LES COMPERES DE LIEGE
Lorsque vous suivez les bords ravissants de la Meuse, vous vous apercevez qu'à Sedan et à Mézières, elle fait un long détour comme pour s'éloigner du Luxembourg et rester française, dût-elle revenir sur ses pas; mais il lui faut suivre la pente tracée par la main du puissant ouvrier qui modela la terre, couler aux Pays-Bas et se mêler aux eaux allemandes; là encore, elle redevient française un instant', en caressant d'une dernière étreinte les murailles de la riche et populeuse ville de Liège.
Liège, c'est la France des Pays-Bas, c'est une province oubliée , une sentinelle perdue ; le sang que l'on verse à Liège coule , en réalité, de veines françaises.
CHAULES LE TKMKKAIRE. 'loS
Un avait beaiidiro à Liéfie qu'elle était allcinaiidc, iju'ellc faisait partie du cercle de Wcstphalie, que SCS intérêts étaient au Nord et a l'Kst, elle n en \oulait rien croire ; elle s'obstinait à sympathiser, à commercer, à faire cause commune avec l'Ouest et le Midi.
Près de Liéj,'e s'élevait iJinanl,
ix' commerce de DinanL , célèbre au moyen âge, s'appelait dmandcrte. Le dinanderie, c'étaient les chaudrons, les casseroles, les pois cl les chandeliers de cuivre.
l'ounjuoi ce commerce de Dinant étail-il si célèbre? Michelet vous le dira, lui qui voit tout, cl qtti dtîvineavec le cœurceciuil n»- Vdil pas avec lesyeu ^.
ouand la France passades ^'uerres ci\ilesau\ ^'uerres étrangères; (juand le serf, esclaNC au travail comme à la guerre, eut jeté, en devenant libre, le boyau de la ^'lèbr cl l;i picpir de la ^'uerre; (piand, sur un morceau de terrain acbelé à la sueur de son
corps, il se hasarda de bàlir une chaumière, il indiqua dans celle chaumière un end roit sacré, — le foyer.
Celait là que se.rassemblait la famille; c'élait là que l'on fêlait l'hôte.
Le centre du foyer, c'était la crémaillère.
La crémaillère, c'était la représentation de la maison même; le chat ne s'attache à la maison que lorsqu'on lui a frotté les pattes à la crémaillère; la maison ne vit et n'existe, en réalité, que lorsqu'on a pendu la crémaillère.
Mais ce n'est point le tout que de pendre la crémaillère; il faut qu'à la créinaillère pendue, pende quelque chose : la marmite.
Or, cette marmite, ce chaudron, ce pot, comme
on l'appelait, — dénomination adoptée par nous qui
disons encore le pot-au-feu, — ce pot, que faisaient
les dinandiers, c'élait le dieu du foyer, les pénates
delà maison moderne. Ceux-là sont réputés parents
qui vivent à un i)nin et à un pot.
CHARLES LE TÉMKRAIUE. 255
La France sentait si I)ien que tous ces gens de Liège et de Dînant étaient Français, que c'était toujours à Dinant et à Liège que se sauvaient les proscrits de nos guerres civiles.
C'est au bruit des forges, des marteaux retentissant sur l'enclume, des limes grinçant sur le fer, que Orétry naît à Liège et Méliul à Givct.
Le servage avait disparu de bonne heure dans certaine partie des Ardennes, et parliculièremenl dans le duché de Houillon. La coutume de Beaumont accordait aux habitants le libre usage des eaux et des bois, et la faculté de se choisir des magistrats.
Happelez-vous la révolte de (iand que nous avons racontée, et qui éclate parce que le duc de Bourgogne ne veut point reconnaitre ce droit aux Gantois.
Tour les Liégeois, de temps immémorial, servage adouci, vastes libertés de pâture, immenses biens communaux, — dont les communes ne purent sou-
vt'iU reprcsenter les litres, lanl celte propriélc remonte à une fabuleuse antiquité.
L'Église, en ses beaux jours, fut non-seulement la conservatrice, mais encore la fondatrice des libertés de Liège. Plus tard, les évoques lui contestèrent et lui reprirent ces libertés ; mais les évêques, ce n'est point l'Église.
