‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 54 sur 94 · LA TERRE PATERNELLE · texte numérisé non relu

LA TERRE PATERNELLE

ST" ÉTAIT duns le mois de mai 1832

DR Il y avait un peu plus d'un an

la première fois avec Clorinde.

2 [n’était pas encore dix heures «X#du matin, ét plusieurs groupes d' habitent ‘assemblés devant la

. . LA 4 principale porte de l'église de R... s’entretenaient entre eux d'un événement qui devait avoir quelque importance, à en juger par l'animation qui régnait dans leurs discours.

Une demi-douzaine de ces jeunes garçons espiègles et tapageurs qui s'appellent d'ordinaire, par excellence, les

jeunesses d'un endroit, et que l’on ne pourrait mieux com-

parer qu'aux gamins de nos villes, étaient juchés sur le mur du cimetière, et les quolibets qu’ils lançaient dominaient le bruit de toutes les conversations.

—Comme ça, Jean Larrivé, disait l’un d’eux, t’es ben sûr qu’ c'est le garçon au Éaote Toupin qui va faire c'te criée ?

—Quand j'te l’dis.

—Ben! va mal passer son temps.

—Tais-toé done ; son père était- pas-z-huissier ?

—Pourquoi qu'il lserait pas lui-z-aussi ?

—Queu noblesse de Toupin ! huissiers de père en fils !

—T va mettre son habit à poches.

—Avec quoi qu’i se carre, qu’ c’est pas rien !

—Va-t-on rire mais (1) qui lise ses pataraphes.

(1) Mais que pour lorsque.

fl que Charles s'était rencontré pour

He HA

rene

Eau

—V'\à un mois qu son père l’exerce.

—Tous les soirs il ÿ fait répéter sa leçon.

— Quand il était à l’école, il disait toujours : quand je s'rai--huissier comme mon père !

—V'là-t-" pas le bonhomme Jean Pierre qu'arrive. ce’ pauvre vieux qu'a de la peine à marcher.

—[ marcheruit encore plus doucement, ST portait ses sues d’écus su son dos. |

— Allons, v'Ià que ça vient, v'là des messieurs pour tout d'bon qu'arrivent.

— Écoutez done, les gros bonnets, À, est-ce que vous allez

est-ce que çà va pas commencer !

pas vous r'imuer *

Les habitants respectables auxquels s'adressaient ces derniers mots étaient trop occupés à converser entre eux pour qu'ils fissent la moindre attention à cette question.

— Vrai, disait l’un d'eux, vieillard à la barbe blanche et qui appuyait son menton sur sa main et son coude sur son genou, car il était assis au pied du mur ; vrai, mon pauvre François, je ne voudrais pas mettre un sou sur cette enchère. C’est trop juste que ces pauvres enfants rachètent à bon marché le bien de leur défunt père. C’est trop raisonnable ce que M. Wagnaër nous à fait demander, de ne pas mettre sur cette terre. Je compte bien aussi qu'il n’y aura pas un honnête homme dans la paroisse qui voudra aller à la rencontre de c’t'affaire-là, parce que c’est trop juste.

—Pour moi, j'espère qu'il y aura toujours bien de quoi couvrir mon obligation, et puis, ce sont d’honnêtes sens ; il n’y à rien à craindre avec eux.

— Combien qu’elle se monte déjà votre obligation, père Deschênes ?

—Deux cents louis.

—Ah! ça n’est quasiment rien, pour e’ que vaut cette terre.

—Mais dites donc, François Guillot, vous qui d’vez

RÉ SSL EL LL eu

RE an art

To

es

CZ

je hr a AE rc

VETENAMENS

connaître ces affaires-1à à fond, il me semble que M. Wagnaër a eu une fameuse envie de cette propriété-là un temps ?

—Oui, mais il ne s'en soucie plus... et puis, d’ailleurs, à présent elle va se trouver dans la famille,

— Ah! cest done vrai ce qu'ils disent, que monsieur Charles va se marier avec mamz'elle Clorinde ?

—Diame ! ça en a ben d’ l'air.

—Parlez-moi de ça. Ca en fera-t-il un joli mariage ! Et pis les noces donc! (a sera encore pis qu’ la fête mai qu’ j'avons planté l’année dernière,

du

—Comment e’que vous appelez ce grand mossieu, tout habillé en noir, qui vient avec M. Charles et le major ?

—C'est M. Voisin.

—Ah ! c’est c’ti-là qu'est l'avocat du major ?

—Tiens, crièrent les jeunesses sur Le mur, v'là

notre homme. V'là learcçcon à bonhomme Toupin qu'arrive avec son père.

Les deux huissiers, l’ancien et le nouveau,le père et le fils, se placèrent sur le plus haut degré du perron de l’église, le dos tourné à la grande porte.

Les habitants, au nombre d’une trentaine, se formèrent en cercle à une distance respectueuse ; M. Wagnaër, Charles et son ami Voisin se tenant un peu à l'écart.

—Ah! çà, mes amis, c’est mon fils qu'a-z-été nommé bailli, et encore bailli du shérif. [1 vous servira, j” vous réponds, comme j" vous ai servis moé-même ben des années, et 1 fera son devoir comme 1 faut, Il est capable, c'est pas pour le vanter : la preuve, c'est qu’ mossieu Wagnaër à répondu pour lui chez le shérif et que le shérif y a déjà donné t’une affaire d'importance ; pourquoi qu’r va vous la défiler, si vous voulez ben tant seulement l'écouter, Messieurs, cria le jeune homme d’une

voix de stentor, en se rengorgeant, messieurs, j'ai honneur d'ôtre chargé d’un fier facias.

— Un fieri fucius ! erin l'un des jeunes gens juchés sur le mur,... queu bête qu'c'est çu ?

M. Wagnaër se retourna d’un air sévère du côté des jeunesses, qui gardèrent le silence, quelque envie qu’ils eussent de tourmenter le garçon à bonhomme Toupin. D'ailleurs les formalités de la justice leur imposaient, et, à leur insu, ils éprouvaient une espèce de respect instinctif x, pour le jeune 57 suppôt de Thé-

# mis.

—C'est un jie- = pi fucias, conti- EE nua ce dernier, dans une cause de la banque de Québec versus Charles Guérin, de la cité de Québec, étudiant en droit. Dont et en vertu de quoi,... sous le numéro deux cent cinquante-deux,... l'immeuble que je vas vous lire est saisi par le shérif pour être vendu,... comme quoi il va t’être crié et adjugé au plus haut et dernier-z-enchérisseur, suivant la loi, .. par un wurrant de mossieu le shérif que j’ai-z-ét6 chargé de procéder à la dite vente. Les conditions de la dite vente sont que le prix devra être payé au bureau du shérif, qui lui donnera un bon titre clair et nette de toutes impothèques et cela avart le jour que le dit writ est re-

tournable, c’est-z-à-savoir le premier de juir.

— Écoutez la description :

“ Une terre de deux arpentset trois quarts d’arpent de ‘ front, sur trente de profondeur, située dans le premier rang des concessions de la seigneurie de Lamilletière,

0m qu sens

Page 1