‹ Charles Le BrunChapitre 8 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Fondation et histoire de l’Académie. — Activité académique de Le Brun après 1655. — La lutte contre ses ennemis. — Le triomphe.

incessante production, le soin de conquérir des commandes nouvelles et de e se concilier la faveur des grands n’empêchent pas Le Brun de prendre, dès 1647, la plus grande part à la fondation de l’Académie de peinture et de sculpture. Il concevait cette institution comme un instrument d’autorité. Son rêve était de dominer ses confrères, et il le réalisa si parfaitement que lorsqu’il devint Premier Peintre du roi en 1662, l’École presque entière le considérait déjà comme son chef. Il est vrai qu’il ne sépara jamais la cause de ses confrères de la sienne; il employa toujours en faveur des artistes son crédit auprès de Séguier d’abord, auprès de Colbert et du roi ensuite; il mit toute son intelligence, toute sa volonté, toute sa diplo-

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matie au service de leur émancipation et de leur dignité sociale; il soutint enfin pour leur cause des luttes violentes contre des ennemis divers, contre ses amis même.

La maîtrise attaqua devant le Parlement pour les obliger à s’inscrire sur ses registres les peintres du roi et de la reine, les brevetaires, qui par leurs fonctions mêmes échappaient à l’autorité de ses syndics. Elle obtint gain de cause et signifia l’arrêt à tous les brevetaires, sauf à Le Brun. Elle espérait peut-être voir rentrer au bercail ce fils d’un de ses membres. Mais Le Brun ne lui sut pas gré de cette faveur. Pour soustraire ses confrères à l’obligation qu’on leur imposait, il ébaucha, en collaboration avec les frères Testelin, un plan d’académie. L’idée de ce groupement nouveau flottait dans l’air : elle devait venir à l’esprit de tous ceux qui avaient vu fonctionner à Rome l’Académie de Saint-Luc. Quelques artistes réunis chez Juste d’Egmont, ce peintre d’origine hollandaise, que sa longue collaboration avec Vouet a naturalisé français, élaboraient dans le même temps un projet analogue à celui de Le Brun et de Testelin. Les deux groupes s’unirent. L’un apporta un texte, l’autre un protecteur; Le Brun entretint Séguier du projet : le chancelier l’accueillit favorablement, et, le 2 6 janvier 1648, fit accepter par le Conseil de Régence les conclusions rédigées en faveur du groupement nouveau par le conseiller

d’État Martin de Charmois, ancien secrétaire du maréchal de Schomberg en Italie et grand ami des artistes. L’Académie était fondée.

Elle dut lutter aussitôt contre la maîtrise et contre la misère. La maîtrise, menacée dans son existence même, se défendit. Comme le Parlement n’avait pas encore enregistré les lettres patentes de fondation de l’Académie, elle contesta son existence légale, et il fallut toute l’autorité de Séguier pour annuler une ordonnance du lieutenant civil et un pouvoir du procureur royal au Châtelet autorisant les jurés de la corporation à assigner les académiciens et à saisir leurs œuvres. En 1649, crise financière. L’école, qui devait être la création essentielle de l’Académie, l’école, prospère au début, était déserte. La caisse était vide ; le roi ne pouvait pas fournir d’argent, et Charmois était fatigué d’en donner. Pour vivre il fallut augmenter les taxes des étudiants qui se lassèrent vite de payer cher. Les académiciens eux-mêmes n’étaient plus assidus parce qu’on leur demandait de l’argent aux séances.

