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À CHARLES H. TUPPER

Quoi qu'il en soit de ces éloges de la presse, de l'attente de ses amis, des appréciations des adversaires que tout homme public doit s'attendre à rencontrer un jour ou l’autre sur son chemin, M. Tupper n’a pas tardé à se montrer excellent ministre. Entré en fonctions à une époque où nos relations internationales étaient fort tendues, il s’est consacré entièrement aux affaires de son département et à la solution des questions difficiles qui n'ont cessé de surgir depuis lors ; il a apporté à cette tâche ardue un zèle qui mérite les plus grands éloges. M. Cleveland venait de lancer son étrange manifeste de représailles ; le traité négocié, avec des peines infinies, par le secrétaire d'Etat Bayard, le ministre plénipotentiaire anglais et sir Charles Tupper, avait été cavalièrement rejeté par le sénat et la presse des Etats-Unis, et les discours des hommes politiques américains étaient remplis de violence et de colère contre le Canada, parce que notre pays avait eu l'audace d'appliquer résolument les dispositions du traité de 1818, que l’abrogation du traité de Washington remettait en vigueur, Dans toute cette longue et difficile affaire, le gouvernement du Canada, et le département de la marine et des pêcheries en particulier, ont tenu une conduite pleine de dignité, de fermeté et, en même temps, de conciliation. De son plein gré, le Canada a offert aux Etats-Unis un #0odus vivendi, afin que les pêcheurs de Gloucester ne fussent pas exposés à perdre les fruits d’une saison de pêche ; cependant, les prétentions exorbitantes du gouvernement amétionin furent repoussées avec énergie; grâce à l'établissement d'une patrouille vigilante, les incursions des contrebandiers américains dans nos pêcheries de l’Atlantique furent bientôt réprimées. |

On sait quelles prétentions extraordinaires les Etats-Unis ont cherché à faire prévaloir en cette circonstance. Le tie de 1818 interdisait expressément aux vaisseaux américains Ja pêche en deçà de trois milles des côtes, et énumérait clairement les raisons qui permettaient à un vaisseau étranger d’atterrir dans un port canadien, — l'achat de la boëte, le transbordement du poisson, etc., étant expressément exclus de la liste des privilèges accordés à ces Vaisseaux ; — néanmoins, le gouvernement américain réclamait la jouissance de ces privilèges, et ses pêcheurs avaient entrepris de s’en emparer par la violence ou par la ruse, selon les circonstances. Mais le ministre de la marine et des pêcheries fit avorter leurs projets. Les habitants du Canada doivent se féliciter d’avoir eu, à la tête du département des

affaires maritimes du pays, durant cette époque critique, un homme énergique et bien renseigné.

C'est surtout «ans le département dirigé depuis quatre ans par l'honorable Charles Tupper que le gouvernement a besoin d’un homme de grand talent, d’un patriotisme à toute épreuve. Là, il faut être familier avec tous les détails de l’histoire du Canada, ainsi que du droit international ; que d’adresse ne faut-il pas déployer dans ces luttes diplomatiques, qui se font sur des mots et des ambiguïtés, dans une correspondance et des disputes constantes avec les Etats-Unis, soit qu’on ait recours à l'entremise du gouvernement impérial, soit qu'on traite directement avec Washington ! De nos jours, le minisire de la marine au Canada est obligé de posséder beaucoup de science et le tact des grands dipiomates ; c’est probablement sur lui que retombe la plupart des embarras de la politique étrangère du gouvernement. Il lui faut donc autant de discernement et d'adresse que de virilité. Je ne crois pas tomber dans l’exagération en disant que M. Tupper est bien doué sous ce rapport.

