LA BATAILLE DE POITIERS
Avant de parler des ducs de Bourgogne, disons quelques mots du duché; voyons comment il fit retour à la couronne de France , comment il passa dans les mains de Philippe le Hardi, et ce que c'était que Philippe le Hardi.
Le vieux Philippe de Valois, veuf et libre, allait,
au sortir de la fameuse peste noire qui désola le milieu du xiv* siècle, marier son fils Jean à Blanche d'Artois, sa cousine, lorsque, ayant vula jeune princesse , il la trouva trop belle pour son fils et l'épousa.
il avait cinquante-huit ans; elle en avait dix-huit.
Le dauphin Jean épousa , au lieu de sa cousine , la veuve de Philippe de Bourgogne, tué au siège d'Aiguillon.
La veuve avait un fils do quatre ans.
Ce fils, que l'on appelait Philippe de Rouvres, parce qu'il était né au château de Rouvres , et qui, sans doute, garda ce nom parce qu'il y mourut, tenait de sa mère, Jeanne de Boulogne, les comtés de Boulogne et d'Auvergne , et de sa grand'mère, Jeanne de France, les comtés de Bourgogne et d'Artois.
Le duché de l'enfant était donc presque aussi grand que le royaume de France,
CHAtlLES LE TÉMÉRAIRE. 3
Entendons-nous bien sur ce qu'était le royaume de France à celte époque.
Le domaine royal en faisait le fond : il se composait des territoires de Laon, de Reims et de Compiègne; Hugues Capet y avait ajouté le duché de France, comprenant le comté de Paris et l'Orléanais. Ce domaine , tel qu'il était à la fin du xi« siècle , équivalait à cinq de nos départements modernes : Seine, Seine -et -Oise, Seine-et-Marne, Oise et Loiret
LeVexin s'y adjoignit par réversion, en 1082; l'Artois, par mariage , en 1180; le comté d'Auvergne, par confiscation, en 1198 ; le comté d'Évreux, par conquête, en 1200; la Normandie, la Touraine, l'Anjou et le Maine, par confiscation , en 1204 ; le Poitou et le Berry , par conquête, en 1205 ; le Vermandois et le Valois , par conquête, en 1215 ; le vicomte de Nîmes, par cession, en 1259; le comté de Chartres, par achat, en 1286; le Lyonnais, par
i CHARLES LE TRMKRAIUE.
conquête, en 1307 ; enfin le Dauphiné , par cession volontaire, en 1349.
Et remarquez que, sur les provinces que nous venons de nommer, une — et c'était la principale, la Normandie, — se trouvait hors de la main de nos rois, reconquise qu'elle avait été, en grande partie, par Edouard III, à la suite de la bataille de Crécy.
Les autres, le comté d'Auvergne, la Touraine , l'Anjou, le Maine, le Berry, le Valois , le comté de Chartres étaient souvent données en apanage par les rois à leurs fils , à leurs frères ou à leurs neveux, et se séparaient ainsi momentanément de la couronne ; séparation bien réelle , puisque parfois le prince apanagiste , avec les hommes et l'argent de son apanage, faisait la guerre à son roi !
Qu'on nous pardonne cette digression : elle était nécessaire pour ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas très familiers avec l'histoire.
Le dauphin Jean devint donc le beau -père d'un
enfant qui, ainsi que nous le disions, pouvait presque lutter de puissance avec son roi; substitué aux droits de sa femme, il devint le régent des biens de son beau-fils.
Quant au vieux Philippe de Valois, à partir do son mariage, il alla s'alanguissant de jour en jour, et mourut, en 1350, au château de Nogent-le-Rotrou.
Le dauphin Jean se trouva roi de France.
L'histoire l'a enregistré, dans la série de nos rois, sous le titre de Jean le Bon.
Il ne faut pas attacher une trop grande importance à ces titres donnés par l'histoire : l'histoire ne parle pas toujours la langue que nous parlions au xix° siècle.
Louis XIII a été nommé Louis le Juste, parce qu'il était né sous le signe de la Balance!
Or, au XIV* siècle, Jean le Bon ne veut pas dire Jean l'excellent, Jean le meilleur. Non : Jean le
Bon veut simplement dire Jean le confiant , l'iStourdi, le prodigue, le fou.
Et, sous cette appellation , Jean le Bon était le bien nommé.
On eût pu l'appeler encore Jean le chevaleresque. Jean était , en effet , le véritable roi des gentilshommes.
Son entrée dans la royauté avait été signalée par deux édits qui le firent le bien -aimé de la noblesse :
Le premier était un sursis illimité accordé aux débiteurs nobles;
Le second, la création de l'ordre de l'Étoile.
L*ordre de l'Étoile, c'étaient les invalides de la chevalerie.
Une somptueuse maison commença de s'élever au milieu de la plaine Saint-Denis, pour recevoir les chevaliers pauvres appartenant à l'ordre, et qui seraient estropiés dans les guerres ou dans les
tournois. Elle fut commencée, disons-nous, mais ne s'acheva jamais.
