‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 72 sur 163 · Pièce à M™» N., {Annales romantiques · texte numérisé non relu

Pièce à M™» N., {Annales romantiques

tait bien séduisant par le bleu profond de ses yeux méditatifs, la ligne pure de son profil, la finesse quasi-féminine de son teint, plus encore peut-être par une élégance innée de manières et de noblesse, par le «style» de toute sa personne. Il troubla des cœurs à l'Arsenal ; un, tout au moins, dont nous parlerons. Nous n'avons, d'ailleurs, de son passage dans l'intimitié de Nodier, qu'une preuve écrite. Dans le même album illustré où Lamartine traça le sixain que nous avons cité, nous lisons, de la main de Vigny, les premières strophes du Cor \

Nous avons cité des étoiles de première grandeur. Quelques autres, qui aujourd'hui nous semblent, à côté, bien pâles, jetaient alors des clartés vives. Emile et Antony Deschamps brillaient en tête de la jeune école. L'aîné des deux frères surtout, Emile, bien que d'une originalité moins forte, se signalait à cette avantgarde. Lai¥Mse française fut sa chose. Du moins, la dirigea-t-il, en quelque sorte, indivisément avec Saint- Valry. Nul n'en personnifiait mieux l'esprit. Il en représentait, aux yeux de Sainte-

1. Signalons-y une variante. Dans ce manuscrit, le poète avait mis :

Que de fois, seul dans l'ombre, à minuit demeuré, J'ai souri de l'entendre, et quelquefois pleuré.

Il a corrigé cette répétition dans le texte définitif ;

J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré.

Beuve, « le type le plus fidèle, dans sa gentillesse et sa flatterie innocente », tandis qu'Alexandre Soumet en était « le type grandiose et un peu solennel * ». Il avait de la vivacité, de la souplesse, de la grâce. Le poète des Pensées d'Août l'a comparé à « une vierge en fleur qui voulait être aimée ». Il y avait de la coquetterie féminine dans son talent. Témoin les strophes signées de lui dans l'élégant cahier de Marie Nodier. C'est spirituel, — d'un esprit quelque peu cherché, — avec de l'aff'éterie dans le ton :

Aujourd'huy que la vieille Europe, Industrielle et philanthrope S'organise par bataillons, Que la Liberté, vierge mâle, Farde avec du sang son teint pâle Et se drape avec des haillons ;

On voit le chaste chœur des Muses Fuir comme des biches confuses Que pressent la meute et le cor ; Elles tremblent comme les trônes, Et... mais pour qui ces deux couronnes Sur ces deux luths, vibrant encor ?

C'est pour une jeune mortelle Presque Déesse. — Quelle est-elle ?

L'amour dirait : « J'ai deux mamans ! » Faisons-lui des bouquets par mille.

Il est un peu plus difficile De lui faire des compliments !

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