COMMENT DANS SA PEAU MOURUT LE RENARD
A l'heure même où se livrait la bataille de Nancy, Angelo Calto, ce médecin-astrologue qui avait quitté le duc de Bourgogne pour le roi de France, disait la messe — car il était prêtre et fut depuis archevêque de Vienne — disait la messe devant son nouveau seigneur, à Saint-Martin de Tours.
CHAULES LE TÉMÉRAIUE. 237
— Sire, s'ccria-l-il toul à coup, coiisiunmafnm est! votre ennemi est mort !
Ainsi, quinze cents ans auparavant, un augure avait dit devant Titc-Live : « A celle heure, Tompée vient d'tMre baîtu à Pharsale , et César est vainqueur. »
Le surlendemain seulement Louis XI eut des n()UVi.'lles ollicieiles, et encore ne lui annonçaientelles que la perle de la bataille ; ce fut deux jours plus tard qu'il apprit la mort de (Charles le Téméraire.
Vji\ mometil il demeura tout étourdi de l'événement.
Qu'allaiti! faire? Il fallait, avant toul, iju'à celle mort la France rrgagrjàl celles ile ses provinces qui avaient été aliénées au profil de son ennernic, de celte niaison de Hourgogne, i.ssuc de la maison de France, cl (jui avail lait j)liis de mal à celle-ci (pie Henri V, Henri VI et tous les Ivlouard cnscmMe !
La première idée qui vint à Louis XT était celle qui fût venue à un homme ordinaire, àun Edouard IV, à un Frédéric III : marier le dauphin avec l'héritière de Bourgogne, malgré la différence de l'âge ; — le dauphin avait huit ans, Marie en avait vingt ; — mettre, par ce mariage , le pied en Allemagne , et donnera la France son rêve d'une autre époque, la frontière du Rhin.
Mais il y avait là , selon toute probahilité, une guerre avec l'Angleterre, une guerre avec l'empire.
Louis XT haïssait la guerre : il ne la voulut pas allumer de nouveau.
Non; ce qu'il devait essayer, c'était de reprendre, sans tirer l'épée, si la chose était possible, l'Artois et la Bourgogne, les villes de la Somme et de la Picardie.
L'entreprise était difficile, presque insensée ; pour un homme comme Louis XI , ce n'était pas une chose impossible.
CHARLES LK TÉMÉUAIUI:. ^'ÎI
Il y vit surtout une affaire d'argent ; avec de l'argent, on neutraliserait Kdouard : il l'en gorgea.
Puis il y avait deux femmes dans tout cela , par conséquent deux rivales : la reine d'Angleterre et la douairière de Bourgogne.
La reine d'Angleterre voulait que sa nièce épousât lord Hivers, son frère; la duchesse de Bourgogne voulait que sa fille épousât son frère aussi, le duc de Clarence.
Lord Hivers était un trop petit gentilhomme [)our une si riche héritière ; le duc de Clarence, vieux et ivrogne, n'était guère mieux son fait.
Louis \[ ne s'inquiéta point dos deux prétendants; il comprit qu'ils se détruisaient l'un par l'autre. — Voir Shakespeare.
Seulement, Louis XI comprit encore (juc.dans ce siècle de chevalerie, où la chevalerie était à peu pK»s morte, mais vivait encore de nom, tout allait
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retomber sur lui : roi tyran, on raecuscrait de dépouiller la veuve et rorphelin.
11 est vrai qu'il les dépouillerait au profit d'unemère déchirée depuis cent cinquante ans par une lille parricide, par l'ingrate maison de lîourgogne.
Le nù entra en Picardie et en Bourgogne.
Tl eut un prétexte de reprise pour chaque province, presque pour chaque ville : pour Arras, ce fut la confiscation; pour Abbeville, ce fut le retour.
Quant à la lîourgogne, il y avait mieux que cela.
Louis XI était le tuteur naturel de la jeune Marie, il avait ce que l'on appelait la garde noble : il prenait le bien de sa pupille pour que d'autres ne le prissent pas. [lestait à savoir s'il le rendrait.
Voyons-le à l'œuvre.
C'est Arras iju'il désire avant tout, c'est Arras (ju'il lui faut ; c'est par Arras qu'il commencera.
Arras était, en effet, pour la France une triple