Les chevaliers de l'Étoile faisaient vœu de ne point reculer de quatre arpents, s'ils n'étaient tués ou pris.
Ils furent, en effet, pris ou tués à Poitiers...
C'est justement à Poitiers que nous en voulons venir.
Le prince de Galles, plus connu sous le nom de prince Noir, à cause de la couleur de son armure, désolait les provinces du midi de la France , où il possédait la Guyenne.
La Guyenne se composait des fiefs de Gascogne, d'Arma-gnac, de Fezensac , du Périgord, du Poitou, du comté d'Angoulême et de la Marche.
Cette magnifique portion du royaume avait Dassé aux mains des Anglais lors du divorce de Louis VII avec Éléonore de Guyenne , ou plutôt lors du ma^ riage de ceiie-ci avec He'^ri Plantagenet.
8 CHARLES LE TKMÉUAIRE.
Ai-je besoin de dire que les Planlagenets , rois d'Angleterre d'origine française, devaient leur nom à la branche de genêt, que Geoffroy V, leur aïeul, portait d'habitude à sa toque en temps de paix, à son casque en temps de guerre?
Né au bord de la Loire, dans ces belles contrées où le genêt couvre les montagnes de l'Anjou comme un tapis brodé d'or, Geoffroy avait transporté au delà des mers la fleur de sa patrie et il l'avait enlacée à sa couronne.
Le prince Noir s'en allait donc par le Languedoc, brûlant et pillant. Il avait ramené à Bordeaux, de cette première course, cinq mille charrettes chargées de butin; puis, le butin une fois mis en sûreté, il avait repris sa course à travers le Rouergue, l'Auvergne, le Limousin; puis il était descendu dans le Berry et ravageait les bords de la Loire.
Le roi Jean réunit une armée aussi belle qu'était, dix ans auparavant, celle de Philippe de Valois, à
Crécy; aussi belle que devait être, cinquante-neuf ans plus tard, celle du connétable d'Albret, à Azinr couri ; — puis il marcha au prince Noii
Il avait avec lui ses quatre fils : Charles , dauphin de France; Louis, duc d'Anjou; Jeaa, duc de Berry ; Philippe, duc de Touraine.
Charles fut celui qu'on appela Charles le Sage; Louis, celui qui mourut à Bari, en voulant reconquérir le royaume de Naples ; Jean, celui qui joue un si triste rôle d<ins les troubles du règne de Charles VI ; enfin Philippe, celui qui fut la tige de la nouvelle maison de Bourgogne.
Outre ses quatre fils, le roi Jean avait autour de lui vingt-six ducs ou comtes, cent quarante seigneurs bannerets avec leurs bannières déployées et deux cardinaux légats.
Nous avons dit qu'il marchait au prince de Galles.
Mais, à cette époque, la science de la slratégit
était dans son enfance, et, malgré les coureurs dont Anglais et Français inondaient le pays, le prince Noir ignorait où était le roi Jean, le roi Jean ignorait où était le prince Noir.
Jean croyait avoir les Anglais devant lui, et, en courant après eux, il les fuyait.
Le prince Noir croyait avoir les Français derrière lui, et, en les attendant, il les laissait s'éloigner.
Au reste, c'était assez l'habitude des Anglais de se jeter à l'aventure en pays ennemi.
Ainsi avait fait Edouard III en 1346 ; ainsi devait faire Henri V en 1415.
Dans une époque comme la nôtre, où la science delà guerre est poussée à son apogée, un miracle seul eût pu sauver les Anglais.
L'étourderie du roi Jean fit l'afTaire...
Le roi de France avait bien avec lui cinquante mille hommes, le ban et l'arrière-ban delà féodalité.
Le prince anglais n'avait que deux mille hommes
d'armes, deux mille archers et deux mille brigands; huit mille hommes en tout.
On appelait brigands les routiers, les condottieri, les vagabonds qu'on louait dans le Midi; ils remplissaient les charges qu'occupent dans nos armées modernes les troupes légères.
Des rapports sûrs vinrent enfin indiquer au roi Jean le lieu oii étaient les Anglais, et les forces que ceux-ci pouvaient lui opposer.
Les forces, nous venons de les énumérer ; donc, nous les connaissons.
Le lieu qu'ils occupaient, c'était le coteau de Mâupertuis, près de Poitiers.
Ce coteau était une colline roide, semée de buissons d'épines, plantée de vignes, close de haies. Les archers anglais en hérissaient le sommet, où l'on ne pouvait parvenir qu'en suivant un sentier d'une dizaine de pieds de large, resserré entre deux hauts talus.
42 CHARLES LE TÉiMÉRAIRE.
Le prince de Galles et ses gens étaient là comme une bande d'écoliers pris en maraude, entièrement à la merci du maître dans les terres duquel ils s'étaient engagés.