Douze abbés devenus cbanoines fondèrent un asile à Saint-Lambert de Liège, et établirent un tribunal pour le maintien de la paix de Dieu. L'évèque de ce cbapitre eut le litre de grand juge de Marche. La juridiction de l'anneau était célèbre au moyen âge. Celui qui demandait justice se rendait à l'une des portes du palais de l'évêque, appelée la porte Rouge; il soulevait un anneau qui s'y trouvait fixé, il le faisait fortement retentir à trois reprises dillerenles, et l'évoque devait venir l'écouter sur-lechamp. L'évêque rendait son jugement au perron.
Cp perron était une colonne surmontée d'une
C !I A R \. K S I. E T K M K R A I M K . Zrt /
<Toi\, surmontée cllc-mùmo d'uiic pomme de pin, svinbole de l'associalion.
Le plus lier clicviilicr, cil»'' au perron de la ville noire, obéissait.
La ville de Liège, avec ses libertés sur la terre et sous la terre, les privilèges aeeordcs à ses forgerf)ns et à ses mineurs, était donc la représontalion de la liberté.
Il est vrai que eette liberté, contestée, enlevée, reconquise, l'ut pleine d'a^Mtalion; mais qui dil liberté dit vie, et qui dit vie, dit orage. Il n'y a que les morts qui se trouvent complètement à l'aise l'I qui ne remuent plus. Kst-ce parce qu'ils sont à l'aise réelIcMJicnl, ou parce (|u'ils sont moris ^
Liège, après rexterminalion de ses nobles, aj)rès la guerre «les ANvaiis cl des Waroux, avait déclaré qu'elle ne prciiii ni plus ses magistrats que dans les métiers, cl (juc. pourAtre consul, il faudrait être forgeron, cbarron ou mineur.
258 CHAHLES LE TÉMÉRAIRE.
C'était comme à Rome, où le tribun du peuple ne pouvait être ni chevalier ni patricien.
Mais qu'arriva -t-il à Rome? C'est que les nobles se firent adopter par les familles plébéiennes et devinrent consuls.
Il en fut ainsi pour Liège : les nobles, — comme Mirabeau, qui se fit marchand de drap, — se firent drapiers, tailleurs, marchands de vin, houillers.
Mais Liège ne fut pas dupe. En 1584, la noblesse est si peu influente dans la ville, la bourgeoisie si affaiblie, que noblesse et bourgeoisie abdiquent. Alors les petits métiers votent comme les grands, les ouvriers comme les maitres, les apprentis comme les ouvriers.
Seulement, Liège est entourée de hauteurs; sur ces hauteurs les seigneurs ont leurs châteaux et Jeurs tours, c'est comme s'ils avaient les clefs de la ville : ils ouvrent ou ferment le passage des vivres.
Oui ; mais Liège possédait une arme terrible.
CHAULES I.K TÉMÉRAIRE. 259
Liège avait-elle à se plaindre d'un de ces puissants seigneurs, les métiers rhôinaicnt, c'est-à-dire drrlaraient qu'ils ne voulaient plus travailler. Un matin, tout semblait éteint dans la ville, feu et fumée; vingt mille ouvriers s'armaient, marchaient contre le château, et, d'un revers de main, mettaient ses laurailles au niveau Je l'IuThe.
Un chevalier nommé Kamus va en voyage avec l'évéque : à son retour, arrivé à un endnàt d'où il est certain qu'on peut apercevoir son château, il le cherche des veux, mais inutilement.
— Par ma foi, sire évùque, s'écria-t-il, je ne sais A je dors ou si je veille ; mais j'ai accoutumance de \(»ir d'ici ma maison sylvestre, cl je ne l'apervois point aujourd'hui.
— nh ! mon bon Itamus, reprit doucement réYè([ue, qui n'était point étranger à la démolition du féodal manoir, ne vous courroucez point : des pierres de votre château, jai fait
i60 CHARLES LE TKMÉR.MRK.
faire un couvent; mais vous n'y perdrez rien.
En attendant, le bon Ramus, comme l'appelait l'évêque, avait perdu son château.
Liège n'avait qu'un malheur : elle était terre d'Éi,'lise, et, comme telle, donnée par une bulle au premier venu qui pour cela n'avait pas le moins du monde besoin d'être évêque : — il en portait le titre, voilà tout.
N'est-ce point à ce privilège que font allusion les armes de Slavelot : un loup portant une crosse à la patte?
Or, l'évêché donnait à l'évêque droit sur la ville ; là, comme à Gand, l'élection des magistrats n'élail valable qu'approuvée par l'évêque.