Cette détresse excita l’activité de la maîtrise. Elle reprit à son compte l’idée, nouvelle en France, d’un enseignement artistique d’après le modèle vivant. L’argent ne lui manquait pas; elle recruta tous les hommes de talent que l’Académie, pour des raisons diverses, n’avait pas employés, entre autres Vouet. A l’antique compagnie romaine, elle

emprunta le nom d’académie de Saint-Luc, et ouvrit un atelier. Les débuts furent magnifiques : au lieu d’un directeur comme à l’Académie on élut un prince comme à Rome; au lieu de douze anciens (on appelait ainsi les douze académiciens chargés de l’enseignement) on en nomma vingt-quatre; au lieu d’un modèle on en prit deux; de plus l’enseignement devait être gratuit. Les élèves furent nombreux d’abord, mais l’enthousiasme tomba vite. Vouet et les meilleurs de la maîtrise se fatiguèrent bientôt d’enseigner et les étudiants ne se contentèrent pas, — malgré la gratuité des leçons, — des praticiens médiocres qu’on leur offrit. D’ailleurs sous l’impulsion de Testelin l’école académique avait repris une activité nouvelle : des maîtres excellents assistaient assidûment de nouveau aux séances de corrections et les étudiants revenaient en grand nombre.

Cette prospérité fut du reste éphémère : une faute grave la compromit bientôt. Malgré l’opposition de quelques esprits clairvoyants, la majorité des académiciens pensa qu’on ne pourrait vivre tranquillement qu’après avoir fondu les deux écoles rivales. Des pourparlers furent engagés; un projet fut rapidement élaboré. La conclusion définitive de l’accord fut plus laborieuse.

Les meilleurs de la maîtrise ne s’opposaient pas à l’union, mais il fallait compter avec les artisans, très nombreux, auxquels l’intérêt général importait peu.

Les négociations manquèrent bien souvent d’être rompues; enfin le traité fut signé; mais il n’amena pas la paix. Aux assemblées des discussions irritantes s’élevaient sans cesse, on perdait son temps à résoudre des questions de préséance. Enfin les maîtres abandonnèrent le local commun, laissant l’Académie, florissante avant l’union, se débattre au milieu d’une crise terrible. Les meilleurs de ses membres, fatigués de cette lutte perpétuelle, s’étaient éloignés; la caisse était de nouveau vide; le modèle, non payé, était parti : l’atelier resta deux mois fermé. Un des nouveaux membres, Claude Vignon, sauva la situation. Claude Vignon, avec trois de ses confrères de la maîtrise, avait été élu ancien de l’Académie; pour reconnaître cet honneur, il se dévoua au salut commun, avança une somme d’argent assez forte qui permit de rouvrir l’atelier, puis tenta une réconciliation avec la maîtrise. Il sembla d’abord réussir : l’enseignement fut si prospère pendant quelque temps, les relations furent en apparence si courtoises aux séances qu’on put croire l’accord parfait définitivement réalisé. Mais les artisans recommencèrent bientôt leur obstruction. En vain essaya-t-on de les décourager d’assister aux séances; ils s’obstinèrent, et les académiciens qui avaient le plus souhaité l’alliance, Errard entre autres, comprirent enfin qu’elle était impossible. Errard entama des négociations avec Le Brun, Testelin et quelques

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autres qui s’étaient retirés dès la jonction. Ils allèrent tous ensemble trouver Ratabon, intendant des Bâtiments, favori de Mazarin et grand ami d’Errard, pour le prier d’accepter la direction de l’Académie, vacante depuis longtemps, Charmois ayant démissionné dès la jonction. Ratabon approuva le plan de bataille très simple qu’on lui proposa. Il s’agissait de remettre en vigueur les statuts primitifs de la compagnie sans se préoccuper de la maîtrise. On créait seulement quelques fonctions nouvelles, les recteurs, les chanceliers; les anciens prenaient le titre de professeurs. Le privilège de l’atelier public et du modèle vivant devaient être réservés à la seule Académie qui obtiendrait du roi i ooo livres de pension et le logement gratuit. Le Brun demanda l’appui de Séguier; celui-ci proposa, pour intéresser Mazarin à la chose, de lui céder son titre de protecteur de la compagnie. Dans ces conditions la signature du roi fut rapidement obtenue et les lettres patentes furent enregistrées sans peine. Ratabon fit alors convoquer à une séance extraordinaire les académiciens, ainsi que les maîtres, car cette machination, destinée à les exclure, ne paraissait pas théoriquement dirigée contre eux. Le secrétaire de la compagnie lut le brevet, les lettres patentes, les statuts. Alors seulement les maîtres connurent leur défaite. Quelques jours après, l’Académie nommait ses nouveaux officiers. Le Brun, Sarrazin, Bourdon, adver-

LE BANQUIER JABACH ET SA FAMILLE (l66o ?).

