DIJON
IMPRIMERIE DARANTIERE
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Dans l'histoire des relations de la Bourgogne et de la Lorraine il n'est point de figure plus intéressante à étudier que les mâles visages de Charles le Hardy et de son adversaire lorrain.
L'un a élevé la Bourgogne à un rang extraordinaire de grandeur et de puissance ; il en a rendu l'alliance désirable à tous ses voisins ; il en a fait l'axede la poliliquo européenne. D'un coup inattendu la mort a détruit son œuvre.
René au contraire eut comme souverain desdébuta fort modestes, une situation extrêmement précaire. Tour à touj' menacé, puis recherché par la France et par le Téméraire, les craignant Ions deux à la fois, il accepta successivement leur protection et sut se rendre indispensable à chacun d'eux. Une bataille heureuse le sortit d'embarras et donna au duché de Lorraine une sécurité qu'il n'avait point connue depuis longtemps.
Le caractère des personnages ne fut pas étranger au dénouement du drame. — Un contempo-
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raindeGharles(l)a tracé deluilecroquissuivant, pris en 1473, au prologue de la tragédie dont la Lorraine allait être le théâtre : « Charles étoit alore dans la quarantième année de son âge.
Prince vraiment brave, en voici le portrait au naturel. Il avoit la taille petite et nerveuse, le coloris blanc, le visage ovale, les cheveux d'un châtain obscur, les yeux noirs et brillants, l'air majestueux mais un peu farouche, l'esprit vif, le cœurmagnanime, l'ambition immense, le courage intrépide et impétueux; capable des plus grandes conquêtes, il ne lui manquait que de la prudence pour en régler les mesures. Il étoit plein d'esprit pour en former les desseins et de valeur pour les exécuter. C'étoit un des plus puissants monarques de son siècle. »
La fidélité de cette peinture nous est attestée par les actes mêmes de celui que, de sonvivant» on nommait déjà le Hardy et à qui la postérité
(1) Faret ou Farret (Guillaume;, Histoire de René II. Le manuscrit de cette histoire, qui ne Fui jamais imprimée, est perda depuis au aiôcle. Notre cilalion est empruntée à un ouvrage intitulé ; La guerre de René H contre Charles Hardy, et dont l'auieur était un cordelier, ie P. Aubert Roland. La l" édition, de 17i2 [à Luiembourg), se trouve dans les bibliothèques de Dijon et de Nancy. — L'écrivain du xtiil^ siècle a évidemment modernisé l'orthographe et même le style du vieux chroniqueur. — V, aussi, pour la physique et le caractèrede Charles, les Mémoires de CommiDea ot d'Olivier de la Marche {passim] ; — la Bibliothèque Lorraine, de ditm Calmet (col. 807, il>S);—V Histoire des Ducs de Bourgogne de Baraute (éd. 1826, t. XI, p. 170); — r Histoire de la guerre de Lonaine, do M. Eluguenin [Metz, 1837).
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suite d'un but bien déterminé ; une ambition inquiète et irréfléchie; par-dessus tout un immense courage, exclusif de toute prudence. Au point de vue de la physionomie, nous pouvons comparer la description du chroniqueur avec les portraits de l'illustre prince, que renferment les musées de Dijon et de Vienne (1).
Voilà bien le même visage allongé, encadré de cheveux bruns et crépus, les mêmes yeux noirs, cachés sous des sourcils épais et rapprochés (2). Le nez long et pointu, les lèvres et le menton saillants, les plissements d'un front toujours soucieux donnaient au héros bourguignon cet « air majestueux, mais un peu farouche » dont parle notre historien. — Dans l'un de ces tableaux, que garde l'antique palais des ducs de Bourgogne, le regard de Charles est vague, d'une étrangetéqui frappe ; en le voyant on comprend mieux Neuss,
(i) V, au sujet du portrait lie Vienne (Autriclio) la description qu'en a faite M. ChabeuF, ancien président, aujourd'hui vice-président de la Soàèlé bourguignonne de géographie et d'histoire, dans ieJournaide la Càle-dUrda 24 juillet 1872.
