LES VIEILLARDS
Ils sait partis, nos fils, pour la cruelle guerre Le cœur frémissant de colère, Le pas ferme et le rang serré.
Ils sont partis six mille ayant aux yeux des flammes Qui réclxiuffent nos vieilles âmes:
Nos fils n'ont pas dégénéré.
Prie^ Anges du ciel, TMenlieureuse Marie,
Pour eux, pour nous, pour la pairie!
1 Miserere! Miserere!
Il pleut, et d'heure en heure on attend la bataille, La bataille implacable et décisive. Un point Est sûr : Morat résiste encore à la tenaille Du hardi Bourguignon ; mais venant de trop loin,
Bien des renforts — aucun par crainte ne défaille, Mais par fatigue extrême, hélas ! — n'ont pas rejoint, Et des Ligues ainsi l'armée est incomplète.
Thurgovie et Sargans dont immense est la traite,
Les Agapes de Berne. 69
Argovie et Zurich manquent encore. A temps
Viendront-ils? — Messeigneurs qui dans l'Hôtel-de-Ville
Jour et nuit, sans repos travaillent haletants,
De courriers à cheval qui partent à la file
Couvrent tous les chemins. En leurs rudes sourcils
L'énergie indomptable est mêlée aux soucis.
Leur oeuvre politique enfin touche à son terme;
Oui, mais qu'amèneront les dés? Leur âme ferme
Pour forcer la victoire et fixer le destin,
S'acharne à son labeur, du matin au matin.
— Sur la massive Tour Saint-Christophe s'allument,
Dans la nuit qui déjà monte, les trois fanaux
Aux campagnes jetant l'éclair de leurs signaux;
Et du beffroi, parmi les résines qui fument,
Sur les places, les cours, les toits de la cité,
Lugubre, le tocsin fait tomber de son crible,
De minute en minute un glas lent et terrible.
Dans le danger public, sonne l'éternité. . v
70 Les Agapes de Berne.