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Les rouges du Canada sont bien les rouges de: Paris parcequ'i: sont les mêmes impies etles mêmes envieux… (9 juin 1871).
N'oubliez pas du reste, que M.
Jetté quise montre si opposé aux écoles mixtes sous.le prétexte qu'elles font violence à la conscience des catholiques, ne se fait pas lui-même un sorupule de confier l'éducation de son enfant à des demoiselles protestantes... (19 août 1872).
“ Nous sommes en mesure d’afirmer aujourd'hui que Mgr de Montréal a dit à plusieurs personnes et à différentes reprises : ‘M, Jetté com me homme politique et à cause de son parti ne m'inspire pas de confance, Je serais heureux que sir George Cartier fut réélu.” (24 août 1872)
“ Ils voient la candidature de M.
Cartier, sa carrière, ses actes approuvés par NN. SS. les évêques de Montréal, de Birtha, NN. SS. les archevêques de Québec, d’'Halifax, l’Evêque de St Jean et tous les autres prélats du pays, et M. Jetté recommandé par les archi-ennemis de notre nationalité, Perry, Brown et l'Institut Canadien. (28 août 1872)
On dit que M. Trudel a été initié aux secrets de la politique à la rédaction de la Minerve ; rien d’étonnant donc, si pour perdre ceux qui l'ont formé, il emploie les armes dont, disniples et maîtres se servaient autrefois contre les libéraux. Rien d’étonnant si après avoir appris de Cartier et de son organe que les libéraux du Canada avaient les mêmes principes que les pétroleux et les assassins de Paris, parce que quelques uns d'entre eux admiraient letalent de Gambetta, M. Trudel se scandalise de voir MM.
Chapleau et Senécal diner à Paris, avec Gambetta et recevoir les déco:
rations de ses amis, de ces égorgeurs de prêtres. (C'est stupide, mais c'est juste : c'est de la rétribution et la Providence ne s’opposepas à ce que les méchants soient punis sur la terre.
Sans le vouloir, en faisant ce qu'il fait, M. Trudel venge les libéraux de vingt anuées d’injures et d’injustices contre leurs chefs, citoyens respectables et paisihles qui ne com mettaient d’autres crimes que de dévoncCer les fautes du régime conservateur.
Et quand je vois l’école de La Minerve s'indigner de ce que l'Etendard affirme quele pays est infesté de francs-maçons, et qu'il y en a à foison chez les Canadiens français, je dis qu'elle a mauvaise giâce de se muntrer si sensible, car c'est elle qui pendant des années et des années, a inventé cette calomnie, c’est elle qui, connaissant la force de cette accusation, la lançait sans cesse à la face des libéraux, et désignait coume des franc maçons ceux qu'elle voulait perdre auprès des Canadiens français.
L'école de La Minerve ne récolte donc que ce qu’elle a semé. C'est encore de la rétribution; et c'est juste,
Laborge a ‘toujours protesté contre ce système malhonnête de calomnies odieuses; ma 8 les conservateurs n’ont jamais voulu tenir compte de ces protestations sincères. En 1860 il protestait dans le Franco Canadien qu’il venait de fonder; en 1872 il protestait dans le National dont il prenait la direction. Alors il disait :
“Le National sera un journal poli- “ tique et non religieux, mais organe ‘ gpécial d’une population catholique, ‘et en conformité des croyances de ‘ ceux qui dirigent le journal, quand “ l'occasion s’en présentera,nous abon:
égorgeurs mais c'est ation et la ce que les
la terre.
at ce qu'il s libéraux t d’injustibyens resi ne com que de dé:
me conser-
ae La M 1ue l'Etenest infesté
y ena à S français, mâce de se st elle qui y années, a st elle qui, te accusa- à la face come des le voulait 18 français.
ne récolte mé. (C'est et c'est
sté contre calomnies teurs n’ont te de ces a 1860 il Canadien sn 1872 il al dont il il disait :
arnal polinais organe catholique, oyances de nal, quand nous abon:
‘derons dans le sens catholique et ‘:nous décavouons d'avance tout ce “ qui pourrait échapper à l’inadver- ‘ tance dans la rapide rédaction d’un ‘journal quotidien, pour protester de ‘ notre entier dévouement et de notre « filiale obéissence à l'Eglise.”
Cette déclaration, si franche et sl vraie, de la part d’ünh croyant comme Laberge est encore restée sans effet auprès de nos adversaires qui, dans La Minerve, ont continué à dire Le les libéraux étaient des impies et
es athées.
‘ Quand tout est mis en question, nié ou révoqué en doute, n'est-il pas à propos de se raffermir soi-même dans la foi et de faire tous ses efforts pour ramener ceux qui a’en ont pas... Oui, Dieu, par la religion, cette chaîne d’or de son amour qui nous rattache à lui, peut seul. nous guider dans le labyrinthe de la vie.
La religion, le christianisme est toujours cette colonne de feu qui guidait les Israëlitss dans leur pèlerinage, ou l'étoile des rois mages ; c’est le sein de la mère pour l'enfant ; c’est le dernier ami dans l'exil ; c’est la planche dans le naufrage; c'est la boussole sur la mer ; c’est le baume dans la douleur ; c'est tout, c'est Dieu... [nsensés qui niez Dieu et sa religion, c’est à eux que vous en appeleg de l'injustice des hommes, quand la main du malheur vous étreint, c’est dans leur sein que vous répandez les pleurs que Vous ne pouvez plus répandre dans le sein d'une mère glacée par la mort...
Ilyacioq mille ans que l'homms:
cherche sur la terre le bonheur qu'il n’y trouve pas ; si encore les labeurs, les peines, les sueurs du père profitaient au fils... mais nou il faut qu'il recommence comme si rieu
DT
n'avait été fait avant lai, et ses enfants feront encore après lui le même chemin... Que devient la société aux mains de l’athéisme s0cial-politique.... Au lieu d’être un moyen pour faire parvenir. l’homme à son but, à sa fin dernière, à l’éter nité, la société l'en détourne, ét chaque fois qu'il lève la tête vers ce ciel qui doit être un jour sa patrie, ce ciel qui l’attend, gardé et orné par ses ancêtres, la société lui incline la face ver$ la terre, la plonge dans la boue, lui ôte son âme comme un aigle auquel on enlève les ailes... Où est l'amour hors la religion ? Qui s'intéresse à toutes les souffrances connues et inconnues de l’homme ? Qui jette au pauvre mendiant autre chose que cette pièce de cuivre, moins sombre et moins dure que celui qui la donne!
la religion. Partout, hors d'elle, se montre l'égoïsme avec sa face d’airain et son cœur de fer... Sauvons notre pays de ce malheur, en rappelant aux générations naissantes que. dans le christianisme seul, elles, trouvent le salut, que ces trois baces d'or, 1a foi, l'espérance et la charité, sont les seules bases inébranlables, parce qu’elles ne tiennent pas à la terre, mais au ciel; pas au temps, mais à l'éternité ; pas à l’homme, mais à Dieu. , Tenons à perfectionner cette éducation chrétienne, cette instruction chrétienne, qui leur ouvriront la voie du bonheur. Conservons intact ce coin du globe, s’il est possible, au milieu du déluge qui submerge toutes les croyances ; qu'ils snrnage comme l’arche sur les flcts de l’incrédulité.”
Voilà comment parlait en 1848 ce philosophe chrétien, un des chefs les plus marquants du parti libéral.
Ecoutons le encore; car sa parole nous venge de bien des injures:
De d'oent
‘Le christianisme, outre son caréctère divin de religion, renferme tous les principes féconds r les hommes,, Ea inclinant tous les hommes devant. Dieu, en, fesant courber la tête aux Césars comme aux gladiateurs, devant un maître commun, infiniment plus grand que tous les êtres de la création, il apprenait aux peuples à upprécier le pouvoir à sa Juste valeur ; à considérer les chefs des natione,, non comme des êtres supérieurs aux autres hommes, mais comme Jes instruments nécessaires au maintien de l’ordre dans les sociétés et qui ne devaient leur élevation qu’à leurs vertus et à leurs lumières.
