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Charles Laberge [microforme]

On rapporte qu'à son retour de l'exil, Papineau prit part à la séance de clôture du collège de St-Hyacinthe, durant Jaquelle plusieurs bons discours furent prononcés par les élèves.

Un des prix les plus recherchés qui fut donné ce jour-là était celui de déclamation, Tout naturellement le supérieur pria celui qu'on appelait L'Orateur de couronner le vainqueur.

L'on vit alors s'avancer un jeune homme de dix-huit aus ; petite taille, tête charmante, abondante chevelure

. bouclés, figure fine et espiègle, mani.

res gracieuses, démarche alerte et vive, tournure distinguée : tel était ce collégien. En le couronnant, Papineau dit : “Franchement, Monsieur, ‘ je n'ai jamais aussi bien parlé que ‘“ vous venez de lé faire. Si j'ai eu le ‘ titre d'orateur, vous en avez le ta- “ect, et jé vous prédis que vous ‘ brillerez parmi les hommes les plus ‘ éloquents de ce pays.”

C'était en 1845, et le jeune homme qui recevaii cet insigne honneur

était Charles Joseph Laberge,

Rappeler à votre souvenir cette figûre sympathique, cette âme de poète, ce cœur d'élite et ce brillant orateur : tel est l’objet de cette conférence.

Né à Montréal le 20 octobre 1827, Laberge fit au collège de St-Hyacinthe des études très fortes, qu'il commonça en 1838 et finit en 1845. Admis au barreau le 27 octobre 1848 par le juge en chef Rolland, il se bâts de se réfugier à le campagne où il put vivre quelques années, au milieu d’un cercle nombreux d'admirateurs, de cette vie paisible et modeste qu'il aimait tant,

C'était en 1852, et je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais onze aus, et mon père, pour nous récompeuser, mes frèreset moi, de ce que nous avions sarclé un magnifique chemp de pommes de terre, objet spécial de l'attention paternelle, nous offrit d'assister à la fête nationale qui se célébrait le lendemain au village de la paroisse. Vous pouvez croire si nous étions heureux! Nous pâmes à peine fermer l'œil de la nuit,

Le

et vimes St Jean-Baptiste À travers nos rêves d'enfants sous toutes. les formes fantastiques inventées par nos jeunes imaginations.

St-Athanase était alors ün modeste village jeté négligemment : sur les bords du Richelieu, en face de St- Jean, son rival, à l'endroit où l’on peut saluer aujourd'hui la : ville d’Iberville, si coquétte et si’ charmapnte.

Frais et légers, nous devançâmes le lever du soleil et celui-de nos parents qui, surpris de tant de patriotisme, souhaitaient nous voir aussi ardents tous les jours de l’année, à nous livrer le matin aux travaux de la f-rme.

Vous dire que j'avais alors du patriotisme, ce serait we vanter; il est même probable que j'igncrais le nom de ce noble sentiment qui depuis a tant fait battre mon cœur, et m'a rendu si heureux et si malheureux à la fois,

Il fallait voir comme nous étions graves et solennels, mes frères et moi, assis auprès de nos parents dans la voiture de famille, sur la route du village, droite comme une flèche et iongue de deux lieues et demie, mesure française. (Comme nous avions hâte d'arriver pour entendre les pétards etla musique, voir les chars allégoriques, perdus sous les érables fraîchement coupés et traînés par les plus beaux chevaux de la paroisse ; et le ballon qui devait être lancé le soir, un ballon superbe, destiné peut.

être à crever dès son apparition, mais à coup sûr destiné dans l'esprit de ses auteurs à faire crever de dépit jaloux les habitants de St-Jean, censés entretenir vis-à-vis de St-Athanase les rivalités ordinaires à toutes localités voisines ; et les fusées, et les boules d'étoupe enflammée et les coups

de pistolets, et les coups de fusils qui dévaiont être ;tirég en l'honneur des fi's de la liberté |

Moa père, qui avait fait le coup de feu en 1837, nous demanda si nous savions ce quec'étaient que les Fils de la liberté, et sur notre réponse négative il nous dit : ‘ C'étaient des braves, mes enfants; qui se sont battus pour nous conserver le droit de par:

ler la langue française et de pratiquer lareligion catholique Plusiaurs d'entre eux ont. été pendus, comme des criminels, et j'en ai teau deux cachés dans ma cave, pendant un mois ; et uue nuit, échappant à la surveillance des postes anglais, j'ai pu les conduire à la frontière. Je faillis être exilé pour cet acte d'huma nité et traîné au village, entre deux haies de soldats, enchataé comme an misérable, j'aurais eu mon procès, moi aussi, sans l'intervention de mon boa voisia Forbes, mort, il y a dix as. Que Dieu ait pitié de sou âme.”

