I.c duc Adolphe de (lueldre tué. restait s(m fils
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le pauvre petit dépouillé : Louis Xt était trop moral pour laisser Nimèguc aux mains de Marie de Bourgogne, la fille du spoliateur. Nimègue se révolta, chassa les Bourguignons et donna la régence à la tante de l'enfant.
Restait l'Angleterre. Edouard, vieux à quarante ans, pouvait mourir d'un moment à l'autre d'une indigestion : il ne quittait pas la table! La veuve restait avec un régent; quel régent, bon Dieu ! Glocester, celui qui fut Richard III!
Comment lutter contre le terrible bossu, sinon par l'alliance du roi de France? La reine d'Angleterre, qui se voyait déjà reine douairière, ménageait donc tant qu'elle pouvait le roi Louis XI.
Il y avait bien encore la Bretagne, toujours hostile, toujours anglaise; mais, le duc de Guyenne mort, la Bretagne perdait beaucoup de sa force. Louis XI la pressait avec un entêtement qui lassait l'entêtement national lui-même; un jour, il lui pre-
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naît une ville; le lendemain, un homme. En liommes, il lui prit Tannepui du Châlel, Pierre de Holian, Guy de Laval; en villes, il lui prit La Rochelle et Alençon.
Enfin, il hérita du Maine. La mort elle-même devenait son alliée!
El tout cela, le vieux roi le faisait scul ou avec de petites gens; seul, il tramait sa vaste toile, cl, quand il s'y prenait quelque mouche, courait voir de ({uelle taille elle était, .^i ^'lle avait tromj)e ou aii'uillon.
Puis il se remettait à peindre des miniatures, se représentant lui-même sous l'emblème d'un vieux tronc d('j)ouillé qui n'a plus qu'un rejeton. — r.e rejeton, c'était encore un des enfants que proté-^eait Louis XL
Il continuait à vivre isolé daus son PI.'<si«<-fp<. Tours, tenant le dauphin à Amhoise, «m ayant envoyé sa femme en Oauphiné. II ne sortait que pour
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prendre un délassement qui était une fatigue, la chasse; mais la chasse, c'était encore de la politique : après avoir pris les hommes au piège, il y prenait les animaux.
Souvent il parlait à l'aube et chassait tout le jour; c'était une grande affaire pour lui qu'une chasse bien ou mal réussie.
Un jour,, il lui prend l'envie de chasser, et, voyant le temps douteux, il consulte son astrologue.
L'astrologue répond qu'il fera beau.
A l'entrée de la forêt, Louis XI rencontre un charbonnier; le charbonnier le reconnaît, secoue la tête et dit :
— La chasse du roi aura le derrière mouillé 1
Nous ne répondons pas de citer textuellement.
Le roi entend la prédiction, ne dit rien, mais remarque l'homme et fait demander comment il s'appelle et où il demeure.
Deux heures après, les chasseurs dispersés
CHARLES LE TÉ.MKf^AIHE. 297
rentrent, le roi compris, mouillés jusqu'aux os.
— Qu'on aille me chercher, dit Louis XI, le charbonnier qui en sait plus que mon astrologue.
Le charbonnier arrive; le roi met face à face l'astn^logue et le paysan.
— Mon ami, demande-l-il a ce dernier, comment peux-tu en savoir, sur le temps, plus que ce monsieur-là, qui a passésavie à étudier les planètes?
— Sire, répond le charbonnier, je ne sais ni lire ni écrire; je n'ai jamais été à l'école ; aussi ne suisje qu'un if^norant ; mais, moi aussi, j'ai, comme Votre Majesté, un astroio^'uc à mon service.
— Lequel ?
— Mon âne, avec votre permission, sire.
— (iommenl, ton àue?
— Oui, ('«'lui (}ui porte mon charbon ; c'est lui qui me prédit toujours le temps qu'il fera. Lorsque la pluie approch«\ il pointe ses oreilles en avant, marche à petits pas et cherche à se frotter contre
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les murs. C'est d'après ces indices que je vous ai prédit de l'eau.
Le roi congédia son astrologue, assigna une pension à l'àne, et désormais ne consulta plus sur le temps que son charbonnier.
Un autre jour, avide de tout voir et de tout savoir, il se lève le premier, et, pendant que tout dort, il court le château et descend aux cuisines.
Il y trouve un enfant qui tourne la broche.
— Combien gagnes-tu , petit ? lui demande-t-il. Celui-ci, le voyant si mal vêtu, le prend pour un
pauvre.
— Autant que le roi, répond-il.
— Et que gagne le roi?
— Sa vie, et moi la mienne.
Louis XT n'était pas homme à laisser un pareil philosophe aux cuisines ; il prit l'enfant et le fit élever.
Au milieu de tout cela, il est frappé d'une pre-
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mi<^roatlaqu(; de paralysie. Celait à Chinon. Il sent le besoin d'air, il veut s'approcher de la fenêtre et demande en bégayant qu'on la lui ouvre; mais, sous prétexte qu'il peut attraper froid, on lui refuse ce soulagement.