“ L'Eglise, en admettant dans son sein les hommes partis du dernier échelon de la société pour les porter au sommet, en fesant asseoir le fils d'un pâtre sur la chaire de: Saint-Pierre qui lui même n'avait été qu’un pauvre pêcheur, donnait au monde étonn6 une grande leçon de philosophie.
“Le christianisme fut regu par l'humanité et comme religion et comme institutiog sociale. Les hommes avaient soif de justice et de vérité.
La religion chrétienne en renversant le paganisme pour y substituer une religion grande et raisonnée satisfe— sait le besoin de la vérité ; le dogme chrétien, en proclamant que tous les hommes étaient égaux devant Dieu ; l'Eglise en réduisant ce dogme en pratique satisfaisait à la fois aux besoins de la justice et de la vérité.
‘ L'humanité s’élançga avec joie dans la voie qu: lui ouvrait le christianisme ; elle voulut se rapprocher de Dieu par la religion ; un pas immense était fait. Le code de la liberté avait été proclamé par Dieu luimême...
Voilà quelques un des principes
énoncés par Labergo ; c'est de la belle philosophie chrétienne telle u'on la trouve dans le Génie du hristianisme, dans le livre admirable de l’homme qui avait dit: ‘La croix est l'étendard de la civilisation.” Et ces grandes idées, ces nobles sentiments que je viens de vous rappeler en dernier lieu, et que Laberge énonçait avec tant d'éliquencs, vous pourriez croire qu'il les énongait timidement, en son nom personnel, dans l'intimité d’un cercle étroit d'amis, et pas au nom du parti libéral dont il était un des homwumes les plus marquants! Détrompez vous ; c'est au nom de son parti qu'il parlait ainsi et, vous n'avez qu'à lire à la date du 6 décembre 1848, le premier Montréal d’un certain journal, et vous y trouverez les extraits que je viens de faire, Et mirabile dictu / ce jourpal, c'est l'Avenir / ” Et ces paroles je les répète ce soir duns les salles de La Patrie, devant les libéraux de 1884, qui en sont fiers et les applaudissent avec bonheur comme les applaudissaient les libéraux de 1848. Disons le hautement: si le parti libéral canadien a eu ses erreurs, toutes les institutions humaines en ont eues, il est toutefois toujours resté fidèle aux grandes traditions et n’a jamais prêché de doctrines impies ou révolutionnaires ; et aujourd’hui loin de répudier les idées chrétiennes, il les cultive avec amour et s'incline avec respect devant les croyants convaincus qui ont honoré et honorent encore ses drapeaux ; devant les Laberge, les Laframboise‘ les Letellier, les Cassidy et les Tremblay qui sont partis pour un monde meilleur ; devant les Dorion, les Jetté les Bourgeois, les Rainville, les Papineau et les Taschereau, qui sont devenus l’ornement de notre magistrature ;
t de la (:] telle énie du admira- . "La sation.” s nobles us FAP - Laberge C3, VOUS énonçait ersonnel, roit d’ai libéral les plus 1s >. C'est | parlait lire à la > premier l, et vous je viens | ce jour-
e ce soir e, devant en sont avec bonaient les le hautevadien a stitutions toutefois udes traé de docjaires ; et les idées ec amour bvant les
honoré ADeaUuXx ; amboisé!
es Trem- N monde les Jetté les Papiont deve:
strature ;
aim: ÉD se
et devant les Cherrier, les Laurier, les Geoffrion, les Langelier, les Mar chand ét les Pelletier qui sont restés, au milieu de nous et pour pous comme la personnification de la fidélité aux principes libéraux et aux croyances augustes de leurs pères.
Et si les Joly et les Holton n'ont pas partagé ces croyances, ils les ont respectées de tout temps, comme nous avons respecté les leurs ; et chrétiens convaincus,autant que libéraux éprouvés, ils fnrent toujours des modèles de vertus civiques et de patriotisme, des chefs vénérés de tout le parti et même du pays entier.
Je le dis sans crainte d'être démenti, il n'y a pas d’'impies, ni d’athées dans les rangs du parti libéral ; il peut y avoir quelques hommes que les luttes injustes et les calomnies calculées de l’école politicoreligieuse ont poussés vers l'indiftérence, mais ce sont de trés rares exceptions, que le parti n’est pas sppelé à juger. D'ailleurs que les conservatenrs comptent Ceux. qui dans leurs rangs sont malades sous ce rapport, et songent à les guérir, avant de s'occuper de nous. Et ils auront assez à faire.
Le parti libéral est un parti politi-
que qui ne demande compte à per-
sonne de ses croyances religieuses, qui respecte toutes les convictions honnêtes et affirme haïtemsnt que dans ce pays tous les sitoyens ont droit à une part égale d’estime et de protection, quelles que soient leurs oinions religieuses ou leur nationalité. À ceux qui ne pensent pas comme eux les libéraux appliquent la toléranoe toute pleine de charité qui a inspiré les paroles célèbres de notre poète national quand, parlant de Papineau, il disait :
Il fat toute une époque ot longtemps notre
race N'eut que sa voix pour glaive et son corps
[pour cuirasse, Courbons-neus donc devant ce preux des
Ciours anciens !
S'il ne partagea point nos croys nces auguse
tes,
N'oublions pas qu'il fat juste parmi les ‘ : [iustes,
Et le plus grand parmi les siens |
Laberge était républicain et voulait l'indépendance du Canada. Il fallait l'entendre parler des destinées démo.
cratiques de son pays pour se fuire une juste idée de son éloquence, de la force et de la beauté de ses doctrines |
On peut ne pas partager toutes ses opinions, mais on ne peut s'empêcher d’applaudir aux sentiments patriotique qu’il exprimait en parlant du
anada et du rôle que les institutions démocratiques devaient y jouer.
Permettez moi de faire quelques citations de ses discours ; c’est le meilleur moyen de vous faire admirer ce philosophe de vingt ans, car il avait à peine cet âge, quand il prononçat les paroles que je vais vous rappeler.
Parlant du progrès et de la civilisation, le 26 août 1848, à un dîner pis donné aux collaborateurs de "Avenir, chez le restaurateur Compain, il disait :
‘ Messieurs, pour bien rendre compte de la marche dela civilisation, c'est à dire de la marche du progrès humain, je me figure une chaîne de montagnes, dont chaque chaînon va toujours en s'élevant gradüellement
jusqu’à ce que la cime du dernier se
perde dans les nues, L’humanité gravit avec peine cette chaîne de montagnes: tantôt elle s'enfonce dans
d'épaisses forêts, au milieu des ténèbres les plus profondes, où elle a peine à discerner le vrai du faux, le juste de l’injuste ; tantôt elle descend et court dans la plaine. Chaque victoire qu’elle remporte sur. l'ignorance et pour les lumières, sur les vices et pour la vertu, sur la tyrannie et pour la liberté, c'est une nouvelle
movutagne dont elle vient d'atteindre
le sommet. Alors l’humanité fait une halte ; elle jouit un instant de sa victoire et se repose un peu pour 8e préparer à de nouvelles luttes, à de nouveaux combats. Mais elle monte toujours, et à mesure qu'elle s'élève, lé soleil lui fait ressentir davantage l'ivfluence bienfaisante ::e ses rayons ; l'air devient plus pur, elle respire plus librement ; elle reprend un nouveau courage, l'espoir la ranïne. (Comme le voyageur qui croit apercevoir le terme de sa course, elle hâte le pas, pour artiver plus vite,
‘“ Parmi les peuples, les uns vont plus vite, les autfes plus lentement ; quelquefois ils alternent; les uns renversent et brisent violemment les obstacles : telle est la glorieuse patrie dé nos ancêtres. Les autres au lieu de les briser, les détournent ! telle est notre métropole |
‘“ La démocratie déborde aujourd’hüi sur tout le monde comme un déluge ; non ce déluge qui renverse et engloutit tout; c’est le débordement du Nil dont les eaux fertilisent l'Egypt: et y produisent l’abondance et la prospérité. Le démocratie sin:
filtre partout dans tous les pays, dans toutes les veines de la société ; elle roule avee la locomotive sur le chemin de fer, elle éclate comme la fou-
dre, elle file avec le fluide électrique. .
