‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 83 sur 94 · CR · texte numérisé non relu

CR

ET SS TS =£ a — ©" S \ ù + LS = ÈS

| | ji |

un petit coin où il lui était impossible de voir et difficile d’être vu, et sy agenouilla tout honteux, ne sachant à quoi attribuer l’espèce de sensation qu'avait pu causer sa présence.

La jolie chapelle des Ursulines s’harmonisait parfaitement avec le beau monde qui l'avait envahie; son architecture composite (style Louis XV) tout émaillée de peintures et de dorures, porte un caractère d'élégance aristocratique, qui, pour dater d’un peu loin, ne messied pas au pensionnat le plus à l« mode de notre pays. Un prélude sur la harpe partit du chœur intérieur de la communauté et vibra doucement dans toute l’église. Deux voix de femmes, pures et limpides, s'élaneèrent, soutenues dans leur vol harmonieux par les sons du poétique instrument ; un chœur de voix plus jeunes et plus fraîches encore répéta le refrain du cantique. L’évêque accompagné de son clergé entra dans le chœur de l’église et prit sa place en face de la grande grille qui le sépare de celui de la communauté.

Un mouvement de vive curiosité se manifesta alors dans toute l’église et se soutint pendant les longues et imposantes cérémonies qui venaient de commencer. Il n’y avait cependant, à proprement parler, que les personnes placées au premier rang qui pouvaient suivre et comprendre ce qui se passait dans le chœur intérieur, et c'était là qu'avait lieu la partie la plus intéressante du spectacle religieux. Aussi les spectateurs se pressaient et se grimpaient à l’envi les uns des autres, qui sur des bancs, qui sur des tabourets, qui sur des chaises : notre héros seul restait à l’écart dans une indifférence profonde. Ses pensées, il faut le dire, étaient loin de cet endroit, ou du moins il le croyait ainsi. Son imagination, surexcitée par les événements des jours précédents, voyageait au hasard ; mais dans ses voyages, elle s’arrêtait assez complaisamment sur certains endroits et certaines époques ;

ile disons-le franchement, parmi les anges qu'évoquait à son int esprit le chant tout séraphique des bonnes religieuses, il ser y en avait un qui revenait plus souvent que les autres, et qui avait nom Clorinde.

te- Ilessaya en vain,pendant tout l’office,de chasser des penhi-, sées qui ne convenaient ni au lieu, ni aux circonstances ; de elles revenaient avec toute la persistance particulière à ce ce que l’on appelle, en langage ascétique, des distractions, peried sistance qui justifie à nes yeux le réformateur Luther Un d’avoir cru voir le diable sous la forme d’une grosse )m- mouche.

OIX Deux choses seulement purent faire sur l’esprit de ans Charles une impression assez vive pour vaincre un nt; instant ce charme mondain. Les lugubres prières que l’on ore chante, tandis que la nouvelle religieuse est étendue sous de un drap mortuaire et fait son apprentissage de la mort, ace vinrent raviver une douleur trop récente pour ne pas > la être bien véritable.

L'autre chose qui attira son attention fut l’écusson lors de marbre que lord Aylmer venait de faire incruster s et dans le mur de l’église, à droite, tout près de l’endroit

Il où il se trouvait agenouillé.

per- Tout un monde d'idées se présentait, renfermé dans vre cette noble et touchante inscription :

ur, b du HOXNEUR Lent Mise !

des

LE DESTIN EN LUI DÉROBANT tre LA VICTOIRE,

L’A RÉCOMPENSÉ PAR ide. UNE MORT GLORIEUSE | , OU itée Il aurait fallu ne pas être doué d'autant d'imagination au et de patriotisme qu’en possédait notre héros, pour lire om- sans émotion cet éloge laconique, placé au-dessus d’une tes ; fosse qu’une bombe avait creusée d'avance.

ee EE née

EP LPS mn fcnt

Au sortir de l’église, Charles fut rejoint par un jeune homme qu’il avait rencontré plusieurs fois dans le monde.

C'était précisément un de ces fâcheux qui vous abordent de préférence au moment où vous voulez être seul, et qui ne manquent jamais de verser leur parole corrosive sur les "plaies de votre âme, en un

=, mot un véritable descendant

[ (M de celui pour qui Horace

LA À | fr ju écrivit autrefois la sa-

| tire Zbam forte via sacra.

s Celui-ci, bien que

7% Charles marchât d’un

pas rapide et tint ses

yeux baissés comme

quelqu'un qui se parle

à lui-même, vint lui

» frapper amicalement

___ sur l'épaule, et, passant

“son bras sous le sien,

commença un interro-

gatoire en forme, faisant quelquefois lui-même ln demande et la réponse.

—Eh bien! que pensez-vous de cela ? Franchement qu’en dites-vous ?

—Mais la cérémonie était bien belle ; seulement je l’ai déjà vue plusieurs fois ; elle n’avait point l'attrait de la nouveauté.

—Je ne parle pas de la cérémonie, mais de notre nouvelle novice.

Charles regarda son interlocuteur sans lui répondre.

—Oui, comment trouvez-vous cette conversion ? Vous

ine

que d’un , ses nme arle

lui

ent sant sien, brro-

fai-

ent

b l'ai ne la

otre

avez sans doute été bien surpris, comme tout le monde ? Je sais bien que ce n’est pas agréable de vous parler de cela... mais enfin, entre amis... vous comprenez. Et puis après tout, vous vous consolerez. Il ne manque pas de jolies filles, Dieu’ merci, par le temps qui court. Il faut prendre le temps comme il vient. Vous connaissez le proverbe, et c'est un bien bon proverbe que celui-là : une de perdue, deux dé trouvées. C’est bien contrariant, tout de même, de voir enfermer une si jolie fille entre les quatre murs d’un couvent. Qui aurait dit que Clorinde Wagnaër, si folle encore cet hiver, ferait une fin aussi tragique ?

—C’est bien étonnant en effet, balbutia Charles, qui craignit d’avoir l'air ridicule en paraissant ignorer ce que tout le monde savuit.

—Tenez, après cela il n’y a plus à connaître son monde. On dit que le bonhomme est furieux. Ce qui doit vous consoler, c’est que le vieux sournois avait d’autres plans sur sa fille. On vous a dit cela, je suppose. Enfin, il paraît que ça été une scène terrible. Mais vous savez sans doute tout cela bien mieux que moi,et je vous ennuie. Adieu, mon cher M. Guérin, soyez raisonnable : vous aurez peut-être plus de chance une «uutre fois. Enfin, comme on dit : une de perdue, deux de trouvées ! Ah ! j'oubliais... Il y a une chose que je ne dois pas omettre : vous saurez, si déjà vous ne le savez pas, que la

novice a choisi votre nom pour le sien et qu’elle doit

s'appeler sœur Suint-Charles.

Page 1