Le roi Jean n'aurait eu qu'à entourer le coteau avec ses cinquante mille hommes : au bout de deux ou trois jours, les Anglais seraient descendus se rendre à merci, mourant de faim.
C'était si bien compris par le héros noir, que, lorsque les deux légats, dans le désir d'empêcher l'effusion du sang, l'allèrent trouver, il offrit de rendre tout ce qu'il avait pris, places et hommes, et de ne point servir de sept ans contre la France.
Mais, à cette proposition, Jean le Bon se mit à rire : on tenait les pillards, on ne les lâcherait pas sans les fouetter d'importance.
Le moins qu'il pouvait exiger, c'était que le prince de Galles se rendît avec cent chevaliers.
Le prince Noir répondit que, la bataille donnée,
il ne pouvait lui arriver pis que d'être fait prisonnier; que, par conséquent, il donnerait la bataille. M. de Talleyrand, l'un des légats, lui fit observer qu'il pouvait être tué; ce à quoi le prince répondit :
— Je tiens pour plus digne d'un prince d'être tué que pris !
Il n'y avait donc plus qu'une chose à faire, c'était de livrer la bataille.
— D'un côté, l'on se prépara à l'attaque; de l'autre, à la défense.
Le roi de France fit dire la messe sous sa tente, communia et fit communier ses quatre fils ; puis il assembla les principaux de l'armée pour leur demander conseil. Tous furent d'avis de combattre.
Les trompettes sonnèrent.
On divisa l'armée en trois corps, ou, comme on le disait à, cette époqucp en trois batailles, de chacune seize mille hommes.
Chaque bataille avait juste le double de la totalité des Anglais.
Tous les seigneurs mirent leur bannière au vent, le roi comme les autres; un brave chevalier, nommé Godefroid de Charny, portait l'oriflamme.
Leduc d'Orléans commandaitla première bataille; elle avait à elle seule trente -six bannières el soixante et douze pennons.
Le Dauphin, que l'on appelait duc de Normandiej — disons en passant que ce fut lui qui, le premier porta le titre de dauphin, — le dauphin et ses deux frères Louis et Jean commandaient la seconde bataille.
Enfin, la troisième était gouvernée — servonsnous du mot en usage au xiv« siècle — par le roi lui-même, ayant près de lui le plus jeune de ses fils, Philippe, duc de Touraine, âgé de quatorze ans.
Au moment de marcher à l'ennemi, le roi appela
quatre chevaliers. Froissart nous a conservé leurs noms.
C'étaient messire Eustache de Ribeaumont, mes-^ sire Jean de Landas, messire Guichard de Beaujeu et messire Guichard d'Angle.
—• Chevauchez jusqu'à ce que vous ayez en vue la bataille des Anglais, leur dit Jean, et revenez me dire comment ils sont ordonnés, afin que je sache gi nous les devons attaquer à pied ou à cheval.
— Sire, volontiers, répondirent les quatre chevaliers.
Et ils partirent en éclaireurs, et cheminèrent jusqu'à ce qu'ils eussent en vue toute la bataille anglaise.
En les attendant, le roi, monté sur un grand cheval blanc comme la neige, passait sur le front de ses batailles, joyeux de voir tant de braves gens d'armes, et leur disant tout haut :
— Eh bien, vous autres, quand vous étiez à
Paris, à Orléans, à Chartres ou à Rouen, vous menaciez les Anglais en duel : « Que ne sommesnous en face d'eux, lance à la main, banneret en tête!» Or, vous y êtes; les voilà, les Anglais! L'heure est venue de leur montrer vos mécontentements, et de venger les ennuis qu'ils vous ont faits; car, aujourd'hui, soyez tranquilles, sans faute ni remise, nous les combattrons !
Et ceux à qui s'adressait le roi répondaient par des applaudissements et disaient :
— Dieu nous soit en aide, et tout ira bien I Surces entrefaites, les éclaireurs revinrent; ilsfen-
direntla foule qui environnait le roi, et vinrent à lui. Le roi fit quelques pas au-devant d'eux.
— Eh bien, seigneurs, demanda-t-il, quelles nouvelles ?
— Excellentes, sire! repondirent- ils; et, s'il plaît à Dieu, vous aurez une bonne journée sur nos ennemis.
CHAULES LE TÉMÉRAIRE. 17
— Or, demanda le roi, de quelle façon sont-ils placés, et coniment les pouvons-nous combattre?
Alors mcssire Eustache de Ribeaumont salua le roi et répondit au nom de tous :
— Sire, nous avons étudié la position de nos ennemis; ils peuvent être deux mille hommes d'armes, quatre mille archers et quinze cents brigands.
— Oui, nous savons leur nombre, dit le roi; mais comment gisent-ils?
