LE ROI EST MORT ! VIVE LE ROI
Le roi Charles VII était mort le 22 juillet 1401. Le duc de Bourgogne manda à tous les nobles de
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SCS Étals, de se trouver eu armes avec leurs gens, le !"■ août, à Sdint-Quenlin.
Il ne savait pas encore comment on recevrait en iTance le nouveau roi.
Louis ne le savait pas non plus ; aussi s'élail-il arrc^té à Avesne. Le sire de Brezé, sénéchal de Normandie, un des principaux conseillers du feu roi, accourut au-devant de son nouveau maître ; cependant, par prudence, lui-même s'arrôta à lîavay, et envoya prendre les ordres de Louis XI par le sire d'Aisy.
(ies ordres furent courts et ])récis.
— Dites au sire de Hrezé, répondit le roi au messager, de se tenir pour prisonnier où il est et d'y attendre ma volonté.
C'était peu eneoiiraizeanl ()our les autres '
Louis avait m^me bonne envie de faire arrêter le ^énéclial ; mais il n'osa, celui-ci étant sur les terres • lu lion due.
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Enfin, assuré qu'il ne trouverait point d'opposition en France, il se hâta de, faire dire une messe de Requiein, à laquelle il assista avec son oncle, qui l'avait rejoint; puis, aussitôt la messe entendue, il donna l'ordre qu'on se tînt prêt à partir pour Reims, où il s'en allait tout droit se faire sacrer.
En France, on pleurait beaucoup le feu roi, mais le peuple seul le pleurait réellement; quant à la noblesse, elle se pleurait elle-même : les funérailles du roi, c'étaient les siennes ; aussi Tanneguy du Cliâtcl, neveu du fameux Tanneguy qui avait donné le coup de hache de Montereau, y mit trente mille écus de son argent, ne les trouvant pas assez royales. Ils comprenaient bien, tous ces gentilshommes, qu'avec le nouveau souverain, dont on connaissait les goûts roturiers, ils n'avaient rien de bon à attendre.
Après ces mots criés à voix haute sous les voûtes de la basilique de Saint-Denis : « Le roi est
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morl; vive le roi! » Dunois ajouta tout Las celle parole :
— Que chacun songe à se pourvoir î
Hrcz(3 y avail dcjà songé; on a vu commenl la chose lui avail réussi.
Le duc de Bourbon vint après lui; c'était l'ancien complice du daupliin, un des plus puissants princes du royaume : il était gouvenicur de Guyenne, duc d'Auvergne, comte de Forez, seigneur de Dombes, de Beaujolais, etc.; de sorte qu'il pouvait aller de Bordeaux en Savoie sans marcher sur autres terres que les siennes. Autrefois, le dauj)hiii lui avail promis l'épéc de connétable; il croyait la tiuuveràAvesnes; lorsqu'il y arriva, c'était, au contraire, son gouvernemenl de Guyenne qu'il avail perdu.
Le roi n'était pas lâché de veiller lui-mèiac sur ce pied-à-lerre des .Vuglais.
I*ar un niolif analogue, il enleva le gouvernemenl
do la Normandie au bâtard d'Orléans et celui du Poitou à Dammartin.
Le royal douanier ne voulait point qu'il se fil de contrebande politique sur la côte.
Au reste, Louis XI avait grand besoin d'y voir clair du coté de l'Angleterre. La ro^e 6 /anc/ie venait de vaincre la rose rouge; York l'emportait sur Lancastrc. Le moyen de populariser un nouveau roi en Angleterre, c'était d'opérer une descente en France': le jeune Edouard et le faiseur de roi Warwick pouvaient employer ce moyen ; le bon duc était de longue main ami des Anglais, et d'bier seulement ami du roi de France ; tout ce que l'on pouvait espérer de lui, c'est qu'il resterait neutre. La première cbose, en ctlet, que firent les Anglais en apprenant la mort du roi Charles VII, ce fut d'envoyer un message au duc de Bourgogne ; mais Louis XI, averti,, expédia un des siens, Jean de Reilhac, qui mit la main sur le messager et s'empara de ses lettres.
