‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 53 sur 94 · DRE · texte numérisé non relu

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cent cinquante.—deux cent cinquante,—et cent cinquante encore, onze cent cinquante louis en tont ! Rien que cela.

—Mais c'est épouvantable !

—Épou rantable, non ; mais c’est très désa couru la haute et la basse ville toute la matinée pour trouver ces diables de cent cinquante louis, afin de ne pas vous causer d'inquiétude; mais il n’y a pas moyen. Je ne voudrais pourtant pas voir vos propriétés ni les miennes

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saisies pour si peu de chose. Je suis venu voir si vous n auriez point quelque expédient à suggérer.

Aucun,je vous assure... Arrêtez un peu cependant... . tiens ;...mais non, il ne me reste plus que quarante louis en main; et il me faudra, le mois prochain, payer les hommes qui font mon bois...... Il est vrai que c’est le dernier paiement que j'aurai à faire, et que, ce printemps de bonne heure, mon moulin à scie sera en état de marcher ; mais d'ici à ce temps comment faire ?

— Voyons; vous ne trouvez pas quelque moyen ?

—Mon Dieu, non !

—Eh bien! il va bien falloir que le shérif annonce quelqu'un de vos lots de terre ou des miens en vente...

—Mais...

— Il n'y a pas de mais. Pensez-vous que les banques prennent des #ais en paiement ? Il y aura peut-être moyen d'arranger cela avant que la vente ait lieu. Je compte bien réaliser la somme et davantage d'ici à ce temps. Aujourd'hui ça serait impossible. On ne trouve pas des cents louis tous les jours, et j'ai mes affaires et mes billets à rencontrer pour mon propre compte. On sent sa peñu plus près de soi que sa chemise, qu’en dites-vous ?

— Pensez-vous que l’on saisisse quelqu’une de mes propriétés d’abord ?

—Datne ! cr dépend;...ca serait bien plus raisonnable,

1 “it du compte, vous êtes le premier endosseur... : donc, en supposant que cela arriverait, où

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en Ôôtes-vous avec vos autres affaires ? Avez-vous des billets à rencontrer ? devez-vous à quelqu'un? Enfin avez-vous besoin de crédit ? Ca compromettrait-il votre crédit ? Ca dérangera-t-il vos affaires ? Vous sentez bien que je serais au désespoir de vous faire le moindre tort : car, après tout, é’est moi qui vous ai fourré là dedans. M. Voisin n'a pas manqué de le dire tout net. Ilme l’a bien jeté par le nez. Il est un peu chiche, je crois, votre ami. C’est un hère, un petit juif.

—Oh! à la vérité, je ne dois que deux cents louis à part de ce maudit billet.

— Hum! ça fait une jolie différence avec moi. Vous n'avez pas d'idée du tort que ça me ferait de voir une de mes propriétés dans la Gazette... si bien que ça pourrait être ma ruine. Je vous avouerai entre nous que d’avoir laissé protester ces deux billets et de m'être laissé poursuivre, ça ne na pas fait de bien à la basse ville. Ce serait bien pis, si les choses allaient plus loin. Diable! c'est qu'on dirait : voilà Wagnaër fini. Et dans le commerce, mon cher, quand on dit qu'un homme est fini,...iln’en faut plus parler... .il est fini. Ca vous le tue net. Il serait riche comme Crésus, qu'il faut fermer boutique. Qui saurait que vous n’en souffririez rien, il vaudrait mieux que l’on saisit un de vos lots, puisque ça ne sera qu’une frime,...

--Oh ! mon Dieu! et ma mère ! Elle mourrait bien d'inquiétude, si elle voyait la moindre des choses. ..,

—C'est vrai,cette pauvre madame Guérin,...je n’y pensais plus.

—Klle se croirait ruinée tout de bon.

—C'est comme Clorinde. Que va devenir cette enfant ? Elle prend tant l'inquiétude à cœur ;.., si elle avait la moindre idée que je suis gêné !... Mais qu'est-ce que je dis 1à?... gêné,... en voilà par exemple des histoires. Dans un mois, dans deux mois tout au plus, j'aurai réalisé cette bagatelle. Combien ça prend-il de temps, déjà,... une vente de shérif ?

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— Mais si vous pouviez payer dans deux mois, comme vous dites, vous en auriez de reste.

—Je n’en ai pas le moindre doute. Tenez: voulez-vous que je vous dise, nous allous d’abord faire notre possible pour trouver de l'argent ; et puis, si nous n’en trouvons pas, ma foi, nous courrons notre chance. Il ne faut pas se casser la tête pour si peu de chose. Votre ami Voisin va se mettre

A , . . se en quête d'argent et il est bien probable qu'il vous en procurera, Je lui ai donné quelques petites poursuites à intenter contre de pauvres diables que j'avais ménagés jusqu’à présent ; avec cela nous ferons une partie des fonds.

Dans tous les cas, si l’on procédait contre vous, ne sovez pas en peine: j'y verrai à temps. Allons, bon courage, cher monsieur, au revoir !

Et M. Wagnaër sortit brusquement, laissant son gendre

D D en perspective tout étourdi de ce qu'il venait d'entendre.

— C'est toujours un excellent homme, se dit-il, réflexion faite, que ce M. Wagnaër. Franc et loyal dans ses procédés, un beau-père bonasse et généreux comme les

? D beaux-pères des vaudevilles que j'ai lus dans Ja collection du théâtre français C’est bien le même type. Et dire que nous avions des préjugés contre ce brave homme !

Puis, se frappant le front,...quand on songe que je n'ai pas même pensé aux recommandations de Clorinde ! C’est un bonheur, après tout, car lui demander sa fille dans un pareil moment, qu'aurait-il pensé de moi”? D'ailleurs, c’est entendu... .il me traite évidemment de beau-père à gendre.

Le lendemain, au bal de madame Norton, Clorinde fut bien triste. Charles lui dit qu'il avait vu M. Wagnaër. mais qu'il n'avait osé lui parler de rien. Il ajouta que, puisqu'il avait été lui faire sa première visite, il y avait tout lieu d’espérer un succès complet et que la partie, pour

différée, n’était point perdue. Clorinde ne répondit rien. Quelques jours plus tard, elle quittait Québec avec son père.

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