I. — L'Homme
(^T^ENDANT les dernières années du XVIII^ siècle, la ± ville de Besançon possédait un jeune bibliothécaire qui, à bon droit, passait auprès de ses concitoyens pour un petit phénomène. C'était le jeune Charles Nodier dont les dix-sept ans s'honoraient d'une fonction publique à Vâge où, d'ordinaire la cassette paternelle constitue la seule source de revenus.
Bien des circonstances semblaient s'être réunies pour faire de lui V orgueil de son pays natal. D'abord, la gloire littéraire et scientifique. En pleine Terreur, quand chacun tremblait derrière les portes closes, Charles Nodier s'était tout entier voué à l'étude : tragédies sur des sujets grecs, comédies, vers et prose comptaient déjà auprès des lettrés pour des essais pleins de promesses. Dans les sciences naturelles, c'était bien mieux. Grâce aux leçons d'un certain M, de Chantran, ancien officier de cavalerie, la botanique et l'entomologie n'avaient plus de secrets pour lui. Quand il eut publié sa Dissertation sur l'usage des antennes et de l'ouïe chez les Insectes, Charles Nodier passa pour l'auteur d'une découverte