PREFACE
Comme les rois d'Egypte, le romantisme passe en jugement après sa mort, et une lourde accusation le charge. Eloquent est le réquisitoire, et motivé, conclu avec force. Un maître critique, doublé d'un maître écrivain, a le premier dit ses griefs contre la défunte école. A propos de Chateaubriand, à propos de George Sand et de Musset, il a dénoncé 1' « anarchie romantique » : anarchie dans la pensée et le sentiment comme dans le discours ; intime subversion, dont un flagrant désordre verbal n'est que la manifestation superficielle et innocente. Les raisons de M. Charles Maurras, nettes, décisives, condensées en des formules vives et fortes, sont reprises et amplifiées. L'un des livres les plus remarqués de cette année développe un arrêt copieux contre Jean-Jacques et la littérature née de lui, ou plutôt personnifiée en lui; car « Rousseau est le romantisme ».M. Pierre Lasserre intitule ainsi un de ses premiers chapitres, audacieux démenti à la prophétie de
Il PREFACE
George Sand : « Le temps n'est pas loin où l'opinion ne fera pas plus le procès à saint Rousseau qu'elle ne le fait à saint Augustin'. »
M.Lasserren'apas seulement condamné dans le « promeneur solitaire» l'incarnation du « romantisme intégral ». Il a défini en ce malade tout le romantisme comme un cas morbide. Sa thèse - est l'œuvre savante et riche d'un pathologiste ^ armé d'une plume précise, souple et brillante. Et, sans doute, beaucoup de ses idées furent exprimées d'abord par M. Charles Maurras. Mais la semence jetée par l'original et prodigue penseur de la Gazette de France a fructifié en ce laborieux esprit, et ce qu'il s'est assimilé il a su le marquer à sa marque par une belle invention de style.
Son livre a « porté ». Roiisseaulâtrie et hugolâtrie — ceci procédant de cela — se voient honnies comme superstitions pernicieuses. Ainsi la littérature qui eut chez nous, vers 1830, sa floraison la plus épanouie, trouve, ces temps-ci, des juges rigoureux, et l'éloge d'un de ses précurseurs et annonciateurs peut paraître mal