‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 70 sur 163 · Edouard Grenier, Souvenirs littéraires, p · texte numérisé non relu

Edouard Grenier, Souvenirs littéraires, p

LE SALON DE l'aRSENAL 137

comme Almaviva, indépendamment de toutes les phrases, protocoles, etc.. Ainsi vous me pardonnerez si ma lettre est bête. Je vous l'ai portée pour vous prier de vouloir bien la faire parvenir au jeune homme, en question, attendu que l'adresse qu'il a mise au bas de son sonnet est pour moi un mystère géographique.

J'aurais été bien heureux, madame, que cette petite correspondance eût été pour moi une occasion de vous revoir quelques instants dans ce respectable Arsenal où nous avons tant dansé à quinze ans. Hélas ! nous sommes tous devenus de grands personnages, et la gloire, qui ne danse pas, a tout séparé. Elle vous a du moins permis de rester ce que vous étiez, l'une des femmes les plus charmantes et les plus spirituelles de cet ennuyeux temps.

Veuillez agréer, madame, mes compliments respectueux et empressés,

Alfred de Musset.

Selon son désir, cette correspondance lui fut une occasion de revoir celle avec qui la valse prolongée

...rendait quelquefois matinal l'Arsenal.

Nous en avons la preuve dans ces vers :

Je vous ai vue enfant maintenant que j'y pense, Fraîche comme une rose et le cœur dans les yeux...

Il vint, en effet, les écrire sur le cahier même de Marie Nodier \ On sait comment elle y sut

1. Lesdeux sonnetsqui suivirent furent, sans doute, envoyés par la poste. Ils sont annexés d'un fil à l'album.

répondre, et quelle escrime vive et charmante ce fut, trois jours durant, entre elle et le poète piqué au jeu. Inutile de transcrire des morceaux trop connus. Observons seulement, dans le premier sonnet de Musset, une variante qui doit se souligner.

Au lieu de :

Vous aimiez lord Byron, les grands vers et la danse...

que nous lisons dans le texte imprimé, l'album porte :

Vous aimiez Paul Foucher, les grands vers et la danse.

Musset badina plus d'une fois sur le beaufrère de Victor Hugo. Il circulait de lui des vers d'enfant terrible sur Mélanie Waldor et Paul Foucher valsant ensemble \ Il ne les a jamais publiés. Il n'a pas voulu immortaliser non" plus la plaisanterie qui se lit de sa main dans Talbum de l'Arsenal.

Parmi les « futurs grands hommes » qui s'essayaient aux vers dans la « boutique » romantique de Nodier, Musset nomme, tout de suite après Hugo, Vigny :

De Vigny chantait sur sa lyre

Ce beau sire Qui mourut sans mettre à l'envers

Ses bas verts.

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