— Sire, reprit le chevalier, — qui était un des plus beaux et des plus instruits du temps, — ils sont en un lieu excellent : ils n'ont qu'une seule bataille, mais elle est admirablement organisée! Un seul chemin mène à eux, fortifié de haies et de buissons derrière lesquels ils ont embusqué leurs archers; ce chemin bordé de haies n'a qu'une seule entrée, comme il n'a qu'une seule issue, où quatre hommes d'armes, en se serrant, peuvent chevau-
cher de front. Au couronnement du coteau, entre des vignes et des épines parmi lesquelles il est impossible de chevaucher, sont leurs gens d'armes, tous à pied, et, devant leurs gens d'armes, leurs archers; de sorte que ceux qui les aUaqueront auront les archers anglais sur chaque flanc et en tête. Or, vous le savez, sire, ces archers ne sont pas gens faciles à vaincre!
— Bien, messire Eustache, dit le roi. Et maintenant, comment, à votre avis, devons-nous attaquer?
— Sire, tous à pied, excepté trois cents chevaliers choisis parmi les plus hardis, les plus forts et les plus habiles, bien montés sur leurs coursiers, pour rompre et ouvrir les archers ; puis viendront vilement nos batailles, qui attaqueront main à main, et qui, espérons-le, combattront à grand courage et à grande volonté. Voilà, quant à moi, sire, le seul avis que je puisse donner. Que celui qui en sait un meilleur le dise.
— C'est inutile, repartit le roi; car votre avis me plaît grandement, messiie Eustache, et il sera fait comme vous avez indiqué.
Aussitôt le roi commanda aux deux maréohaux de chevaucher de bataille en bataille, et de choisir trois cents chevaliers des plus forts, des plus habiles et des mieux montés, pour suivre en tout point le plan d'attaque tracé par messire Eustache de Ribeaumont.
Le choix fait, le roi ordonna que chacun mît pied à terre, excepté les trois cents chevaliers destinés à ouvrir et à fendre les archers.
Il ordonna, en outre, que l'on taillât les lances à la longueur de cinq pieds, pour que Ton s'en pût servir plus facilement, et que l'on ôtât les éperons.
Pendant ce temps, les Anglais se fortifiaient nonseulement des accidents du terrain et de la nature, mais encore en creusant des fossés pour abriter leurs archers, et, de son côté, le jeune prince — il
20 CHAHLES LE TÉMÉUAIRE.
n'avait pas encore vingt-six ans — encourageait ses hommes du mieux qu'il lui était possible.
— Beaux seigneurs, leur dit-il, si nous sommes en petit nombre, comparés à nos ennemis, ne nous étonnons pas pour cela : la victoire n'est pas dans la multitude, mais où il plaît à Dieu de l'envoyer. Si la journée est pour nous, nous serons les hommes les plus honorés du monde; si nous sommes tués, — car je n'admets pas que nous soyons vaincus, — j'ai monseigneur mon père et deux beaux-frères, et vous, vous avez de bons amis qui nous vengeront. Tâchez de bien combattre, et, s'il plaît à Dieu et à monseigneur saint Georges, je vous donnerai bon exemple, et vous me verrez aujourd'hui bon chc' valier I
Comme il achevait ces paroles, un gentilhomme qui l'avait fort aidé dans l'ordonnance de la bataille, et qui se nommait James d'Audley, s'approcha de lui, et dit ;
— Monseigneur, excusez-moi, mais j'ai fait un vœu.
— Lequel, chevalier? demanda le prince Noir.
— C'est que, si jamais je me trouvais en une bataille commandée par le roi d'Angleterre ou l'un de ses fils, je serais le premier assaillant et le meilleur combattant de son côté, ou, sinon, j'y laisserais ma vie. Je vous supplie donc, cher sire, en récompense des services que jadis j'ai rendus au roi votre père, et depuis quelque temps à vous-même, de me donner congé d'accomplir mon vœu comme je l'entendrai et du mieux qu'il me sera possible.
Le prince sourit et répondit :
— Messire James, soyez le meilleur de nous tous; vous avez congé.
Et il lui tendit la main
Le chevalier baisa la main du prince, et, accompagné de quatre écuyers qui le devaient garder, mort ou vivant, il s'en vint se mettre en tête des
gendarmes anglais, immédiatement derrière les archers.
La bataille s'engagea comme le roi de France l'avait ordonné par le conseil de messire Eustache de Ribeaumont. Les trois cents chevaliers choisis par les maréchaux s'engagèrent entre les haies; mais à peine commençaient-ils à gravir la montagne, que les archers embusqués derrière les haies, oiî ils ne pouvaient être atteints ni par les lances ni par les épées des hommes d'armes, se mirent à cribler de leurs longues flèches hommes et chevaux; les chevaux, cruellement blessés, ou trébuchaient sous leurs maîtres, ou se cabraient et les renversaient. Les cavaliers ne pouvaient aller plus avant; car les cadavres des hommes et des chevaux leur barraient le chemin, et ils ne pouvaient non plus aller en arrière. Quelques-uns, mieux montés que les autres, firent un effort et franchirent l'obstacle ; malheureusement, ils se trouvèrent, non point de*
vant la bataille du prince Noir, mais devant une nouvelle haie d'archers qui les criblaient de face, après que leurs compagnons les avaient criblés en flanc.