Son médecin Angelo Catlo arrive et lait ouvrir; puis il le saigne, et Louis XI éprouve aussitôt du mieux.
On connaît le proverbe médical à l'endroit des paralysies , apoplexies , congestions cérébrales , toutes maladies de la même famille :
« La première attaque, sommation sans frais; la seconde attaque, sommation avec frais; la troisième, prise de corps. »>
<!e fut ainsi que larhof^ese passa pour Louis \l. De cettt^ première allaqu«\ il se remit et eommenva par chasser d'aupn'^s de lui ceux qui l'avaient empêché de respirer, juste au moment où il avait tant besoin d'air.
Puis il se donna le speclacle de sa puissance : il alla passer une grande revue à Pont-de-l' Arche.
Pâle et mourant, il sourit à sa magnifique armée, quarante mille hommes, tous Suisses, Allemands ou Lyonnais, gens qui manœuvraient comme de vérilablcs automates, au son du cor.
Plus de gentilshommes, plus d'hommes, plus de bourgeois, plus de paysans : — des soldats.
Alors, la France était gouvernée par un roi et trois ministres.
Le roi, vous le connaissez.
Les trois ministres, c'étaient Olivier le Mauvais, un Auvergnat nommé Doyat, qui, sous ses gros souliers , avait écrasé le duc de Bourbon, et Jacques Coylhicr, médecin et président des comptes.
Puis encore : du Lude, un joyeux chippeur, voleur même dans l'occasion, lequel arrivait à faire rire le roi, chose qui devenait de plus en plus difficile! de Saint-Pierre, grand sénéchal, rHéraclite
de ce Démocrite, sombre ligure déjuge, qui semblait dire incessamment : <* A mort ! à mort ! à mort ! »
Enfin , Comines , enveloppé dans sa fourrure comme un chat doucereux et coup-de-paltier.
Le roi aimait fort ce dernier, le faisait coucher près de lui, quelquefois même avec lui; mais, depuis le mariage de mademoiselle de Bourgogne, il consultait et employait les autres.
Au retour du camp, seconde attaque, sommation avec frais.
Cette fois, on le crut mort; il resta dans une galerie, pendant deux heures, couché sur une paillasse.
Comines l'apervul ainsi, les yeux retournés, la bouche tordue; et, ne sacliant à quel saint le vouer, — le roi avait usépres(|ue tous les saints du calendrier, — il le voua à monseigneur saint Claude.
Monseigneur saint Claude entendit le vœu : incontineut la parole revint au roi.
— Oh! oh! dit-il, je ne suis pas encore mort!
Et, se levant aussitôt, il alla par la maison, mais bien faible, son bras pendant, sa jambe traînant; il avait le côté droit presque entièrement paralysé.
Ce qui ne l'empêcha point de demander immédiatement ses lettres, qu'il fit semblant de lire.
Il essayait détromper ses plus intimes; quand la mort vint, il essaya de tromper la mort.
Mais, avant de venir à lui, la mort le comblait.
A peine venait-il de recueillir l'héritage du neveu de René, c'est-à-dire celte belle province du Maine, qu'il lui arriva de Bruges une nouvelle presque aussi agréable que celle de la mort de Charles le Téméraire.
C'était celle de la mort de Marie de Bourgogne.
En elle, la maison de Bourgogne venait de s'éteindre.
Maximilien adorait sa femme et ne put jamais entendre parler d'elle sans pleurer.
CHARLBS LE TKMÉnAIRE. 303
Un magicien nomme ïritêmc lui offrit d'évoquer son ombre. L'archiduc accepta; mais la me du spectre, dit Lorchrimer, produisit une telle impression sur le pauvre prince, que, sous peine delà vie, il défendit désormais d'évoquer les morts des tombeaux.
Marie de Bourgogne laissait, comme nous l'avons dit, deux enfants : le petit Philippe, la petite Marguerite ; Philippe le Beau, qui fut le père de Charles- Quint; Marguerite, qui, sous son neveu, fut régente des Flandres.
A la bonne heure! cette Marguerite d'Autriche, voilà une femme qui allait bien au dauphin de France.
Les Flamands vinrent l'offrir à Louis XI, ttec toutes ces provinces françaises «ju'ils détestaient, en braves et dignes Flamands qu'ils avaient l'honneur d'ôlre.
Us rendirent à tout jamais Artois et Bourgogne,
qui avaient causé chez eux tant de troubles. C'était plus que n'eût osé demander Louis XI.
Ses bons amis, ses compères, Rim et Coppenole, le vinrent trouver au Plessis.
Ils furent bien étonnés du palais que le puissant roi s'était choisi. Ils le trouvèrent dans une petite chambre, fenêtres grillées, portes épaisses, verrous massifs.
Il était là, l'enragé chasseur, et, ne pouvant plus chasser les cerfs, les chevreuils et les sangliers, il avait une meute de petits chiens avec lesquels, de chambre en chambre, il chassait les rats et les souris.