Les tribunaux ont souri des prétentions des Américains sur les côtes de l’Atlantique, et ils en ont fait bonne justice. Les dispositions du traité concernant l’achat de la boëte, le transbordement du poisson et le changement des équipages ont été mises en vigueur, et elles le seront, sans doute, tant que les Etats-Unis continueront à frapper le poisson canadien de droits élevés. Une autre invention américaine, digne de provoquer l'attention du public, n’a pas tardé à être reléguée à son tour dans l'oubli : je veux parler de la prétention alors énoncée que, sur les côtes du Canada, la limite de trois milles devait se mesurer en suivant les sinuosités du rivage, et non en partant d’une ligne tirée de cap en cap, même si les deux caps, ou pointes de terres, étaient situés sur le territoire canadien.

Entre autres arguments employés dans cette discussion, était le fait bien connu que, dans la baie de Delaware, la baie de Chesapeake, et ailleurs dans les eaux américaines, la limite de trois milles est calculée et appliquée d’après une ligne tirée de cap en cap. En outre, les prétentions des Etats-Unis dans la mer de Behring ne manquent pas de donner à leurs récriminations au sujet des pêcheries de l’Atlantique un caractère bien extraordinaire. Mais telle est bien souvent la logique américaine.

Bientôt M. Tupper a été appelé à régler une autre question très

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importante : celle de la mer de Behring, où il a fallu combattre encore les prétentions des Américains et résister à leurs démarches agressives. C'était un problème extrêmement difficile à résoudre, pour ne pas nuire à nos relations amicales avec la république, bien que, pour la plupart des Canadiens, il fût très simple, pourvu qu’on se fondât uniquement, pour en trouver la solution, sur la justice et l'amitié internationale. Traçons, en quelques lignes, la politique adoptée par les Etats-Unis dans cette affaire ; voici quelques-unes de leurs prétentions : cette immense nappe d’eau devait être regardée comme une mer intérieure américaine, en dépit des violentes protestations des Etats-Unis contre la même théorie, à l'époque où la Russie était maîtresse des côtes de l’Alaska ; la juridiction américaine s’étendait jusqu’à des centaines de milles des côtes du Pacifique, bien que le Canada n’eût pas même droit à la limite de trois milles sur celles de l'Atlantique ; tuer des phoques modérément, dans des eaux regardées comme celles de l’océan, par les pêcheurs canadiens, était, de la part de ceux-ci, des actes de piraterie et de contrebande ; mais le monopolè américain connu sous le nom de ‘‘ Alaskan Seal Company” avait la permission de faire des mêmes animaux une immense boucherie sur les côtes de l’Alaska, ce qui n’était ni contraire à la loi, ni de nature à exterminer la race de ces précieux amphibies ; lord Salisbury et le gouvernement anglais devaient continuer indéfiniment à respecter le »odus vivendi, qui empêchait les pêcheurs de phoques du Canada de se livrer à leur industrie, mais qui permettait aux Américains de faire la pêche et la chasse des phoques dans une certaine limite, qu'ils franchissaient ouvertement et délibérément ; le gouvernement anglais avait bien tort de défendre les droits du Canada, d’insister sur un arbitrage et la cessation des saisies faites par les Américains, de refuser la continuation du modus vivendi, à moins que le gouvernement américain ne consentît à payer des dommages-intérêts, dans le cas où le jugement des arbitres lui serait défavorable. Telles étaient, en résumé, les théories américaines.

Après une longue série d’agressions de la part des Américains, dans la mer de Behring, et de batailles diplomatiques, les principaux points du différend ont enfin été référés à un tribunal d'arbitrage, dans lequel le Canada, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont représentés. Sir John Thompson est l'arbitre canadien, tandis que l'honorable Charles H. Tupper est l'agent de l'Angleterre; c’est pour cela qu'il

est allé récemment passer quelques semaines à Londres, afin d’y étudier et régler les détails de la cause du Canada. Le choix de M. Tupper comme agent de la Grande-Bretagne a été un heureux choix, c’est ce que tout le monde a pensé au Canada. Les questions qui devront être soumises à ce tribunal international, la base sur laquelle M. Tupper doit rédiger son plaidoyer, pour assurer au Canada, nous l’espérons, un triomphe et acquérir pour lui-même un surcroît de popularité, sont contenues dans les cinq paragraphes suivants

1. Dans la mer connue sous le rom de mer de Behring, quelle est la juridiction exclusive, quels sont les droits exclusifs sur la pêche des phoques que la Russie a reclamés et exercés avant et jusqu’à la cession de l’Alaska aux Etats-Unis ?