Musée de Berlin.

saires, dès le début, de la jonction, et Errard, qui avait fait appel au concours de Ratabon, furent élus; Le Brun, de plus, fut nommé chancelier. La rupture avec la maîtrise, définitive cette fois, était consommée en fait, si elle ne l’était pas encore en droit (1655).

L’attitude et les actes de Le Brun pendant cette période nous sont inconnus. Il s’éloigne à la jonction et reparaît à la rupture : c’est tout ce que nous savons. Le soin de sa propre fortune, les commandes qu’il accepte à cette époque l’empêchent-ils de participer à la vie publique? C’est peu probable. S’il était resté étranger à toute cette lutte, ses confrères l’auraient-ils nommé chancelier en 1655?

Après cette date son rôle devient en tous cas très actif. Il intervient dans toutes les affaires. On peut croire d’abord qu’il ne songe qu’à l’intérêt de ses confrères (jamais il ne fait rien qui lui soit contraire); en réalité son propre intérêt seul est en jeu. Son crédit monte auprès des grands. Le succès a multiplié les envieux autour de lui. Il est jaloux lui-même de tous ceux qui pourraient balancer sa renommée. Le seul moyen d’éviter tous les dangers, c’est d’être le premier, le maître, c’est d’obtenir le respect de ceux dont il ne peut gagner l’affection, c’est de poursuivre au besoin sans pitié la ruine des indociles.

Sous prétexte que l’autorité de la compagnie doit

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être exactement respectée, il combat âprement Abraham Bosse, qui refuse de faire renouveler ses lettres de provision comme l’exigent les nouveaux statuts. Mais est-ce bien la seule raison? En réalité Bosse est un ennemi personnel. Bosse reproche à Le Brun d’ignorer la perspective; il a eu l’audace un jour de critiquer l’éclairage d’un tableau du peintre; il est aussi le porte-parole de toute une cabale. Sébastien Bourdon, quandil prend le parti de Bosse, ne défend pas ses prétentions insoutenables; il attaque seulement Le Brun, son autorité grandissante, ses procédés, son art même. Sans pitié pour Bosse, Le Brun le réduit à l’impuissance, mais il est trop habile diplomate pour traiter un maître connu, estimé, aimé avec la même rigueur qu’un petit graveur, et il offre à Bourdon une réconciliation dont les clauses nous sont inconnues, mais qui lui livre cet adversaire pieds et poings liés, puisque Bourdon, peu après, vote avec tous ses confrères l’exclusion d’ Abraham Bosse.

A cette époque, Le Brun était depuis longtemps déjà en lutte ouverte contre Errard et Ratabon. Cette fois encore il semblait combattre pour l’indépendance de l’Académie tandis qu’il défendait sa propre autorité. Errard était un rival actif et dangereux. Il avait déjà remporté des victoires sur Le Brun en réalisant la jonction avec la maîtrise, puis en faisant nommer, au moment de la rupture, son protecteur Ratabon à la direction de

l’Académie. Incapable, vaniteux, jaloux de son autorité, ne comprenant rien à l’art, et traitant volontiers les artistes comme des commis, Ratabon, n’eut d’autre préoccupation bientôt que d’humilier Le Brun. On le vit bien dès l’affaire du Louvre. La reine mère avait confié à Le Brun le soin de décorer entièrement un appartement attenant à la Grande Galerie. Ratabon affecta de croire que l’artiste n’était chargé que des peintures et il commanda à Errard un projet de décoration générale (boiseries, stucages, dorures, etc.). Il fit approuver ce projet par surprise, et, pour être sûr que la commande ne serait pas annulée, il mit les ouvriers au travail. Mais Le Brun, qui avait achevé tous ses cartons, et qui voulait « faire dépendre toutes les parties uniquement du sujet principal et reprendre dans chacune des idées relatives pour assujettir l’expression à une seule vue », refusa de jouer le rôle subalterne qu’on lui imposait. Pour ne s’aliéner ni la reine ni le cardinal, il évita cependant tout éclat, invoqua des prétextes et la décoration resta inachevée. Dans le même temps, Errard et Ratabon l’attaquaient aux séances académiques. Ratabon chargeait le plus souvent Errard de transmettre ses ordres à la compagnie et presque toujours ceux-ci étaient dirigés contre Le Brun. Mais celui-ci affecta de l’ignorer et de ne prendre ombrage que du pouvoir sans mandat que s’arrogeait Errard; il s’abstint de venir aux séances comme il l’avait fait au

