‹ Charles le Téméraire et René de LorraineChapitre 14 sur 14 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Bataiixe DR Nancy. — (5 janvier i477) S 1 - Harchs «• Rnii II

René II tint parole à ses sujets : parti le 2S décembre de Bâle, il arrivait le 4 janvier 1477 à Saint-Nicolas avec 10.000 Suisses. Toutes les garnisons de Lorraine se portèrent au-devant de lui. Elles comptaient 4.000 hommes, « tous bien en poinct fl. De part et d'autre, on fut heureux de se trouver en présence d'alliés solides, bieuarmés et disciplinés. Il y eut entre les deux armées un échange de félicitations ou, du moins, de gestes admiratifs que permettait à peu près seuls la différence des langues. Les Suisses eurent l'occasion de satisfaire immédiatement leur haine contre les Bourguignons. Ils en découvrirent plusieurs qui se tenaient cachés dans des maisons de Saint- Nicolas. Ils les en arrachèrent et les égorgèrent en pleine rue, ou, les rassemblant par groupes de

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cinq à six, les précipitèrent du haut du pont dans la Meurthe et les enfoncèrent dans l'eau « à grands colps de picques », « tant que noyez estoient. » L'un de ces malheureux s'était réfugié dans l'église. Ils violèrent le droit d'asile et lui coupèrent la tète, sur le seuil môme de la basilique (1).

Pendant ce lugubre prologue du drame retentissant qui allait se jouer.lesnouvelles contradictoires affluaient au camp bourguignon. Les unes faisaient connaître à Charles l'intervention des Suisses en faveur de son rival. Les autres évaluaient à quatre cents hommes au plus les partisans que René amenait avec lui et ne faisaient point mention de ses alliés. Le Téméraire, qui, malgré les rudes leçons de ses défaites, avait toute sa présomptueuse confiance de jadis, croyait ces derniers renseignements exacts. Au témoignage de la Chronique de Lorraine (2) il tint môme à son Conseil ce surprenant discours :

h Messieurs, il n est à pas croire (les mauvaises nouvelles), carmonLiegeauU(3), selon les remontrances que aux Suisses a faictes, et selon ce qu'il

{K) Chronique de Lorraine, col. 101, 102 ; — Jean deTroyes, op.cU,, ii77.

(i) Chronique, txi\. toi, ^03. —V. aussi Commines, 1. V, cb. tiii, au sujet du conseil de g^uerre.

(3) Le légat dont nous avons rapporta les négociatioDs auprès des

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m'a rapportez, tous luy ont promis que contre moy plus guerre ne me feront, et pour l'advenir mes amys vuellent estre. Mais bien peut astre que l'enfant (René II) a mandez gens de ses garnisons d'alentour Espinal et Remiremont, avec aulcunes de bonnes villes de Basle, Celestat, Tanneet Colombier (1) luy ont fouray dequelques adventuriers pour l'accompaignier, et comme ung jeune fol voldra entreprendre de moy venir assaillir; mais par Sainct-Geoi^e, se il le faict, il fera une grande folie. >» Tel n'était pas l'avis de ses officiers et conseillers. Ils l'engageaient vivement à lever le siège et à se retirer dans le Luxembourg. Ils prévoyaient que René ne pourrait conserver ses alliés pendant longtemps en Lorraine, car il manquerait bientôt de l'argent nécessaire à leur entretien. Alors, disaient-ils, « en Flandre, en Brabant, en Henaut et par tous vos pays, une armée dessus mettrez à ceste Pasques ; ea Lorraine ritoruerez. Le pays est povre : incontinant l'aurez. » Us lui remontraient, en outre, l'imprudence de livrer bataille à des ennemis dont on ignorait le nombre, mais dont on avait éprouvé la valeur. Ils le suppliaient de ne point jouer dans une seule partie, aussi incertaine, ses soldats, ses Etats, sa propre vie. Vous n'avez qu'une fille, ajoutaient-ils ; si vous mourriez, « le roy

(1] probablement Colmar.

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de France lous ses pays luy osteroit. Quy la voldroit deffendre ?» Le Téméraire les écouta, non sans impatience, et quand ils eurent terminé, il s'écria ; " Par Sainct-George, jamais reprochiez ne me sera que devant ung nnfant fuyr m'en doye ! o Puis il prit ses dispositions en prévision d'une lutte qui devenait imminente. Il confia la garde du blocus à quelques capitaines (l),en leur prescrivant une extrême vigilance et il résolut de se mettre à la tête du gros de ses forces, avec lequel il se porterait au-devant de l'ennemi. Toute la nuit, son armée fit d'incessants préparatifs. Le camp s'emplissait du cliquetis des armes et du hennissement des chevaux. Les soldats n'étaient pas plus rassurés que leurs chefs sur l'issue de la lutte. Un murmure confus s'éleva bientôt de leurs tentes. Les Nancéiens, l'entendant, crièrentduhautdurempart: «Messieurs, comment, qu'avez-vous ! Nous voilez- vous abandonner ou tremblez- vous? Avez-vous poinct les fiebvres ? Je croyons certainement que bien tost aurez les medicins que bien vous gariroat ! » Sans se soucier de ces ironies peu dangereuses, Charles dirigea ses principales troupes sur Saint-

(1) La Chronique nous apprend (col. 103) qne Hutia de Tonlois eut ta suneillance des retranchements Eaisaot face au rempart Nord de la ville ; que Jean Milton était chargé d'observer le câté Sud ; eoGa que les baillia de Haioaut et de Brabant devaient ci

assiégés à l'Oueat et à l'Est.

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Nicolas et ne s'arrêta qu'au ruisseau de Jarville, qui descend la côte de Vandœuvre et se jette dans la Meurthe entre Jarville et le gué donnant accès, sur l'autre rive, au gros village de Tomblaiue. Il aperçut de l'autre cflté du ruisseau des avant-coureurs lorrains et crut sage de prendre ses dispositions pour le combat. Il se trouvait alors sur un plateau, qu'il couronna d'artillerie. Divi>ant son armée en trois corps, il plaça l'aile droite soua les ordres de Josse de Lalaia, grandbailli de Flandre, et la gauche, composée de mercenaires italiens, sous te commandement de Galeotto. Il se mît lui-même à la tête du centre, qui, formé de 2.000 hommes d'infanterie, coupait la route de Nancy à Saint-Nicolas. Autour de lui se groupèrent tous les nobles bourguignons, alliés et étrangers. Une troupe de cavaliers d'élite, dirigée par le capitaine de La Rivière, avait pour mission de fouiller les bois qui couvraient ladroite et s'étendaient au delà du ruisseau jusqu'au village de Jarville (1). Ces bois avaient le grave inconvénient de masquer les mouvements de l'ennemi. Le Téméraire, ayant vu sur la route

(1) L'énuméralion des forces bourguignon nés suFlil à démontrer l'ettgération de Gomtninea, qui (1. V, ch. viii, 2' «i.) prélend qu'elles n'étaient pas do 4000 hommes et que, sur ce nombre, il n'y ea avait a que douze cens en estai de combattre. > Nous avons vu qu'eu égard au chiffre dos hommes tués, rarméo du Témérair comptait près de 15.000 soldais.