2. Dans quelle mesure ces réclamations et cette juridiction concernant la pêche des phoques ont-elles été admises par la Grande- Bretagne ?

3. La nappe d’eau maintenant connue sous le nom de mer de Behring était-elle comprise dans les mots ‘‘ Océan Pacifique,” tel qu’employés dans le traité de 1825 entre la Grande-Bretagne et la Russie, et quels sont les droits, si droits il y avait, que la Russie possédait et exerçait exclusivement après ce traité ?

4. Est-ce que, en vertu du traité du 30 mars, 1864, entre les Etats- Unis et la Russie, tous les droits de la Russie quant à la juridiction et aux pêcheries de phoques de la mer de Behring à l’est de la frontière maritime, n’ont pas été transférés intacts aux Etats-Unis ?

5. Les Etats-Unis ont-ils le droit, et, si oui, quel droit, de protéger comme chose à eux, par droits Ge propriétaires, les phoques à fourrures qui fréquentent les îles de la mer de Behring appartenant aux Etats-Unis, quand ces phoques sont en dehors de la limite de trois milles ?

La soumission de ces cinq principaux points à un arbitrage a fait disparaître un différend qui menaçait d'aboutir à des hostilités ; elle a aussi obligé le ministre de la marine et des pêcheries à se livrer à de grands travaux, remplis de responsabilité, à faire plusieurs voyages à Washington ; mais elle lui a fourni, en même temps, l’occasion d’acquérir une grande renommée, et dans son pays, et dans les pays étrangers. Sans doute, si le plaidoyer de M. Tupper assure un triomphe au Canada, il sera fait chevalier ; et on pourra dire avec vérité que Sa Majesté ne pouvait pas conférer cet honneur à un jeune

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Canadien d’un plus grand mérite que lui. Jusqu’à ce jour, le ministre de la marine n’a montré, dans sa carrière, aucun désir d'acquérir rapidement une grrnde notoriété ; il n’aime pas la réclame et ne fait jamais rien en vue de produire de l’effet,

Il l’a prouvé surabondamment dans la manière avec laquelle il a su administrer les affaires de son département ; malgré ses recherches et sa vigilance bien légitimes, l'opposition n’a jamais pu trouver dans ce département la moindre irrégularité ; tout s’y passe si harmonieusement, qu’on n’en entend presque jamais parler, à moins qu'il ne surgisse quelques questions internationales.

Le différend passager que nous avons eu avec Terreneuve a aussi exigé de M. Tupper une dépense considérable d'énergie et d’habileté. Cet incident politique n’a pas peu contribué à faire apprécier le talent du ministre de la marine et des pêcheries par les habitants de la province d’Ontario, notamment ceux de la ville de Toronto. C’est à l’époque où la crise suscitée par ces difficultés était à son apogée que M. Tupper a été invité par l’association des jeunes conservateurs de Toronto à aller faire un discours dans cette ville. Nos compatriotes de l’ancienne colonie de Terreneuve venaient d'imposer une lourde taxe sur les produits du Canada, au profit des Américains ; ils avaient organisé un système de persécution contre les pêcheurs canadiens, et notre gouvernement s'était vu dans la nécessité de faire revivre l’ancien impôt sur le poisson de Terreneuve. L'auteur de cette étude biograph:que était alors président de l’association des jeunes conservateurs de Toronto, de sorte qu’il a eu j’avantage de bien entendre le discours prononcé par le ministre de la marine dans cette circonstance et de juger de l'effet de ce discours sur l’auditoire nombreux qui était venu ccouter M. Tupper. L'enthousiasme de cet auditoire pourrait peut-être être attribué à la sympathie politique ; mais les paroles de l’orateur n’eurent pas pour simple effet d’enthousiasmer ses auditeurs: elles produisirent une impression plus durable. M. Tupper s’exprimait dans un style frappant autant que convaincu, qui rappelait les discours de sir Charles Tupper, à l’époque où le haut commissaire canadien déployait la puissance si bien connue de son talent contre les adversaires lu parti conservateur qui osaient affronter les coups impitoyables de cette éloquence qui décontenançait et terrassait ccux qui avaient l'audace de s’y exposer. Le discours du ministre de la marine n’était pas seulement une pièce d’éloquence ; c'était un exposé

