I, DC
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demander compte de cette espèce de sacrilège. Mais il réfléchit que ce n'était pas : 1à une de ces excursions de carabins auxquelles il avait pris part si fréquemment, et qu’il aidait au contraire à l’accomplissement d'un acte de piété filiale. D'une main habile et ferme il eut bientôt levé le couvercle de la bière.
La mort n'avait imprimé son cachet qu'à demi sur les traits de madame Guérin ; sa figure était loin d’être méconnaissuble, et, suns la maigreur et les rides causées par le chagrin, Pierre n'aurait pas trouvé une bien grande différence entre ces restes inanimés et l’image que sa mémoire avait conservée.
Les deux frères s’agenouillèrent de chaque côté du cercueil. T’ecclésiastique souleva la main glacée de la morte et y colla ses lèvres, comme pour lui raconter l'histoire de ses courses lointaines et implorer son pardon.
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Après un examen de quelques instants, Jean Guilbault répondit aux regards interrogateurs qu'on lui jetait, par un sinistre mouvement de tête qui ne permettait pas la plus légère espérance.
Pierre se leva.
——Louise doit se mourir de peine et de tristesse, observat-il. Je n'ose pas la voir aujourd'hui. I faudra la préparer à cette émotion. Ilest temps que tu retournes auprès d’elle. Je vais passer la nuit ici à veiller et à prier. C’est mon état.
Pierre, resté seul, laissa couler ses larmes.
La crainte d’affliger son frère davantage, une certaine honte de la faiblesse qu’il avait montrée, une idée exagérée de la réserve qu'exigeait sa dignité de prêtre lui avaient aidé à les retenir jusque-là.
Heureusement la religion lui enseignait qu'il ne devait point se borner à une tristesse stérile : elle lui offrait dans la prière ure consolation pour lui-même et un moyen d’être utile à celle qu'il pleurait. ;
Il prit son bréviaire et, assis dans un coin de la chapelle, il entreprit de lire l'office des morts. Ses yeux se portaient alternativement de son livre au cercueil étendu à ses pieds. Plus d’une fois, il se leva précipitamment, croyant avoir remarqué quelque mouvement, entendu quelque bruit; mais ce n’était chaque fois qu'un jeu des rayons de la lune, ou le bruit léger de quelque insecte.
Le sens, tantôt lugubre et terrifiant, tantôt doux et consolant des psaumes qu'il lisait, s'adaptait quelquefois admirablement à sa propre situation ; souvent à côté du sens véritable se glissait une interprétation différente qu’un hasard merveilleux semblait lui adresser.
Heu mihi, quia incolatus mens prolongatus est ! Malheur à moi, parce que mon exil s’est prolongé, disait le psalmiste parlant de la vie humaine comparée à un exil, et
ela lui rappelait sa trop longue absence et les malheurs
ut elle avait été suivie,
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La colère de Dieu qui dévore les générations entières, comme un feu ardent brûle la paille légère, sicut fœnum ; les flèches aiguës que décoche à coup sûr un implacable et invisible ennemi; la terre des ténèbres couverte des ombres de la mort, vallée de misères où il n’v a point d'ordre, mais une confusion et une terreur éternelles. . . wbi nullus ordo, sed sempiternus horror inhabitat.. .Telles étaient les images que David et Job avaient tracées d'avance, et qui lui représentaient l'horreur du lieu où il se trouvait et la terreur du fléau qui venait y accumuler ses victimes.
“ J’attendrai jusqu'au matin, disait encore Job, le tombeau sera ma maison, et je n'aurai point d'autre lit que ce lieu de ténèbres. J'ai dit au sépulcre : vous serez mon père, et aux vers, vous serez ma mère et mes sœurs.”
Son imagination s’'exalta par degrés, et cédant à une sorte d’'hallucination, il revêtit de nouveau le surplis et l’étole noire qui servent aux sépultures, et il marcha pendant une partie de la nuit dans la chapelle, psalmodiant à haute voix les répons de l'office.
Le fossoyeur, qui vint de grand matin se remettre à sa pressante besogne, recula épouvantéet appela le gardien du cimetière. Celui-ci crut aussi lui à une vision, et il semblait en effet qu'un prêtre fantôme et un cercueil fantastique s'étaient installés dans la chapelle mortuæire. Puis, se rappelant ce qui s'était passé la veille, il s’adressa au jeune homme, qu'il rappela difficilement au sentiment de lu réalité.
Pierre jeta alors un dernier regurd sur les traits chéris de sa mère, fit une courte prière (son dernier adieu) et, laissant entre les mains du concierge des morts, une somme suffisante pour creuser une tombe à celle à qui il ne pouvait plus rien donner autre chose, il s'éloigna lentement, trainunt avec peine le fardeau de ses pensées.