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des éclaireurs lorrains, se persuadait qu'il aurait à subir sur cette route même le choc de ses adversaires. Avec son imprudence accoutumée il n'avait pas, depuis le commencement du siègede Nancy, fait reconnîdtre exactement les forêts avoisinantes. Il les croyait impénétrables à une armée. Son insouciance lui réservait de cruelles surprises. La seule précaution vraiment utile dont il usa fut d'envoyer quelques hommes courageux prendre possessiondu clocher de La Neuveville(l), d'où ils pouvaient eiplorerdu regard les alentours. Par malheur ils n'en revinrent pas et furent tous tués ou faits prisonniers (2) .

Charles eût dû être d'autant plus prudent que ses troupes étaient considérablement réduites par les fatigues du siège et par le froid, qui en avaient détruit ou immobilisé près de moitié. La Chronique de Lorraine évalue les combattants à 8.000 hommes, Commines à moins de 4.000 (3)et01ivier delà Marche à2.000seulement. Or, comme nous l'avons vu, l'armée lorraine et suisse comptait au moins 14.000 soldats. Campobasso, qui se reaseignaitmieux que son maître, crut le moment venu de se vendre au plus fort et de se venger

(\) AS Lilom. en avant de Jarville.

[S) Chroniq^ de LoTTaine, eod. Iûcù.

(3) Nous avons réfuté cette a&sertion à deux reprises ; à plus forte raison le chiffre donné par 0. de La Marche (I. Il, ch. tui) estil la vraisemblable.

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des oâènses faîtes à son oi^uell italien par l'imprudent duc de Bourgogne. Au lieu de rester à son poste, il fit remonter le ruisseau de Jarville aux 160 ou 180 hommes d'armes qu'il commandait. Contournant les bois, il parvint avec eux à Saint- Nicolas. 11 offrit à René II soit d'assassiner Charles pendant la bataille, soit de lui couper la retraite au ponl de Bouxières (1). Pour prix de sa trahison et de son crime, il demandait laseigneurie de Commercy. Le duc de Lori'aine eut la pudeur, trop rare à cette époque, de ne point consentir au meurtre et n'accepta que l'autre proposition. Le traître se prépara sans retarda tenir son odieux engagement. Pour mieux en assurer l'exécution, il ne gagna pas Bouxières sans avoir chargé quelquesruns de ses mercenaires, laissés par lui dans l'armée bourguignonne, d'y jeter la panique en criant « sauve qui peut ! » aussitôt qu'un côté quelconque de cette armée fléchirait.

Les sires d'Ange et de Montfort, suivis de 120 cavaliers, allèrent aussi, un peu avant l'action, proposer leur défection et leur concours à René IL

(I) Ce pont, qui franchit la Meurthe au Nord-Ouest de Nancy, était à cette époque le seul construit sur la nvidre aux environs de Cette ville. De plus la principale route de Metz et du Luxembourg y passait alors. Sur la rive gaucbe, il n'f avait qu'un chemin à partir de

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Les capitaines suisses refusèrent de combattre auprès d'eus et les deux misérables durent s'éloigner de l'armée helvétique, même pendant la bataille (1).

Pendant que le Téméraire affrontait une lutte inégale sans s'y être mûrement préparé, son ennemi ne négligeait rien qui pût lui être de quelque secours. Une diversion des Nancéiens pouvait lui ôtre précieuse ; il eut soin d'informer sa capitale de sa présence à Saint-Nicolas. La nuit même où Charles ordonnait à ses troupes de se préparer à quitter leurs lignes d'investissement, René faisait allumer, au sommet des tours de l'église, des feux dont les assiégés comprirent sans peine la signification. Les défenseurs de Nancy organisèrent en toute hâte une sortie, et au matin, dès qu'ils virent l'armée du Téméraire s'éloigner de son camp, ils se précipitèrent par la poterne de la Cour sur les retranchements bourguignons, puis, malgré la résistance désespérée de leurs gardiens, ils incendièrent les tentes à l'aide de longs bâtons enduits de graisse, de poix et de soufre (2).

A peine avait-il reçu Campobasso, que René II décidait de marcher à la rencontre des Bourgui-

(1) V. Commines (l.V, ch. Tiii,3"al.) et JGandeTrores(op. cit., iDnée U77, p. 3Ï8, col. 3, de l'édilion Buchon de 1S3S). [i) Chronique de Lorraine, loco cit.

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étaient répartis entre les premiers rangs .et le centre.

Lorsque l'avant-garde parvint à LaneuveviUe, elle découvrit en haut du clocher un des guetteurs bourguignons qui s'y était attardé. On le jeta d'une fenêtre dans le cimetière qui entourait l'église. Ses compagnons n'eurent pas non plus le temps d'échapper aux cavaliers lorrains. Nous avons vu quel fut leur sort.

Au sortir du village, René assembla son étatmajor et chai^ea Vautrin Wisse, qui savait l'allemand et connaissait parfaitement les environs, d'exposer son plan de bataille aux officiers suisses mandés devant lui. Il le fit en ces termes (1) : « Messiers, il est de nécessitey de sçavoir par quel moyen nous voilons deslivrer caste bataille à duc de Bourgoigne, car il a sur ce chemin tôt son cas asseuré et toteson artyllerie y est affectée. Il s'asseure (se persuade) que droict à luy nostre bataille nous voilons présenter: quand ainsy le feriez, son artyllerie grand dommaige nous fe-

roict Vécy comme fare nous debvons : nous

ordonnerons à G. de nos adventuriersetdes mieux montez qu'ils les escarmoucheront tôt à long de ces preys et les entretameront (occuperont) jus-

(1) Chronique, loœ cit. — V., au sujet du lieu où se tint ce conseil de guerre, l'ioléresiant travail de M. Jules Renauld, les Ermitages de Meiieitt et de LaneaveeUte (Manoy, Husaoa et Wiener, 1882),

ques ad ce que de nous des novelles oyront. D'aïtre part a quant on de ce boys, paiges, femmes, cbaretlers, tous ensemble seront, lesquels pouc à poucse monstreront. Li duc de Bourgoi^e et tôt sonost leur semblera queàcest endroict les irons assaillir ; ains icy par derrier es bois je vos conduiray droict à là Malgrange. Tous irons et tous à la coverte, sur leur arrière-garde frapperons. Je suis asseuré que les emporterons, ils ne s'en donnent iny en garde ; tout surprins seront. »

Ce plan ingénieux du capitaine lorrain fui adopté par les Suisses comme par le duc René. On le mit sans tarder à exécution. Une centaine d'hommes déterminés et bien montés, suivis des femmes, des valets et des bagages, furent laissés au pied de la côle de Montaigu (1) dont le gros de l'armée longea le flanc occidental pour traverser le ruisseau d'Heillecourt sur le pont du chemin réunissant ce village à la route. Des fantassins trop presdés voulurent suivre les cavaliers qui, pour ne pas encombrer ce ponceaa, avaient ordre de traverser le torrent couvert de glaçons mobiles: « les piétons à peine le purent-ils passer ; tous les plus mal chaussiez par-dessus pui-

(4) A 1300 ou 4500 mètres du ruisseau de Jarville. Entre cecoars d'eau ellacAte, coule un autre ruisEeau, dit d'Heillecourt, qui, après avoir arrojè le village de ce Dom, se jette dans h Meartbe au pied de Hoataigu. Leg femmes et les bagages étaieQt doue protégés par le terrain.