Essayer d'y résister, ici surtout, sur le continent de l'Amérique, serait audessus de la force d’un peuple ; long:
temps comprimée, elle l'écraserait ; elle le broyerait. On a longtemps prétendu que les peuples n'étaient pas mûrs pour la liberté, mais les
ples commencent à soupçonner que e'ils n'étaient pas mûrs, c’est qu'on ne les exposait pas à la chaleur vivifiante du soleil ; ils commencent à croire que la libertéest un capital pour acquérir encore plus de liberté.
Notre loi est donc de suivre le progrès, et non de l’entraver, de nous livrer au courant et non de le remonter : de bien nous appliquer à nourrir dans nos esprits et dans nos cœurs les élément qui n’attendent que l’oecasion pour produire leur effet. Il faut bien s’habituer à ce sentiment élevé de la dignité de l'homme libre et de toutes les conséquences qui en découlent, et dans l'ordre moral, et davs l'ordre politique, et dans l'ordre intellectuel.
Elle a déjà fait un grand pas dans cetta voie, en établissant parmi les jeunes gens le principe de l’égalité, c'est à dire l'unité du point de départ, le travail et la vertu, auxquels seuls vous accordez votre considération, et d'où chacun peut ensuite s'élever suivant ses forces et son courage. (C'est l'égalité saine et véritable, celle là, cells qui ouvre uue libre carrière à tous les mérites, et non cette égalité aveugle et brutale qui coupe les têtes hautes pour niveler la société.
Admitez le rôle qu'il assigne à la démocratie canadienne :
“Il ya enfinle parti démocratique qui veut l'indépendance du pays, non par la violence, mais en le pré-
arant peu à peu et activement à l'avenir de la liberté qui s'approche avec une vitesse dont les myopes politiques seuls ne peuvent s'aperce-
erait ; temps taient is les sonner , c’est haleur éncent capital liberté.
le prole nous remon- , Nour — s cœurs 1e l'oefet, Il itiment ne libre qui en oral, et l'ordre
and pas t parmi e l’égaoint A A, AUX— re COneut en— brces et Sa1ne et
ouvre m érites, brutale
r nive-
pne à la
mocratiu pays, le prément à pproche myopes ’aperce-
voir. Les aveugles ne voient pas le soleil; ily a des aveugles au moral comme au physique... L
Il revient plus loin sur cette idée et insiste en disant :
«€ J'ai dit que le Canada s’en allait à grands pas vers l'indépendance, parceque par l'indépendance seule il peut aller à la démocratie, et que la démocratie est l'Eldorado vers lequel émigre le: monde moderne, le centre vers lequel il gravite par une loi d'attraction morale aussi puissante, aussi infaillible que les lois de l’attraction physique...
Pour lui l'indépendance est un fais certain :
“L'époque de l'indépendance, ditil, est seule en question, l'indépendance ne l’est plus... ’A
Le 24 juin 1850, lors de la célébration de la fête nationale à Montréal, répondant au toast porté à la république américaine, il s’écriait :
“Pour ma part, messieurs, j'aime les Etats-Unis parceque je suis démocrate, parceque ma conscience et ma raison me disent que la démocratie est ce qu’il y a de plus juste et par suite de plus fécond au monde; parce qu'elle me paraît réaliser les vues de la providence sur la société humaine. J'aime la démocratie parcequ’elle est sincère et non basée sur les fictions, sur la charité et non sur l'égoïsme ; parceque, en un mot, elle est chrétienne et non payenne.
‘ Pour qui croit aux destinées éternelles de l'homme, un de ses jours est plus précieux que la plus belle conquête; l'empire de la mer ne vaut pas uné goutte du sang qui coule dans les veines de l'être créé à l’image de Dieu ; ses jours sont inscrits et comptés aux livres mystérieux de la
Providence ; bien téméraire est celui qui ose y porter une main sacrilège pour en déchirer les feuilles divines.
4 IL faut s’appoyer sur la justice et la vérité pour faire triompher les idées justes et vraies, et en attendre avec confiance l’infaillible triomphe.
La justice a pour ainsi dire ses quartiers comme la lune ; comme la lune aussi, elle est toujours entière quoiqu’une partie en soit parfois voilée et cachée à nos regards. Il faut s’appayer sur la raison et la conscienge des
ommes et y faire pénétrer les idées ; les faits viennent ensuite d’euxmêmes; une idée est une planète autour de laquelle les faits se groupent, et qu'ils saivent comme ses satellites... .
Le 19 mars, 1852, il pronongait devant l’Institut Canadien un discours resté célèbre à Montréal, sur cette pensée de Chateaubriand ‘“ L’avenir est à la démocratie.” Voyons comment il la développe :
‘6 Quelle est la cause apparente des révolutions du jour, de celles qui déjà ont éclaté si terriblement et de celles qui couvent sous la cendre ?
“Il me semble qu’il n’y a qu'une réponse à faire: c’est que les peuples ne respectent plus l'autorité; n'ont plus foi en elle.
‘ Daus le monde, tout repose sur la foi, elle est le point de départ de tout, la base de toutes les croyances humaines, et de toutes les sciences, de quelque espèce qu’elles soient, morales ou physiques. Elle s'applique à toutes les vérités premières, quoiqu'éminemment et pardessus tout, aux vérités religieuses.
‘ Les peuples ont la foi en politique. Il ya des principes que l'on retrouve dans tous les pays et chez
D ARR a PAST AR PE RAS ERREURS eh ere É
toutes les nations civilisées.ou sauvages: telle est, par exemple, l’obligation d'obéir à l’autorité reconnue partout et toujours, et qui ne rencontre de difficultés que dans son application, quand on demande: quelle est cette autorité ? .
ÉCTII LILI ITOCOOOUT COR T ELLE CEE EN
Après avoir posé ces principes géne taux, il tire les conclusions suivantes :
“Il y a chez les peuples, la foi en politique comme en religion avec cette différence que la première n'est pas, de sa natu:e, stable comme la seconde,
“Voilà ce qui garantit des révolutions : ce qui peut donner quelque stabilité aux institutions humaines, Il faut que le peuple fixe ses croyan:
ces, et après cela un gouvernement peut fonctionner avec sécurité,
“ Maintenant, quand le peuple atil foi en l'autorité ? Quand il la eroit fondée sur le droit, et la légitimité, sans lesquels rien n'est stable, rien ne prend racine dans la conscience humaine ; sur le droit que tout le monde, peuples et individus, invoquent chaque. jour; sur lequel ils s’étayent, qui, quoique souvent obscurci et méconnu, est respecté à.ce point qu’on l’a introduit jusque dans le domaine de la force brutale ; là où celle ci a ses coudées franches, on a établi le droit, de la guerre qui.en adouoit les déplorables rigueurs.
‘“ L'autorité a besoin, comme tout dans le monde, et plus encore, de s'appuyer sur le droit d'être crue lézitime, pour êtrè respectée des peu
ples,
La difficulté revient à ceci : où est le droit, quelle est l'autorité légitime ? Posera-t-on chaque jour ce pro blême aux nations, les appellera t-on à le discuter, à l'approfondir et à
faire ensuite leur choix? On com prend qu'avec pareille hppothèse la société ne serait plus possible, l’anarchie ls déchirezait chaque jour, l'étourdirait, lui ferait perdre le sens moral. La légitimité de l'autorité, ce sont les peuples qui la font. En dépit de toutes les savantes théories, ils font et défont tous les pouvoirs humains ? Quel syllogisme eût été assez puissant pour arrêter une seule des révolutions modernes? Il semble .
que l’instioct de conservation déter.
mine ces crises horribles qui, par l'infirmité de notre nature, uous sont quelquefois nécessaires, et deviennent des remèdes salutaires entre les mains de celni qui sait les faire servir au bien, même au mal..."
