CHAPITRE II
Insurrection d'Alsace, procès et mort de Pierre DE Haqenbach (4 février-9 mai iil4).
Depuis cinq ans les Bâlois étaient en butte aux incursions et aux vexations du « grand-bailli n Pierre de Hagenbach, qui gouvernait le comté de Ferretle et le landgraviat de la Haute Alsace au nom du duc de Bourgogne. Ces territoires avaient été vendus au Téméraire par l'archiduc Sigismond d'Autriche au prix de 50.000 florins d'or. Le traité de Saint-Omer, en vertu duquel avait été opérée cette aliénation, décidait, en outre, que, pour parvenir au " réachapt », il serait nécessaire de rembourser au gouvernement bourguignon toutes les dépenses par lui faites au profit du landgraviat (1). Les Gantons suisses, dans
[\ ) Les documents originaux permettent de fixer à 106,400 florins les sommes qui auraient dû Être payées à la Bourgogne pour en obtenir le rachat des lerritoires cédés. — V. à ce sujet l'intéressanle histoire de Pierre de Hagenbach, publiée en 1890 par M. Nertiager dans leeAnnaies de l'Est (notamment p. 423 et suu.) 2*
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une diète réunie à Luceme, le 4 février 1474, proposèrent à Sigismond de se liguer avec lui et avec laFrauce contre lapuissance bourguignonne. Pour prix de leur concours, ils lui demandaient de s'engager à racheter la Haute-Alsace. Des négociations furent aussitôt entreprises avec l'archiduc par l'intermédiairedesenvoyésdeLouisXI, dont on retrouve l'habile impulsion dans toutes les ligues formées contre le Téméraire. Grâce aux agents français, le prieur Jost de Silinen et le comte Jean d'Eberstein,. une somme de 80.000 florins fut prêtée à Sigismond par les villes d'Alsace, désireuses, elles aussi, de secouer le joug d'Hagenbach (1).
Ce traité, connu sous le nom de « convention perpétuelle (Ewige Richtung) » , fut accueilli avec des transports d'allégresse parl'Alsace, la Souabe et la Suisse. Les Bâlois mirent toutes leurs cloches en branle et allumèrent des feux de joie (2). Toutes les places fortes du Sundgau prirent les armes contre le grand-bailli, à l'exception de Brisach. S'étant présenté devant Thann, puis devant Ënsisheim, à la tète de mercenaires lombards.
(<) De yAvaûtoi, Relations âe Charlei VU et de Louis XI avec la cantons misses, p. 448, 119; — Oaguet, Histoire de la Confédération tuùte, I, p. 347.
(S) Ils levaient les yeux et les mains ron le c:el, • laudantes Deum et pregavdîo lacrimantes, ut tola patria a tyranniea rabie liberarelur * (Knebel, Chronique, p. 69).
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■wallons et picards, il n'y fiit reçu que seul, sans escorte, et dans cette dernière ville il subit l'humiliation de voir une bannière autrichienne portée par la noblesse locale. C'était un acte de rébellion ouverte contre l'auloriié bourguignonne (1).
S'élant retiré à Brisach, le <• bourreau de Ferrette ■ commit l'imprudence de remplacer dans ses quartiers la garnison alsacienne par les soudards qu'il avait amenés derrière lui : par cette mesure il mécontenta les habitants et les soldats du pays, qui, d'un commun accord, fomentèrent une révolte. Un ordre du bailli leur en donna l'occasion : le dimanche de Pâques (10 avril 1474), il fitannoncer en chaire dans les églises, et dans les rues au son du tambour, que le lendemain « tous, hommes et femmes, vieillards et enfants, nohles et roturiers, devaient sortir de la ville et élever des retranchements » (2).
Dans la soirée Jean de Montaigu arriva porteur d'une mission de Charles le Téméraire encourageant Hagenbach à tenir tête aux insurgés et lui promettant, s'il en était besoin, de venir personnellement à son secours. Le bailli convoqua aussitôt devant sa maison les troupes alsaciennes
(1) Knebel, op. cit., loco cit. V. poar toute l'histoire de l'iDsiii^ rection ateacienne l'ouviage déjà cité de M. Nprlinger (V, supra).