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serent tous plain leurs soUiers. » De là, on gagna la Malgrange (1) que le bois de Jarville séparait seul de l'ennemi. On fil halte. Il était alors neuf heures du matin. Laneige tombait abondamment. Un prêtre allemand revêtit son aube, son élole et sa chasuble, monta sur une éminence, puis, montrant aux soldats un saint-ciboire, il leur adressa de chaleureuses exhortations et les bénit. Les troupes, à genoux, traçaient des croix dans la neige et les baisaient pieusement. Elles se relevèrent pleines d'enthousiasme. René, les haranguant à son tour, accrut encore leur ardeur. Il la mit à profit pour assigner leurs postes aux chefs dont il appréhendait les rivalités. Pour ne blesser aucune susceptibilité, il décida que les bannières seraient massées au centre de l'armée (2).

L'ordre d'attaque fut ainsi réglé; 400 cavaliers formèrent une avant-garde sous la conduite des capitaines Doriole et Manne. Venaient ensuite les Suisses, les Alsaciens et Allemands auxiliaires, tous commandés par Guillaume Heurter de Strasbourg, l'un des combattants de Morat. La Chronique rapporte qu'ils se composaient de i.OOO couleuvpinierset4.000piquiers. Ils étaient suivis de 1600 cavaliers dirigés par Oswald de Thiers-

(1 ] O'euit une ferme, auprès de laquelle on construisit plus un châleaa, qui servit de résidence d'été au duc de Lorraine. (2) Chrimxque, hco cit.

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tein, maréchal de Lorraine. Dans l'avant-garde avaient pris place l'illustre Malhortie et Bassompierre, de l'Etang, le bâtard de Vaudémont, également réputés pour leur bravoure. Ce corps était précédé du guidon ducal, portant un bras armé qui sortait d'un nuage et tenait une épée. Audessus, la devise: « Une pour toutes. » Le centre de la colonne était placé sous les ordres directs de Roné, marchant en tôte de 800 cavaliers et suivi de 4.000 fantassins lorrains et alsaciens, puis delà cavalerie alsacienne du sire de Ribeaupierre. Ce corps de bataille protégeait, nous l'avons vu, tous les étendards de l'armée au milieu desquels flottaient la bannière, la cornette et le pennon ducaux. L'arrière-garde comptait 3.000 hallebardiers suisses. L'artillerie accompagnait le premier corps et le centre. Elle ne devait pas être utilisée dans l'attaque, forcément brusque, puisqu'elle était inopinée. Les pièces de cette époque étaient montées sur des affûts lourds et peu mobiles, dont on enterrait la crosse ou les roues avant de tirer,lavisde pointage n'étant pas inventée. Elles ne pouvaient donc servir qu'à un tir lent et continu, à la défense d'une position ou à son siège régulier (1).

(1)V. de Lacombe, op.cit.,passm; — Chronique de Lorraine ; — A. Roland, etc.

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Dès que chacun fut à son poste et à son rang, le duc de Lorraine donna l'ordre du départ. La neige cessa de tomber juste à ce moment, et ce fut un nouvel encouragement pour l'armée, surtout pour les couleuvriniers, dont les mèches n'eussent pas régulièrement fonctionné par l'humidité. On franchit le bois de la Malgrange à l'endroit où il était le moins épais,on passa facilement le ruisseau de Jarville,puis on pénétra dans le bois de Saurupt par une a. charrière » ou chemin d'exploitation, qui le traversait parallèlement à un petit cours d'eau, nommé le ruisseau de la Madeleine, et débouchait sur le flanc droit des positions bourguignonnes. Les cavaliers français et lorrains de l'avant-garde firent irruption entre 1 et 1 1 heures du matin sur ceux du capitaine de I,a Rivière. Ces derniers les reçurent sans broncher, au cri de Vive Bourgogne! et les repoussèrent jusqu'au bois, leur tuant quelques hommes. Les Bourguignons no croyaient qu'à une diversion sans importance, quand retentirent par trois fois dans la forêt le taureau d'Uri et la vache d'Unter- "walden, ces terribles cornes dont les mugissements leur rappelaient Granson et Morat. Ils en furent terrifiés. Avant qu'ils eussent pu se remettre et faire front, les couleuvriniers suisses, les prenant à revers, ouvrirent contre eux un feu nourri. La

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Chronique de Lorraine compare le bruit de cette fusillade au son des orgues les plus retentissantes. Les chevaux de lacavalerie bourguignonne, épouvantés de ces incessantes détonations, refusaient d'avancer. La Rivière et ses hommes ne purent donc plue être d'aucun secours au Téméraire. Les 4.000 piquiers suisses, accourant sur le champ de bataille, se déployaient derrière les couleuvriniers. Manœuvrant comme à Granson. comme à Morat, ils se précipitèrent par les intervalles ménagés entre les compagnies decouleuvriniers, sur les hommes d'armes du grand-bailli de Flandres qui formaient l'aile droite de l'ennemi. Rien ne put résister à leur élan ; hommes et chevaux étaient transpercés d'outre en outre parles piques, longues de dix-huit pieds. Privés de presque tout moyen de défense, les soldats de Josse de Lalain tenaient avec une fermeté héroïque. Ils ne s'enfuirent que devant les 1600 cavalière du maréchal de Lorraine. Mais leur défaite se changea en déroute, les cris de sauve qui peut! poussés par les gens de Campobasso, ayant jeté un désordre complet dans leurs rangs. Les uns se réfugièrent dans les bois, d autres se répandirent dans la plaine, et rentrèrent dans le camp sous les murs de Nancy, non sans avoir essuyé de nouvelles décharges des couleuvrines et sans avoir laissé nombre des leurs dans la neige qui couvrait

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Dès les premiers coups de feu, Charles en avait demandé la cause à son entourage. « Ce sont les Suisses, lui répondit-on : n'oïssez-vous poinct le son des trompes deMoratetde Gransonî » A cette nouvelle, sa témérité fit place aux plus vives préoccupations (1). Sans hésiter et donnant une fois de plus la preuve d'un esprit de décision, que ne savait utiliser son faible jugement, il fit opérer àses 2.000 fantassins une volte-face qui les tourna contre l'ennemi. Il n'était plus temps de secourir l'aile droite, et le centre dut songer à sa propre défense. René II l'attaquait en personne avec ses 800 chevaliers lorrains, ses 4.000 fantassins et la cavalerie alsacienne. Pour lutter contre des troupes supérieures en nombre à celles dont il disposait encore, le duc de Bourgogne ordonna de déplacer les batteries qui coupaient inutilement la route de Saint-Nicolas. Elles ne purent intervenir à temps. Leurs canonnière n'eurent pas le loisir de les pointer de haut en bas, en enterrant les roues, et les volées qu'ils tirèrent ne purent balayer la pente occidentale du plateau, par laquelle les Lorrains attaquaient le centre hourguignon. Les assaillants montaient, d'ail-

[\) Peut-âtre aon inquiétude avait-elle pris Daîasance, le malio même, d'un incident mhs importance, que ses idées superstitieuses lui firent considérer comme un mauvais présage. Comme il mettait son casque, le lion d'or, lui servant de cimier, était tombé : a Hoc tst signum Dei t • 6'écna-t>il.

leurs, par des chemins créas bordés de haies, qtd dissimulaient leurs mouvements. L'artillerie nefutde quelqpie utilité que pour combattre les cavaliers chargeant sur le plateau même, après la défaite de l'aile droite. Là furent tués unnohle allemand et un gentilhomme lorrain, André de Boulach.