Mais écoutez cette déclaration de principes, elle est digne des premiers orateurs de l'antiquité, et ne déparerait pas la plus belle page du traité “De officiis” de Cicéron :
‘ Quels sont donc aux yeux des peuples les signes, les caractères de la légitimité du pouvoir ?
“Ily en a deux: l’hérédité et l'élection. L’hérédité est fille de l'élection ; 5} est. bien facile d'établir la filistion et qu'elle en résulte né.
cessairement ; mais je maintiens cette division, pour plus de clarté
‘ Depuis des siècles, le premier de ces caractères était prédominant ; les peuples ont été habitués à reconnaître l'autorité au premier de ces signes : l’hérédité. IL n’y avait pas besoin de longs raisonnements pour le faire obéir; il suffisait de leur apprendre que celui qui régnait, qui commandait était fils de celui qui avait déjà régné et commandé, et tout était dit : et les peuples baissaient la tête sans murmurer.
“Il fut un temps où la royauté
com hèse la l’anarur, l'ée sens itorité, t. En éories, Juvoirs ft été e seule
semble .
déter.
1, par us sont levien— itre les ) servir
ion de remiers dépare-
traité
x des bres de
dité et lle de établir te né:
ntiens rté hier de inant ; reconde ces it pas pour ur apt, qui ai qui dé, et ssaient
Dyauté
héréditaire, dans laquelle l'autorité était partout incarnée, qui en était l'unique, constante ‘et vivante personuification,se confondait avec l'auto:
rité même aux yeux de l'humanité { le monde n’en avait pas d’autre idée.
La légitimité du pouvoir, Aux yeux des peuples, c'était l'hérédité comme fait constant, interrompu parfois par la nature, En est-il encore ainsi ? Non; ce temps n’est plus, aujourd'hai il ne fait plus qu'exception. La royau:
té héréditaire est tombée du piédestal que les peuples lui avaient élevé.
Elle ne se maintient plus qu'à coups de canon...
Laberge va nous dire maintenant ce qu'il pense de la théorie du droit divin ; etil le fera en termes non équivoques :
“Ce serait ici le lieu de parler du droit divin, sur lequel s'appuient les rois ; mais je dois «avouer que, je n’ai peut être jamais bien compris ce que c'est que le droit divin dont on parle si souvent. Il part d un principe que tout le monde admet, savoir: que tout pouvoir vient de Dieu. Maintenant, cette délégation existe t-elle tou:
jours, suit-elle l'avènement, le triomphe? Ce serait faire à la providence un triste rôle, il faut en convenir.
Cette délégation existe-telle en faveur de certains pouvoirs particuliers? Alors ce doit :être un fait extérieur, palpable, qui s'applique si ouvertement, si ostensiblement à un pouvoir que ses sujets ne le puissent reconnaître. Où est-il ce pouvoir ?
‘“ Je n'en connais qu'un seul au monde qui se prétende ainsi constitué immédiatement de droit divin et que je crois tel : c’est le pouvoir du chef sprituel des catholiques, et ce pouvoir n’est que spirituel et ne s'exerce pas temporellement au nom de la même
AR
institution divine. Pais, tous les pouvoirs l'invoquent, et qui donc pourra décider entre eux.
de droit divin,. tel qu'ordinaire meëÿ entendu, me semble donc ne pouvoir s'appliquer qu'à un état de société religieuse, dominé par une église unique qui confère ce droit à l'autorité. Mais peut il s’appliquer à des gouvernements qui n’ont pas de religion et accordent à tous les cultes, même les plus contradictoires, une égale protection ? ‘et là où l'Eglise et l'Etat sont unis,comme en Angleterre, est-ce que moi, catholique, je puis croire au droit divin d’un pape-roi protestant ? Evidemment nou.
‘ Donc, le droit divin appliqué à ua pouvoir qui n’a pas de religion est une palpable contradiction ; appliqué à un pouvoir qui a une religion, il.
est incompatible avec la tolérance religieuse, la liberté des consciences et des cultes, reconnues partout aujourd’hui comme une nécessité, et que l'on n’essaie de violer que dans le pays qui réclame emphatiquement l'honneur de lui avoir donné le jour.
“ Une observation m'a d'ailleurs frappé à ce sujet. C'est que le déciin de la royauté m'a paru coïncider d’une manière frappante avec l'affaiblissement graduel de l'autorité religieuse, lorsque l'unité de celle-ci a été brisée, que «on action temporelle à cessé. Les premiers pays qui aient secoué la royauté moderne, sont précisément ceux où l’on s'est d’abord affranchi de l'autorité religieuse, et l:8 révolutions me semhlest avoir suivi cette marche comme le feu suit une traînée de poudre.” ..........
Vous admettrez bién avec moi, n'est-ce pas, que c’est là de la haute philosophie ; mais suivez sa disserta— tion et vous allez voir avce quelle
HU
po" 4 1 { ' force il renverse vetts théorie du droit divin : RS NI ‘ Au réste, n'y atil pas perfois
‘une umêre dérision dans ce droit din
dés rois que peut-être:la juatice divine a brisés ? Quand ces ‘rois ont violé toutes les lois divines, quand ils ont toulé aux pieds Diéu même ; quand ils ont rejeté avec éclat toutes. les lumières de la révélation, qu'ils se
sont proclamés'athéer, étaient-ils enco:
re du droit divin ?
:.“ Je ne puis mieux terminer cette digression que par une citation de l'histoire de dix aus, par M. Louis Blanc, qui résume parfaitement ma pensée, quand il s’écrie après avoir parlé des lois de septembre contre la presse : * On avait décrété en France ‘l'anarchie des cultes, et l'on y dé- ‘ clarait factieuse la lutte pacifique “des systèmes ! Il n’était plus permis ‘“ de s6 dire républicain là où il “ l'était de se dire athéo ? Discuter * Dieu demeurait un droit, discuter ‘ le roi devenait un crime.”
Le jeune orateur va maintenant appliquer ses doctrines ; et vous allez voir avec'quel logique il va conclure :
- # Maintenant l’hérédité s’en allant, il I faut remplacer. Pour que les peuples obéissent au pouvoir, le reconnaissent et s'y soumoettent, il leur faut un autre signe, Or, je le répète, quel est il, sice n'est l’éleotion ? Où est l’autre manifestation reconnue de la légitimité du pouvoir aux yeux du monde ?
‘“ L'élection nous apparaît donc victorieuse de l'hérédité, couronnée de ce diadème, armée de ce seeptre, qu'elle a arrachés à sa rivale, et or-
ueilleusement assise sur les débris de ses trônes.
Le principe électif triomphant, c'est la république dang un avenir
fort
“Je. suis arrivé au point où j'en voulais venir: établir ce fait, que depuis longtemps l'élection ou le principe républicain déborde partout, détrône chaque jour l’hérédité ou le principe monarchique. NET
Ecoutez maintenant l'éloge enthousiaste qu'il fait de la république :
La république n'est pas cela ; elle est aussi paisible que forte, aussi douce que puissante ; elle est humai.
ne, elle est civilisatrice ; elle aime tous les hommes, tous le peuples .
comme une mère, et vout qu'ils ss regardent et s’embrassent comme des frères ; elle respecte l'être que Dieu a doané à la terre pour roi, et rehausse chez lui le sentiment de sa dignité, de sa grandeur et de sa; valeur personnelles ; elle veut qu'il donne à son intelligence tout l'essor possible ; elle est économe des sueurs et du saug de ses enfants, et préfère la paix avec son abondance et sea jouissances obscures, mais donces, à la guerre, aux conquêtes, avec leurs glorieuses misères ; elle veut que son gouver”e-:
mont ne soit pas une pompe aspirante chargé: d'épuiser la fortune nationale pour eugraisser des parasites, mais qu'il soit un simple mandataire, du peuple, toujours à sa, discrétion, ét lui exemptant les embarras des affaires politiques, pour laisser l’activité des citoyens aux affaires pri-
‘lequel, à tle plus
, où j'en fait, que n ou Île e partout, dité ou le
e enthouque :
pas Cela ; rte, aussi st humai.
elle aime
qu'ils se omme des que Dieu et rehaussa dignisa valeur 1 donne à possible ; rs et du re la paix puissances a guerre, glorieuses gouver”e:
e aspiranprune, naparasites,
andataire.
discrétion, barras des isser . l’acfaires pri-
) peuples .
vées; elle vaut que tous ses enfants jouissent de la liberté religieuse comme de la liberté civile, et rendent librement à Dieu l'hommage que leur dictent leur conscience et: la foi de leurs pères; elle veille en un mot avec une égale sollicitude sur
‘tous; toujours prête à leur aplanir
les obstacles, à leur éviter les dangers, à les protéger ét à les défendre envers et contre tous. Elle existe ar et pour le peuple qui est à la ois, en théorie et eu principe, en droit eten fait, son principe et sa fin.