L'évêque se fâchait-il, il se retirait à Huy ou à Maesîricht, qui était sous la juridiction indivise de l'évêque et du duc de Brabant, et fermait églises et tribunaux. La pauvre ville excommuniée se trouvait sans culte et sans justice.
CHARLES LE TKMKRAIHE. 261
Kri (Ji\ ans, IMiilippe le Bon s'clail Iruuvc' inailre (Ju Brabanf, du Limhour^' et «le Xamur. Ces deux provinces et celte ville faisaient le même commerce que Liège, — forges et chaudronneries ; — de là inimitié contre Liège.
Pendant un demi-siècle la maison ducale travailla à faire dépérir la ville épiscopale.
Trente années durant, un serviteur, un parasite, une Ame damnée de Philippe le Bon. fut évèquc de Liège; ii se nommait Jean de Hainsherg.
Maître de révè(|ue, le duc se crut maître de la ville.
Liège se révolla.
L'évèque rèclnma l'aphitragc de son archevêque.
L'archevêque rendit la sentence au profit du duc de Bourgogne et condamna Liè'ge à deux cent mille florins d'amende.
Liège demanda et ohtint des termes; non-seulement cette sentence était ruineuse p<>ur elle, mais, en même temps, elle enriehis.sait son ennemi.
i62 CHAULES LE TÉMÉRAIRE.
Cependant, le duc de Bourgogne, trouvant sans doute qu'il n'avait pas encore assez la main sur Liège, força l'évcque de résigner en faisant élire à sa place le jeune Louis de Bourbon.
Pour que l'élection fût légale, elle eût dû être faite par le chapitre, qui était prince avant que la maison de Bourgogne fut fondée ; mais le chapitre eût refusé : le duc s'adressa au pape.
Le pape lança une bulle qui nommait Louis de Bourbon évéque de Liège.
Le nouvel évéque, dont Walter Scott, dans Quentin Durwardy a fait un vénérable vieillard, avait dix-huit ans; c'était un écolier de Louvain. Il tit son entrée à cheval, ayant une veste d'écarlate, et portant son petit chapeau sur l'oreille. IndiUus leste ruôrâ, habens uniun parvum pileiim. Il était suivi de deux cents gentilshommes, et avait un Bourguignon à sa droite et un Bourguignon à sa gauche.
L'entrée fut triste. Mécontent du peu d'enthou-
CHAULES LE témkraiui:. 50 J
siasine qu'on lui montrait, Louis de Bourbon se retira à lluy.
C'est là qu'il fallait lui envoyer son argent.
Liéye, prenant un pareil évoque pour une ^jlaisantrric, non-seulement ne lui envoya point s jn argent, mais encore se chargea de percevoir I .s droits que l'évoque louchait sur la bière.
L'évéque ferma les tribunaux.
Ce fut en ce moment que Louis Xteut besoin d'opérer une diversion. Jamais peuple opprimé, rançonné, ruiné, ne fut mieux disposé à la révolte.
Vers le même temps, un homme de noblesse certaine, mais de bravoure douteuse, se lit inscrire au métier de forgerons : c'était le métier roi.
Les forgerons furent cnchautés, surtout au moment où l'on allait sans doute donner cl rendre quelques bons coups, d'avoir à leur tête un noble s'armant des trois (leurs de lis de France.
Uaés réunit et gagna quelques prêtres et obtint
d'eux qu'ils diraient la messe en plein vent : les églises, nous l'avons dit, étaient fermées.
On avait la messe; il s'agissait d'avoir la justice.
Un matin les forgerons chôment.
— Pourquoi chômez-vous? leur demandent les échevins.
— Nous chômons et nous chômerons, répondirent les forgerons, tant que les échevins n'auront point rétabli les tribunaux.
— Que les métiers nous garantissent l'impunité, jJirent les échevins, et nous rétablirons la justice.
Sur trente-deux métiers, trente garantirent l'impunité.
Raës proposa alors le séquestre des biens de l'évêque.
Le roi de France donnait l'exemple : c'était juste en 1465, Louis XI mettait la main sur les biens du clergé.
Le 4 août, il mande à ses bons amis de Liège que,
C II A RI- E s L K T K M K R A I H i: . 265
i:ràcc à Dieu, il a complètement battu le eomte <le Charolais à Montihéry.
La nouvelle était apportée par le chevalier Renard, fait chevalier pour porter la nouvelle, et par maître Petrus Judii, professeur en droit civil.