clair, concis et complet des questions importantes dont se préoccupait alors l'opinion publique. Avec quelle énergie et quelle conviction a-t-il donné cours à la loyauté et au patriotisme qui ont toujours été le fondement et le principe de sa foi politique et de celle de son père !

‘ Notre existence nationale dépend du commerce interprovincial, des relations amicales qui doivent exister entre les anciennes provinces britanniques de l'Amérique du Nord, de la solidarité de leurs intérêts commerciaux et nationaux. Avant et par-dessus tout, il importe de conserver l’amour de la liberté dont nous jouissons sous l'égide de la Grande-Bretagne, de rester fidèles à l'Angleterre dans l'avenir et toujours. (Applaudissements). Il y a lon, temps que les questions d’annexion et d'indépendance sont agitées ; dès les premiers jours de notre existence nationale, on s’est attaqué aux droits et aux privilèges dont nous jouissons en notre qualité de sujets libres de l'empire britannique. Il a fallu alors répondre à des arguments aussi forts que ceux qui aient jamais été énoncés par aucun homme d’Etat, ou dans la presse, jusqu’à ce jour.”

Dans ce discours, M. Tupper eut de grands mouvements ; pour ce qui est de la question nationale, voici à peu près l'analyse de ses paroles : —Avant tout, combattez pour votre pays, avant de songer à votre parti; avant de songer à quoi que ce soit, songez à votre patrie ; cherchez la solution des questions politiques qui intéressent la patrie comme des hommes libres, fiers des institutions britanniques, sans recourir à aucun secours étranger, à aucune intervention étrangère. Concernant la question terreneuvienne, tout est expliqué clairement : — la tentative Bond-Blaine de négocier un traité au détriment du Canada ; la protestation du gouvernement canadien, suivie du refus, de la part du gouvernement impérial, de ratifier ce traité ; l’'emportement des Terreneuviens contre le Canada, l'adoption des lois injustes et inutiles dirigées contre nous par les législateurs de la colonie voisine, — tout est mis en lumière dans ce discours.

Depuis cette époque, les sentiments d’hostilité ont disparu entre Terreneuve et le Canada ; les administrateurs de l’île ne cherchent

plus à faire à l'étranger des arrangements hostiles aux Canadiens ; cela est dû à l’esprit de conciliation dont ceux-ci ont donné la preuve durant ces difficultés commerciales, à leur sympathie, à leur générosité envers les malheureuses victimes de la conflagration de Saint- Jean. Mais lorsque M. Tupper a prononcé son discours de Toronto,