“Voi'à ce qu'est la république dans son état normal, quand elle a ses coudées franches, quand on lui a donné le temps de reprendre haleine.
Elle a fait voir ce qu'elle pouvait être dans le beau pays qui nous avoisine, dans la patrie des Washinzton, des Franklin, des Jefferson et des Jackson Quand on nous montre les excès des républiques, nous pouvon leur montrer cette magnifique république. La liberté peut en montrant les Etats Unis, dire au moude comme autrefois la. mère des Gracques, en
montrant ses enfants: ‘“ Voici mes
joyaux.”
“Je viens de développer mes idées sur l'origine des révolutions du jour, j'en viens maintenant aux conséquences.
“S'il est vrai que la république doive bientôt et infailliblement l’em-
porter sur sa rivale, pourquoi semer ‘ invariablement sur sa route des obsta .
cles qu'elle finira toujours par briser?
Pourquoi faut il la pousser à la vio-
” lence, à la destruction: pourquoi la
comprimer ? Ne sait-on pas par expé-
. rience, que la liberté est comme la
vapeur qui plus longtemps et plus fortement elle est comprimée, plus
vio'emment elle éclate? Pourquoi
ne pas ménager une transition paisible, une pente douce du passé à l'aveair ? eg ve tant d'énergie, tant d'activité dépensées en pure, perte dans une lutte folle et désastreuse, puisqu'elle est inutile.
“Si tout cela est vrai relativement à l'Europe, combien n'est ce pis'encure plus vrai de ce côté-ci de l'océan, refuge, asile, patrie de : la: liberté
politique, qui a poussé dans son so] de.
s1 profondes racines? Si ce lugubre cri: les rois s’en vont | est une sentence fatale qui doit s'exécuter ; si cette prophétie de Chateaubriand, le plus fervent, le plus loysl des royalistes: “L'avenir est à la démocratie.” doit se réaliser en Europe, ne l’estelle pas déjà sur ce continent? Estce l'empere‘ir Srulouque qui restituera à la royauté son prestige en Auwuérique ? Éät:ce lui qui repêchera ve diadème que les premiers: émigraots américains ont laissé tomber au fond de l'océan qu'ils traversaient ?
“Où est le chaînon qui relie l’'Amérique à ces tradition: monarchiques, qui n'y eurent jamais an pied à terre ?
‘’Serait ce le lien colonial avec des monarchies. d'outre mer qui inculquera, qui gravera dans l'esprit des peuples de l'Amérique le respect de
- la royauté ?, Mais voyez donc: comme ‘partout ce lien se briss peu à peu.
Voyez donc ces puissants empires, autrefois colonies, aiglons qui ont déserté le nid aussitôt qu'ils ont pu voler seuls ; chrysalides qui ont brisé et foulé aux pieds leux: hideuse euveloppe et qui s'élèvent brillant du prisme de la liberté, . Est-ce en pré:
sence de ces faits que l'on peut compter sur le lien colonial pour perpétuer le régime monarchique sur ce continent ? Evidemment non. Douc,
il est destiné À! périr iol plus-tôt que partout ailleurs ; le sol tremble sous sen pas, le soleil américain lui est mortel.”
. termine cette brillante dissertation par un appel raisonné aux esprits. sages et modérés. Il dit :
(“En présence de ces faits, quelle est ‘en Canada la politique sage, progressive, patriotique ? Est-ce celle qui ‘se cramponne à fout ce qui croule, qui remonte toujours le courant, qui va de reculons, qui s’obatine à la rame quand tout est à la vapeur !
Est-ce celle qui, par la centralisation par le patronage, par les prérogatives de la couronne, par les antécédents du temps du bon roi Dagobert, par les privilèges, par la supériorité légale d'une partie des citoyens sur l’autre, tend'à prolonger et à rendre plus ardente une lutte désespérée ?. où bien est-ce celle qui obéissant du moins à une impérieuse nécessité, cette suprême raison, commencerait dès à présent à préparer notre pays à un avenir inévitable de liberté, et à le conduire à son but doucement, naturellement, par la soge concession des institutions que la violence y vi pa plus tard comme ailleurs si le patriotisme de ses législateurs tié le fait pas dès à présent ?, Pourquoi ne pas mettre hardiment la main à la réforme ? Pourquoi ne pas ac- -complir dès aujourd’hui toutes celles qui sont compatibles avec la raison, avec notre droit, toutes celles en un mot que nous sommes assez forts pour obtenir ?
‘Craindrait-on, par hasard une révolution ?
‘ Maïs, de grâce, regardez donc partout ; est-ce du refus ou de la concession des réformes réclamées par le peuple, que viennent les révo-
latious ? La réponse n'est certes pas
ile. M." “Oh1 les révolutiognaires dans ce pays, ne sont pas ceux qui veulent ‘des réformes, qui veulent même la
‘liberté. nt
‘léblese cvosèsos
CERLRLLLERELLLLELLEX]
-:#La crainte, des soulèvements est donc un vain prétexte pour perpétuer les abus, et le danger est précisément là où l’on paraît ne le pase redouter :
c'est le refus des réformes qui constitue un danger sérieux.”
Quand Laberge parlait ainsi da l'avenir de,son pays, lui un jeune homme de vingt-cinq ans, il ne se doutait pas sans doute que trente ans plus tard les libéraux français de Québec adopteraient l'indépendance du pays comma article principal de leur programme; que le Club national de Montréal, donerait des dîners publics où les. chefs du parti se prononceraient en faveur de cette noble idée que. lui, le jeune libéral de 1852, avait lancée en 1852 comme un balon d'essai au milieu de la population canadienne
Que voulez-vous, les grandes pensées font ‘eur chemin, en dépit de tous les obstacles que les ennemis du progrès. jettent sur leur route; et d'étape en étape, de colline en colline, elles fiuissent par atteindre le sommet: de l'opinion publique et par conséquent de triompher.
Vous venez d'entendre le démocrate républicain, et vous avez pu voir avec quel enthousiasme il parle ds, l'avenir de son pays, qu’il identifie avec le triomphe du libéralisme,
Cet enthousiasme démocratique pourrait faire croire que. le croyant, que l’homme religieux a disparu pour se perdre dans les rêves fantas :
tiques d’un socialisme dangereux.
ertes pas
dans ce veulent même la
1ents est perpétuer cisément edouter : ui consti-
ainsi de an jeune il ne se vente ans uqais de pendance icipal de 1b natioes dîners parti se de cette b2 comme de la po-
des pendépit de semis du oute ; et en colliindre le 1e et par
le débus avez siasme il ys, qu'il libéra-—
pcratique croyant, disparu
a fantas :
ugereux.
Pas du tout ! Quand Laberge vetra que quelques écervelés mettent en daoger, par des excès eondamnsbles, la. cause du libéralisme canadien, il protestera, tout comme il a protesté contre les divagationis de l'école politico religieuse.