Ce fut un enthousiasme universel, au point que les Lié^îeois sortirent en armes et s'en allèrent hrùlor un villa^'e du Liinhourg.
Puis, se croyant invincibles, puisque le roi était vainqueur, ils envoient délier leur vieux duc à Bruxelles.
Le défi portail à feu et à san^,'.
— Merci, braves gens, dirent les messagers de Louis XI; nous retournons près du roi, et allons lui dire que vous ries de ceux qui promelleiit peu, mais qui font beaucoup.
Louis XI en «Mail venu à ses fins : les Liégeois ^'étaient révoltés ; seulement, c'était dans un moment où il ne pouvait les secourir.
Dinant, d'habitude, suivait Liège ; cette fois-ci, il le précéda.
Dinant avait une ennemie de l'autre côté de la Meuse; les deux villes rivales se regardaient avec des yeux furibonds, comme BelgradeetSemlin des deux côtés du Danube.
La ville ennemie, c'était Bouvignes, ville bourguignonne s'il en fut, contrefaisant le commerce de Dinant, c'est-à-dire faisant pour la chaudronnerie ce que les libraires belges firent si longtemps pour notre littérature.
En 1 521 , Bouvignes, curieuse de voir ce qui se passait chez sa voisine, bâtit sa tour de Crève- Cœur.
Dinant ne voulut point être en reste, et dressa sa tour dcMontorgueil.
Bouvignes, voyant Dinant qui se révoltait, se mit à planter des pieux dans la Meuse pour faciliter le passage au comte de Charolais quand il en serait là.
Dinant, apprenant que Louis XI venait de battre
CHAHLES LE TÉMKRAIRE. 2G7
ie comte de Charolais à Monllhâry, — la nouvelle, on s'en souvient, avait été apportée ainsi, — sortit, ayant à sa tète un de ces loustics comme il y en a toujours dans les villes de travail ; cet homme, qui se nommait (ionard le Chanteur, Irainaitun manne- (juin aux armes du comte de Charolais, et l'alla pendre à une croix de saint André, la croix de Bourgogne ; puis tirant une clochette de vache qu'il avait attachée au cou du mannequin, il se mit à crier :
— Eh ! larrons, n'entendez-vous pas votre comte de Charolais qui vous appelle? Venez! venez! le roi le fera pendre, comme vous voyez. Il est vrai que cela doit vous ôtre é^al, attendu qu'il n'est point votre duc, mais un mauvais bâtard, liU de notre i.u'*que d'Ilainsherg.
De leur côté, ceux de Bouvifi^nes mirent un manue([uin de Louis M dans une grosse bomhanle tl l'envoyèrent dans Umanl avec la corde au cou.
Mais, sur ces entrefaites, la vérité se fait jour
268 r. M ARLES LE témkraire.
touchant la bataille de MonllluTy; on apprend que personne ne l'a gagnée, que le roi est dans Paris et que le comte assiège cette ville avec les princes.
Grande terreur à Liège et à Dinant ! tout le monde y crie la paix; les deux villes envoient des députés à Bruxelles pour la demander au duc.
Le 15 novembre, Dinant est instruit que le comte de Charolais embarque son artillerie à Mézières pour lui faire descendre la Meuse. Alors, Dinant appelle Liège à son secours.
De dures paroles avaient été prononcées : on avait appelé le comte bâtard et fils de prêtre; ces paroles rejaillissaient au visage de sa mère; la prude Portugaise, qui avait du sang de Lancastre dans les veines, fil serment que, dùt-il lui en coûter tout ce qu'elle possédait, elle ferait ruiner la ville insolente. — Le comte n'était point bâtard; mais il élait pelilfils de bâtard; le comte, fils du fondateur de la Toison d'Or et devant en être grand maître lui-
CHMlLKS LE TKMKKAIIU:. 3^)0
même, n'eût pas pu ('tro simple chevalier de Malle.
Le vieux Tlnlippe, de son cùlé, tout échauffé par la duehessc, écrivait à Charles de revenir de France, le menaçant de l'indignation paternelle s'il n'accourait pas au plus vite.
Mais le mol de bâtard avait été loin: sous les murs de Paris, le comte en avait été atteint au cœur, et :l revenait assez courroucé pour n'avoir pas besoin d'être excité ni par son père ni jiar sa mère.