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temps de la jonction, et renvoya les sceaux. Il espérait qu’on le supplierait de les reprendre. Sa démission fut au contraire acceptée. C’était une indication; il n’était pas encore assez puissant; on ne le croyait pas indispensable.

S’il reparut pour l’incident Bosse, c’est qu’un événement capital pour lui venait de se produire. Mazarin, Protecteur de l’Académie, protecteur surtout de Ratabon et d’Errard, était mort. Le titre de Protecteur revenait de droit à Séguier qui, cinq ans plus tôt, s’en était généreusement dépouillé dans l’intérêt de l’Académie. L’habileté de la politique de Le Brun apparaissait : il avait réservé son crédit intact et il allait pouvoir l’employer maintenant avec l’appui de Séguier. L’Académie devait nommer un vice-protecteur; le choix appartenait à Séguier, mais personne n’avait d’illusion : c’était Le Brun qui allait le faire. On croyait seulement qu’il proposerait Fouquet. Mais cette flatterie n’eût pas augmenté son crédit auprès du surintendant dont il prévoyait peut-être aussi la chute prochaine : il choisit Colbert.

Les deux hommes, qui s’étaient connus presque au début de leur carrière, s’étaient compris dès l’abord. Le Brun avait éclairé l’inexpérience de Colbert dans les questions artistiques et Colbert avait deviné le génie de Le Brun. Séguier se chargea de faire accepter le commis à la compagnie qui n’y songeait guère. Quand une députa-

tion vint à Fontainebleau le féliciter de sa nomination au protectorat et le consulter sur le choix d’un vice-protecteur, il feignit de devancer le vœu de ses visiteurs : « Vous souhaitez M. Colbert, dit-il, c’est une heureuse idée; j’y souscris de grand cœur ». Ratabon eut beau crier au guet-apens dans les couloirs, la députation, conduite par Le Brun, s’en fut aussitôt trouver Colbert qui habitait le château. Colbert accepta le titre de bonne grâce et promit aux délégués d’user de tout son crédit en faveur de la compagnie. Ce n’était pas une vaine promesse. Dès 1664, à l’instigation de Le Brun, il accomplira la grande restauration pour consolider et augmenter les privilèges de l’Académie, et jamais il ne ménagera sa sollicitude au corps qu’il recréera pour ainsi dire en lui donnant les moyens de vivre. Avec Séguier et Colbert à la tête de l’Académie, Le Brun était tranquille : personne ne pouvait plus rien contre lui . Il sut pourtant ne pas triompher trop tôt. Comme Errard et Ratabon étaient encore les maîtres en apparence, il s’abstint de nouveau de paraître aux séances, et il attendit. Il n’attendit pas longtemps. Ses collègues s’aperçurent bientôt qu’ils n’obtiendraient rien de Séguier ni de Colbert sans son concours. A la chute de Fouquet sa renommée s’accrut encore. Il apparaissait déjà comme le favori prochain du souverain. On commençait à comprendre qu’il allait disposer de toutes les commandes, de toutes

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les pensions, de tous les honneurs. Une délégation vint le supplier de reprendre les sceaux. Il n’abusa pas de sa victoire, et revint aux séances sans se faire prier; il n’y eut plus dès lors d’autre maître dans la compagnie.