(21 Cheveux, sourcjla et yem, il IfS tenait de sa mère, Isabelle (le Portugal. Sou père et ses ancêtres étaient blonds.
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Gransoa et Morat ; on ne s'étonne plus de l'imprudence finale qui lui coûta la vie.
Tout autre était René 11. Jean de Lud nous le dépeint ainsi (1) ; « On vit, dit-il, un prince doué de toutes les qualités les plus rares de la nature, d'une taille à la vérité médiocre, mais libre et dégagée, la santé ferme, le tempérament robuste, le port majestueux, la mine héroïque, le tour du visage ovale, le nez aquilàn,les yeux bleus pleins dece noble feu qui découvre et annonce le bérosà ceux qui ne le connaissent pas ; les cheveux noirs, la physionomie spirituelle, les manières polies et caressantes, l'esprit galant, orné, l'air affable, populaire, propre à inspirer la confiance, l'amour et le respect. »
L'esquisse est exacte, au moins dans ses traits généraux : le nez très allongé, crochu même, le menton pointu, les yeux vifs et perçants décelaient l'intelligence et la ruse (2) . Pour la valeur guerrière
(1) Jean de Lud, ou ptus exact ornent Jean Lud, secrétaire de René II, est l'auteur d'un Dialogue, histoire abrégée du règne de ce prince, écrite en U98 ou Ug9, peut-être en collaboration avec un autre secréiaire de René, Chrétien Simonin. V, Dora Calmet, Btbliolhèque lorraine, col. 603. V. aussi les notices biographiques de Cayon et de la Société d'archéologie lorraine dans leurs éditions de Lud.— Ce portrait à la plume a élé copié ou plulâl traduit par lo P. A. Roland {op. cit., p. 5), il était à l'éiat de manuscrit au xvni' siècle et l'original a été perdu,
(3} Le plus ancien portrait de René II qui ait quelque valeur date de 1600. Il le représente embelli, — comme dans la description de Jean Lud, — couvert de la pourpre romaine el coifTé d'un casque
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prolil pntQilif se retrouve, mais fort atténua, dans le baul- relief qui surmonte le porlail du palais ducal à Nancy, et dans la statue qui orne la place Saint-Epvre de la même ïIIIb, deui œuvres modernes, d'ailleurs. Celle dernière, la plus belle de toutes et non la moins exacte, est due au cbeau d'un jeune sculpteur nancéien, Mathias Schiff, mort dans l'ertlorescence d'un talent qui eQt pu lo placer au premier rang desanistei; français, — Nous devons la plupart do ces renseignements iconographiques aui obligeantes recherches de notre ami. H. N.Pierson, ancien 'Jifecieur du Progrès de C EH.qai, ayant quitté le journalisme, s'e^t voué, pour le plus grand profil de la Lorraine, aux études littéraires et historiques.
(I) Il nous parait utile de donner quelques renseignemeuls sur la Kancéide, a, laquelle noua aurons occasion de recourir plus d'une fol». Son sujet est U lutte entre les deux princes rivaux ; son bul, L'eialtation desvevlusde René II, delà Hdélilé et du courage des Lorrains. Un philologue très érudit, Ferdinand Scliùlz, en a donné une traduction en vers français, publiée en I8'<0 (Nancy. Grioiblot, éditeur). Le manuscrit original est conservé au Uvsée Uirram (palais ducal de Nancy) et la première édition â la bibliolliéque de Nancy. M. Collignon, professeur i. la Faculté des lettres de Naocy, vient de soutenir en Sorbonneune remarquable thèse, historique et pliilologique, sur cette épopée.