Autrefois c'était le libéral qui se révoltait contre les obétacles que cette école jctait sur la route pour énrayer le j:rogrès des idées libérales ; aujour:
d'hui c’est le ‘catholique qui se révol= te contre les efforts de quelques libéraux exaltés qui coimpromettent la cause du libéralisme canadien.
Permettez que jé vous rappelle cette protostation sincère, aussi énergique et aussi élrquenté qüe la premièré, et que je trouve dans l'Ordre de 1868 :
4 Je reproduis cet extrait À propos d'un mort, parce que c'est un mémoire d’outretombs d'écrivains qui semblent avoir pris à tâche depuis longtemps de perdre le parti politi= que auquel M. Daoust appartenait, tout en s’en constituant les organes.
Depuis l’encyclique de Pie IX jus qu’à sa souveraineté tempprelle, jusqu'à ses zouaves canadiens, le Pays traite tout cavalièrement et de façon à faire confondre le libéralisme canadien avec le libéralisme français.
Nous voici, paraît-il, avec un parti clérical, uo parti prêtre qui nous … déclaré la guerre, ct nous ne pouvons désormais rien faire sans détruire d'abord ost ennemi-là,
‘“ Est-il bien sage de parler ainsi dans un pays comme le nôtre? La signification des mots, de ces mots de convention suitout qui forment la langue politique varie suivant les pays. Le libéralisme en Canada a un sens exclusivement politique qu'il n’a pas en Europe et çn ne peut pas
plus confondre les deux qu’il ne se rait permis de confondre un whig américain avec un whig anglais. La masse du parti libéral du Bas Canada est sincèrement et pratiquement catholique, tout autant que la masse du parti soi-disant conservateur, et il serait bien malheureux que le jourpal qui passe pour le principal organe des libéraux se morfondît chaque jour à faire croire le contraire, et-à achever ainei de démolir ceux qu'il a mission de défendre.
“ Il y a trop longtemps que cela se pratique néanmoins, ebil serait grand témps d’én finir. Parce qu'il y a des prêtres indiscrets qui oublient durant les élections, même de mauvais prêtres qui abusent de l'influen-ce que leur donne leur position soit pour faire triompher un parti politique, soit pour satisfaire leurs rancunes | il ne s’ensuit pas qu'il faille ‘tourner le dos au catholi- Gisme, comme incompatible avec dés institutions libres. Qu'il soit néces.
saire de signaler parfois à l'autorité compétente ces astres errants sortis de leurs orbitres, nous l’admettons ; sur eux retombe le scandale, s'il y en a, lorsqu'ils sortent de leur sphère au point de nécessiter une énergique répression ; mais il ne faut pas aller au delà. Il ne faut pas conclure de quelques cas isolés à une détermination générale et officielle du clergé.”
Il va plus loin encore et exprime la même pensée que la Patrie exprimait l’autre jour dans une série d'articles qui font honneur à son rédacteur, M. Fréchette :
‘ Dans ün pays comme le nôtre,:il est simplement absurde de dénier au prêtre les droits de citoyen. Il est bien permis de contestér l'opportunité et la sagesse de l'exercice de ces droits.
Mais cela ne peut être fait que dans Chaque cas particulier, pour pouvoir prononcer aveo justice; et nous groyons qu'en géuéral, notre clirgé ne peut être accusé de prendre part active à nos luttes de parti. Règle générale et très naturelle, qui résulte de sa constitution et de sa mission, le clergé soutient le pouvoir existant, Jleque dans un pays soumis au gouvernement Constitutionnel, + changer de représentants tous les six mois, mais demeure toujours le même comme pouvoir, comme autorité et a comme tel l'appui constant du clergé.
En dehors decela, peut être ceux qui lui reprochent de soutenir certains partis et certains hommes, au préjudice d’autres partis et d’autres hommes, devraient ils s'acouser d’abord de représenter ces derniers comme hostiles à l'Eglise et juste sujet d’alarmes pour ses défenseurs, peutêtre alarmentils à bon droit les consciences catholiques, , c'est à dire Ja masse de leurs compatriotes par des écrits réchauffés des journaux infidèles du vieux monde, aussi inutiles et sans application à notre pays, qu'ils sont injustes au fond.
‘“ Avec cette tactique maladroite, on a réussi jusqu'à présent à permettre un triomphe facile à ceux. qui montrent à nos populations comme épouvantail le spectre du rougisme ‘afin de permettre aux pseudo-libéraux conservateurs de substituer l’arbitraire à des institutions libres ”…
Il va plus loin, ét se fait l’éloquent défenseur du clergé eanadien. Ecoutous sa parole autorisée et profitons des leçons salutaires qu’elle nous donne :
‘“ Ainsi, par exemple, dans un pays catholique mais libre, on est bien le maitre de professer des idées anti-
catholiques, par smour de l'indépendance, eu adoration de la liberté da penser, si c’est ainsi qu'on l'entend ; mais il faut. renoncer à diriger ua peuple, ou entreprendre la tâche impossible, contre laquelle il se révoltera à bon droit, dele dépouiller de ses croyances.” pete
‘“ Le Paye ne se contents pas de cenaurer les pure plitiques, une très pauvre olasse.en : vérité, s’il enteud par là des hommes qui, oubliant leur caractère, se. jettent sans nécessité dans les luttes ardentes de parti pour satisfaire leurs rancvnes personnelles ou une soif morbide de petits triomphes, qui sont des misères auprès de ceux auxquels leur état leur permet d'aspirer chaque jour de leur vie sacerdotale.
‘C'est tout le clergé catholique qui est attaqué, non pas soulement celui du pays, mais celui de l'univers, et j'en trouve la preuve dans l’article même auqüel je réponds, ‘sans re-
monter plus loin.”
‘: C'est 1h une chose élémentaire pour un catholique. Cela peut au premier abord choquer la raison, révolter l'orgueil humain. La-religian est faité, pour dompter celui ci et diriger et soutenir la faiblesse de l'autre. Quand l'autorité suprême a parlé, il faut que le catholique se soumette : quoiqu'il lui en coûte, ou qu'il cesse d’être catholique. Si chaque catholique pouvait alors répondre
“par une distinction et.s’en rapporter à
son propre jugement pour savoir #81 on n’envahit pas un domaine purement temporel, le catholicisme serait sapé à sa base; les catholiques ne seraient plus ce qu'ils sont, ce que seulement ils peuvent être; ils se raient des libres-penseurs éloquents
'indépeaiberté de l'entend ; riger un tâcho imrévoltera ler de ses
a pas de
sûres au— * état leur ar de leur
catholique soulement l'univers, 1 l’article l8ans rè-
' CELELLEELE) CE LI
émentaire peut au raison, ré:
a-religian elai ci ‘et iblesse de suprême a olique se coûte, ou . Si charépondre apporter à savoir 81 iue puresme serait liques ne t, ce que D; ils se— éloquents
ét savants comme mon honorable adversaire, mais pas logiques dans leur croyancè.
“ Sup que des membres du clergé, ucoup d'entr'éux aient des torts exvers un parti politique, cela ne justifie pas celui-ci de s’en venger sur le clergé universel, c'est-à-dire sur l'Eglise, Cels ne le justifie pas de se Va ga pee dévoit dans le piège qu'on lui tend. Soutenons, pratiquons la franchise dans les élections; ba-
nissons-en la fraude, la violence et la
corruption. Demandons plus de respect pour l'opinion publique et moins de présomptueuse ‘confiance de la part de quelques hommes dans leur propre et unique jugement. Demandons que l’on prenne les moyens d’arrôêter l'émigration et de développer l’industrie, que l'on introduise une sage économie dans toutes les branches du service public au lieu d’imiter le faste des gouvernements qui sont dans un tout autre milieu. Luttous en un mot pour toutes les réformes purement politiques que nous croyons désirables. Et le libéralisme local n'effrayera personne.
‘ N'alarmons pas les consciences justement effrayées ou celles que la passion politique a déjà émues.”’
‘ Quand il n’y aura plus pour barrer le chemin à untel parti purement politique que les prêtres maue vais ou indiscrets, ce parti pourra vivre et avoir sa place sous le soleil politique.”