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Ce fui un premier avis doniir au bon duc qu'il allait avoir dans son neveu un homme qui veillerait de près sur ses allaires.
il en rerut un second, lorscjue le nouveau roi, voyant les ^Mands préparatifs que faisait son parent pour le mener sacrer a Ueims, dit à monsieur de r.roy :
— Mais pourquoi donc jiion bel oncle veut-il amener tant de gens ? Ne suis-jepasroi,etles routes ne ont-elles pas plus sûres que du temps où la pauv re l'ueelle faisait pour mon père ce (|ue le duc fait aujourd'hui pour moi ?
Et, en ellel, rien ne barrait la route, (jue les vieuv our lisons et les nouveaux llaltcurs. (.hacjue Mlk\ chaque bourg, chacjue villaj^e avait sa dcputaliun et son haraiij^ueur; mais, moins facile que ne le fut depuiif Henri l\ , (|ui disait que c'étaient les iianin- ^ueurs (|ui avaient fait ses cIicncuv ^'ris, Louis M, quand il voyait de loin une ambassade, lui envoyait
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l'ordre de ne pas approcher, ou, s'il était pris à l'iinproviste, disait au harangueur de ce ton qui n'appartenait qu'à lui :
— Soyez bref 1
Souvent même il tournait le dos au discours et au discoureur. On n'avait jamais vu de manières si peu royales.
Il y avait pourtant certains orateurs que le roi écoutait d'un bout à l'autre; pourquoi? On n'en savait rien. Un de ceux-là fut un évoque de Lisieux, nommcThomasBasin, fortenvenimé contre Louis XI, et qui écrivit la chronique d'Amelgard; il fit au nouveau roi un long sermon sur la nécessite de diminuer les taxes, et non-seulement le roil'écouta avec patience, mais encore il le pria très-instamment de lui coucher son beau discours sur le papier, afin qu'il pût le méditer à loisir. Le résultat de la méditation fut que l'évoque économiste dut se démettre de i^on évèchc.
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Toul en écoutant les haran*,'ues et tout en tournant le dos aux harangueurs, un arriva à Reims. Là, qui n'eût point connu le roi de France eût jure que c'était le bon duc ou son fils le comte de Cliarolais qu'on allait sacrer. Tous étaient splendiJes, montés sur de grands chevaux tout habillés de velours, et dominant la foule. Humble, pauvre et chétif, moins bien velu que les chevaux du duc, le roi marchait devant, c'est vrai, mais comme un valet précédant s(jn maître. Dans le cortège, tous seigneurs bourjg'uignons : le comte de Nevers, le comte d'Étampes, le seigneur de Ravcnstein; de Français, point ou presque pas. Derrière les seigneurs bourguignons venaient les chcTaux et les mules portant les bagages, habillés de velours aux armes du duc avtc sonnettes d'argent au cou ; deux cent (juarante chariots magnifiques, aux bannières ducales, voiturant la vaisselle d"or, l'argenterie, l'argent cl jusqu'au vin de Beaunc qui devait se boire à la félr,
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lequel était suivi des bœufs de Flandre et des moulons des Ardennes qui devaient y être mangés.
On eût dit que le bon duc, en se mettant en roule pour la France, avait cru traverser un désert et avait fait ses provisions en conséquence.
Jl en résultait que toute cette pompe ressemblait plus à une foire qu'à un sacre.
Quant au roi, il ne s'occupait en rien de tout ce côté matériel de la fête; le ciel seul semblait l'occuper : il n'en détournait point les yeux et n'interrompait pas ses signes de croix ; il priait le jour, il priait la nuit, il priait aux églises, et, dans ses baltes, il priait devant son chapeau posé sur une table. Son cbapeau, dès cette époque, commençait à être une espèce de châsse supportant les trois ou quatre Notre-Dame auxquelles il avait dévotion.
La veille du sacre, il était à minuit dans l'église, communiant, priant, écoutant matines, attendant la sainte ampoule, que l'on apportait de Saint-Rémy