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Safe
où elle fut de retour en très peu de temps, non pas cependant sans avoir été contrainte, malgré sa bonne volonté, de s'arrêter de temps à autre sur une clôture où sur une roche pour se reposer.
En voyant la lettre, elle dit tristement : ce n’est pas de lui ; mais je suis toujours contente, c’est de cette bonne Émilie.
Quand elle en eut terminé la lecture, elle devint pâle, de rouge qu'elle était : ** Mère Paquet, dit-elle, vous allez me faire quelque bonne tisane bien chaude. Je vais me mettre au lit; car je suis malade, bien malade.”
En effet, elle frissonnait de tout son corps, et ses dents s'entrechoquaient convulsivement dans sa bouche.
Voici la lettre d'Émilie :
+ Ma chère amie,
* Tu n'as point répondu à ma dernière lettre, ce qui m'inquiète ur peu. Réponds à celle-ci, ou je me fâcherai tout de bon contre toi. J'espère au moins que tu n’es point malade, et qu’il ne t'est rien arrivé de mal.
** L'été est triste à Québec comme toujours. Tout le monde est à la campagne. Nous avons fait comme tout le monde, nous sommes descendus toute la famille à R....,, jolie paroisse de la côte du Sud.
* I] faut dire aussi que nous étions invités, et pour un bal encore ! C’est inviter son monde de loin, n'est-ce pas ?
“Te souviens-tu de Clorinde Wagnaër, cette grande fille un peu brune qui est sortie du couvent quelques semaines seulement après que tu y es entrée ? C'était elle qui donnait ce bal. Elle est fille unique; sa mère est morte depuis longtemps, son père lui laisse faire tout ce qu'elle veut : il est très riche et il est fou de sa fille.
+ C'était un bien beau bal, je t’assure; ma mère dit qu'elle n’a jamais rien vu de pareil. Il y avait beaucoup de monde et rien n'avait été épargné.
‘Je crois que j’ai fait une conquête à ce bal. M. Jules de Lamilletière a été rempli d’attentions pour moi. C’est le fils aîné du seigneur de l'endroit, ni plus, ni moins. “il se déclare, je te tiendrai au courant de mes amours.
‘“ Clorinde est beaucoup plus avancée que moi. Elle à pour cavalier le plus charmant garcon qu’on puisse trouver. Il est très instruit, rempli de talents et d'activité, et il aura une bonne petite fortune. Il se nomme M. Charles Guérin. Ils s'aiment tous deux à la folie. Clorinde est une bien charmante fille. Elle à embelli depuis qu’elle a quitté le couvent, et elle tient plusqu’elle ne promettait.
‘“ Cela me fait penser que tu ne me parles de rien de semblable dans tes lettres. Est-ce que personne ne te fait la cour? Les jeunes gens de ta paroisse et ceux qui passent par là n’ont donc pas de goût ? Je suis persuadée qu’il se passe quelque chose que tu ne me communiques pas; et c’est peut-être pour cela que tu nr'écris si peu souvent. Ce n’est pas bien. mademoiselle, je n’ai rien de
caché pour vous, et 11 faut absolument que vous me fassiez
votre confidente.
‘“ J’attendrai avec impatience ta prochaine lettre; je suis certaine d'apprendre quelque chose de nouveau. ‘ En attendant, je t'embrasse de tout mon cœur. ‘ Ton amie sincère,
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