Le jeune prince voulait s'abattre droit sur Dinant ; ^es conseillers, — il en avait encore, et, tant (juc vé- • ut son père, il les écouta — ses conseillers lui lirent comprendre qu il fallait d'ahonl en liiiir avec Liège. Liège pris, réduit ou pacifié, on s'en donnerait avec Dinant. comme le chat avec la souris.
Déjà, on négociait avec Liège; niais une chose empêchait les négociations d'aboutir: Liège ne voulait point abandonner Dinant, tandis (|u'au contraire,
270 <:hahles le téméuaiue.
le comte serait coulant avec Liège si on voulait met- Ire Dinant à sa merci.
Le 20 novembre, au bruit des pas de l'armée bour- .i^'uignonne, Liège promettait encore secours 4 Dinant.
Quant à Dinant, elle avait le vertige de la terreur ; elle attendait ce secours de Liège, le secours ne venait pas.
C'est que le haut commerce de Liège avait cela de commun avec le haut commerce de tous les pays, (ju'il voulait la paix coûte que coûte, même au prix de l'honneur.
Les notables obtinrent des pouvoirs pour aller trouver le comte.
On leur recommanda Dinant.
— Soyez tranquilles! rèpondirent-ils.
Sans doute les conseillers du comte, les Raulin, les Humbercourt, les Hugonnet, les Carondelet avaient-ils bien proche et admonesté Charles le Ter-
CHARLES LE TKMKRAlFtE. ^71
rihlc; car les députés, qui tremblaient fort au moment (l'être introduits en sa présence, le trouvèrent calme, presque doux.
liles fit dîner; puis, pour leur dessert, il les mena voir son armée : vingt-huit mille cavaliers couverts d'or, d'argent, de fer, sans compter les piétons.
Les députés se regardaient pâlissant, et étaient près de tomber à genoux et de se rendre à merci.
Le duc sourit.
- J'ai toujours eu bon cœur pour les Liégeois, dit il; la jiaix faite, je l'aurai encore; seulement, vous avez dit que tous mes hommes avaient été tués en France : j'ai voulu vous en montrer les restes.
Après celte nvue, les députés n'avaicfit plus qu'à signer la paix: c'est ce qu'ils firent. La piteuse paix (le Ui'(je, tel fut le nom donné au traité, et il méritait bien ce nom
Liège faisait amende honorable.
Liège bâtissait une chapelle en niémoirc perpé-
liu'llc de son repentir et de sa soumission ; ~ Lié^^e reconnaissait à tout jamais le duc et ses hoirs comme avoués de la ville, c'est-à-dire qu'elle leur donnait l'épée seigneuriale; — Liège renonçait à avoir la haute juridiction sur ses voisins, et la cour deTévêché, elle, n'avait plus ni anneau, ni perron; — Liège s'obligeait à payer au duc trois cent quatrevingt-dixmilleflorins, au comtecent quatre-vingt-dix mille; —Liège renonçait à l'alliance du roi Louis XI, et livrait ses lettres et traités ; il renonçait à fortifier le Liégeois, surtout du côté du Hainaut : le duc passerait et repasserait la Meuse quand il voudrait; à chaque aller et retour, on lui devrait des vivres.
Moyennant quoi, il y aurait paix entre le duc et tout le Liégeois, excepté Dinant; entre le comte ol tout le Liégeois, excepté Dinant.
Cetteexception promettait à Dinantun tristeavenir.
Le traité fut signé à ces conditions; mais restait le plus difficile: le faire accepter des Liégeois.
«MIAULES LE TKMKRAIRE. 273
\u nombre des notables qui ra\ aient signé, était un bon bourgeois fortaimédu peuple, nommé Gilles lie Mes; c'était un \ieil ami du roi Charles VII, fait i lievalicr |)ar Louis \1, et (jui, le premier, avait donné le signal du mouvement contre lévùque. Ce lut lui qui se chargea d'annoncer la nouvelle à ses uoiiciloyeus.
TI avait arrangé son petit discours d'avance.
— La paix est faite, dit-il. Nous ne livrons personne ; seulement quel(iucs-uns s'absenteront pour un peu de tenips ; je pars avec eux, cl (jue je ne revienne jamais, s'ils ne reviennent!
— Et Dinant ? et Dinant ? crièrent toutes les voix.
— Dinant ])ourrait avoir la jtaix, réj)ondit (lilles de Mes; c'est lui qui n'en veut fKis.