‹ Charles le téméraire (volume 2)Chapitre 29 sur 34 · CHARLES LE T K M K H A I H E · texte numérisé non relu

CHARLES LE T K M K H A I H E

dernier écu. Un seigneur qui lui était dévoué mit ses enfants en gage et se fil prêter sur eux les quinze cents florins.

Vous croyez que ce fut fini? non point : après la parpaye, vint la trinf/eld, argent pour boire. — TruKjcld est le premier mot que vous entendez en entrant en Suisse, et le dernier en sortant. René ])arvint à trouver la tringeld, et partit enfin.

1( était à pied, vêtu comme ses soldats, portant, comme eux, la hallebarde sur l'épaule.

Mais, au bout de cinq ou six lieues, voilà nos hommes fatigués. Pourquoi marcheraient-ils, quand ils ont le Rhin, qui peut les voilurer si commodément?

Ils s'entassent en désordre dans des bateaux , avec des filles de joie; — depuis qu'ils avaient de l'argent, ces montagnards étaient débauchés comme des grands seigneurs ! — le Rhin charriait ; les bateaux chavirent; trois ou quatre cents hommes

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se noient ; les autres, ne sachant à qui s'en prendii . s'en prennent au malheureux Iloné.

Le duc de Hourgotçne avait des correspondants à Xcuchàtel; ils lui écrivaient : ««Soyez tranquille, jamais les Suisses n'arriveront. »

ils arrivaient cependant, lentement, diffieilement, mais ils arrivaient. L'hiver, rude pour eux, l'était aussi pour le due. fn épouvaolahlc hiver! quatre cents hommes moururent de froid au camp pendant la seule nuit de Noél ; beaucoup eurent les pieds et les nuiins «,'elés. .\vec cela, pas de paye ; rien (juc de dures paroles, de terribles châtiments.

Un gentilhomme, las de tant de fatigues, eut le malheur de dire un jour :

— l'uis(ju'il d<''>ire tant rentrer a Nancy, ce duc. i! le faudrait mettre dans un canon et l'y envoyer.

Charles apj)rit le propos et Ht pendre le mau>ais plaisant.

INturtafit il allait perdre courai^'c, lorsqu'un lias-

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con, échappe de Nancy, lui dit que la ville avait mangé les chevaux, et qu'elle en était aux chiens et aux chats.

Cela l'engagea à attendre encore.

En attendant, il fit une autre exécution qu'il paya cher.

Plusieurs gentilshommes de l'hôtel du duc René, en essayant de pénétrer dans la ville assiégée, furent pris par les Bourguignons.

Charles ordonna de les pendre.

Un d'eux, Siffren de Baschi, demanda à être conduit au duc, ayant, disait-il, à lui révéler un secret de la plus haute importance.

Ce secret était que le favori de Charles, un Italien, chef de bande, nommé Campobasso, le trahissait.

Et, en effet, Campobasso le trahissait doublement : il avait d'abord offert au roi de France d'assassiner le duc de Bourgogne. Eh ! mon Dieu, le roi de France eût bien accepté : sur de pareils cas de

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conscience, ses scrupules n'étaient pas grands; mais il ne crut pas l'Italien aussi méprisable qu'il l'était; il pensa que le duc voulait, par l'entremise de Campobasso, tirer de lui ({uelcjuc lettre qui le compromît en face de la chrétienté, or, au lieu de répondre à Campobasso, il écrivit au duc, lui disant quelle proposition lui était faite, et l'invitant à veiller sur ses jour^.

Le duc, qui ne pouvait croire que le roi tînt si fort à sa santé, refusa d'ajouter foi à la dénonciation. ^Campobasso dut donc perdre tout espoir de co colé-là.

Alors, il s'adressa au duc Uené, et lui olfrit -moyennant salaire , bien entendu — de le faire triompher dans son entreprise.

llenc ne s'enga^'ca que vaguement, disant (juil > errait bien après le résultat.

C.'élail eette trahi.son «[ue SillVen de llasehi v..iilail révéler au due; mais le comte de Camptiba.sso,

(}in veillait à la tente de son maître, répondit, au nom de celui- ci, que SiOVen devait être pendu sans relard.

L'ordre fut exécute.