Ce fut alors que, pour accompïir son vœu, messire James d'Audley passa au travers des archers, et vint heurter de front, avec ses quatre écuyers, monseigneur Arnould Daudeneham, un des deux maréchaux de France qui commandaient cette espèce d'assaut; — l'autre était messire Jean de Clermont.
Un des premiers coups d'épée de James d'Audley abattit Arnould Daudeneham; mais le gentilhomme breton ne s'arrêta point à le faire prisonnier; laissant ce soin à d'autres, lui se contentait de frapper, de blesser ou de tuer.
Cinquante ou soixante à peine des trois cents chpvaliers engagés entre les haies, reparurent à l'ettrémité, et se rejetèrent en désordre sur les
gendarmes qui les suivaient à pied, mcltant le désordre dans leurs rangs avec leurs chevaux fous de douleur.
C'était la bataille du duc de Normandie qui venait la première; c'est donc sur elle que furent renversés les deux maréchaux et leurs trois cents armures de fer.
En même temps, du haut de la montagne, et plongeant sur tout ce désordre, descendit, à toute volée de leurs chevaux, une troupe d'Anglais qui vint prendre en flanc la même bataille.
Les gens d'armes du duc de Normandie ne purent soutenir celte double attaque de tête et de flanc : ils se troublèrent, et, non pas ceux qui étaient en tête, — cela leur était impossible, îant ils étaient pressés, — mais ceux qui étaient en queue commencèrent à fuir
Placé qu'il était sur la cime la plus élevée de la colline, le prince Noir vit ce trouble, et cria ù uus
oeux qui étaient près de lui, et qui, pour se reposer, avaient mis pied à terre •
— A cheval, messieurs! à cheval !
Tous, à cet ordre, montèrent à cheval, criant : V Saint Georges et Guyenne I » et ce cri fut si puissant, que les gens de la bataille du duc de Normandie l'entendirent et s'en troublèrent d'autant plus.
En ce moment, un chevalier anglais nommé raessire Jean Chandos s'approcha du prince, et lui dit:
— Sire, sire, marchez en avant, et la journée est à nous! Dieu est pour l'Angleterre : aidons Dieu! marchons où la besogne sera la plus rude, car c'est là que sera le roi de France ; je le connais, il ne fuira pas, il ne lâchera son épée que prisonnier ou mort. Vous avez dit que vous seriez aujourd'hui bon chevalier, le moment est venu de tenir voire parole.
26 CHARLES LE TÉMÉRAIBE.
— Chevauchons donc, Jean ! répondit le prince ; et, à partir de ce moment, vous allez me voir marcher toujours en avant, sans faire, je vous le promets, un seul pas en arrière.
Puis, s'adressant à son porte-étendard :
— Chevauchez en avant, bannières, au nom de Dieu et de saint Georges !
Le chevalier qui portait l'étendard obéit, se mit en marche, et toute la bataille du prince le suivit, précédé qu'il était lui-même de ces terribles archers qui avançaient doucement, pas à pas, mais qui, comme le prince, ne reculaient jamais, et qui, tout en marchant, faisaient pleuvoir sur les Français des nuages de flèches plus pressés que la grêle.
Un grand et bon exemple des chefs eût peut-être fait tenir plus longtemps et plus fermement notre première bataille ; mais nous avons dit que cette bataille avait pour commandant le duc de Norman-
die, qui fut depuis appelé Charles le Sage. Or, le futur Charles le Sage jugea qu'il était prudent de fuir, et, sans attendre le nouveau choc dont le menaçaible prince de Galles, il se tira de la mêlée avec ses deux frères, — ceux qui furent plus tard les ducs d'Anjou et de Berry, — et prit à travers champs, tirant du côté de Poitiers.
En voyant fuir le fils du roi et ses frères, la première bataille se rompit tout à fait, et c'était d'autant plus pardonnable, que trcis bons chevaliers, messire Jean de Landas, messire Thibault de Vaudenay et le seigneur de Saint- Venant, qui étaient gouverneurs des jeunes princes , les accompagnaient, emmenant avec eux nuit ou neui cents lances.
Il est vrai que, quand le duc de Normandie se crut en sûreté, il renvoya messire Jean de Landas et Thibault de Vaudenay, ne gardant près de lui et de ses frères qu'une vingtaine de lances et le sei-
28 CHARLES LE TÉMÉRARE.
gneurde Saint-Venant, « lequel, dit Froissart, jugea qu'il y avait autant d'honneur pour lui à veiller su! le salut de l'héritier de la couronne qu'à retourner à la bataille. »
Le roi Jean, qui avait vu se dissiper comme un nuage cette première armée commandée par son fils, et qui appréciait l'usage que, pour mieux fuir, les chevaliers faisaient de leurs chevaux, le roi Jean, disons-nous, voyant peu à peu arriver jusqu'à la seconde bataille, qu'il commandait, les flèches des archers, jugea que l'ennemi s'approchait, et, ne voulant reculer, ni lui ni les siens, cria à tout le monde :
— A pied! à pied!
