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Castor qui faisait mille gambades, et suivi de la mère Paquette accourue sur ses tulons.
Une servante assez proprement habillée dit au Monsieur que Mademoiselle Marie était dans la grande chambre et le conduisit à cet appartement. La grande chambre était un joli salon avec une tapisserie tout autour, quelques gravures bien encadrées, un joli tapis sur le plancher,
quelques meubles assez convenables, des pots de fleurs
dans toutes les fenêtres, un piano,une petite bibliothèque et une table couverte de beaux livres.
Il n’y avait plus à se reconnaître chez Jacques Lebrun, tant on y avait pris un air de ville.
La dame de céans eut le bon esprit de ne pas s'évanouir, quelle que fût sa surprise. Elle se contenta d’une légère rougeur qui anima un peu sa physionomie empreinte de tristesse et de souffrance. La toilette de la jeune fille ne déparait point son joli salon. Elle était simple et élégante.
Charles, stupéfait, balbutia gauchement quelques cérémonieux bouts de phrases.
—Tout ce que vous voyez ici vous étonne, lui dit Mile Lebrun, avec un fin sourire, Que voulez-vous ? Mon père n’a pas voulu me laisser mourir, et il m’a forcée d'accepter tout ce luxe...
—Qui sera loin d'être déplacé en regard des deux tiers de la fortune de feu votre oncle, et de l’autre tiers que je viens vous contraindre d'accepter.
—Me contraindre ? s’'écria la jeune fille avec un accent légèrement moqueur. Vous n'aurez peut-être point affaire à moi seule.
—Je m'y attends bien et je désire que vous me fassiez connaître au plus vite l’autre partie intéressée. Il lui faudra beaucoup de fierté, et même de dureté, si je ne parviens pas à lui faire accepter ce cadeau de noces.
—Une autre partie intéressée ! Un cadeau de noces !... Je voulais parler de mon père. Vous avez donc cru que J'avais pu faire comme vous ?
. Ces paroles furent dites d’une voix très émue. Marie était vraiment belle dans ce moment: toute sa personne était séduisante de grâce et de distinction naturelle. Charles ne douta point de deux choses, la première qu’il ue l’eût aimée constamment et plus que chose au monde,
CHARLES GUERIN 345 rs la seconde, qu'elle ne l’aimât à la folie, ce qui était 1e évident.
Au théâtre, c'eût été le moment, pour notre héros, de se n, précipiter à genoux et de fondre en lurmes. Dans la vie réelle, entre gens un peu civilisés, on; ..:4d ir, un fauteuil, on sy installe pour continuer l'explication re plus à son aise. C’est ce que fit Charles, sur un signe de de Mlle Lebrun.
ne —Je n'ai pas pu comprendre «autrement le renvoi |é- dédaigneux de ma lettre et de l’acte de renonciation. — Votre lettre, est-ce qu’elle valait la peine d’être | "é- conservée ? Que disait-elle done de si touchant cette grande lettre d'affuires ? Pour ce qui est de l’acte... je [le n'aime pas les renonciations. Tenez, je conçois bien que re vous ayez eu quelque délicatesse vis-à-vis d’une héritière | er c<omine moi; mais, après tout, je ne pouvais point comprendre ce que vous ne disiez pas, et je ne pouvais point rs .. non plus vous écrire de venir. Nous avons fait l'un et je l’autre ce que nous devions faire.
Évidemment Marie interprétait à si manière la visite de nt Charles ; mais elle prenait la chose du bon côté, et celui-ci nt ne fut nullement blessé, quoiqu'un peu surpris. Chaque ; seconde qui s'écoulait donnait raison à la jeune fille. ez Il y a dans la vie certains moments où toutes vos | ui irrésolutions et vos doutes tombent comme par enchante- 1! ne ment, où l’on voit clairement ce que l'on doit faire, où la | volonté est aussi rapide que la pensée. Charles eut un de | ‘ ces moments. ; ue Il n'eut point de grands efforts à se faire pour qu'on lui pardonnât son inconstance. Marie savait, à peu de | rie chose près, ce qui s'était passé; son amie de la ville 11 8 ne l'avait tenue au courant, elle avait eu le temps de faire | le. ses réflexions. D'ailleurs, elle lui pardonna beaucoup L il parce qu’il avait beaucoup aimé, et qu’il semblait disposé | ;
de, à aimer encore davanture.
Les choses vont vite, lorsqu'elles se font avec un bon vouloir réciproque. Charles et Murie eurent bientôt convenu du temps où devait se faire un mariage qui réglernit toutes les difficultés du testament de M. Dumont, empêcherait ses biens de sortir de famille et rendruit plus indivis que jamais les /rois tiers de sa succession.
Jacques Lebrun entra sur ces entrefuites. Il ne se remit pas au premier coup d’œil la figure de Charles ; cependant il n'avait pas oublié sa première visite et tout le chagrin qu’elle avait causé à su fille bien-aimée, car il s'écria d’un air bourru :
—Quel est donc encore ce beau monsieur ?
—Souffrez, mon père, lui dit Marie, que je vous présente le neveu de mon défunt oncle.