Dans une notice, en tête de Franciscus Columna
homme tout blond » mesurait l'^SS, et le signalement de police qui nous en informe le dépeint « brun foncé » de cheveux, brun de sourcils et les yeux « gris brun ». Devrai, il était brun, mais Jules Janin a raison, sans doute, quand il lui met de la timidité dans les yeux. Même au temps de sa jeunesse militante et emportée, quelque chose d'indécis et de pensif dut alterner avec des vivacités soudaines dans l'expression de son visage au long ovale, comme dans son pas de flâneur haut sur ses jambes.
On a contesté sa détention à Sainte-Pélagie, et peu s'en faut qu'on n'ait, en propres termes, argué de mensonge ce chapitre de ses Souvenirs. Sainte-Beuve, omettant, pour ne point sembler dupe, la détention prétendue, s'est contenté de dire que, grâce à l'intervention du P. Oudet, bibliothécaire de Fouché et ami d'Antoine Nodier à l'Oratoire, « l'imprudent jeune homme» se vit« renvoyé à son père à Besançon'». Mérimée, le jour qu'il prit à l'Académie la place du poète de la Napoléone, s'appropria cette version, en l'assaisonnant d'ironie *. Mérimée ni Sainte-Beuve n'étaient bien informés, et d'autres se sont trompés après eux. Il n'est pas vrai que tout se soit « borné à une réprimande » et que le jeune sa-
1. Portraits littéraires, t. I, p. 464. Sainte-Beuve se promettait d'ailleurs de revenir, mieux renseigné, sur ce « fol épisode» (p. 463, note 1).
2. Discours de réception à l'Académie française, 6 février 1845.
tirique, qui rêvait « la palme du martyre », n'ait « obtenu que l'humiliation d'une dédaigneuse clémence ' ». Nous avons entre les mains un extrait des registres de cette prison % qui atteste que «Naudier(sic) Charles, homme de lettres, âgé de vingt-trois ans, né à Besançon (Doubs), demeurant à Paris, rue des Frondeurs, hôtel de Berlin », entra « dans ladite maison le 1"" nivôse an XII, en vertu d'un ordre du conseiller d'État préfet de police Dubois... » et que, le « 6 pluviôse an XII de la République », il fut « transféré à la préfecture, ordre du conseiller d'Etat préfet». Voilà donc vérifiée la soi-disant légende de l'incarcération de Nodier*.
Faut-il croire maintenant tout ce qu'il raconte de son séjour « sous les plombs » ? Et devonsnous tenir pour article de foi qu'il échangea ce cachot pour la cellule de M"' Roland ? Il ignorait tout d'abord que l' « héroïne de la liberté » l'avait précédé à ce numéro 6 où il avait horreur de remplacer l'épicier Trumeau, empoisonneur