Et lui-même donna l'exemple, descendant de son grand che^»al blanc et détachant de sa selle uni hache de bataille, arme terrible entre les mains df bûcheron royal.
Son plus jeune fils, Philippe, duc de Touraine,
CHARLES LE TÉMÉhAIRE. 29
en fît autant et se plaça près de son père. L'enfant n'avait d'autre arme qu'une petite épée ; mais la hache du roi Jean suffisait à le défendre, lui et son fils
Tous les chevaliers mirent pied à terre et se rangèrent, non pas autour du roi, car le roi ne voulait rien souffrir entre lui et l'ennemi, mais aux côlés du roi.
La précaution qu'avait prise le roi Jean n'était point inutile, quoiqu'elle fût dangereuse. Toute cette multitude effarée qui composait lapremière bataille, et qui avait pris la fuite, dirigeait sa course vers Poitiers; mais Poitiers, avant de s'informer si elle se composait d'amis ou d'ennemis, commença par lui fermer ses portes. « Aussi, dit Froissart, y eutil sur la chaussée et devant la porte une si grande îiorribilité de gens navrés et abattus, que c'est merveille que d'y penser, et que les François se rendoient du plus loin qu'ils apercevoient un Anglois. »
Mais le roi Jean et ses hommes tenaient comme un rempart, et, comme dans un rempart, les Anglais s'acharnaient à faire brèche. Là combattaient, des deux parts, tout ce qu'il y avait de vaillants chevaliers.
Le roi Jean surtout faisait merveille. Il avait vu tomber, les uns après les auteurs, ses bannières et les chevaliers qui les portaient; puis on en était venu à combattre main à main, et il s'était fait un retranchement des corps de eeux qu'il avait abattus avec sa terrible hache.
A ses côtés était l'enfant, véritable îionceau, fils de lion I Tandis que son père frappait, lui veillait, criant à chaque nouvel assaut :
— Père, gardez -vous à droite!... père, gardezvous à gauche !
Et le père, pour l'encourager à faire bonne garde, lui criait de son côté :
^ Hardi, Philippe ! hardi, mon enfant !
Si bien que le nom en resta au courageux jeune homme, et qu'on l'appela, à partir de ce moment, Philippe le Hardi.
Nous verrons plus tard comment il fut la tige des ducs de Bourgogne, qui, commençant par Philippe le Hardi, passa par Jean-sans-Peur, pour arriver à Charles le Téméraire, dont nous allons nous occuper tout à l'heure.
Cependant, toute la bataille des Anglais se pressait sur le point où était le roi de France; car, comme l'avait dit Jean Chandos au prince Noir, on était certain que le roi ne reculerait pas et qu'il tiendrait jusqu'à la dernière extrémité.
Le combattant royal eut un instant de répit : les deux chevaliers qui avaient, pendant une lieue, accompagné la fuite du dauphin et de ses frères, revinrent plus ardents à la bataille, qu'ils avaient été forcés de quitter: c'étaient, nous l'avons dit, mes sires Jean de Landas et Thibault de Vaudenay.
Ils revenaient avec sept cents genlilshomines.
Sur leur chemin, ils avaient rencontré la bataille du duc d'Orléans, tout à fait intacte encore, et l'avaient poussée dans la mêlée.
Avec le secours qui arrivait et ce qui restait de la bataille du roi Jean, les Français étaient encore trois fois plus nombreux que l'ennemi ; mais nous avons vu, en trois ou quatre circonstances, ce que peut une panique se jetant à travers les plus braves soldats... La panique était dans l'armée.
Les plus braves des gentilshommes se firent tuer autour du roi.
C'étaient le duc de Bourbon, le duc d'Athènes, le maréchal de Clermont, messire Robert de Duras, messire Richard de Beaujeu, le vicomte de Rochechouart, Eustache de Ribeaumont, Jean de Lille, Gillian de Narbonne, le sire de Châteauvillain, le sire de Monlrehan, le sire d'Argentan, le sire de Laucerre, le sire Audry de Charny, le sire Godefroid de
CHAULES I.E TÉMÉRAIRE. 33
Charny, que l'on retrouva roulé dans la bannière royale, dont il s'était fait un linceul; enfin, le nombre des chevaliers restés morts sur le champ de bataille monta à plus de deux mille huit cents I
Mais le roi tenait toujours.
Il avait pris un mstant de repos, avait bu une gorgée d'eau qu'on lui avait apportée dans un casque, et il s'était remis à frapper comme un ouvrier qui reprend sa besogne interrompue.
On en avait tant tué, tant d'autres avaient pris la fuite, qu'il y avait bien cinq hommes d'armes anglais contre un gentilhomme français.
