‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 60 sur 94 · CS TOR CET · texte numérisé non relu

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arbres, en est déjà tout couvert : la neige n’est pas encore toute disparue, et elles sont ouvertes déjà.

—Mon Dieu, Louise, que tu aimes les fleurs! Tu tiens ce goût de ton pauvre père. C’est lui qui en avait fait un beau jardin : celui que M. Wagnaër possède à présent.

—Eh bien, n'est-il pas pour revenir dans la famille, ainsi que tout le reste ? M. Wagnaëür n’a d’héritier que Clorinde.

—Ce mariage n’est pas encore fait, mon enfant.

—Si vous saviez comme moi combien ils s'aiment Charles et Clorinde !.., Mais regardez donc sur l’eau : voilà déjà une petite goélette qui monte. C’est la première voile que nous voyons cette année : cela me fait battre le cœur, C’est si beau lorsqu'on voit les gros bâtiments d'Europe avec leurs grandes voiles blanches ! Quelquefois, lorsqu'ils courent des bordées, ils viennent si près de lanse qu'il semble qu'on pourrait leur toucher. FIS retardent beaucoup cette année.

—Cela me fait souvenir quand vous étiez tout petits tous ensemble : vous alliez passer des matinées entières, au bout de la pointe, à regarder passer les vaisseaux. Pierre surtout restait plus longtemps que les autres. FI n'y avait pas à l'emmener, J'étais obligée quelquefois d’v aller moi-même. Il se levait sur la pointe des pieds et il criait aux vaisseaux : Bâtiment ! bâtiment! viens me chercher... Le pauvre enfant, il avait un pressentiment de sa destinée !

— Toutes les campagnes ailleurs sont-elles aussi belles que celles-ci ? Je ne suis jamais allée au nord du fleuve, excepté à Québec, mais partout, au sud, les paroisses sont si belles, que c’est bien difficile de décider à laquelle donner la préférence. [y a d’abord Kamouraska sur les côtes de Puincourt, où le fleuve est si large et si beau ; et les trois belles petites îles, si mignonnes, et si près de terre, qu'on dirait qu’elles ont été placées Ià exprès pour

une partie de plaisir!.., Puis il y a Sainte-Anne avec ses petites montagnes taillées de toutes les façons et ses jolis bocages ! Puis Saint-Roch, d’où la vue s'étend si loin sur le fleuve, que l’on croirait que l’on pourrait voir jusqu’à la mer... Saint-Jean Port-Joli qui est si bien nommé; l'Islet avec son beau village bâti tout au bord de l’eau ; et puis ici enfin, où tout me paraît encore plus charmant

| qu'ailleurs !

Dites, maman, les autres campagnes du pays sont-elles aussi belles ?

— Non, ma chère, toutes les campagnes ne sont pas aussi belles, et je remercie le bon Dieu tous les jours de ce que ton frère s'est décidé à s'établir ici plutôt qu'ailleurs. Je me réjouis tous les jours quand je pense que j'ai pu conserver quelques-unes de mes propriétés ici pour mes

1 enfants. J'ai été élevée à la ville ; mais il m'en coûterait

beaucoup d'y retourner : comme tu peux croire, j'ai fait

plus de sacrifices pour donner l’éducation à tes frères, qu’il

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1 n'aurait été nécessaire à la ville. J'ai été si heureuse ici, il si heureuse que ce souvenir, qui m'attriste parfois, me

console en même temps...

Elles en étaient là de leur conversation, lorsque Charles entra et alla s'asseoir au fond de la chambre, le plus loin qu'il put de sa mère et de sa sœur.

Après quelques instants, Louise, qui avait remarqué son air chagrin et presque boudeur, S'approcha doucement de lui.

— Allons, dit-elle, comme ce monsieur a l'air méchant aujourd'hui. Aurait-on quelque jalousie en tête, par hasard ?

Charles ne répondit rien.

Madame Guérin, qui était occupée, leva la tête, et fut frappée de l'expression qui régnait sur la figure du jeune homme.

En même temps. elle regarda dehors et vit plusieurs habitants arrêtés devant sa porte,qui parlaient entre eux.

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— Voilà des gens, dit-elle, qui regardent ma maison comme ils ne l'avaient jamais vue. En voici d’autres qui viennent les rejoindre, Quelle espèce de conseil tiennent-ils donc, et que nous veulent-ils ?

Charles trembla que sa mère n’interrogeñt ces gens, et qu'ils ne lui apprissent brutalement le nouveau malheur qui venait de fondre sur elle. Il se décida tout de suite à tout lui dire, Quelque ménagement qu'il v mit, cette nouvelle était si impré- 2.

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précisément au moment où elle se voyait triomphante, que le coup porté à sa sensibilité fut plus grand encore qu'aucun de ceux qu'elle avait reçus.

Charles raconta dans le plus grand détail tout ce qui s'était passé, exonérant, de bonne foi, M. Wagnaër de toute mauvaise intention, et lui reprochant seulement de s'être laissé effrayver trop promptement par le montant qu'il lui aurait fallu débourser.

Madame Guérin jugea l'affaire tout autrement. A

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