L'aile gauche des Bourguignons, devenne leur flanc droit, était aux prises avec les Alsaciens et les Suisses de Guillaume Heurter et avec la cavalerie lorraine d'Oswaldde Thierstein. Vainqueurs de La Rivière et de Josse de Lalain, ils avaient passé derrière les chevaliers et les fantassins de René pour se jeter au Nord sur les Italiens de Galeotto. Ce condottiere, n'imitant point le triste exemple de son compagnon Campobasso, soutint leur choc avec vigueur et les repoussa. Il est impossible de savoir par les anciens auteurs quelles furent, à partir de ce moment, les altitudes respectives des deux armées : les récits des contemporains se contredisent, comme il arrive généralement des descriptions de batailles, dès que le corps-à-corps y apporte une confusion inextricable. Il parait toutefois en résulter que l'arrièregarde suisse, composée de 3,000 hallebardiers, troupe fraîche qui n'avait pas eu adonner, décida de la victoire par son irruption sur le champ de bataille, soit qu'elle vint appuyer Guillaume Heurter, soit que, tournant à droite vers l'Est, elle prit

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'S les Bourguignons. Ce qui est certain, le la vaillante phalange de Galeotto, à lala cavalerie n'avait pu faire brèche, fui enpar l'infanterie, grâce apparemment aux

et aux hallebardes suisses. Une nouvelle

des cavaliers de Thierstein enfonça les s. Leur capitaine, les voyant écrasés parle B et la valeur de leurs adversaires, courut

de Tomblaine, le traversa sur la glace et Metz de toute la vitesse de son cheval. Ceux soldats qui n'avaient pas été tués dans le t le suivirent comme ils purent. Plusieurs trent, leur poids ayant rompu la glace. Les

parvenus sur la rive droite de laMeurthe, )pèrent dans toutes les directions (i).

ailes détruites, les assaillants se rabattirent G part sur le centre bourguignon. Charles, sur un vigoureux cheval noir, qu'il appeireau, courait infatigable aux endroits les enacés. « Jamais il n'avait déployé plus illante ardeur et d'intrépidité qu'il n'en fit

dans ce moment critique, où sa fortune et immée se montraient en péril. Jamais lion lé ne bondit sur ses ennemis plus violent

terrible. Une telle énergie rachète noble-

Jean do Troyes, op. cit., année U77 ; — Chronique de , loco cit. — Commiiies II. V, ch. tiii] est beaucoup moins ne ces deux auteurs dans son récit de la bataille.

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ment les funestes erreurs du passé (1). « Malheureusement pour lui et pour la suprématie de la Bourgogne, il avait affaire à des ennemis aussi courageux, aussi forts et beaucoupplus nombreux que la poignée de braves dont U était entouré. La muraille vivante des hallebardiers et piquiers suisses, la cavalerie alsacienne, la noblesse française et lorraine l'enserraient dans un cercle impénétrable qui se rétrécissait de plus en plus. Voyant qu'il y étoufferait les débris de ses malheureuses troupes, le Téméraire chercha, du moins, à y faire une trouée, par laquelle passeraient ses hommes : il reçut à la tôte un coup de hallebarde et serait tombé de cheval sans le secours du sire de la Cité qui, en le remettant en selle, reçut un coup de pique sous sa cuirasse. 11 nefallait plus songer à faire brèche au rempart mouvant.

Cette lutte inégale durait depuis une heure.

Les Suisses fauchaient leurs adversaires à grands coups d'épées à deux mains ou de hallebardes, après les avoir enfoncés avec leurs piques. Ils avaient fait serment d'exterminer les anciens envahisseurs de leur pays et n'épargnaient pas môme les chefs. Ayant promis solennellement de ne faire aucun prisonnier, ils n'écoutaient aucune supplication et achevaient les blessés. Fran-

(1) De Lacombe, op. cit., p. 12i.

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— I9i — çais, Lorrains et Alsaciens ne s'étaient pas liés par des engagements aussi cruels. Aussi sauvèrent-ils la vie à tous ceux de leurs adversaires qui rendaient les armes. Morts ou pris, les Bourguignons diminuaient efifroyablement. Peu à peu Charles se vit presque seul disposé à se défendre encore. Il eut alors un accès de désespoir : « Mes Liaux seigneurs, clama-t-il, aydez-moi à salver ma vie! » « Mon sire, lui répondirent-ils, altre ayde ne povons faire que devant eulx enfuyr. ■> Le Grand- bâtard, le comte de Ghimay, les sires de Bièvpe, de Comtai, quelques autres qui, malgré leur intrépidité, n'étaient point tombés sur ce champ de carnage, lui firent escorte et, grâce à la confusion qu'amenait l'ivresse du combat, ils purent enfin traverser les rangs épais de leurs adversaires. Ceux-ci. ne trouvant plus personne à massacrer, se mirant à la poursuite des fuyards dans toutes les directions. De leur côté les défenseurs de Nancy, apercevant les Bourguignons qui fuyaient en tous sens, se précipitèrent sur les troupes laissées par Charles autour de la ville. Prises de peur à la vue des fuyards qui accouraient vers le camp, ces troupes coururent ellesmêmes du côté de Bouxières, espérant y passer la Meurthe. Mais Campobasso en avait barricadé le pont avec des chariots. 11 s'empara. de tous les officiers qui lui demandaient à franchir ses lignes et les envoya sans relard dans sa ville de Gom-

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mercy (l)pouren tirer rançon. Les malheureux soldats s'entassaient sur la chaussée, sans qu'il daignât écouter leurs prières. Les Suisses ne lardèrent pas aies rejoindre et en massacrèrent plus de six cents. Pour échapper à cette boucherie, de nombreux fugiiifs s'engagèrent sur la rivière gelée ; mais la glace se rompit de toute part et ceux qui ne se noyèrent pas immédiatement furent jetés à l'eau par leurs implacables ennemis, dont les piques enfonçaient les glaçons (2).

Vers 5 heures, le duc de Lorraine et sa noblesse parvinrent à Bouxières où ils plantèrent leurs tentes. Hené s'informa du sort de Charles. L'auteur anonyme de la Chroniqite de Lorraine lui rapporta qu'un prisonnier avait vu tomber le duc de Bourgogne près l'étang Saint-Jean. Ce prisonnier ne put être interrogé ; il venait d'être égorgé par des soudards allemands. René n'avait pas le temps de vérifier l'exactitude de son récit. On l'attendait impatiemment à Nancy. Il y fit son entrée le soir même par la porte de la Craffe, à la lueur des torches, au son de toutes les cloches et au milieu des acclamations de sa capitale, dont tous les habitants étaient accourus sur son passage. Suivant l'usage, un Te Deum fut chanté à la collégiale Saint-Geoi^es. Comme le duc entrait

(1 ) V. au sujet du goaTernemeot de Commercy par Campobasso, DumoQt, Histoire de Commercy (notaauaeot p. 34i). (3) QhTonique de Lorraine et Jean dâ Troyes.