“ Non, le clergé est trop intelligent et trop instruit pour’ se payer de mots, Quand il soutient nos adversaires politiques. il sait bien qu'ils se nomment eux-mêmes libéraux-conservateurs |......
“Chaque prêtre étant un homme instruit et vivant dans un milieu social élevé, il est inévitable qu'il for-
me son opinion sur la politique, qu'il.
y prenne intérêt. LA ne Le pourquoi le curé n'aurait pas le droit comme les autres hommes instruits de sa paroisse, de donner son avis sur la politique, jui qui doit s'identifier avec sa paroisse et s'occuper de tous ses intérêts. Pourquoi dans ue paroisse, mettrait-on une lumièle plus ou moins brillante sous le bois seau ? Laissons au prôtre cette libezté raisonnable qui est son droit, et soyez persuadés que les cas seront très rares où il dépassera les bornes convenables sans la censure de ses supérieurs. Jamais l'archevêque de Québec ou le plus humble de ses vicaires ne vous refusera l'absolution parce que vous préférerez le tracé Robinson pour le chemin de fer Intercolonial ou parceque vous serez contre l'exportation des trente sous ou contre des droits protecteurs..."
Après cette déclaration de principes, sur laquelle il ne peut y avotr de doute, il attache la responsabilité de ce qui arrive à l’école politico re.
ligieuse ; Il dit:
‘ Certains brocanteurs de religion qui ont exploité cette mine au pofit
e leur politique sans se soucier du tort fait à la religion; certains prétres exaltés et manquant de charité, dont les actes et les paroles ont pu pousser leurs adversaires jusqu'à l’exagération, auront bientôt à dé:
plorer amèrement les ravages dans les consciences catholiques dont ils ont été en partie la cause. Quand on est entouré d’ennemis acharnés, fanatiques, adossés à un immense pays, protestant ou infidèle, exaltés par l'influence morale d’une métropole protestante aussi, il faut beaucoup de prudence et pousser la tolé— rance jusqu’à ses limites permises ;
réfléchir bien longtemps et bien patiemment avant de frapper.” Voilà la doctrine libérale; et nous l'avons recuéillie d'un homme distingué, réspectons-: là, cornme nous réspectons celai qui nous l’a trans:
ractère et de-son talent! 1" * La Patrie l'a déciaré l'aûtre jour ;
rise avec toute l'autorité de soû: ca :
c'est le credo libéral dans ce pays : et:
s'en écarter serait s’écarter des véritab!es traditions de notre p #ti.
Leberge a pris une part considéra” ble, comme d'ailleurs tous les libéraux de cette époqne, au règlement de la question- des droits seiganeuriaux.
Non:-seuleme .t il pressa l'adoption dela mesure au parlement ; et y pronouça des discours . éloquents, qui contribuèrent pour. beaucoup à faire disparaître les nombreux. obstacles
Eu d
mais encore il écrivait dans L’'Avenir de ces articles vigoureux et puissants dont il avait le secret et tenait des assemblées publiques dans les comtés du sud de la Province, préparait et faisait adopter des résolutions, et se montrait toujours prêt et actif à favoriser ce grand mouvement politique, l'un des plus importants .de notre histoire, puisqu'il: a ; émancipé un million de cultivateurs, sans 8e.
cousse et sans révolte, et obtenu un résultat politique pour.l-que) il a failu en France une sanglante révolution, et pour lequel l'Augleterre et l'Irlande subissent :des perturbations sociales qui menacent de s'éterniser.
+ Une des ‘premières assemblées qui fat:tenue dans le but de surexciter l'opiñion publique à cet égard le tut à lacadie le 8 août 1849, sous. la présidence de Charles Roy, riche et
respectable qultivateur de l'endroit:
C'était une réunion de trois. comtés, Huntingdon, Chambly et. Rouville, c'est-à-dire presque toute la rive sud du St-Laurent, depuis la rivière Chambly, moins les townships. de l'Est, car alors Rourille comprenait Iberville. Le vice-président était Gabriel Marchand, le père de notre sympathique ami, le, député actuel de St-Jean, et le secrétaire Chs Laberge celui dont je rappelle le souvenir.
L'assemblée nomma un comité, char.
gé de mettre à exécution les résolutions de l'assemblée ; et je suis sûr que les noms de.ses membres intéresseront plusieurs de mes auditeurs.
C'étaient messieurs Chs Roy et Olivier Hébert de Lacadie, le premier mort et la second demeurant à West Farnham; Gabriel Marchaud et T.
Jobson,de Saint Jean, Henri Aubertin
de Saint-Athanase, tous trois morts;
Hubert Bourassa fils, de Laprairie et
aujourd'hui père et grand’père et un des plus riches cuitivateurs du pays;
le. Dr Poulin, de Sainte-Marie, ancien député de Rouville, Amable De-
mers, de Chambly, Eustache Soupras,
de St-Mathias, tous deux morts; A.
Gauthier, de Saint-Luc, J. Beaudin,
de Saint Jacques le Mineur et J, Mc-
Gilvrey, de Saint Georges.
Un an auparavant, le 4 sept. 1848, notre ami M. Ménesippe Prévost, de Terrebonne, avait pris. l’initiative de ce mouvement,comme il avait toujours fait d'ailleurs lorsqu'il s'agissait d’une grande cause nationale, .et rédigeait, à St-Jérôme, là constitution de l'association pour la réforme des droits seigneuriaux, constitution qui fut signée par tous les hommes les plus importants des comtés du Nord, et qui eut un effet considérable sur la solution de la question.
J'ai sous les yeux La Minerve du
l'endroit:
otre symactuel de 8 Laberge souvenir.
nité, char.
es résoluy, suis sûr es intéresauditeurs, og et Olie premier nt à West aud et T.
i Aubertin ois morts; aprairie et père et un s. du pays; Marie, anmable Dee Soupras, morts j
. Beaudin, et J, Mc-
sept. 1848, Prévost, de hitiative de it toujours gsait d’une rédigeait, on de l'asdes droits qui fut »s les plus
Nord, et ble sur la
Hinerve du
CRR
28’ sept. 1848 qui contient cette célèbre constitution, et je né puis la liré sans émotion, car j'y tecannais Je patriotisme ardent et vigoureux de celui qui'fut plus tard le député de Terrebonne et qui pourrait l'être encore aujourd'hui, malgré soh grand âge, avec avantage pour les électeurs, et dans l'intérêt même de: M. Nantel.
M. Prévost fut puissamment aidé dans sa croisade ariti-seigneuriale du côté nord, par l'hon. Louis Archiambault, conseiller législatif ; tout com.
me da côté sud l'honorable M. Sicot:
te, avait mis avec empressement son immense talent et sa grande popularité au service de cette : cause qu'il avait tant à cœur.
En feuilletant les pages do l’histoire de cette époque, j'y trouve des choses étonnantes et dont le souvenir seul devrait scandaliser certains or:
thodoxes de nos jours. Parmi ces faits, il y a le suivant : L'Institut:
Canadien de Montréal donnant une séancé” publique dans l’église St- Jacques, le 6 mai 1847, à 8 heures du soir. JHorrible dictu ! :’heure du mois de Marie ! et à côté de l'évêché !
Le discours de circonstance était fait par M. de Charbonnél, plus tard evêque de Toronto, et mort en France, sous l’humble habit du chartreux,
Le sujet du discours était : “ Les caractères de la société chrétienne.”
pi à
Si Laberge est entré jeune dans la chambre ; il s'est marié tard. On dit qu'il ne pensait nullement à prendre femme et n’y aurait peut être jamais pensé, s'il n’eut fait la rencontre d’une de ces personnes privilégiées qui ont le don de se faire aimer sans le rechercher.
Toujours est-il que si la lumière vint du nord pour l’Europe ; l'amour
vint. de 0e coûté à pour Labergs ; et-qu'un jour, le 23 novembre 1859, le député:d’Iberville devint le: mari d’une des :plus charmantes femmes du pays, mademsiselle Hélène Olive Turgeon, fille de l'honorable J: O.