les choses n’en étaient pas rendues à ce point ; la question terreneuvienne n'était pas familière à tout le monde comme aujourd’hui; cependant, il a su l’expliquer à son auditoire avec beaucoup de clarté et porter la conviction dans les esprits. Ses explications, au sujet de la situation politique du pays en général, ne furent pas moins intéressantes ; son discours produisit un effet particulièrement grand sur la jeunesse qui assistait à cette assemblée. Le lendemain, un grand nombre de ses auditeurs disait, avec une conviction qui n’a fait qu'augmenter depuis lors, que l'honorable Charles H. Tupper était destiné à devenir premier ministre du Canada ; qu’il comptait déjà parmi le petit nombre de ceux qui pouvaient dès lors aspirer à cet insigne honneur. Le jour où ces éminentes fonctions seront confiées au ministre actuel de la marine et des pêcheries, on peut être assuré que ce sera par une manifestation de l'opinion et de l’estime publiques aussi spontanée que celle qui a reconnu dans sir John Thompson, en dépit de sa modestie, l’homme dont l’habileté dans les conseils de la nation, dont les services rendus au pays dans son parti, faisaient d'avance la personne toute désignée pour assumer la responsabilité de chef du gouvernement.

C’est le 16 décembre, 1891, que M. Tupper a prononcé ce discours à Toronto. Le 12 janvier de la même année, il s’était trouvé dans la même ville et avait pris la parole au club National, dans un banquet moitié intime, moitié public. Ce banquet n'était pas précisément un évènement public; cependant, il a fourni au ministre de la marine l’occasion de faire un autre grand discours, dans lequel il parle de la grande marine marchande du Canada, de nos canaux et des routes fluviales de notre pays. On retrouve, dans cette allocution, l’homme parfaitement renseigné, qui sait toujours intéresser ses auditeurs. Il y avait, parmi les convives, un homme qui a dû goûter plus que personne la présence de M. Tupper : c'était M. Plimsoll, l’ami si bien connu des marins. Plus que tout autre, M. Plimsoll a dû être heureux d'entendre le ministre de la marine expliquer quels progrès le Canada avait taits au point de vue des intérêts maritimes, du traitement des matelots, etc. ; c’est, sans doute, avec plaisir qu'il a eu ce soir-là la preuve que, sous ce rapport, nous étions en avant de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Tout le discours prononcé par M. Tupper, en cette occasion, semblait inspiré par le sentiment qu'il décrit lui-même en ces termes : ‘sentiment de confiance dans son

pays, qui gonfle lu poitrine même d'un jeune homme comme moi.”

Mais le clou de ce discours est contenu dans les phrases suivantes :

‘ Pour nous, aujourd'’hui,le grand problème consiste à trouver le moyen pratique d'amener les vaisseaux océaniques jusque dans la baie magnifique sur laquelle est bâtie votre ville. Pourquoi n’arriverionsnous pas à la solution heureuse de ce problème ?

Quel ne serait pas l’étonnement de l'étranger, arrivé au détroit de Belle-Isle, à qui on dirait : Vous pouvez voyager encore 2.000 milles en bateau, dans les eaux canadiennes, qui vous conduiront jusqu’au cœur du plus beau pays du monde, sans que vous sortiez jamais du territoire canadien P Voici maintenant ce qu'il faut faire: il faut rassembler toute notre énergie pour que, bientôt, non-seulement on puisse dire qu'un vaisseau océanique peut p‘nétrer jusqu’au cœur de ce continent, dans les eaux canadiennes, mais que cela s’applique aux vaisseaux du plus fort tonnage ou, du moins, aux gros vaisseaux.”?

Ces paroles sont pleines d’espoir et d'ambition, et plaise à Dieu que l’idée qu’elles rendent si bien se réalise assez tôt pour que la jeune génération canadienne qui lira ces lignes en soit témoin ! Les bienfaits de la navigation océanique remontant de Montréal jusqu’à Toronto et au-delà seraient incalculables. Il est naturel au ministre de la marine d'espérer en l'avenir ; ses aspirations sont aussi grandes que son langage est encourageant. Depuis plusieurs années, il est membre du conseil canadien de la Ligue de la Fédération Impériale et il a entièrement foi dans un empire uni, comme dans le Canada uni; il a foi dans une fédération des possessions britanniques pour des fins de commerce et de secours mutuels, tout comme il a foi dans la fédération actuelle des provinces canadiennes.