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au palais (1), il vit dans la cour une pyramide élevée avec les têtes des chevaux, des ânes, des chiens, des chats et des rats qui avaient servi de nourriture aux Nancéiens. Il en fut profondément ému, et sa reconnaissance envers ses fidèles sujets s'exhala en un cri d'enthousiasme (2).

La tenle de Charles contenait encore quantité d'armes et d'objets d'art. Ils furent donnés par son heureux rivalaux Suisses ;3) et aux Alsaciens. Nous avons Vu que les tapisseries, d'une longueur de plus de 24 mètres, furent conservées par le duc de Lorraine. Elles représentent en personnages de stature humaine la victoire de la sobriété sur l'intempérance. Le Téméraire, dont le sang portugais était si vif, ne, buvait que de Teau de rose ou d'autres boissons non fermentées et proscrivait de sa table alcool et liqueurs. Les Nancéiens ne furent pas oubliés par leur prince, qui devait tant à leur défense héroïque. Il leur fit distribuer des vivres de toute nature et notam-

(\) 11 ne put y coucher. la charpente oa ayant été en partie arrachée pour servir de bois de chauffage aux assiégés. 11 se logea dans la maison du prévat Amould.

(2) Une charte par laquelle René II conféra, le \3 juin HSt, à Nancy, des privilèges exceptionnels , renferme le passage suivant : • Tos vLTres commencirent à faillir et force fust auxdicls nobles borgeois de mangir chair de chival, do chats, de rats et altres telles choses pour le soltenement de leurs corps. >

(3) Une cotte de mailles du Téméraire, attribuée à Baie, se voit encore au musée de cette ville.

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de neige... Ilsesloieat si esperduz qu'il leur sembloit tousjours que l'on les chassoit, et aussy ils avoient les membres si percluz de froidure qu'ilz n'eussent eu quelque puissance pour se deffendre. Iceulï prioient... au nom de la saincfe passion de Dieu, que les laissas! entrer dedans, etcrioient tellement que c'estoit pitié de les oyr. Quand ce vint à oTrir les portes, cuydant desjay estre dedans la citez, se vinrent à lancier par si grande impettuositez entre la barrière et la première porte qu'ilz se faisoientrungl'altrequasy cheoir dedans les fossez n (1). Il en périt à Metz plus de cent cinquante, soit de leurs blessures, soit de faligue, de froid et de maladie, en dépit des soins qui leur furent prodigués par les habitants, demeurés fidèles à la cause bourguignonne.

Le 6 janvier, les Alsaciens et les Suisses quittèrent Nancy après avoir fraternisé une dernière fois avec les Lorrains. Le duc et la noblesse tinrent à les reconduire et ne se séparèrent d'eux qu'à Lxméville, où ils leur exprimèrent une dernière fois leur profonde gratitude. « Mon sire, dirent à René Heurter et les capitaines suisses, si le duc de Bourgongnô s'est eschappez et qu'il recommence la guerre, mandez-nous. — S'il a asseurez son salut, répondit-il, presparons nos à rinovellerla lutte, Testez prochain. — Alors, nos

(1) Chronique de Metz, p. i34-i2S.

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accorrons vers vos, séezsûr(l)'». Cette généreuse promesse devait être inutile (2).

Le duc revint à Nancy en traversant le champ de bataille. Il était fort désireux de connaître le sort de son ennemi. Commeses alliés, il craignait que, vivant, Charles ne se tînt pas pour battu et ne revint tôt ou tard attaquer la Lorraine. Cependant il avait la générosité de ne pas espérer sa mort : « Il eust mieux aymez, dit la Chronique, que le duc de Bourgoigne en ses pays fnst demeurez et que jamais la guerre n'eust contre luy recommencez. » Certains ayant prétendu que le récit du prisonnier bourguignon était erroné, que le Téméraire n'avait pas été tué, mais s'était réfugié à Metz, René avait expédié en toute hâte des messagers aux échevins de cette ville, pour les prier de le renseigner à ce sujet (3). Au moment où les chevaliers lorrains quittaient leurs braves alliés et revenaient à Nancy, les courriers y rentraient de leur côté apportant une réponse de la municipalité messine. N'y trouvant pas le

(K) Chronique de Lorraine.

(1) Kené avait ramené de Suisse l'ours bernois qui le saivait partout. Depuis lors tous les ducs do Lorraine entretinrent un ours brun en souvenir de leurs alliés de Berne et, par eitension, desautres cantons helvétiques. — V. dans Lionnois [t. I, p. iiO) et dans Ba- Told ifip. cif.,1. II, p. 6i1 j une touchante anecdote sur la bonté d'un de ces plantigrades.

(3) V. dans Jean de Troyes (p. 329 et :t33, de l'éd. Bachon) un récit quelque peu différent du message envoyé à Metz.

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due, ils allèrent à sa rencontre et le rejoignirent sur la route de Saint-Nicolas. Les lettres dont ils étaient porteurs faisaient connaître que le comte de Romont et plusieurs autres seigueurs de l'en-tourage du duc de Bourgogne, seuls parvenus à Metz, n'avaient pas revu leur prince depuis la balaille. René prescrivit, en conséquence, de minutieuses recherclies en vue de découvrir son adversaire mort ou vif. Lui-même, avec l'aide de sa noblesse, explora, mais en vain, les prairies qui s'étendaiententre le ruisseau de la Madeleine et le faubourg Saint -Thiébaut. Il était rentré fort soucieux chez son hôte, le prévôt Amould, lorsqu'au milieu de la nuit, Campobasso lui amena un jeune page du Téméraire, Italien de la famille des Colonna, qui avait accompagné son maître dans sa fuite. Ce Jeune homme raconta qu'échappés aux épées et aux hallebardes suisses, Charles et son escorte avaient couru bride abattue vers la Comjnanderie de Saint-Jean, dans l'espoir d'y trouver le secours des gardiens du camp bourguignon. Quelques cavaliers lorrains les poursuivaient. Déjà le duc arrivait au ruisseau Saint- Thiébaut, en amont de l'étang Saint-Jean, quand son cheval refusa de sauter ce cours d'eau, alors débordé. Le Téméraire l'éperonna si furieusement que la pauvre hôte s'enleva, mais, trop pesamment bardée de fer, écrasée en outre par l'armure de son cavalier, elle s'abattit au milieu de la vase.

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A ce moment le châtel Beaumont, arrivait ave d'un coup de lance le 1 cheval en criant : « Sai mont, très sourd, crut gne ! » et, ignorant que sarçonné, il lui porta ui la mâchoire inférieure i mands qui, comme des çaient sur les blessés pouiUer, survinrent aL le mourant dont les ricl:

convoitise. Les compa réussi à franchir le r contre ces nouveaux ag sauver le blessé de lei le nombre, ils périrent seul parvint à échappei René lui ordonna de i maître et, dès le point c gner jusqu'à l'étangSaii etdes soldats. Parvenus ils commeocèrent leur 1 morts furent examinés,; avantqu'on ne découvril

(1) Quand il apprit dans la ai il mourut dechagria • d'avoir tu

(2) V. sur la mort de Charles I et de RaTold |t. II, p. 636).