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que sa maison et lui-môme avaient rendus à leur patrie ; celle du Lorrain était accordée à son caractère, — Deux qualités leur valaient une môme estime : leur bravoure et leur diplomatie. Us ne devaient point tarder à en faire usage l'un contre l'autre. La Lorraine coupait en deux tronçons les possessions bourguignonnes. Le dernier rêve du Téméraire fut de les réunir et de transporter à Nancy le siège de son gouvernement. — Ayant libre passage à travers le territoire lorrain, il aurait pu faire mouvoir ses armées tout le long de la frontière française ou allemande et les porter rapidement sur les points laissés sans défense par les troupes de Louis XI ou de Frédéric III. L'administration intérieure de ses états eût été également facili tée par celte réunion des Pays-Bas au duché de Bourgogne. Enfin son ardeur de conquête se fût satisfaite ainsi, et il eût vidé définitivement sa querelle avec le roi de France, qui n'aurait pu demeurer spectateur impassible d'une annexion aussi menaçante pour l'avenir de son pays.
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— io — devenu son irréconciliable ennemi, et, par suite, l'allié du duc de Bourgogne. Joignant son année à celle du Téméraire, il avait envahi la Picardie; puis, ayant échoué devant Beauvais, défendu par Jeanne Hachette, il était entré en Normandie, avait pris nombre de places et ravagé toutle pays de Caux (U72). Instruit par cette cruelle expérience, Louis se hâta d'envoyer à René deux plénipotentiaires, l'un de ses conseillers privés, Marraziû. et son chambellan, Jean de Paris, pour lui exposer les avantages de son alliance et le persuader de la conclure {août U73).
Leur succès était assuré d'avance. Non seulement le jeune prince (1) avait de graves raisons d'accepter l'amitié des Français, mais il gardait contre Charles un ressentiment profond. A la mort de Nicolas, il avait été fait prisonnier paruncapitaineallemand à la solde du Téméraire et n'avait recouvré la liberté qu'à la suite d'un échange fait entre lui et un otage, neveu de l'empereur Frédéric (2). Dans celte occasion même, il avait contracté une dette de reconnaissance envers Louis XI, ce dernier n'ayant ordonné la capture du prince allemand qu'en vue de la délivrance du futur duc de Lorraine. Dès avant cette
(t) René avait alors 33 ans.
(2) Voir Jean de Troyes, Livre des faits advenues au temps... {de Louis XI), annéo 1 473 ; — D. Calmet, Hhtoii e et Abrégé cités, eod. loeo.
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époque Louis avaitdonc résolu de s'atlacher René. — Ses offres furent acceptées : les diplomates lorrains, Charles de Beauvau, Achille, bâtard de Beauvau, et Nicolas Martin, Melin ou Merlin, bourgeois de Bar-le-Duc, négocièrent avec Marrazia et Jean de Paris, dans la ville de Neufchàteau, un traité d'alliance offensive et défensive, que René signa au château de Joinville, le 27 août U73(l).
Quelque soin que l'on prit de cacher ce pacte, les agents secrets que le duc de Bourgogne entretenait à la cour de Lorraine en eurent bientôt connaissance; mais lui feignit de l'ignorer : il attendait, pour se venger de René II, une occasion qu'il résolut, d'ailleurs, de faire naître. — Dans un manifeste sentimental, il publia que, « depuis la mort de ses père et mère, un enchaînement de guerres où il s'était trouvé contre ses voisins lui avaient fait oublier ce qu'un enfant doit à la mémoire de ses parents. » Il ajoutait « qu'il voulait rendre les derniers devoirs auxcorpsde son père, Philippe le Bon, et de sa mère, Isabelle de Portugal, qui avaient été mis en dépôt, l'un dans l'église Saint-Donat, de Bruges et l'autre dans celle de Gonnaut; quïl avait dessein de les conduire en
(1) V. Bur ces négociations le Dialogue de Jeaa Lud ; — li Mémoires ie Bar, ciiés p&r Ghavtm (Histoire de LùTraiae, dont u des rares exemplaires qui subsistent se irouve à la bibliothèque d Nancy) ; — A. Roland, op. cit.
