Charles le téméraire
Avant (le |»arkT des dues de Boui«,'(>^'ne, disons (jiielques mois du duehé; voyons eommentil fit retour à la couronne de Frnnee , comment il passa dans les nuiins d»' Thilippe le Hardi, et ce {]uc e'rtait (|ue Philippe le Hardi.
Le vieux Philippe de Valois, veuf et libre, alfail.
'2 CHARLP.S LE TEMKRAIRn.
au sortir do la fameuse peste noire qui désola le luilicu du Mv'' siècle, marier son fils Jean à Blanche d'Artois, sa cousine, lorsque, ayant vula jeune princesse , il la trouva trop belle pour son fils et l'épousa.
Il avait cinquante-huit ans; elle en avait dix-huit.
Le dauphin Jean épousa, au lieu de sa cousine , la veuve de Philippe de Bourgogne, tué au siège d'Aiguillon.
La veuve avait un fils de quatre ans.
Ce fils, que l'on appelait Philippe de Rouvres, parce qu'il était né au château de Rouvres, et qui, sans doute, garda ce nom parce qu'il y mourut, tenait de sa mère, Jeanne de Boulogne, les comtés de Boulogne et d'Auvergne , et de sa grand'mèrc. Jcaiine de France, les comtés de Bourgogne et d'Artois.
Le duché do l'enfant était donc presque aussi grand que le royaume de France.
Entendons-nous bien sur ce qu'était le royaume de France à celte époque.
Le domaine royal en faisait le fond : il se composait des territoires de Laon, de Reims et de Compiègnc; Hugues Capct y avait ajouté le duché de France, comprenant le comté de Paris et l'Orléanais. Ce domaine , tel qu'il était à la fin du xi® siècle , équivalait à cinq de nos départements modernes : Seine, Seine -et- Oise, Seine-et-Marne, Oise el Loiret.
Le Vexin s'y adjoignit par réversion, en 10S2: l'Artois, par mariage, en 1180; le comté d'.Vuv.r gne, par confiscation, en 1198 ; le comté d'Évreux, par conquête, en 1200; la Normandie, la Tourainc, l'Anjou et le Maine, par conliscalion , en l'iO'i ; !( Poitou et le Berry , par conquête, en l'20r) ; le Vt r mandois el le Valois, par conquête, en !'il5; le vicomte de Ximcs, par cession, on î'2^'>; le rotnté de Chartres, jiar aeiial, en 1^280 ; K" LNonnais, a.
4 CHARLES LE TÉMÉRAIIIK.
conqucle, cii l.'O? ; enfin le Daiipliiné , par cession volontaire, en 1549.
Ht remarquez que, sur les provinces que nous venons de nommer, une — et c'était la principale, la
Normandie, — se trouvait hors do la main de nos rois, reconquise qu'elle avait été, en grande partie, par Edouard IIÏ, à la suite de la bataille de Crécy.
Les autres, le comté d'Auvergne, la Touraine , l'Anjou, le Maine, le lierry, le Valois , le comté de Chartres étaient souvent données en apanage par les rois à leurs fils , à leurs frères ou à leurs neveux, et se séparaient ainsi momentanément de la couronne; séparation bien réelle , puisque parfois le prince apanagiste , avec les bommes et l'argent de son apanage, faisait la guerre à son roi!
(ju'on nous pardonne cette digression : elle était nécessaire pour ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas très familiers avec l'histoire.
Le dauphin Jean devint donc le beau-père d'un
enlanl qui, ainsi que nous le disions, pouvait presque lutter de puissance avec son roi ; substitué au\ droits de sa femme , il devint le régent des biens de son beau fils.
Quant au vieux iMiilippe de Valois , à partir de son mariage, il alla s'alanguissant de jour en jour, et mourut, en 1350, au château de Nogent-le-Rotrou.