René avait cent vingt prisonniers placés sous la garde du bâtard de Vaudemont; en apprenant la mort de Siffren de Basclii, il ordonna de pendre les cent vingt Bourguignons ; ce qui fut fait immédiatement.

Au-dessus de la tète de chacun d'eux, on cloua l'inscription suivante :

(' Pour la très-grande inhumanité et l'exécrahie jncurtre commis en la personne de feu le bon Siffren de Baschi et ses compagnons, après qu'ils ont été pris, en servant bien et loyalement leur maître, par le duc de Bourgogne, qui, dans sa tyrannie, ne se peut empêcher de verser le sang, il me faut ici finir mes jours ! »

« Jeu de main, jeu de vilain, » dit un ancien pro-

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verbe; que dire du jeu de princes qui maniueiil leurs points avec des pendus !

Le 2<> d«''cembre, (Charles lit donner un assaut : l'assaut fut repoussé, (ie même jour, Uené partait de Hâle avec toute son armée, pour venir enlin au secours de sa bonne ville de Nancy.

Le i janvier 1477, il avait franchi la Meurtlie, et se trouvait à deux lieues à peine des assiégeants.

Saclianl l'approche de l'armée de Lorraine, depuis deux jours, Campohasso avait (juilté le duc de Bourgogne; il est vrai qu'auparavant le traître avait reçu l'assurance (jue la mIIc de (lommercy, (lui lui avait été donnée, puis reprise, lui serait d»'hnitivemenl rendue.

Il laissait, en partant, des hommes pciur cvWr «Sauve qui peut! » cl d'autres hommes chargés d'une mission plus sombre encore.

Au point où il en était arrive, il fallait queC.harJfs

le Téméraire mourût : ces derniers hommes laissés au camp étaient chargés d'y pourvoir.

Campobasso se retira à deux lieues de là, au pont de Bouxières ; c'était par ce pont que devait s'opérer la retraite de l'armée bourguignonne; l'Italien s'y embusqua avec, ses Lombards et ses Napolitains, puis attendit l'événement.

René avait avec lui vingt mille hommes ! le duc en avait à peine quatre mille.

Charles avait perdu Grandson et Morat contre des forces inférieures; que devait-il donc arriver à Nancy ?

Il y avait encore moyen d'éviter la bataille; mais nul n'osait aller proposer au duc de lever le siège ; autant valait se hasarder dans la caverne du lion.

Le comte de Chimay, cependant, s'y risqua.

Il trouva Charles sombre comme d'habitude, tout armé, à l'exception de la tête; il ne quittait presque plus ses armes.

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— Monseigneur, je viens vous dire ce que nul n'osevous dire... dois-jc parler? demanda le comte.

Le duc releva la tele et fit un signe allirmatif.

— Monseigneur, nous sommes avertis que le duc René s'avance avec vingt mille hommes ; à peine en avons-nous quatre mille...

— Après? dit le duc.

— Mon avis et celui de vos plus sages conseillers serait que Votre Altesse levât le siège et allât se refaire un peu dans le Luxembourg, où elle renforcerait son armée. IVMidant ce tom|)S, l'argent manquerait au duc Hené, ses mercenaires le quitteraient, et alors nous reviendrions sur lui.

Charles lïonra les sourcils.

— On voit bien, dit-il, que vous i^les tout Vaudcniont ' Kh bien, sachez que, quand nn^me v(»us et les vAtres me laisseriez seul, seul je combattrais. Mon emieini est ln>j) jcuiif pour (ju(* je recule devant lui.

— .Monseigneur, reprit le comte, j'ai fait mon de-

voir en vous donnant mon avis. Maintenant, vienne l'heure du combat : on verra si je suis franc, loyal et venu de bon lieu.

La seule réponse du prince fut de défendre que l'on entrât désormais dans sa tente sans y être appelé.

Cependant, avant la bataille, Charles rassembla son conseil.

— Or çà, dit-il, puisque ces vilains viennent à nous, puisque ces ivrognes viennent ici chercher à boire et à manger, que convient-il que nous fassions?

L'avis général fut qu'il fallait, comme Tavait dit le comte de Cbiraay, se retirer dans le Luxembourg.

Mais le duc avait rassemblé son conseil pour lui donner ses ordres et non pour le consulter.