Et c'était surtout autour du roi — facile à reconnaître à la couronne qui surmontait son casque — que l'on se pressait ; mais lui, sauvegardé par le petit Philippe, frappait toujours, n'entendant à rien, quoique ses adversaires lui criassent:
-— Rendez-vous, sire! rendez-vous 1 autrement vous êtes mort.
En têle de ceux qui criaient ainsi, il y avait un chevalier français qui avait fini par se faire jour entre tous jusqu'à ce qu'il se trouvât en face du roi. Ce chevalier se nommait Denis de Morbecque, Arrivé en face de Jean, il ne frappait pas, évitant les coups que le roi lui portait, et se contentant de dire en bon français :
— Rendez-vous, sire ! rendez-vous 1
lie roi se voyait forcé : il n'avait plus d'espoir, et, entendant cette voix française qui lui parlait, il fit un pas en arrière, abaissa sa hache émoussée et sanglante, en signe qu'il voulait parlementer, et demanda:
— Qui êtes -vous?
— Je suis un chevalier français, répondit Denis de Morbecque.
— D'où vient, alors, que vous servez dans l'armée anglaise?
— J'ai commis un homicide, et, pour le salut
de mon corps, j'ai dû passer en Angleterre, où je me suis mis au service du roi Edouard.
— Où est mon cousin le prince de Galles? demanda le roi; si je le voyais, je me rendrais à lui.
— Rendez-vous à moi, sire, et je vous conduirai au prince de Galles.
— Eh bien, soit, dit le roi, je me rends à vous. J'aime mieux me rendre à un Français qu'à un Anglais.
Et, laissant tomber sa hache, il lai donna son gant.
De son côté, l'enfant, pour ne pas rendre sonépée, la jeta loin de lui.
La bataille était finie : le roi était pris ; seulement, pour être pris, le roi n'était pas hors de danger.
Au moment même où il venait de se rendre, à cinq cents pas de lui, à peu près , le prince Noir, vainqueur, s'était arrêté au milieu du champ de bataille, et, pensant à ses amis avant de penser à ses
ennemis, demandait au comte de Waiwicketàmessire Regnault de Cobham :
— Messeigneurs, ne savez -vous rien de mon bon serviteur James d'Audley, lequel a fait vœu, rous vous en souvenez, d'avoir les honneurs de la journée?
— Si fait, sire, répondirent les deux gentilshommes : nous avons de ses nouvelles et savons qu'il a tenu son vœu ; mais il est gravement blessé et a été porté par ses écuyers hors de la bataille, à quelques pas d'ici.
— Oh ! dit le prince, je suis fort attristé de ce que vous me dites là ! Je le voudrais bien voir afin de m'assurer par moi-même de son état. Cherchezje; s'il peut supporter le mouvement, amenez-lemoi; s'il est trop faible , renseignez-moi sur l'endroit où il gît, et je Tirai trouver.
Les deux gentilshommes allèrent au blessé et s'acquittèrent près de lui du message du prince.
— Grand merci au fils de mon roi, répondit James, de s'inquiéter d'un si pauvre bachelier que je suis, et à Dieu ne plaise que je le dérange.
Alors il appela ses écuyers.
— Portez-moi auprès de mon prince, dit il; je me sens fort, ayant l'espoir de sa présence.
Les écuyers prirent la litière sur laquelle le blessé était couché et la portèrent jusqu'aux pieds du cheval du prince Noir.
Lui alors, reconnaissant sire James, mit pied à terre, et se penchant vers le blessé :
— Messire James, lui dit-il, laissez-moi vous remercier et vous honorer ; car , ainsi que vous en aviez fait vœu , vous avez eu les honneurs de la journée, et je déclare vous tenir pour le plus pieux et le plus vaillant de nous tous I
— Monseigneur, reprit le chevalier, je donnerais bien volontiers le reste de ma vie pour qu'il en fût ainsi que vous dites.
— Il en est ainsi , repartit le prince Noir, et, à partir d'aujourd'hui, je vous retiens pour mon chevalier à cinq cents marcs de revenu par an , lesquels vous seront assignés sur mes héritages d'Angleterre.
— Sire, répondit le chevalier , Dieu me fasse la grâce de mériter les faveurs que vous me faites l
Puis, comme le prince vit que sir James était si faible, que , pour les quelques paroles qu'il venait de prononcer, il était tout près de s'évanouir , il fit signe aux écuyerîi de le transporter dans son propre logis, afin qu'aucun soin ne lui manquât.
Mais, en ce moment même, le prince aperçut une grande cohue de gens qui venaient à lui ; et, comme il pensait que le bruit et les gestes que faisaient ces gens annonçaient quelque nouvelle d'importance, il donna toute son attention à ce nouvel incident.
Alors , se tournant vers le comte de Warwick et vers mesiiie Regnault de Cobham, qui ve-
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liaient d'être ses messagers auprès de sir James :
— Monseigneur, dit-il, courez vile, et voyez qui cause toute cette rumeur... Ne serait-ce point, par hasard, la prise du roi de France ?
