‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 59 sur 94 · UN HOMME DE PAILLE ET UN HOMME DE FER · texte numérisé non relu

UN HOMME DE PAILLE ET UN HOMME DE FER

| A'ADAME Guérin ignorait complè-

Pl tement ce qui venait de se pas- | ser. Elle vivait, comme nous (y 2 " J’avons dit, très isolée, elle ne

TT | sortait que pour aller à l’église [4 | et, surtout depuis le départ de A son fils aîné, elle n'avait que peu de rapports avec les habitants, ses voisins Louise ne voyait que Clorinde et celle-ci ne connaissait rien des affaires de son père. Le peu de per-

sonnes qu'elles avaient vues l’une et l’autre, et quiavaient eu connaissance de l’annonce de la vente, s'étaient abstenues de leur en parler, par un motif de délicatesse que l’on comprendra facilement.

Ce jour-là, la bonne mère, au retour de la messe, à laquelle elle ne manquait jamais d'assister, s'occupait avec Louise à ces petits travaux domestiques qui, malgré leur trivialité, ne sont pas sans charme, lorsqu'on les accomplit à deux et qu'un amour réciproque joint à la pieuse pensée des devoirs maternels d’une part, et de la piété filiale de l’autre, les embellit ou, pour mieux dire, les sanctifie.

Elles allaient et venaient, la mère et la fille, à travers le ménage, rangeant d’un côté, dérangeant peut-être de l’autre, heureuses au chant des oiseaux, au murmure du feuillage naissant qu'agitait la brise du matin, et respirant par toutes les ouvertures de la maison l'air frais et légèrement imprégné des exhalaisons salines du grand fleuve.

Il eût été difficile de dire si elles travaillaient en causant, ou si elles causaient en travaillant, car leur conver-

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sation, sur un sujet étranger à leur petite besogne, était à chaque instant entrecoupée de phrases qui n'avaient ‘apport qu'à leurs occupations.

— Mais à la fin, sais-tu où est allé ton frère, que nous ne l’avons pas vu depuis le déjeuner ?

— Chez M. Wagnaër, bien sûr.

— Ni matin ? Cela n’est pas possible.

— Oui, maman, je lai vu ensuite qui sortait avec M. Wagnaër et M. Voisin ; ils sen allaient tous les deux vers la pointe, du côté de l’église.

— J'espère que ton frère n'allait pas mettre ses bans sans m'en avoir prévenue. . .

— Vous dites cela en riant ; mais je ne serais pas surprise s’il v avait quelque chose. Clorinde n’est pas la même depuis quelques ‘nurs Ile est d'un sérieux !...

— Sens-tu l'odeur ae ces: lilas? [ls me rappellent le temps de ton pauvre pêre. Nous les avons plantés nousmêmes l’année de notre maiiixe. Uunme j'étais heureuse alors !

—- Allons, petite maman; vous n'êtes pas si malheureuse aujourd'hui. Est-ce que Charleset moi nous ne vous rendons pas heureuse ?....

— Enfant que tu es; ce n’est pas un reproche que je veux te faire ; mais tu sais bien que rien ne me fera oublier ton père,.... et puis encore...

— Je gage que vous allez parler de Pierre... Vous ne vous Ôterez donc jamais cette idée de l'esprit ?

— Et je puis si peu la supporter, qu'il vaut mieux parler d'autre chose.

— Parlons de notre jardin. Comme :il va être beau cet été! Ces jolis rosiers-mousses que nous avons plantés l’année dernière, vont-ils en avoir des roses!..,et ces petites roses-thé qui ont une odeur si fine, si délicate... vous savez bien, maman, ces petites fleurs des bois que Charles avait transplantées : le fond du jardin, près des

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