— Par saint Georges, mon père et moi avons su vaincre les Lorrains, et nous les en ferons souve- Jiii ! Ce soir, nous donnerons l'assaut à la ville ; demain, nous aurons la bataille.

Jl avait juré de chômer la fêle des rois à Nancy.

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Les assiégés ne savaient pas que René fût si proche; mais lui fit allumer un grand feu sur le clocher du village Saint-Nicolas. Ils comprirent que ce feu annon(.'ail l'arrivée de leur duc et redoublèrent d'énergie pour repousser l'assaut.

Non-seulement l'assaut fut infructueux, mais encore la garnison j)oursui\il les assaillants jusque sous leurs tentes.

Pendant la nuit, le duc de Bourgogne fit creuser de nouveaux retranchements et placer de nouvelles pièces d'artillerie.

Les Lorrains arrivaient par la nouvelle route de Strasbourg et occupaient le village de la Neuveville.

Le malin venu, le duc, qui avait dormi tout aruié, voulut mettre son casque : le lion qui en formait le cimier tomba tout seul.

— Hoc estsiijnuiii /7e* (ceci est un signe de Dieu)? dU-il.

()n lui amena son grand cheval noir, (ju'on appr-

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lait Moreau; il monta dessus tout pensif, et marcha à l'ennemi.

Les Bourguignons rencontrèrent d'abord un ruisseau qu'il fallut franchir : il était grossi par les neiges fondantes. Tout glacés, le duc et ses hommes se mirent en bataille.

Josse deLalaing, — plus on en tuait, de cette héroïque famille, plus il s'en présentait, pour se faire tuer encore! — Josse de Lalaing, le grand bailli de Flandre, commandait l'aile gauche; le duc et le grand bâtard étaient au centre avec l'artillerie; les Lombards formaient la droite sous le commandement de .Jacques Galeotto.

Campobasso était arrivé à Saint-Nicolas deux heures après le duc de Lorraine ; il venait lui offrir de combattre dans ses rangs.

Mais, se tournant vers les siens :

— Voulez-vous de cet homme avec nous? leur demanda René.

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Eux secouèrent la lèle.

— Non, (lirenl-ils tous; nous ne voulons pas que ce traître d'Italien combatte à nos cAtés. Nos pères n'ont jamais use de telles gens ni de telles pratiques |)Our g^'^^'oer la victoire.

i^ampobasso se relira, rongeant sa honte. Il gardait déjà, comme nous l'avons dit, le ])onl de Houxières-Ies-Damcs sur la Meurtlio ; il garda encore celui de Condé sur la Moselle, pour qu'en cas de défaite, — et la défaite était probable, — son ancien maitre ne put lui échapper.

Il n'y a de comparable à l'immensité de l'amour divin que la haine inlinie des méchants pour ceux (jui leur ont fait du bien.

l.a ncigr tombait à gros ilocons lorsque les Suisses apprirent par leurs éclaireurs (jue le duc était à un (luartde lieue devant eux.

Tous s'élancèrent gaienuMil. Ils venaient de bien déjeuner à Saint-Nicolas; chacun avait man^c >a

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soupe et bu SCS di'u\ verres devin, lout au contraire lies Bourguignons, qui n'avaient pris qu'un bain

glacé.

On détacha un corps de trois ou quatre mille hommes pour tourner le flanc de l'ennemi et s'emparer des hauteurs qui dominaient sa position.

Ainsi était-il arrivé à Morat, et les Suisses s'en étaient bien trouvés.

Le corps de bataille des Lorrains était sous les ordres du duc René, sans autre général ni capitaine que lui. Il montait un cheval gris nommé la Dame, qu'il avait déjà monté à Morat. Par-dessus son armure, il portait un habit à ses couleurs, rouge, blanc et gris, et avait une robe de drap d'or fendue à la manche droite pour lui laisser le libre usage du bras.

Autour de lui, sur huit cents chevaux, se pressait toute la noblesse de Lorraine.

A peine l'arlillcrie bourguignonne eut- elle le

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temps de faire une décharge ; presque aussitôt la décharge faite, on entendit retentir les trompes d'I'rî et d'Untenvaldcn. La trompette du jugement dernier n'eût pas été plus effrayante pour le duc.