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de sa domesticité, mêlée aux chercheurs, aperçut tout à coup un anneau d'or briller au doigt d'un cadavre, dontle visage disparaissait dans la boue gelée. Elle eut l'inspiration de regarder la main et s'écria douloureusement : « Ah! mon prince. » Elle avait reconnu ses ongles, qu'il avait coutume de porter fort longs. On eut quelque peineà sortir la tête de sa prison de glace. Elle n'y avait pas été enfermée assez tôt : des loups avaient déjà dévoré la face, devenue méconnaissable. Aucun doute ne subsistait néanmoins sur l'identité du mort : outre l'anneau et les ongles, quatre marques distinctives, dont la blessure da Mouthléry, permettaient de l'établir sans conteste. Le corps était entièrement nu. La tète avait été fendue de la bouche à l'oreille droite d'un coup d'épée. Deux longues estafilades sillonnaient les reins et les cuisses. Elles avaient dû être produites par la lance de Beaumont et par une pique d'Allemand. Les pillards germaniques avaient achevé le Téméraire, après l'avoir dépouillé de ses armes et de tous ses vêtements (1). A côté de lui était étendu le brave de Bièvre, le crâne broyé d'un coup de masse (2).

(1) Commines, I. V, oh. fm, in fine, V. la description des blessures et des signes distinctib daas Jean de Troyes (p. 330 de l'éd. Bachonj.

(2) Sa blessure donna probablement lieu à l'erreur d'Olivier de la Marche, qui attribue la mort de leur commun maître à un écra-

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Aussitôt que René eot connaissance du succès des recherches opérées, il fit transporter à Nancy tous les cadavres dont l'identité paraissait établie. Celui de Charles fut reconnu par ses frères, Antoine de Boulogne et Baudoin, par Olivier delà Marche, son chambellan, par son chapelain Denys, son médecin portugais Lupi et plusieurs autres prisonniers. Leur douleur était vive (1) ; si leur prince était brusque, violent et fantasque, parfois même cruel, il était aussid'une générosité sans borne et avait souvent des élans de tendresse. Le Grand- Bâtard se montra le plus affecté : il était le bras droit de son frère et son meilleur conseiller, trop peu écoulé, par malheur.

Le duc de Lorraine, vêtu de deuil, vint s'agenouiller devant le lit de parade, où gisait le corps de son ennemi (2) et, baisant la main du mort, il

sèment de la tête : «Ains, dit-il, perdit le duc de Bourgogne la lroi< sième bataille, el fut en sa fersonne raleint, tué et occis de colps de masee » {Mémoires, I, II, cti. viir). Il y a eu èTÎdemment confusion dans l'esprit do chroniqueur. V, en effet, sur la mort du Téméraire la Clironique de Lorraine, la Nancéide, le Dialogue de Lud (p. 42 de l'éditioD Cayon), Jean de Troyes (p. 330 de l'éditiou Buchon).

{^) OlÎTier de la Marche, I. II, ch. tui, t'n fine.

(8) Apportés cérémanieusement à Naucy, les restes du Téméraire furent lavés, revêtus de toile et déposés sur uu catafalque tendu de velours noir, daps une maison de la Grande Bue. Devant cette maison, des pierres bleues marquent aujourd'hui sur des pierres blanches la date de 1477, on souvenir de l'exposition publique du cadavre de Charles.

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, haute voix^ » Plût à Dieu, mon biau cousin, votre malheur et le miea ne vous eussent et réduict en Testât où je vous veois ! »

i 11 janvier furentfaites sur ses ordres les fuilles solennelles du dernier duc valois de Sourie et de son fidèle Rubempré, sire de Bièvre, .'avait défendujnsqu'à la mort. Trois évêques édaientles prêtres de la ville, suivis de René, ant un manteau noir semé de larmes d'ar- L, une couronne de lauriers et une barbe d'or, instar des triomphateurs antiques. Derrière marchaient la noblesse lorraine, les officiers îon armée et les prisonniers nobles, entre es les comtes de Nassau et de Ghimai, Cores de Bergues, les sires de Montfort, d'Oiselet, i Mouche de Vère, d'Aricourt, de Fontenoy, ibourg, de Neufchàtel, de Château-Guyon.

aient ensuite les magistrats, les bourgeois et ïuple. Des soldats ouvraient et fermaient le ège, qui se rendit à la collégiale, où fut cbauune grand'messe. Les deux corps furent imés dans les caveaux de l'église, auprès de t des ducs de Lorraine (1). Un superbe monuit rappela leur souvenir.

V.\e détail dtacérémcmies dans la Chronique de Lorraine eiâaaa de Troyes (p. 330, col. 2). — Gharles-Quinl, arrière pelit-fib iméraire, fit transférer les cendres de son aïeul, ea 1560, dans hédrale de Bruges, auprès du corps de Marie de Bourgogne, a duc Charles. Sur ses ordres, deux tombeaux, che^-d'œuvre utpture, furent dressés sur leur sépulture définitivo.

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Au nombre des mor été portés à Nancy en Téméraire et de Bièvrt Vaus-Marcus, de Cro; et Frédéric de Pforsl ceux des officiers bourj furent enterrés sur le > droit où s'élève, depui de Bonsecours. On t tard sur leurs tombeai à Notre-Dame de la V; Bourguignons. 3900 S( dans d'immenses fosse même où s'était livré furent inhumés à Bou' Si l'on ajoute à ces 4 de ceux qui se noyère bois ou encore ceux parents ou d'amis, on chiffre de 7 à 8.000 i que de Lorraine, d'au Allemands n'avaient vaincus.

Les prisonniers fur obtenir leur liberté ■ rançon (1). Tous les cai

(1| ■ Si fîsmes avec nos ea que nous pusmea ; et je deotoar

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tous les drapeaux, tous les baerages de l'armée bourguignonne avaient été pris et partagés entre ses adversaires. Les armes dont ils avaient pu s'emparer furent de même réparties entre eux avant le départ des Suisses.

Non content d'avoir prescrit la construction d'un mausolée somptueux sur la tombe de son rival, le duc de Lorraine fit ériger au lieu où il avait été tué une croix en pierre à double branche qui porte encore aujourd'hui l'inscription suivante :

En l'an de l'Incarnation

Mil quatre centz septante six {i)

La veille de l'Apparition

Fut le duc de Bourgogne occis

En la bataille icy transis

Où croix suis mise pour mémoire

René, duc des Lorrains, mercy

Rendant à Dieu pour la victoire.

Tout autour de ce glorieux monument s'est

lesquels s'ea allèrent au pals faire leur Gcaoce : et tant fis que js finay la finance dont j'avois respondu ; et de moy je demouroy prisonnier tout le quaresme et ju^ques environ Pasque^, que ma fi' nance fust trovée, qui me oosla bien quatre raille écus. Et aïoye afiaire à gentils compaignons de guecre, qui me teindrenl ce qu'ils m'avaient promia ; c'est qu'ils ne ma revendirent poinct, et n'eus à faire qu'à ung homme, oomnjé Jettannot le llasque, duquel je me loueel de sa bonne compagDie. a {Oliv. de la Hardie, 1. II, cb. ix, in /ine).

M) L'année partait alors de Pâques; mais d'après le nouveau style, la bataille s'est livrée le 5 janvier 1 477.

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)eut paraître!