Turgeon, ancien conseiller législatif et le chef d’une des premières familles canadieñnes. ‘Après avoir été longtemps l’ornement de la société de Saint-Jean, et fait le bonheur d'un homme digne d'elle, Mme Laberge devint une des femmes les plus estimées de Montréal.
Un retour vers le passé, daus la vie de Laberge, nous montre des choses assez drôles et assez touchantes pour moi et qui méritent d’être notées ici. Permettez-moi de recueillir quelques faits. |
J'ai devant moi l'adresse qui lui fut présentée après la chute du minis.
tère Brown-Dorion. Elle porte la date du 11 août 1858 et dit:
‘ Nous nous empressons, dès votre arrivée, de venir vous dire que la dernière crise ministérielle et la part que vous y avez prise, loin d’ébranler notre confiance en vous, n’a fait que la confirmer. ; Nous ne pouvons que blâmer trop hautement le manque d'indépendance, de patriotisme et de générosité qui a mar jué les procédés de vos adversaires politiques, parmi lesquels nous regrettons de voir le représentant de notre gracieuse sou:
veraine,”
Parmi les signataires de cette adresse je trouve les noms de C.
Loupret, avocat, aujourd'hui magistrat du district de St Jean, dévenu conservateur, Clément Vincelette, alors notaire de St-Athanase et maintenant surintendant de l'asile de Bsauport et J. B. Mercier, le père de
ss 6
celui qui a l’honnêur de rous parler, et qui est mort en 1865, l'ami constant du' jeune député qu'il'avait tou- Jours appuyé avec tant de zèle.
J'ai aussi devant moi la carte d'admission au dîner qui: fut donné le 4 novembre 1858, dans la saile Bonsecours, à Montréal, aux: mem» bres du ministère Brown:Dorionu ; cette carte porte la signature de Wm Bristow, C. F. Papineau et J: Donnelly secrétaires, et les noms de ceux qu’on voulait honorer: Brown-Dorion Mc- Donald (J S) Mowat, le premier ministre actuel d'Ontario, Holton. le regretté Holton, Laberge, celui dont j'exquisse la bic graphie, Lemieux alors député de Lévis ét l'oncle de son homonym: qui le représente aujourd'hui à l’assemblée législative, Morris, Conner, Drummond, mort il y a deux ans, Foley et Thibaudeau, de Portneuf, frère de notre ami, le sénateur de la division de Rigaud.
Les certificats d'élection de 1854 et 1858, constatant, suivant la loi de l’époque, que les électeurs du comté d’Iberville donnaïent à Labéërge plein pouvoir de les réprésenter et dé voter pour eux dans les communes du Canada, portent les signatures de bons amis que je n'ai jamais oubliés, Ce sont: E. R. Demers, d'Henryville, Lucien Roy et J. M. Lanier, du même lieu, J. Bte Bissonnétte, alors cultivateur de St-Athanase et aujourd’hui offlcier de douane à St-Jean, F Lesage, de St Grégoire et père, je crois, du député actuel de Dorchester et de M.
L, A. Lesage, secretaire du département des Canaux, à Montréal, et J, B, Mercier, père de votre conféroncier, ete, etc.
Que de souvenirs ces noms me rappellent ! C'étaient les chefs du parti libéral d'Iberville; à cette épo
ue, avoclés Vincelette, Alexandre:
ufresne et l'honorable Chs de Bou« chervilie, slors, ou vers ce:temps;; médecin à St-Athanase, et plus tard premier ministre de la, Province, Que de changements depuis, ont bouleversé'les opinions et les partis ! de.
Boucherville, Alexandre Dufresne et Clément Vincelette considérés comme libéraux trop avancés par le curé de la paroisse { et Laberge, accepté comme leur adversaire soûs certains rapports et plus digne de la confiance publique, par les orthodoxes de l'é-
ta
ue" FINE,
Le collègue de M. Dorion, :considéré plus acceptable par ceux-ci que le futur premier ministre conserva teur de Boucherville! N'est-ce pas propre à faire HWeE {A
Eo 1863, Laberge fut nommé juge assistant à Sorel. Sa commission qui était da 18 sept. 1863 devait durer tout le temps du congé accordé au juge Ayiwin. L'on sait Ce qui est arrivé: le ministère. Taché-McDonald avait remplacé le ministère Me- Donald:Dorion ;, et Cartier qui était procureur-général, ne jugea pas à propos de maintenir Laberge dans la charge qu’il avait occupée avec tant d’honneur pour lui et de satisfaction pour les justiciables des deux districts de Joliette et de Richelieu.
C'était inoui dans l'histoir: de notre magistrature ; le barreau n'avait jamais vu encore dans ce pays un juge descendre du banc pour redevenir avocat, Laberge dut retourner à. St-Jean, essayer de se refaire une clientèle dans les circonstances les plus défavorables.
Cette injustice n'avait pas été consommé sans de vigoureuses protestations. Le barreau de Sorel et celui de Joliette, les citoyens de ces deux
exandre:
le Bou ::temps;:
lus tard rovince.:
ont boutis { de.
resne et ; comme.
curé de pté comins, faponfiance xs de l'é-
y ‘consik-ci que DDEETVA— st-Ce pas
mé juge sion qui ait durer cordé au ui est é-McDoère Moqui était à pas à dans la vec tant isfaction ux . disichelieu.
de notre vait jaun juge rededut
br de 8e circons-
été conprotestaet celui ces deux
districts, sans distinction de parti, avaient demandé à l'exécutif de ne pas se rendre coupable d'un aussi grave oubli de convenances, à l'égard d’uu magistrat distingué et d’un père de famille que l'esprit de parti et la vengeance politique allaient jeter sur le pavé. Tout fut inutile et Laberge dut chercher de nouveau la place qu'il avait occupée au barreau.
J'étais alors rédacteur d’un jour-
nal conservateur, le Courrier de St-
Hyacinthe, et voici ce que je crus devoir écrire le 12 juillet pour prévenir cette injustice.
“Les qualités précieuses, les talents distingués et les grandes connaissance légales de M. Laberge, lui donnaient une place honorable sur le banc judiciaire. Nous regretterions pour notre part de constater un déplacement qui, quoique justifiable en apparence, n'en serait pas moins désagréble et pénible pour celui qui en serait l’objet.”
Le digne magistrat ne s’est jamais relevé de ce coup ; après avoir lutté quelques années contre la mauvaise fortune qui l’écrasait; après avoir brillé encore quelques années parmi les avocats de St-Jean qui le traitèrent avec toute ia considération qu’il mé:
ritait, il accepta en 1872 la direction politique du National, que M. Laframboise tondait à Montréal, et reprit la plume pour gagner sa vie.
Il était alors malade, et malade depuis longtemps. Victime de la phthisie, maladie pulmonaire qui ne pardonne jamais, il mourut le 6 août 1874, à l’âge de 46 ans, 10 mois et 17 jours, dans la force de l’âge, entouré de l'estime de tous ceux qui le connais saient et dans les bras de sa femme et}de ses enfants qui l’aimaient comme on aime un tendre époux et un bon
ère.
Ce jour là, Montréal perdit un noble citoyen, etle pays un grand patriote.
Que du haut du ciel où il voit les misères de cette vie, il protège la cause sacsée qu'il a. tant aimée, pour laquelle il a tant souffert et qu'il a tant servie par ses talents, son honnêteté et sa grande éloquence !
Que ceux qui lui survivent imitent ses vertus et son dévouement, qu'ils n’oublient pas que sa foi religieuse fut vive, et que sa foi politique fut inébranlable.
Et quand, conduits au cimetière pour verser une dernière larme sur la tombe d’un parent ou d’un ami, nous sommes forcés de penser à ceux qui ne sont plus, cherchons l’humble place où repose Laberge, et déposons-y pieusement une couronne d'immortelles qui dira à l'illustre défunt que sa mémoire est encore vénérée de ceux qui l'ont connu.