Ratabon finit misérablement; il tomba malade et disparut; il vécut jusqu’en 1670, mais, dès 1663, Louis XIV lui retira la charge de surintendant des Bâtiments pour la confier à Colbert qui la sollicitait. Quant à Errard, Le Brun fut assez adroit pour ne pas l’accabler. Sans ses protecteurs Errard n’était plus dangereux, et comme il était intelligent et actif, ne valait-il pas mieux renouveler avec lui la tactique qui avait si bien réussi avec Bourdon et l’attacher à sa fortune? Le Brun fit les premiers pas; des amis communs s’entremirent; on se rencontra à dîner chez un traiteur : en sortant de table on était réconcilié. Cette manœuvre était d’autant plus heureuse qu’elle empêchait Errard de se joindre au dernier ennemi que Le Brun devait combattre pour consolider son triomphe, à Mignard.

Le Brun portait à Mignard qu’il avait toujours rencontré sur son chemin une haine tenace; il avait compris que parmi les artistes vivants il n’y en avait pas de plus redoutable pour lui. Mignard d’ailleurs pouvait balancer sa réputation, mais non son autorité. Il n’avait pas cet appétit de régner; il lui suffisait d’être aimé des femmes, recherché des

gens d’esprit, choyé des grands. Eût-il été le premier, dès cette époque, qu’il n’eût exercé aucune dictature. La haine de Le Brun, assoupie depuis son retour de Rome, se réveilla quand la Cour fit fête au portrait du roi que Mignard, récemment appelé à Paris par de Lionne, venait de terminer. Le Brun n’était pas encore Premier Peintre, mais son crédit montait, son triomphe était prochain; ce n’était pas le moment de se laisser ravir le fruit de tant d’efforts persévérants. 11 ne pouvait songer à renvoyer Mignard en Italie; il voulut au moins l’humilier et obtenir son hommage.

Une fois de plus il sut confondre l’intérêt de ses confrères et le sien. Il découvrit subitement que le corps des brevetaires auquel appartenait Mignard était dangereux pour la sécurité de l’Académie ; ses biographes affirment qu’il le combattit pour assurer définitivement l’autorité de la compagnie sur tous les indépendants. En réalité les brevetaires étaient inoffensifs ; on ne pouvait leur imputer les mêmes griefs qu’aux maîtres : ils exerçaient tranquillement et honorablement leur profession. C’est dans leurs rangs que s’était recrutée l’Académie, Le Brun lui-même avait été un des leurs. L’intérêt général n’eût certainement pas exigé leur soumission si Mignard était resté en Italie.

Le Brun usa de douceur d’abord et de ruse pour les engager à s’agréger à l’Académie. Dans

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une visite personnelle, il exposa aux principaux d’entre eux l’intérêt qu’ils auraient à faire partie d’une compagnie que Colbert allait combler de faveurs nouvelles. Pour leur montrer le cas qu’il faisait de leur talent, et l’importance qu’il attachait à leur collaboration, il offrit de se démettre, en l’honneur du plus illustre d’entre eux, de sa charge de recteur. Tous se laissèrent convaincre d’abord, séduits par cette bonhomie. Mais Mignard et son ami Dufresnoy virent bientôt le piège. Ils allèrent rendre visite à Le Brun pour se dégager, et ne l’ayant pas trouvé, ils lui laissèrent ce billet :

Monsieur, nous nous sommes informés de votre Académie exactement. On nous a dit que nous ne pourrions pas en être sans y tenir et exercer quelque charge, ce que nous ne pouvons pas faire, n’ayant ni le temps ni la commodité de nous en acquitter pour être éloignés et occupés comme nous le serons au Val-de-Grâce. Nous étions venus vous remercier de l’honneur que vous avez fait à vos très humbles serviteurs.

Cette rupture insolente avait le mérite de remettre la question sur son véritable terrain. Mignard avait compris que son ennemi voulait avant tout obtenir son hommage. L’offre de Le Brun, magnifique en apparence, de céder son grade de recteur était fallacieuse : les recteurs étant soumis à l’élection, Le Brun pouvait fort bien être désavoué par ses collègues. D’ailleurs les titres importaient peu; tout le monde savait qu’il était et

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