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lir ses Etats

iique lorsqu'i

leurs asservis

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pays il eût reconst

Verdun, que nos '

dent aussi rétablir

Ce n'était là, il

réaliser et dont 1

longue durée. En

immense territoire

mer du Nord à

(1) V. Comminea, ioco

(3] V. ootammeDt am

ranle {passim et surtout

malgré sa date, reste le )

sur le Téméraire.

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liône, de la Moselle, de la Meuse et de l'Escaut, n'existait alors aucune homogénéité, aucune vonpathie, aucun intérêt commun. Leurs lanages étaient dififérents, dissemblables leurs lœurs et leurs institutions. Le duc de Bourgogne at-il réussi à grouper ces éléments hétérogènes a un seul corps de nation? ils se fussent dissociés yt ou tard. Jamais il n'eût fait accepter à ses suits une union imposée parla force. Et il ne savait ouverner que par la violence, étant constamlent « horsd'étatde prendre patience, des'adresiv à l'esprit des hommes pour en faire l'instrulentde son succès (1). » Il méprisait les traditions t les coutumes de chaque pays, voulait unifier ar la force les lois et les usages et, quand une ille osait revendiquer ses libertés méconnues, lui en interdisait brutalement l'exercice, Recouiit-elle à l'émeute, il réprimait son insurrection vec une rigueur sans pareille. C'est ainsi qu'il ccumulait des haines contre lui et entre les dierses nations de ses Etats. Les Flamands opprilés, les Lorrains envahis n'exécraient pas moins i Bourgogne que son duc. De longues années uraient seules pu mettre fin à des inimitiés si refondes, mais lors même que le caractère do iharles n'eût pas été incompatible avec cet apai-

{\) Gufzot, HUtoire de la cioitis'ation en Europe, Xl° leçon, [i. î» (do l'édition de 1861).

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sèment, ses deux mortels ennemis de Lorraine e de France ne lui auraient guère laissé le loisir d pacifier ses sujets et de les réconcilier. Eux> en ef fat, savaient gouverner et patienter.

Si René II avait, à un haut degré, les qualité d'un homme d'Etat, n'étaient-elles pas plus dévt loppées encore chez LouisXI,cemodèledemonai que absolu? En voyant le Téméraire à l'œuvrt Louis renonça vite à lutter par les armes ; il n douta point que l'esprit décidé, mais brouillon, d son adversaire ne servit mieux les intérêts de 1 royauté que ne l'eussent fait les armées royales II ne négligea rien, toutefois, pour multiplier h obstacles sur les routes si divergentes que pai courait le bouillant Charles. Il fournit des subsi des, ce « nerf de la guerre », au duc de Lorrain et aux Cantons suisses, donna même quelqut troupes à René en 1474, une escorte pour trave ser son duché en 1476. Bien servi par ses agen politiques, il détruisit toutes les alliances bou: guignonnes, empêcha l'empereur d'investir Téméraire de la dignité royale, combattit l'ii fluencedupape qui, en mettant fin aux guerre eût maintenu la prépondérance bourguignonne il arrêta l'invasion anglaise à Pecquigny, et di termina les Suisses à secourir la Lorraine. St argent et sonbabileté contribuèrent puissamme: à la trahison de Campobasso, l'une des causes * l'écrasement des Bourguignons.

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Daas l'attente de cette partie décisive qui allait se jouer sous les murs de Nancy, Louis avait pris des mesures pour ôtreinformé sans relard de l'issue du combat. Grâce à l'établissement des postes dans le royaume, il en fut * bien tost adverty » ; la bataille avait euKeu le 5; il en connut le résultat le 9 par des lettres que lui avait adressées en toute hàle M. de Graon (1), placé en observation sur la frontière de Lorraine. « Le roy de prime face fut tant surpris delà joye qu'il eut de cette nouvelle, qu'à grand peine sut-il quelle contenance tenir. » Cependant il ignorait encore la mort du Téméraire « et sur ce poinct estoit sa résolution (ce que peu de gens, comme je crois, ont sçu, excepté moy, dit Commines (2) que, si ledit duc estoit sain de sa personne, il feroit entrer son armée, qui estoit en Champagne et Barrois, incontinent en Bourgogne et saisir le pîns, à l'heure de ce grand espouvantement. Et, dès qu'il seroit dedans, advertiroit ledit duc qu'il le faisoit à l'intention deluy sauver et garder que les Âlemans ne le destruisissent... et que ce qu'il

(t] NoDS avoua eu plusieurs fois l'accasion de menliooner le nom et les actes du lieulenaut-général des armées du roi eu Qiampagne, Georges de la Trémoille, eire de Jonvetle, baron de Craon, premier chambellan de Louis XI, était l'oncle paternel de Loys de la Trémoille, dit a le cheralier sans reproche a, qui débuta comme militaire dans cette chevaudiée de Bourgogne et dont Jean Bouchet fit le « panegyric *.

(2) L. V, ch. I.

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en auroit pris lui serait par luy rendu ». Cette révélation de Commines donne un exemple bien caractéristique de la diplomatie prévoyante et rusée du B vieux renard de Plessis-les-Tours ».

« Dès que le roy eut reçu ces lettres..., il envoya en la ville de Tours quérir tous les capitaines et plusieurs aultres grands personnaiges, et leur monstra les lettres. Tous en firent signe de grande joye ; et sembloit à ceulx qui regardoientles choses de bien près qu"il y en avoit assez qui s'y efforçoient; et nonobstant leurs gestes, ils eussent mieulx aymé que le faict dudict duc fust aile al* trement. » Charles était demeuré, en efi'et, le représentant de la noblesse féodale, qui le considérait toujours comme le champion de sa cause. Les seigneurs français obéissaient maintenant au roi, mais ils avaient conservé un dernier espoir d'indépendance tant que le duc de Bourgogne avait eu quelque chance de succès. Leurs espérances croulaient à la nouvelle de sa défaite.

Après avoir bien joui de leur fausse contenance en les faisant manger avec lui, Louis crut le moment venu de les intéresser au démembrement deFempire bourguignon, qu'il allait entreprendre. Dès le « lever de table », il « se retira à part et donna a alcuns des terres qu'avolt possédées le duc de Bourgongne » , comme s'il eut été sûr de sa mort. « Il despescha le bastard de Bourbon,

admirai de France, et moy, dit Commines et nous bailla povoirs nécessaires pour meclr* son obéyssance tous ceuls quy s'y voldrai mectre. » Ils partirent immédiatement et ap] rent en route la mort du Téméraire. Ils prii au nom du roi possession d'Abbeville, que Cha VII avait cédé à Philippe le Bon au traité d'Ai de 143S, avec stipulation de retour à la Fra en cas d'extinction des ducs Valois.

Lorsqu'il sut que le corps de son ennemi a' été retrouvé, Louis XI donna Tordre à son li tenant de Champagne, M. de Craon, de marc sur la Bourgogne à la tête de ses 700 lances En approchant de Dijon, le général français voya Jean II de Chalon, prince d'Orange avec une escorte, enjoindre à la capitale df Bourgogne de se soumettrcau roi, héritier de \ le duché. On sait qu'en donnant la Bourgogni apanage à Philippe le Hardi (son quatrième f premier des quatre ducs Valois, le roi de Frai

(1) Eod. loco.