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Bourgogne dans le tombeau de S6sancêtres(l). » Faisant charger les deux cercueils sur des chars couverts de velours noir, dont il confia la garde à Ravestein et à Jacques de Saint-Pol (2), il se mit à la tête du funèbre convoi et partit des Flandres pour Luxembourg et Metz. En quittant cette dernière ville, il envoya un messager à Nancy, pour prévenir le duc de Lorraine qu'il avait l'intention de traverser son duché, afin de gagner directement Dijon, où ses parents devaient être inhumés. Sans attendre la réponse, il poursuivit sa route, et le 15 novembre 1473, il couchait à
(1) La guerre de René contre Charles Harây, par A. Roland (p 34). Les instructions données par Ih Téméraire pour le transfert du corps de ses parents ont été reproduites et, m al heureuse ment aussi, arrangées dans cet ouvrage, auquel nous avons dû les emprunter, n'en ayant trouvé le texte original dans aucune bibliothèque, ni dans aucun dépôt d'archives.
[S] Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg, frère du connétable de Saint-Pol. — V. le détail des cérémonies fuDèbres dans Olivier de la Marche {Mémoires^ L 1, ch. xxxvii). V. aussi les notes de MM. Beaune et d'Arbaumont sur ces Mémoires (éd. de la Société de l'histoire de France, Paris, Renouard, 1885, p. S7 à 61) ; — Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, I. XXI, ch. cxxv, p. 420-i2i ; — André Favyn. Théâtre dhoimeur de la Clietialerie, p. 938. — Sur le sort des restes de Philippe le Ban, voir l'intéressante monographie de M. Ernest-Léon Lory, ancien avoué au tribunal de Dijon, publiée dans les Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or [i. VU, p. 215 et suiv.) et tirée à pan en 1869 iDijon, Jobard, éd.) sous ce titre : ■ Us Obsèques de Philippe le Bon, duc de Bourgogne mort à Bruges en i 467. V. sur les cérémonies de U67 le ms. B. 3t0, des Archives de la Câte-d'Or, dont le texte entier a été reproduit par M Lory dans l'ouvrage précité.
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trer dans une étroite alliance avec lui et de l'associer aux fruits de ses victoires (3). »
Cette proposition ne laissa pas d'embarrasser René: il ne pouvaitètre àlafoislalliédelaFfauce et de la Bourgogne. Or il était lié à celle-là parle traité de JoinviUe, qu'il lui était impossible de dénoncer sans s'exposer à une guerre immédiate.
(1] Gros bourg situé à fO'^"au N.-O. de Narcy, au confluent de la Moselle et de la Heurihe.
t2) V Chronique lie Lorraine {Û.Oalmet, preuves da t. ]ll,Go\. 49 et 50).
(3) A. Roland, op. cit., p. 2j.
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Le Téméraire « voyoit que René ne hésitoit à entrer en alliance avec lui que parce que il craignait le roi ; il se persuadoit que ce qui l'empôchoit de contracter n'étoit pas la crainte d'être infidèle à sa parole, mais plutôt l'appréhension de s'attirer la haine de Louis XI et d'être un jour la victime de sa vengeance (1). «
Pour triompher des hésitations de René, il utilisa rinQuence des gentilshommes lorrains « qui avoient seu et approuvé l'attachement du duc Nicolas à la maison de Bourgogne. » Bientôt la majorité du conseil ducal se prononça en faveur de l'alliance bourguignonne, dont la cause fut, dès lors, gagnée auprès de Charles. Il est permis de croire que le principal motif de sa détermination fut l'énorme puissance des armées du Téméraire. — Par la convention intervenue entre eux ils se promirent une aide mutuelle « envers tous et contre tous » et s'engagèrent » à partager les pertes et les profits de la guerre » . Une clause formelle obligeait le duc de Lorraine à donner libre passage aux troupes de son allié « et à leur fournir Tétape » contre paiement des frais. Une autre livrait au duc de Bourgogne, à tilre de garanties terri toi iales, les quatre places fortes d'Epinal, Neufchâteau, Preny et Darney, « avec pouvoir d'y établir garnison, d'y nommer les
(1) A. Roland, op. cit., p. 26, 27.