Il était si maigre et si pâle, qu'il ne voulut point se montrer ainsi; il reçut les deux envoyés flamands dans cette petite chambre peu éclairée, se tenant hors du rayon de lumière, vêtu d'une robe chaudement fourrée : il avait toujours froid à cette moitié du corps aux trois quarts morte; il leur dit en bal-
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buliaiit — la langue élail alleinte — qu'il était fâché de ne pouvoir se lever ni se découvrir.
Puis il se fit apporter i'Kvanyile, sur lequel il jura de la main ^'auche.
— Excusez-moi, mes bons compères, dit-il, si je jure de cette main : j'ai la droite un peu faible.
Kile était aussi paralysée que celle de Uichard lll.
Cependant, il se ravisa.
L'idée que ce serment prêté de la main j^'auelie pouvait, un jour, élre une cause de nullité, lui trottait dans l'esprit.
Il se lit raj)porter l' Évangile, il, ne pouvant le toucher de la main droite, il le toucha du coude druit.
Ce mariage projeté rompait le mariai' anglais; mais Kdouard était devenu si gros el si gourmand, (|u'il n'était plus à craindre.
Le jour où il apprit la nouvelle de cette rupture qui lui seniMait impossible, il but et mangea plus (|uc d'habitude; à tel point qu il en mourut.
306 CHAULES LE TÉMÉRAIHE.
Louis XI eut encore la joie d'apprendre celte mort.
La France avait alors sa ceinture naturelle : la Picardie, la Bourgogne, la Provence, l'Anjou, le Maine et le Roussillon.
Du moment où il y avait des frontières, il y avait un centre, une capitale.
On devait tout cela à ce génie sombre, rusé et moqueur.
Il voulait vivre encore; oh! mon Dieu, pas pour lui, mais pour régler les coutumes, les poids et les mesures.
— Que Dieu me donne encore six mois d'existence, disait-il à Comines, et il n'y aura plus dans le royaume qu'une coutume, qu'un poids et qu'une mesure... Et puis, ajoutait-il, d'un air paterne, je voudrais bien soulager mes peuples; je les ai un peu accablés d'impôts, et, par là, j'ai fort chargé mon àme.
Mais ce n'était point sa faute, à ce bon citoyen de
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Berne, à ce bon bour^^ois de Paris : il avait tant de rois à payer, tant de princes auxquels il faisait pension !
Pourtant, il n'y avait pas chance qu'il durât six mois, à l'époque où il parlait ainsi à Comines ; il était l'ort malade et l'on luisait sur ses derniers jours toutes sortes de contes plus absurdes les uns que les autres.
Il dormait toujours, assurait-on, et, pour se tenir éveillé, il avait des berp:ers qui, derrière une tapisserie et sans le voir, lui jouaient de la musette toute la journée.
Au moins le reninle était innocent; ii n'en était point ainsi de tous ceux qu'il suivait.
On disait que. pour rendre quelque force à son sauf,' épuisé par la vieillesse, il buvait du sang d enl'ani.
Le fait est (ju'à part tous ces contes absunics, il ne pouvait se décider à mourir.
oOS CHAULES LE TÉMÉRAIRE.
Il se fit envoyer de Naplés itn bon saint kommc, François de Paule. Il espérait que le pieux ermite, reconnu saint de son vivant, roudrail bien prier pour lui, et que Dieu lui accorderait une prolongation d'existence à la demande de son serviteur.
Les prières du saint n'y firent rien ou peu de chose.
Le roi eut alors l'idée — c'était toujours lui qui avait ces idées-là — il eut alors l'idée d'envoyer chercher la sainte ampoule à Reims et de se faire oindre une seconde fois.
L'abbé de Saint-Remy refusa le vase sacré; mais Louis XI fit écrire au pape par son neveu, qu'il avait acheté comme les autres : il eût acheté le diable, si le diable se fût contenté d'argent! Louis XI, disons-nous, fit écrire au pape par son neveu, et l'abbé de Saint-Remy 'reçut l'ordre de livrer la sainte ampoule.
Il était probablement trop tard pour que le remède fût efficace. Le roi sentit qu'il allait mourir.
— Ouand le moment sera venu, avertissez-moi, dit-il, mais doucement.
In jour, (loytliicr s'approcha de son lit.
— Ce sera pour ce soir, lui dit-il brutalement C'était le 2i août i4Sr», la veille de sa fête.
Il mourut en faisant sa prière à Notre-Dame d'Embrun.
Louis XI ne voulait pas de Saint-Denis pour tombeau : il ressemblait, en ellct, si peu à ses ancêtres, qu'il y avait ch;mce que ceux-ci ne le reconnussent point, ou, le reconnaissant, ne voulussent pas de sa société.
Il (lemandail à èlre enterré à Nolre-Damode CN'ry, et avait recommandé (ju'on le seulj)lât sur son tombeau, jeune homme, en costume de chasseur, avec son chien et son cor.
310 CHARLES LE TÉMÉRAIUE.
Une fausse et dure maxime, qui nous dispense de loul commentaire, résume soji règne.
La maxime est de l'historien Comines :
« Qui a le succès a l'honneur ! »