‹ Charles Lamb: Sa vie et ses œuvresChapitre 10 sur 28 · THÉÂTRE, JOURNALISME, LITTÉRATURE POUR LES ENFANTS, CRITIQUE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE, JOURNALISME, LITTÉRATURE POUR LES ENFANTS, CRITIQUE

Une nouvelle ère s'ouvre dans la vie de Charles Lamb. Non que des événements importants surgissent. Au contraire cette année 1798 est, pour ainsi dire, pauvre en matière biographique. Mais la psychologie de Lamb se modifie sensiblement. Deux faits importants se détachent assez gros de conséquences. Coleridge disparait un moment de l'horizon de Lamb et, quand il reparaîtra, si la tendresse d'autrefois ne sera guère diminuée, le culte sera moins superstitieux. l’idole aura perdu de ce qu’elle avait d'imposant, et une familiarité plus égale s’établira définitivement entre les deux hommes de lettres. Puis, une correspondance s’engagera entre Lamb et un esprit mieux appareillé au sien, Southey. Plus à son aise avec un génie moins élevé, plus apparenté, il laissera courir en toute liberté sa plume fantaisiste et badine.

A partir de la lettre du 20 janvier 1798, où Lamb, s'il avait laissé paraitre quelque froideur à l'égard de Coleridge, vient implorer son pardon avec d'humbles protestations de repentir et de gratitude, s'ouvre une période de silence où sans doute s’opéra le travail souterrain de Charles Lloyd.

C'est de lui que partent les premières récriminations contre Coleridge à la suite de la publication, faite en 1797 par les trois : amis en commun, de leurs productions poétiques. Coleridge y avait la part du lion. L'ombrageux Lloyd en fut offusqué. Comment parvint-il à faire partager ses sentiments à Lamb toujours si prêt

à s'effacer ? Sans doute des rapports plus ou moins sincères, plus ou moins judicieux, concernant l'attitude de Coleridge vis à vis de ses associés, les poetæ minores, eurent raison de la longanimité de Lamb, à un moment, notons-le, où l'équilibre de ses facultés semble avoir été sérieusement compromis et où il souffrait d’une susceptibilité exceptionnelle. Au cours d’un séjour de quinze jours qu'il fit à Birmingham, chez Lloyd, à la fin du mois de mai 1798, séjour où il fut « plus heureux qu'il n'avait jamais été », il est décidé qu'ils publieront ensemble les vers blancs qui avaient paru d'eux dans la précédente édition où Coleridge avait contribué, avec, de plus, quelques productions de Lloyd (1). Cela a bien le caractère d'une rupture. Quels étaient donc les torts de Cole. ridge ? Il s'était amusé à parodier le style des poésies publiées en commun. Ces parodies retombaient évidemment sur lui-même (il ne s'était pas épargné), mais elles étaient plus redoutables pour les œuvres de ses compagnons moins puissants. Il avait envoyé ces pièces à un magazine sous la signature de « Nehemiah Higginbotham » et déclarait vouloir tourner en ridicule « cette affectation de simplicité, de rythme boiteux, d’épithètes banales, de vers plats dont on faisait en dépit d'eux-mêmes de la poésie en les mettant en italiques (qui indiquaient avec quelle emphase l’auteur leslisait), de pathétique débile, etc., » fantaisie de grand seigneur qui peut se dénigrer sans dommage, déprécier certaines de ses richesses pour donner un relief plus accusé à ses autres biens, mais que ses associés moins riches étaient moins en état de supporter. Cependant, on ne peut, connaissant Lamb, admettre l’idée qu'il allât, de son propre mouvement, se formaliser d’une parodie. N’a-t-il pas déjà (dans le privé d’une correspondance, il est vrai), parodié les dactyles de Coleridge ? (2). Or, il n’est pas de ces railleurs qui ne supportent pas la raillerie. Quoi qu’on fasse, il faut toujours se retourner vers Charles Lloyd pour trouver une explication de l'humeur de Lamb contre Coleridge. Ce dut être lui qui répéta à Lamb ces soi-disant paroles de Coleridge: «Pauvre Lamb! S'il trouve une lacune dans ses connaissances il peut s’adresser à moi. »

() C'était un mince in-12, du prix de 2 schellings 6 pence, intitulé « Vers blancs », par Charles Lloyd et Charles Lamb. La Monthly Review de septembre 1798 traita avec mépris la muse dolente des deux associés.

(2) Letter to Coleridge. July 7, 1796.

Et qui eroira que le même homme qui, en 1797,revenant de Stowey; écrivait à Coleridge : « Je pense à beaucoup de sujets sur lesquels j'avais conçu le projet d'obtenir de vous des renseignements », va s’indigner aujourd'hui d’une offre qu'il avait de tout temps encouragée, s’il n'est excité par des interprétations malignes de paroles peut-être maladroites mais dites très probablement sans intention blessante ? Lamb fut froissé au point d'envoyer à Coleridge, à la veille de son départ pour l'Allemagne, la lettre suivante, à laquelle on ne trouvera pas de pendant dans toute sa correspondance. Plus tard, en effet, blessé bien plus profondément par une maladresse d'un autre ami, Southey, il montrera moins de pétulance et beaucoup de dignité. Voici cette lettre unique :

THESES QUÆDAM THEOLOGICÆ

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