs fois de suite le dessin mélod que, en progressions régulières, sur les degrés < la gamme. C'est une formule, une espèce d'im tation. Le mot Rosalienons viendrait d'un anci( chant populaire italien (Rosalia mia cara) doi la mélodie est édifiée sur ce principe, ou d'i refrain allemand, ou encore d'une chantéui appelée Rosalie, qui, selon Grétry, aurait mis la mode cet ornement vocal. Quelle que so
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l'étymologie da mot, la Rosalie a été employée par les plus grands miittres. Hœndel et Mozart ne l'ont pas dédaif^^ée. Elle est iohéreiite à l'art de la composition musicale, et, s'il est vrai que Gounod ait abusé de ce procédé, le maître a aoavent écrit des Roaalies empreintes d'une véritable inspiration.
On a dit encore bien d'autres choses sur la musique de Gounod ; on a traité d'expédients ses cbœura de femmes, ses chansons de pâtre.
Wagner prétendait que le compositeur avait recours à tous les moyens.
Tout cela est le petit côté de la question. On aura beau critiquer les procédés et les formules, Gounod n'en reste pas moins l'auteur de Faust et du Médecin malgré lui. Son originalité est bien tranchée. Il la pnise non pas tant dans les moyens employés, ni dans sa science, que dans sa nature même. Les belles pages qu'il a écrites sont marquées par un accent tout personnel. Cet accent dérive à la fois de l'homme et du musicien. C'est l'accent de la prière, de l'extase, de l'adoration perpétuelle; c'est le sentiment de l'apothéose, de la béatitude, sinon du désir.Cest aussi le charme, le rêve, la grâce légère, et, quand il le faut, le badinage. Un arrangement harmonique, d'an parfum doux et capiteux, vient parfois relever ce genre d'expansion musicale. L'acte du jardio, dans Faust, est une essence, un élixir concentré qui caractérise la musique du Maître. Gounod en a semé les gouttes sur ses composî-
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tioDS. Il y a, çà et là, dans ses œuvres, quelque chose du boudoir, et Toilà pourquoi sa musique plaît tant aux femmes. L'auteur de Faust a su lescoaquérir et les charmer. II s'est pour ainû dire mis dans leur être. On croirait qu'il a ressenti lui-môme, pour mieux les rendre, les impressions de la femme aimée, ou les ardeurs de la religieuse qui s'extasie et se dépense dans la contemplation. Musique amoureuse, soit ! Mais d'un amour discret, contenu, étouffé, et qui invoque le Ciel.
Une fois, te Maître a fait éclater le transport amoureux dans toute sa vigueur. C'est au troisième acte de Faust, quand Marguerite, à sa fenêtre, se livre toute ûrémissante à ses peosées, sous les rayons de la lune... H m'aime! dit la jeune fille, et toutes les voix de la nature semblent lui répéter ce mot magique. La passion déborde ; Ah! qu'il est doua; de vivre ! Marguerite n'y tient plus. Elle appelle Faust : Viens ! crie-t-elle à son bien-aimé qui s'élance vers elle au milieu des harmonies savoureuses do l'orchestre. Voilà un morceau capital, où la musique peint le Réalisme dans toute sa vérité, et dans toute sa force. On a prétendu que le genre de Gounod visait surtout au mysticisme. Dans tous les cas, ce n'est pas dans l'acte du Jardin.
Le côté saillant et digne de remarque est cet accent personnel que nous avons essayé de défi nir, et qui doit primer, dans l'examen de l'œuvre^ le côté scientifique, c'est-à-dire les moyens d'or-
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chestre, les procédés harmoniqaes et les Rosalies. Cette note particulière a un mérite indéniable : elle émeut le public. La preuve en est dans la persistance du succès et de la faveur qui s'attachent aux principales compositions du Maître.
Gounod est entré dans la vie artistique à une époque déjà éloignée de nous. Depuis ses débuts, de grandes choses se sont accomplies : Wagner s'est imposé en France, et ses œuvres, si différentes des oeuvres de Gounod, ont produit dans notre pays une impression retentissante et durable. Gounod a-t-il été atteint par cette Révolution dans l'art musical? A-tr-il changé sa manière? À-t-ii suivi de nouvelles tendances ? Non. Il est rivé à son œuvre par sa nature, et son œuvre est intacte. Tout en suivant le mouvement waguêrien,ila gardé ses convictions musicales. Il n'a pas bronché. Gounod a continué partout etquand môme à faire de la musique de Gounod ; et le public, aussi bien en France qu'en Allemagne lui est resté fidèle. Quelque jugement que lui réserve la postérité, l'auteur de Faust aura jeté sur notre art contemporain un rayon lumineux , qui lui donne une place à part parmi les grands musiciens.