La voix de mon père tremblait ; et je vis une larme brillee dans son œil, d'ordinaire si sec, Nous étions émus on le comprend, quand nous descendimes de voiture, pour entrer dans l'église où, pour la première fois, je vis un prêtes monter en chaire avec une feuille d'érable sur la poitrine, et l'entendis parler de nos ancêtres et des patriotes de 37, comme il parlait ordinairement des saints du paradis.

Après le service religieux l'on se rendit sur la place publique, en face de l’Institut Canadien, car St-Athapase avait son institut à cette époque. Laberge prononça le discours de circonstance. J'étais trop fran pour bien comprendre ce qu’il dit; mais j'étais assez âgé pour voir ce qui se passait. Et je vous assure que

les paroles patriotiques de cet hom-

me produisirent ua immense effet

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sur cette vxcellente population. Sa le forte et gracieuse, l'éloquence-

u geste, la noblesse des sentiments, l'élévation de la pensée, tout était propre à captiver l'immense auditoire ; eb quand d’une voix émue le brillant orateur fit l'éloge des victi mes de 1837 et découvrit cette belle tête qu'il. portait avec. tant de no:

blesse, en prononçant les noms de Papineau, dd Sanguinet, Chénier, de Lorimier et des autres martyrs de la cause nationale, les vieil.

lards pleuraient comme des enfants ; et, sans savoir pourquoi, nous les enfants, nous pleurions comme les vieillards.

Je n'ai jamais oublié cette journée qui fut toute une révélation pour moi ; elle m’apprit que la patrie était une chose sainte, puisqu'elle était ho:

nerée dans nos églises; et que des hommes de cœur avaient su mourir pour elle. J'y appris aussi à aimer cette éloquence chaude et brûlante qui avait pénétré toute mon âme et dont Laberge maniait si bien les forces mystérieuses. Et quand plus tard, dans ses visites à la maison de mon père, Laberge me serrait la tuain ou me parlait, je me sentais tout troublé, mon cœur battait plus vite et plus fort, car je pensais à cette belle fête nationale où, pour la première fois, J'avais entendu célé brer les g'oires de mon payset les héros qui l’avaient illustré

En 1854, Laberge entrait au parlement, et moi j’entrais au collége ; en 1858, il devenait ministre, commo je le devins viogt ans plu: tard. Il le fut 48 heures et moi 48 semaines ; tous deux nous devicns résigner à cause de l'arbitraire du chef de l'Etat qui refusa une dissolution des

chambres, que les usages constitutionnels nous garantissaient. La conduite injuste et partiale do. sir Edmund Head en 1858, à l'occasion de la chute da. ministère Brown-Dorion, et celle du Dr Robitaille en 1879, lors de la défaite de M. Joly, ne font guère honneur à ces deux hommes qui, oubliant les devoirs que leur imposait la haute position qu'ile occupaient, se fi ent les instruments des coteries politiques qû'ils étaient chargés de do.uiner. Le premier était un whig, le second u1 conservateur : tous deux ont été condamnés par les hommes impartiaux. Le nom du Dr Robitaille auquel un second terme d'offise vient d'être refu: é ne tardera pas à tomber, comme celui de sir Edmund Head, dans une ubscurité bien mé-ritée.

Les élections générales de 1854 qui portèrent Laberge au parlement eurent lieu dans des circonstances remarquables, à la suite de la défaite du ministère Hincks-Morin. Elles se firent sous l'opération de la ioi de 1853 qui avait augmenté le nombre des députés à 130, de 84 qu'ils étaient depuis l’Union, et créé dé nouveaux comtés entr'antres celui d’Iberville, dont Laberge eut l'honneur d’être le premier député. Cette loi faisait disparaître quelques unes d:s8 étranges anomalies qui 8: produisent encore aujourd’hui dans la représentation nationale. Sous l'empire de l'acte de l’Union, des petites villes de 2,000 âmes élisaient leurs députés, tandis que six comtés, avec une population de 150,000 âmes, se -trouvaient à avoir le même nombre de

représentants que cinq villes qui, réunies, ne comptaient que 20,000 habitants.

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