Dans les nombreuses élections partielles qui ont eu lieu au commencement de l’année et qui se sont terminées avec tant de bonheur pour les conservateurs, l’activité de M. Tupper a rendu à son parti de grands services, surtout dans la Nouvelle-Ecosse. Dans ses lettres au Æerald et au Chronicle, de Halifax, il montre aux yeux du public, dans un style simple et frappant, quelles sont les idées et les desseins du parti libéral. Dans les discours qu’il a prononcés en maints endroits, il a fait énormement de bien aux gens de son parti. A Halifax, il s’est mesuré avec son adversaire si souvent malheureux, celui qu’il appelle ‘‘ ce vieux politicien battu par la tempête et souvent

battu,” l'honorable A. G. Jones. Parlant de nos chefs politiques, voici comment il fait allusion à un grand évènement encore présent à la mémoire de tout le monde :

‘{ Le grand chef du parti conservateur est mort; mais le parti conservateur est encore plein de vie et il est destiné à continuer de gouverner le Canada d'après les grands principes de sir John A. Macdonald.” Au milieu des plus grands applaudissements, il se tourne alors du côté de l’opposition et fait, un par un, le portrait de ses chefs, jusqu’à la retraite de M. Blake, et il ajoute :

‘“ Après le départ de M. Blake, la direction du parti a été confiée à une commission, et l'honneur en devint si peu de chose que M. Jones lui-même fut nommé membre de la commission.”

Nous citons ces paroles pour faire voir jusqu’à quel point M. Tupper sait quelquefois manier le sarcasme. C’est dans le même discours qu’il a parlé de sa rencontre avec M. MckKinley, de l'Ohio, et de la conversation qu’il eut alors avec le fameux auteur du bill qui porte son nom. Cette réminiscence est intéressante et mérite d’être citée :

‘M. McKinley lui avait demandé ce qu’il pensait de la réc'srocité. M. Tupper avait répondu qu'il était membre d’un gouvernement qui combattrait ce projet jusqu’à la mort; puis, il avait demandé à M. McKinley ce qu’il en pensait lui-même. M. MckKinley a répondu en disant que nos dépenses annuelles ne pouvaient pas s'élever à moins de $ 35.000.000. Pour enlever les droits sur les marchandises importées des Etats-Unis, il faudrait recourir à la taxe directe. Les habitants du Canada ne consentiraient pas à payer une taxe directe au gouvernement fédéral plus que ceux des Etats-Unis. De plus, les Anglais ne consentiraïient jamais à l’établissement d’un tarif favorisant les Etats-Unis au Canada à leur détriment. Après avoir étudié la question sur toutes ses faces, le major McKinley avait déclaré que, selon lui, la réciprocité illimitée n’était ni plus ni moins qu’une .chimère.”

Mais ilest inutile d’en dire davantage ; la vie et les travaux du ministre de la marine et des pècheries font son éloge mieux que tout ce qu’on en pourrait dire. Plein de courtoisie ; affable et populaire ; éloquent et puissant à la tribune ; très aimé en chambre ; doué d’un extérieur qui respire la jeunesse, mais vieux par son expérience de la politique ; ministre d’une habileté reconnue, d’une énergie infatigable,

qui n’a d’égal que son amour du travail ; bien doté du côté de la fortune ; homme de culture et de goût et d’une santé florissante, — l’honorable Charles Hibbert Tupper est à bon droit considéré comme un des hommes les plus importants du Canada; il est une des cinq ou six personnes de notre monde politique qui paraissent destinées à jouer un grand rôle dans le pays et à qui l'avenir réserve l'honneur des plus hautes fonctions et des récompenses les plus insignes.

J. CASTELL HOPKINS.

Toronto, le 10 décembre, 1892.

(Traduction de Henri Tétu.)

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