[î] Nous avons vu que la laoce comprenait aa moioa sept coq lanls à cheval et à pied, sans compter les pagea, ni même tes • < tillers a. C'était donc une armée da 5.000 soldats environ que i mandait de Craon.

(3) Abandonnant la cause du Téméraire dont il était la vaes tant que possesseur du Gef de Chalon, Jean II avait, en 1t7S hommage de la principauté d'Orange au roi et de ses terres de phiné an Dauphin. Cette principauté fut confisquée, dans la s par l.ouis XI pour cause de féjonie, et annexée au Dauphiné.

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Jean II, avait réservé le retour à la couronne pour le cas d'extinction des descendants mâles de l'apanage. Or Charles était mort sans hoir mâle, ne laissant qu'une fille, Marie de Bourgogne, filleule de Louis XI. Dijon et toutes les autres places ouvrirent leurs portes, à l'exception d'Auxonne et de quelques autres villes ouchâteauxdela Comté. Le roi fit demander à sa filleule d'accorder sa main au dauphin Charles, qui avait alors huit ans, et, pour obtenir son consentement, il gagna ses deux principaux conseillers, le chancelier Hugonet et le sire d'Himhercourt. Par malheur, les Gantois révoltés égorgèrent ces deui personnEiges et voulurent forcer Marie à époueer le duc de Gueldre, qu'ils tirèrent de la prison où il avait été enfermé comme parricide. La princesse, sentant la nécessité de s'assurerun défenseur, accueillit avec faveur les offres de mariage de Masimiliwi d'Autriche, roi des Romains, fils de l'empereur Frédéric. Cette union faisait passer de droit dans les domaines delà Maison d'Autriche une grande partie des états du Téméraire. Elle faisait ainsi decette maison l'ennemie héréditaire de laFrance. Louis XI maintint ses justes prétentions sur les deux Bourgognes et l'Artois. La guerre ne lui assura point la possession de cette dernière province : la bataille de Guinegale resta indécise; mais Marie de Bourgogne mouruten U82, et les Etats de Flandre, déjà insurgés contre l'Autriche, obligè-

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nt Maiimilien à signer le second traité d'A li reconnut les droits de la France quant k is, à la Bourgogne et à la Franche-Comté.

René II avaitespéré s'emparer de tout ou p )s Etats du vaincu. It dut y renoncer de )pposition de Louis XI. Bien plus, le roi pa: se faire donner par le vieux René d'Anj iché de Bar, dont le duc de Lorraine était tier légitime. René Ileut plus de reconnaiss Lvers ses sujets que Louis n'en avait eu i. Le 22 février 1477, ilconféra aux nobles s droits et privilèges de l'ancienae cheval aucoup de villages furent exempts d'im ne charte exonéra le? habitants de Nanc; utes les tailles, redevances, aides et autres l "dinaîros. Ils n'étaient plus assujettis nom ent qu'aux n droits d'étalage, poids et ven nage n et au a guet », qu'ils étaient teni intinuer aux remparts et aux portes de la ^ îs capitaines des troupesdiicales,ceuxquiavi ■is une part si considérable à la libératio lys, furent tout spécialement récompei lierry eut la prévôté de Mirecourt; Gt Avillers, la seigneurie de Ghâtenois ; Gri Aguerre, calle de Damvillers ; Oswald de Th in, celle de Chaligny ; Bassompierrefutnoi mverneur de Nancy.

Le duc se montra aussi rigoureux envers )rrains traîtres à sa cause qu'il était gêné

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k régardde ses partisans. Il confisqua les biens meubles et immeubles des félons, notamment de Simon des Armoises, des trois frères d'Haraucourt, des deux frères Jacquemin de Lucy, de Vautrin Malhoste, d'Henry de Neufchâtel, du sire de Brandeboui^, de Gaspard de Raville, de Jean de TouUon, d'Adam de Varennes, de Ferry de Ghâtel, de Nicolas de Vaudoncourt, du chevalier Guillaume, de Canin d'Epinal, du clerc Menget de Rambervi 11ers, de Golard Rudolff. Les terres et meubles confisqués furent donnés aux chefs de l'armée lorraine (1). La vengeance ducale s'exerça non seulement sur des personnes, mais sur des collectivités. Baccarat appartenait à l'évôché de Metz, allié de la Bourgogne, et avait fait en 1476 un fort méchant accueil à René lorsqu'il traversait la Lorraine pour se rendre en Alsace puis en Suisse. Il livra cette place forte aux Suisses qui s'en retournaient dans leur pays. Après un court siège, ils la prirent et l'incendièrent (2).

Récompenses et peines ainsi distribuées, le duc put s'occuper à loisir de réorganiser l'administration de la Lorraine, réduite à néant parla guerre et

(1) V. sur ces confiacatjoas el l'attribution des bieQB aux vainqueurs, H. Lepage, Opinion de Dom Calmet, p. 435 ; — Digot, op. cit., p. 359; — Ravold, op. cit., t. Il, p. 639-6iO;

(2) V. Âmbroise, l' Arrondissement de Lunéville; — Ch. MangiD, Mémoires sw Ueneavre et Baccarat, p. (86 ; — Ravold, op. cit., p. 6i0-64t.

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par l'invasion. Il était temps que( sent fin. Non seulement il n'y a vernement, ni sécurité, mais le par les soudards, manquait d'i pain. Dans les villes, où les prêt gne arrivaient à grand'peine, le était exorbitant (1). Le trésor > les dépenses militaires, se rempl exemptions d'impôts accordées ] ôtant une forte partie de ses res faire face aux dépenses de l'Etat menter, le 28 juin IbOi, le lai gabelle. Il eut recours aussi à l't alors, de la frappe d'une nouvel sée de valeur nominale et altér lui fut possible de désintéressf créanciers de son duché, d'assur ses dépenses ordinaires, de com ment et son système défensif. Il châteaux de Condé, de Gondre Mousson, de Bar, de Neufchâte;

(1) NoDs en avons va des eiemples an c 1481, à la suite d'un rude hiver, il y eut cherté. La • queue > de vin [environ 300 le resal de blé 5 ff., d'orge 4 fr., d'avoine reté des vivres dégénéra en famine. La di»

4503. La peste vint ensuite ravager le pays

(2) Les fonctionnaires et même les co plus leurs traitements, ni leurs pensions \

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et d'autres encore. Il accrut les fortifications di Nancy et embellit môme cette ville, qu'il fit pavei entièrement. Tout en reconstituant ainsi la Lorraine, il nenégligea poiat ses relations extérieures. Il favorisa, en 1489, l'élection d'un nonve évoque de Metz, Henry de Vaudémont, son oncle qui lui livra les places fortes de l'évèché. Il ûtd môme élire à Toul, en 1495, un de ses parenti éloignés, Olry de Blâmont, qui lui donna le comti de Blâmont et permit la levée dans Toul d'aide: à son profit. Il prit d'assaut Vicherey, s'empar; par surprise de Void, resta l'allié de l'évoque di Verdun, refusa de rendre hommage à Maximiliei et maria, en 1489, sa sœur Marguerite avec li duc d'Alençon. Il mourut deux ans plus tard d 'm refroidissement, à l'âge de 57 ans, le 10 décembrelSOS, laissant pour héritier le célèbre dm Antoine, son fils.

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