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gouverneurs et de leur faire prêter serment de fidélité (1). »
Ces stipulations humiliantes pour la Lorraine avaient été accordées par elle dans l'espoir de s'attacher par l'intérêt leur bénéficiaire : ce calcul fut rapidement déjoué.
Aussitôt après la conclusion du traité, des garnisons bourguignonnes avaient été placées dans les quatre villes remises en gage et Charles avait nommé le rhingrave Charles de Salm, sire de Brandebourg, gouverneur d'Epinal, André d'Haraucourt, gouverneur de Darney, le bâtard de Galabre, gouverneur de Preny, Régnier de Mansel, chambellan du duc de Bourgogne, et Antoine Girard, doyen de Péronne, conseiller et Maître des requêtes de son hôtel, furent, en vertu de ce même pacte, chargés de recevoir le serment
(!) Item opuî; — Dialogue de Jean Lud; — D. Plancher, HistoiTe de Bourgogne, t. IV, I. XXI, p. 420 ; — Ù. Calmet, Bistoire de Lorraine et Abrégé, p. 155, 156. — Lu Chronique de Lorraine donne de curieux détails sur l'entrevue des deux ducs (D. Calmet, preuve» du t. Ul, col. 50). Elle rend compte en ces termes de son résultat : « Le duc Beoé alliance avec luy priât, pour estre en Lorraine bien asseuré; ti duc Charles luy promit que contre ray, duc et altres... do luy seroit delTendu de loute sa puissance. Pour plus grande aeuretez, li doc René, pardpsliberation deaon Conseil, luy mit trois places de Lorraine enmaio,3çavoir Espinal, Darney et Preney. Pour Elspinal, li ducCbarles mit capitaine ti RbeingrafT, au chaste! seulement; pour Darney, Monsieur de Brandebourg et pour Preney, la bastard de Galabre... Li duo Charles gracieusement de Nancy se despartîl, comme bon amy au duc René. •
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-iode fidélité des quatre gouverneurs et leur firent jurer « de ne reconnaître et ne recevoir désormais d'autre ordre que de la cour de Bourgogne. »
L'exécution du traité suscita ea Lorraine un mécontentement général: non seulement on y supportait avec peine une hégémonie étrangère, mais on ne tarda pas à éprouver une violente irritation contre la soldatesque bourguignonne : composée de mercenaires comme la plup^irt des armées du moyen âge, elle traitait amis et ennemis, en pleine pais, comme on ne traite pas aujourd'hui des vaincus. Elle rançonnait les habi- (ants du pays comme si elle l'avait conquis, ne payait jamais ses dépenses, et se livrait à des excès de toute nature (1).
René s'aperçut trop tard des graves inconvénients de sonhumiiiation. Il ne pouvait redresser la tête, sans s'exposer à de nouvelles rigueurs : s'étant aliéné la France par la violation du traité de Joinville, il n'avait de secours à attendre que d'un événement imprévu. Cet événement fut la rupture qui survint entre l'Alsace, les Suisses et Charles le Hardy.
(1) a Les gens des villaigea leurs bien!) eseaglisesenfermoient..., (les Bourguignons) les esglises rompoient, des biens tous les meilleurs preuoient ; leurs hostes battoienl; femmes et filles n'espargnoient quand avoir leï pouvoient. Li duc Henc de jour en jour les pauvres gens à reclam (réclamation) venoient, disant : ■ Monairo, ayez de nous pittié. Les Bourgongnona nous font du mal assez {Chronique de Lorraine, D. Calmet, t. III, preuves, col. 52}. »
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