C'était la prise du roi de France, en effet.
Seulement, le roi de France avait été , par une foule d'Anglais et de Gascons, arraché des mains du seigneur Denis de Morlbèque , à qui il s'était rendu, et chacun, le tirant à soi, criait :
— C'est moi qui l'ai pris ! c'est à moi qu'il appartient !
Si bien que le bon roi Jean courait plus grand risque d'être démembré que pendant la bataille, et, se défendant de son mieux, disait à chacun :
— Seigneurs , menez-moi courtoisement, je vous prie , devant mon cousin le prince de Galles et ne vous querellez point sur ma prise ; car. Dieu merci, je suis assez riche pour vous enrichir tous par ma rançon t
Mais ceux à qui le roi s'adressait étaient si échauffés, qu'ils n'écoutaient point ces paroles, et continuaient de se quereller entre eux et de se disputer le prisonnier.
Ce fut sur ces entrefaites qu'arrivèrent le comte de Warwick et messire Regnault de Cobham.
Quand ils virent de quoi il était question, et quel danger courait le roi, ils tirèrent leurs épées et s'écrièrent :
— Au nom du prince de Galles , commandement vous est fait de vous tenir en arrière.
Les gens obéirent.
Alors, les deux barons descendirent de cheval, saluèrent leroijusqu'à terre, et, se mettant, l'un à son côté, l'autre au côté du jeune duc Philippe, ils dirent :
— Sire, à partir de ce moment, nous répondons de vous et de votre fils à notre maître, et, avec l'aide de Dieu, nous vous remettrons entre ses mains sains et saufs.
-— Marchons, répondit Jean.
Cinq minutes après, le roi captif était devant le prince vainqueur.
Le prince Noir fut digne de sa haute fortune.
Il y avait deux façons de traiter Jean : c'était de le traiter en prisonnier ou de le traiter en roi.
Le prince Noir le traita en roi.
C'était à la fois plus chevaleresque et plus politique.
Au point de vue des idées du xiv® siècle, le roi pris, la France était prise, et la rançon du roi devait être telle, que la France se ruinât à la payer.
En entrant à Londres, le prince de Galles mit le roi sur un grand cheval blanc en signe de suzeraineté.
Lui, au contraire, comme vassal, marchait près de Jean, sur un petit cheval noir.
Arrivé à Londres, le roi Jean fut reçu par Edouard III, qui lui donna un grand diner.
i'i CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
A ce dîner, l'échanson du roi d'Angleterre ayant servi son maître avant de servir le roi de France, le jeune prince Philippe se leva, et. donnant un soufflet à l'échanson :
—Qui t'a donc appris, lui dit-il, à servir le vassal avant le maître?
L'échanson, tout étourdi d'une agression si inattendue, se tourna vers le roi d'Angleterre comme pour lui en demander l'explication
Mais celui' ci :
— L'enfant a raison, dit-il ; le roi de France est mon roi, et, comme duc de Normandie, je ne suis que son vassal.
Et au jeune prince :
— Ah 1 dit-il, monseigneur, vous êtes justement surnommé Philippe le Hardi !
Le roi Jean resta huit ans prisonnier en Angleterre ; mais, pendant ces huit ans, comme Régulus revint à Rome, le roi Jean revint à Paris.
Le jeune Philippe de Rouvres était mort en 1561 ; elle roi Jean, comme mari de Jeanne de Boulogne, héritait des biens de 1 enfant.
Aliéné par le roi Robert, le duché de Bourgogne revenait ainsi, naturellement et par succession, à la couronne de France.
En retournant à Londres, — autre ressemblance que le roi Jean eut encore avec Régulus retournant à Carthage, — le prince français déposa entre les mains du chancelier de Bourgogne les lettres de donation du duché à son très-eher fils le duc de Touraine.
Ces lettres ne devaient lui être remises qu'à la mort du roi Jean.
Le roi Jean mourut le 8 avril 1564.
Le jeune duc fut immédiatement mis en possession, et, le 26 mai suivant, Philippe le Hardi quittait Dijon pour assister, comme duc de Bourgogne, au sacre de son frère aîné.
14 CHA^RLËS LE TÉMËRAIRB.
Le roi Charles V confirma la donation faite par son père et y ajouta l'abandon de l'hôtel de Bourgogne, qui, depuis longtemps, appartenait aux ducs de Bourgogne, et leur servait de demeure lorsqu'ils habitaient Paris.
Cet hôtel était situé sur la montagne Sainte-Geneviève.
L'acte de donation du duché et de l'hôtel porte la date du 2 juin 1364.
Si cette espèce de prologue a dit ce qu'il voulait dire, le lecteur sait maintenant dans quelle terre ensanglantée avait poussé cet arbre gigantesque de Bourgogne, dont Charles le Téméraire n'est qu'un rameau.