CHARLES GUÉRIN TOUT CHEMIN MÈNE A ROME
OUISE était à la fenêtre de sa mansarde, C'était le soir. La chaleur excessive des jours précédents s'était
1 abaissée pur degrés. Un orage qui / | venait de passer sur la ville, avait purifié l'atmosphère.
NN L'eau coulait encore par tor-
+) Fe J rents dansla petite rue étroite D = "7 et d’une pente abrupte, le soleil couchant dorait les nuages refoulés vers l'horizon, et qui s'éloignaient en grondant, une teinte d’un vert éclatant couvrait les belles campagnes de Beauport et de Charlebourg, et l’on aurait pu compter les maisons blanches éblouissantes qui parsemaient le paysage, rapproché par un effet magique de lumière. Si elle avait pu oublier le fléau qui n'avait pas encore cessé ses ravages, la jeune fille se serait presque sentie heureuse en aspirant l’air frais et humide, qui lui arrivait à travers les branches du lilas de son petit Jardin, et les fleurs qu’elle cultivait sur l'appui de sa fenêtre. Mais sa poitrine avait peine à se dilater au souffle de la brise, et ses yeux distraits ne jouissaient qu’à demi du gracieux épanouissement de la nature. De longs soupirs agitaient son sein, et de grosses larmes demeuruient suspendues à ses paupières, comme les gouttes de pluie
aux feuilles des roses.
ise n’était plus la même jeune fille que nous avons Louise 1 peinte au début de cette histoire. Elle avait grandi,
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et perdu en grandissant son frais et gracieux embonpoint. Ses joues n'avaient plus leurs belles couleurs. Sa physionomie, de naïve et enjouée, était devenue mélancolique, ses mains si blanches et si potelées étaient maintenant eflilées, et portaient les traces de labeurs qui ne semblaient point faits pour elles
Mais, pour être autrement belle, elle ne létait pas moins, Le malheur avait imprimé un cachet sévère à sa beauté. Sa taille svelte et cambrée, emprisonnée dans une robe noire qui faisait ressortir léblouissante blancheur de sa peau, rappelait la stature de sa mère, et l’expression de douceur et de gaieté répandue sur sa figure aurait complété la ressemblance pour celui qui aurait oublié que madame Guérin était aussi brune que sa fille était blonde.
L'orpheline était tellement absorbée dans sa rêverie, que Charles put monter l'escalier, entrer dans sa chambre et s'approcher tout près d'elle, sans qu’elle en eût connaissance. Elle tressaillit vivement lorsqu'une main caressante s'ippuya sur son épaule, et le regard qu’elle adressa à son frère fut mêlé de surprise et de reproche ; car la figure du jeune homme avait une expression de gaieté qui lui déplut.
— Voyons, petite sœur, j'ai de bonnes nouvelles à te conter, fit Charles en donnant à sa voix lPinflexiou la plus douce.
Louise ne répondit point, et leva les épaules en signe d'indifférence.
—Mais comment done? Est-ce que tu ne serais plus curieuse ?
L’orpheline regarda le ciel, comme pour dire que désormais les bonnes nouvelles ne pourraient lui venir que de là.
—Je viens de recevoir une lettre de quelqu'un que nous aimons bien, reprit Charles, décidé cette fois à se faire écouter.
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