(2) Nerlinget . p. 427. — V, pour la plupart des fsila intéressant le BoolèTementdei villes alsacieDnesIa ftdmcArofriib, dont lemanuacrit Mt conserré à la bibliothèque de B&le.
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20 ~ pour leur donner lecture de cette lettre. Au lieu d'en être épouvantées, comme il s'y attendait, elles réclamèrent avec violence le paiement de leur solde arriérée. 11 cherche d'abord à les calmer ; puis, perdant patience, il leur ordonne de déposer leurs cuirasses. Elles refusent en termes outrageants. U les insulte à son tour et les menace de châtiments exemplaires. Les soldais s'élancent pour le frapper, et il n'a que le temps de se réfugier chez lui, protégé dans sa retraite par les chefs des révoltés. Ceux-ci tournent alors leur colère contre la nouvelle garnison amenée par Hagenbach : Lombards, Wallons, Picards sont surpris dans leurs logements ot faits prisonniers . Un seul reçoit des blessures sérieuses(l). On exige du grand-bailli qu'il leur ordonne de quitter la ville. Non contentsde cette concession, des soldats ivres pénètrent dans sa demeure, l'en arrachent et ne l'y laissent rentrer que sur la promesse faite par les nobles présents de l'y garder à vue (2).
Telle était la terreur qu'il inspirait que les villes de Bâle, de Neuenboui^, de Fribourg, de Colmar, et l'évêque de Strasbourg oflFrirent des renforts aux habitants deBrisach. Ils ne furent pas acceptés, mais une rançon de 14,000 florins, proposée
(() Beimchronik, chap. as.
[%) NerliDger, p. i30 i «32.
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étroitement par les pieds et par les mains (1).
Sigismond d'Autriche le remplaça comme grand bailli par Hermann d'Eptingen et envoya le nouveau fonclionnaire prendre possession de ses villes à la tête de 200 chevaux (20 avril).
Toutes ouvrirent leurs portes aux troupes autrichiennes. Une seule résista : c'était Thann, dontle château était occupé par le gendre de Pierre de Hagenbach, Antoine de Montreux : celte citadelle ne se rendit que menacée d'un bombardement. La rupture était complète entre l'Autriche et la Bourgogne. Le 30, l'archiduc fit son entrée dans Brisach, où s'instruisait le procès de l'exbailli (2). Hagenbach, s'étant renfermé dans un mutisme absolu lors des interrogatoires, subit l'estrapade le 4 mai ; il ne consentit à répondre aux questions qui lui étaient posées qu'à la quatrième reprise de cet horrible supplice, et ses réponses n'apprirent à ses jugea rien qu'ils ne connussent déjà. Il affirma n'avoir agi en toute circonstance que conformément aux ordres de son maître, le duc de Bourgogne (3).
Aucun de ses aci.es n'était, d'ailleurs, dénature à entraîner la peine de mort, puisque tous avaient
(1) Beimchronik, di. 139.
(2) C'est en effet, à Brisacb el qod à Baie, comme le jcroTail Commines (I. IV, ch. ii), que l'iastmctioQ fut faite et le jugement prononcé.
(3) Reimchronik, ch. 436.
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(1) Reimchronik, ch. 139. — V, sur les événements relatés dans M àiap\iie : Archives de Fribourg, t. Il, 2= partie; — Knebel, Chronique ;— de Bing, Révolte des provinces autridiiennes du Rhin contre Charles le Téméraire (Gand, ISilj; — Thomas Ba$in, Biatoire des règnes de Charles Vil et de Louis Xf (édilion Quicherat), II, 332;— Fosler-Kirk, Histoire de Charles le Téméraire, traduction Flor O'Squarr, III; — Miohelet, Histoire de France, VI, (860; — Daguet, Histoire de la Confédération suisse, I, 348; — Nerlinger, Piare de Hagenbach {Annales de l'Est, Paria et Nancy, Berger-LevfBult, janvier )89i, p. 62-77).
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