‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 41 sur 163 · JEANNE PHLIPON FEMME ROLAND · texte numérisé non relu

JEANNE PHLIPON FEMME ROLAND

« M"° Roland ! m'écriai-je, M°° Roland ici t J'étais à genoux, et ce lit, qui me révoltait tout à l'heure, je ne l'aurais pas donné pour le divan d'une belle princesse ni pour l'édredon d'une nymphe. »

De ce fait, même dépouillé de ses dramatiques détails, nulle pièce administrative ne saurait fournir la preuve. La négation, en tous cas, en est gratuite. Que Nodier ait ou non séjourné entre les mêmes « quatre murs » que M"' Roland, peu importe, d'ailleurs. Observons seulement que plus d'un témoignage a confirmé les « Prisons de Paris ». M"" Mennessier-Nodier les entendit raconter par un compagnon de chambrée de son père, le chef vendéen Renou, dit Bras-de-Fer. Elle en recueillit encore le récit de la bouche de Victor Couchery, l'un des premiers amis que Nodier rencontra à sa sortie de prison : « Ne m'approche pas, lui dit-il, j'ai la lèpre. — Je l'ai aussi », répondit l'émigré *.

1. Couchery en était un et, comme tel, suspect. Il fut, au dire de Nodier, impliqué dans le procès de Moreau. On le trouve

On pense bien que l'incident de la Napoléone et ses suites émurent le paisible magistrat de Besançon. Il était, dirions-nous aujourd'hui, gouvernemental. Il se réjouissait de voir l'ordre politique renaître sous une main ferme. Au lendemain de l'attentat de nivôse, il avait maudit « les scélérats qui méditaient de plonger la République dans l'abîme des malheurs ». Il aurait voulu contempler le visage de Bonaparte.il écrivait à son fils : « Tu m'as fait de la peine en m'apprenant qu'il n'y avait point de portrait ressemblant du Premier Consul; j'espérais que tu me ferais passer une gravure bien parlante du sauveur de la République pour en faire l'ornement de mon cabinet. » On imagine le coup que lui porta la retentissante affaire dont Charles était le héros. Mais l'alarme de l'amour paternel éclipsa en lui tout autre sentiment. Le ton de la tendresse inquiète domina sa correspondance avec le prisonnier, et il oublia de lui faire des reproches : « J'ai reçu hier^ mon ami Charles, ta lettre du 21 ; tu n'as rien oublié pour me tranquilliser sur ton état et sur ton sort... J'embrasse avidement l'heureux espoir que tu me présentes... Que d'effet d'un délire

nommé dans des instructions de Fouché (22 germinal, an XII), relatives à la conjuration de l'Alliance, dont il sera parlé plus loin. Le ministre de la police écrivait aux préfets du Doubs et du Jura : « L'émigré Couchery est de Besançon, il doit y avoir conservé des relations. » (Arch. nationales, F' 6457.)

momentané '... » Suit l'offre de « courir », de « voler » auprès de ce fils qui a souffert, » langui dans la misère », sans le dire.

L'intervention de Moncey, ni celle du P. Oudet, ni les souvenirs de l'Oratoire ne nuisirent, apparemment, à la cause du jeune détenu. Mais sa sœur fit peut-être, pour sa libération, plus qu'aucun intercédant, par la seule production d'une de ses lettres, déjà vieille. Elle était à peu près du temps où il composait la Napoléone, mais combien différente de ton ! Il avait pu, par une faveur du général Caffarelli, pénétrer dans les appartements du Premier Consul et assister, en bonne place, à une revue du Carrousel. Il en disait ses impressions, mais il parlait surtout de la personne de Bonaparte :

J'attendais son passage sur le grand escalier. Un jeune mamelouck, qu'il a ramené d'Egypte, ouvre la marche... Viennent ensuite quatre aides de camp, couverts de broderie d'or. Derrière eux s'avance modestement un homme en habit gris, la tête penchée vers la terre, marchant sans éclat et sans prétention. C'est Bonaparte. Aucun de ses portraits n'est ressemblant. Il est impossible de saisir le caractère de sa figure, mais sa physionomie terrasse, je n'ai pas encore pu m'en relever...

Quel homme que Bonaparte ! Gomme on l'aime !... Comme on l'admire !...

Comment la même plume qui allait dénoncer,

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