Cependant il ne laissa rien voir de la terreur qu'il éprouvait, et commanda une manœuvre par laquelle les archers firent face aux Suisses, qu'annonçaient les mugissements des terribles cornes.

La lutte ne fut pas longue : la déroute commença par l'aile droite; la mort de Galeotto, qui la commandait, en fui le signal.

L'aile gauche, à son tour, ne put supporter l'ellbrl de Hené et de ses huit cents chevaliers : enfoncée, elle prit la fuite, le long de la rivière, espérant passer la Meurlhe au pont de Hou\iéres-les- Dames.

Campobasso le gardait.

Le duc, lui, comhatlait toujours : cette fois, il

avait fait \œu de ne pas fuir. 11 >it la llamme de son

camp et ne bougea point; mais une nouvelle averse

étant tombée, il disparut parmi les llocons de neige et personne ne le revit.

La garnison de Nancy était sortie de son côté, et, répandue sur le champ de bataille, elle tuait les fuyards et les blessés.

Le massacre durait encore à minuit.

Après avoir poursuivi les fuyards jusqu'à Bouxières, le duc de Lorraine revint sur ses pas.

Nancy l'attendait, illuminé à giorno.

Il rentra par la porte Notre-Dame, commença par aller remercier Dieu, dans l'église Saint-Georges, puis il reprit le chemin de son hôtel, reconduit par toute la population, qui criait : « Vive le duc René ! »

Il trouva devant la porte un singulier trophée : c'étaient toutes les tôles des chevaux, des chiens, des mules, des ânes et des chats dont, depuis un mois, les assiégés avaient fait leur nourriture.

Toute la nuit, René veilla. A chacun de ceux qui

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arrivaient, il demandait des nouvelles du duc de Bourgogne.

Beaucoup avaient vu le Tcmcraire combattant, soit avec l'épée, soit avec la hache; mais il y avait un moment où personne ne pouvait plus dire ce qu'il était devenu.

Les derniers qui l'avaient vu, l'avaient vu au conducnt de deu\ ruisseaux, près d'une mare glacée.

Un homme prélendit qu'au moment où l'armée se mettait en déroule, il avait entendu le duc crier: <« A Luxembourg! »>

Un autre racontait qu'au fort de la mêlée, Charles avait revu un si rude coup de pique, qu'il en avait été tout ébranlé cl étourdi ; qu'ai.. rs \o sire de Litey l'avait soutenu et remis sur ses ai\ons, et qu'aussitôt, le duc, revenu à lui, s'était élancé de nouveau dans la mêlée.

Uené, croyant à la fuite de son ennemi, envoya

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des messagers sur toutes les routes, sans faire cesser les recherches sur le champ de bataille.

Deux jours après, on ne savait encore si Charles ôtait mort ou vivant ; le duc René avait grande peur de le voir revenir, quand on lui annonça le comte de Campobasso. Il songea que, mieux que personne, celui-là lui pouvait donner des nouvelles, et il le fit entrer.

En effet, Tltalien amenait un page de la maison Colonna qui était au service du duc de Bourgogne, et qui disait avoir vu tomber son maître.

Selon l'enfant, un boulanger de Nancy lui avait le premier porté un coup sur la lete, et un homme d'armes, sans savoir à qui il avait affaire, l'avait achevé à coups de pique.

Le lendemain mardi, 9 janvier, sous la conduite de l'enfant, on se mil à la recherche du corps. Le jeune guide se dirigea vers létang de Saint- Jean; là, près de la chapelle de Saint- Jean de Lattre,

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^'isail une douzaine de cadavres déjà dépouillés et ircmpant dans la vase.

Une pauvre blanchisseuse de la maison du duc ^it briller une haiL'ue au doi^'t d'un de ces cadavres, et poussa un cri. Elle reconnaissait la bague pour l'avoir vue au duc de Bour;2ogne ; le cadavre avait la face dans la vase, on le retourna et la pauvre femme s'écria :

— Ah ! mon prince !

Il était cependant difficile à reconnaître : la tète était à moitié prise dans la glace ; la joue qui sortait avait été mangée par les chiens et les loups; la chair de l'autre joue, adhérente à la glace, y était restée.

