‹ Charles MandelChapitre 8 sur 17 · IIS · texte numérisé non relu

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mes amis, dit le curé en rentrant dans la chaumière ; il restera avec vous ; il m'a promis de bien faire son devoir, et de prouver par sa bonne conduite toute sa reconnaissance. Le frère de Jean se cramponna à sa mère et cacha sa figure toute rouge de joie sur ses genoux.

TT Dieu te bénira , mon fils, dit la pauvre aveugle en cherchant avec sa main celle de son aîné; grâce à lui tu ne vas plus manquer de rien, et je te saurai à l'abri de la misère. Hélas ! ajouta-t-elle , que ne puis-je en dire autant de ton frère et de ta petite sœur !

— Donnez-moi Jeanne , s'écria Pierre en s'avançant vers elle, les yeux pleins de larmes , les joues rouges et les lèvres tremblantes ; j'ai une cousine qui l'aimera et qui la soignera bien j elle ne demeure qu'à une

lieue d'ici, et je l'amènerai voir son frère trois ou quatre fois l'an.

— Es- lu sûr de ce que tu avances là, mon ami? dit le curé; Marguerite n'est pas sa maîtresse, et ton oncle et ta tante n'auraient qu'à ne pas vouloir prendre cette enfant chei eux?

— Oh ! que si , ils le voudront bien , reprit Pierre en rougissant encore davantage, car il sentait que son bon cœur l'avait emporté trop loin, et qu'il ne faut jamais oftrir que ce qui dépend tout à fait 'de nous d'accorder.

— Voilà ce qu'on peut faire , dit le curé en serrant la main de son élève ; j'ai , grâce au ciel, de quoi vivre, et ce n'est pas une personne de plus ou de moins qui amènera la

disette 'chez moi. Je prendrai cette pauvre mère , et je garderai sa fille si ta tante ne peut pas s'en charger,

A ces <nots , le curé se sentit étouffé plutôt que serré dans les bras de son cher élève. La pauvre aveugle avait saisi une de ses mains et la couvrait de baisers; le bon vieillard s'était jeté à genoux avec les trois petits enfans ; et toute la famille du fermier, les yeux en pleurs, les mains jointes, s'écriait :

— 0 le digne homme ! c'est un ange sur la terre. Jésus, mon Dieu ! sa présence a sanctifié notre maison ; il prendra la mère et l'enfant, et il n'est pas riche ! Il y a tant de pauvres sur sa paroisse!

Le bien que l'on voit faire donne presque toujours le désir d'en pouvoir faire aussi. Le

cœur des bons paysans s'ouvrit a la charité : ce ne fut plus assez pour eux d'avoir pris à leur service le fils aîné, qui, dans le fait, leur serait plus utile qu'à charge ; ils offrirent tout d'une voix de garder le pauvre vieillard avec eux.

— Hélas ! dit la fermière, si mon père vivait, il aurait votre âge, et il faudrait bien qu'il y eût une place pour lui au foyer et à table, et la meilleure encore! Eh bien, nous vons traiterons comme si vous étiez notre père, et, quand la journée sera finie, vous aurez votre petit Jean pour vous distraire et vous caresser.

Le vieillard croyait rêver : il riait, il pleurait, il serrait ses enfans dans ses bras; il appelait toutes les bénédictions du ciel sur les sauveurs de sa famille! Lorsque le calme

fut un peu rétabli, on s'assit : toutes les figures respiraient le bonheur, même celle de la pauvre aveugle. Un étranger qui serait entré n'aurait jamais pu distinguer, à l'expression des physionomies, celui qui recevait le bienfait de celui qui le donnait. Ah! c'est qu'il y a dans le bien que l'on fait une jouissance tellement vive, tellement profonde, que ce n'est pas celui qui reçoit qui goûte le plus de bonheur.

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