.Mais certains signes caractéristiques permettaient de reconnaître le duc : d'abord une cicatrice (juc lui avait laissée au cou sa blessure de Monlihérv ; deux dents qu'il s'était brisées dans une chute; deux abcès qu'il avait eus, l'un à l'épaule, l'autre au l.n<ventre, et dont l'avait soigné Mathieu I.upi, mhi

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médecin portugais ; enfin, un ongle de l'orteil gauche qui rentrait dans la chair et dont, au dire de ses valets de chamhre et d'Olivier de la Marche, son chambellan, il se plaignait parfois.

En fait de blessures nouvelles, il avait la tcte fendue d'un coup d'épée ou de hache, et était percé de deux coups de pique.

On courut en toute hâte annoncer au duc de Lorraine que l'on venait de retrouver le corps de son ennemi. Il en eut grande joie, persuadé qu'il était que les morts ne reviennent pas.

D'après ses ordres, ce corps fut rapporté à Nancy sur une litière portée par quatre homme et déposé dans une maison appartenant à un nommé Georges Marqueiz.

Là, on le lava avec de l'eau chaude et du vin.

Le corps était plutôt petit que grand, blanc comme neige, et bien membre ; il fut étendu sur une table avec un oreiller de soie sous la tète; les mains

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jointes, la croix cri'cau bt'nile placées près de lui.

Puis on laissa entrer tout le monde, afin que chacun pût s'assurer qu'il était bien mort.

Il demeura ainsi trois jours et trois nuits, « les uns priant Dieu pour lui, dit le chroniqueur, les autres non. »

Enfin, on habilla le pauvre cadavre; on lui passa une camisole de satin blanc, on lui chaussa dos houseaux d'écarlatc et des éperons dorés, on le recouvrit d'un manteau de satin cramoisi, on lui mit la couronne ducale sur son front fendu et son visage mutilé; enfin, on le coucha sur un lit de parade en velours noir, sous une tente de satin noir.

Alors, le duc de Lorraine, accompagné de ses serviteurs, vint à son tour lui jeter de l'eau bénite. Il entra le premier, se découvrit et se mit à ^'cnoux.

— Hélas! dit-il, voilà donc notre bon maître et sei;jneurl

Et, lui prenant la main par-dessus le poêle :

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— Ah! beau cousin, ajou(a-t-il, Dieu ait votre àmc! mais vous nous avez causé bien des maux et des douleurs!

Puis, par toute la ville, le duc fit crier que tous les chefs d'hôtels suivissent le corps ayant chacur^ un cierge à la main.

Le corps levé, il fut solennellement transporté en Téglise Saint-Georges.

Tous les chevaliers et serviteurs de la maison de Bourgogne qui avaient été faits prisonniers suivaient les funérailles de leur maître.

C'était tout ce qui restait de cette superbe puissance qui avait fait trembler l'Europe.

Le duc fut enseveli dans cette même église Saint- Georges.

Soixante-treize ans après sa mort, c'est-à-dire en 1550, son petit-fils Charles- Quint le fit transporter de ?^ancy à Bruges. Là, il trouva le tombeau de sa fille Marie qui attendait le sien. Mariée à Maxi-

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inilien d'Aulriclie, la pauvre princesse était iiiorle à vingt-cinq ans, d'une chute de cheval, laissant deux enfants : Philippe d'Autriche, âf:é de trois ans et neuf mois, et Mar^'uerite, âgée de quatorze mois et cinq jours.

Philippe 11, succédant à Charles-nuinl, ordonna qu'un toinheau pareil à celui qui couvrait déjà le corps de la fille fût construit pour le père. On trouve» dans un compte de 1508, que la dépense de ce tombeau s'éleva à vini^t-quatrc mille ciiKj ciiit quatrevingt-quinze florins.

(/est là qu'ils sont encore aujourd'hui couchés côte à côte, dans In troisième chapell.^ à dmid' m entrant. Charles Cii couvert de sa cuna^sc de bataille; il a la couronne souveraine sur la léte, l'ordre delà Toison sur la poitrine, un lion à ses pieds, son casque à sa droite, et ses ganls à gauche avec sa devise : Je l'iu einpnjs^ bien m'en advienne!

Ce tombeau, l'un des plus mai:niliques qui se

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