CHAPITRE VII
DERNIÈRE PÉRIODE DE LA VIE SCIENTIFIQUE DE NODIER (Suite) : — ILLYRIE, PARIS
§ 1. Nodier naturaliste en Illyrie
Dans le cours de son voyage de Quintigny à Laybach, Nodier s'arrête à Genève, à la fin de décembre 1812, pour y visiter de remarquables collections d'insectes.
Il y avait alors, dans cette ville, un naturaliste distingué, le médecin Louis Jurine (6 février 1751, f 20 octobre 1819), auteur d'une Nouvelle mélhode de classer les Hyménoptères et les Diptères publiée à Paris en 1807, et possesseur de lies belles collections entomologiques. Nodier ne pouvait moins faire que de rendre visite au savant et à ses collections ; il en sortit émerveillé : « J'ai vu le respectable Jurine et une collection d'insectes qui m'a consolé de perdre la mienne, » écrit-il à Weiss, le 2 janvier 1813 (X. 140) : il y fait encore allusion, plus tard, dans une de ses nouvelles, Amélie (p. idij).
Nodier a pu, du reste, revoir ces collections à Paris, où elles furent transportées, après la mort de Jurine ( 1819), par un de ses fils, propriétaire des Bains de Tivoli, lui-même excellent naturaliste et auteur de plusieurs mémoire? publiés dans les Aiinales du Muséum (').
Nodier arrivaà Laybacli au commencement dejanvioi- l<SI3; le 6, il y est installé officiellement (2).
(1) Voy. DE.IEAN, XXVIII, t. I. p XXIV.
(2) Voy. Michel Salornon. XIX, p. 8S. On relève liaiis Qiiérard Tr. litt . VI. 420; la singulière affirmation que, « dès 1810, Nodier fonda, rédigea et
Pendant les quelques mois de son séjour en Illyrie, et malgré le peu de temps que lui laissent ses fonctions de bibliothécaire et surtout de directeur des journaux officiels de Laybach, Nodier peut cependant s'occuper d'histoire naturelle : il parcourt la Carniole, la Croatie, visite les bords de la Save, les Alpes juliennes (1); il y fait des récoltes d'insectes assez intéressantes pour qu'il puisse les communiquer au célèbre entomologiste, le comte Dejean (-).
« Nodier, homme de lettres et romancier très connu, s'est un peu occupé d'entomologie et m'a donné quelques insectes de la Carniole et des montagnes du Jura » (XXVIII, t. Il, p. vu).
C'est l'origine des relations de Nodier avec Dejean et du rappel de son nom dans ses ouvrages, par exemple dans la Fin prochaine du genre Iniinain ([). lîl^j : « cet amiji'e, aussi pur et aussi transparent que la topaze s'est durci sur un insecte que Dejean ne pourrait nommer. »
Sur le (f Carahuff cœlalus » de la Carniole. — Aux recherches entomologiques de Ch. Nodier en Illyrie se rattache l'histoire d'un insecte de la Carniole et de la Croatie indiqué dans le Jura très probablement par erreur.
On lit, en elTet, dans FAimiAiR?: et Laboulbène 3) à propos des Carabe» à labre bilobé.
Une première division renfermerait les Carabes à élylres rugueuses, couvertes de gros points irrégaliers, enntluenls. Ce
publia à Laybach, dans le temps où il était bibliothécaire, un journal intitulé le Télégraphe, qui a paru jusqu'en 1813 » ! Nous avons vu où Nodier était en 1810, 1811 el 1812 ! Il est curieux que Béchet fasse aussi partir Nodier pour l'illyrie, dans l'été 1810! (Voy. Acad. de Besançon. 24 août 1845, p. 8).
(1) Cf. lettre du 13 mai 1813, citée dans Béchet (loc. cit).
(2) Pierre-François-Augusfe comte Dejean, né à Amiens, le lO août 1780, -{-18 mars 184.5; général et entomologiste; il était cnrnpaf iole et élève de Duméril XXVIII, t. II, p. v)
(3) Faune entomologie ne française, Coléoptères, t 1, l8oi, p. 19,
sont tous de grands insectes propres à la Carniole et à la Croatie. S'il faut en croire Dejean, le Carabuscœlatus(DEj.,Sp 11,38) aurait été trouvé dans les montagnes du Jura par Ch Nodier.
Si l'on se reporte au Species de Dejean, on voit qu'il s'agit d'un exemplaire de Carahxis cœlatii», un peu différent du type, que Nodier disait avoir pris dans les monts du Jura : « C. cœlati/s, Carniole et provinces voisines. M. Ch. Nodier m'en a donné un individu qui est un peu moins allongé et dont le corselet est un peu moins long, qu'il m'a dit avoir pris dans les montagnes du Jura. = C. cœlotuf Fabr.. variété ! dans le Jura, sec. Ch. Nodier (XXVIII, t. II, p 38). »
Les détails que nous venons de donner sur le séjour de Nodier en lUyrie, pendant une partie de Tannée 1813, nous permettent de trouver l'explication de ce fait d'abord déconcertant de géographie entomologique. Malgré les petites différences relevées par Dejean, il est infiniment probable que l'individu qui lui a été communiqué jiar Nodier avait été récolté par lui, pendant son séjour en Illyrie, en 1813, et mélangé, par mégarde, avec ses récoltes jurassiennes. Dejean reconnaît, du reste, dans un autre endroit de son ouvrage, que Nodier lui a envoyé des insectes de la Carniole ('XXVIII, t. II, p. vij).
Il ne serait cependant pas impossible qu'une variété de Carabris cœlatiis existât dans les expositions chaudes du Jura ; on sait qu'un certain nombre de formes de l'Europe centrale et orientale, animales et végétales, atteignent le bord oriental du Jui-a, souvent avec des caractères un peu différents, et il y a d'autres exem]iles de types de la Carniole retrouvés dans l'est de la France ; on peut lire, dans une note récente de M. Forel (pie le Laniuscnniiolicns Mayr., de Laybach, — curieuse coïncidence, — a été retrouvé à Dieulefit (Drôme), par M. Bugnon (K.
(t) Soc. vaudoise des sciences naturelles, mars 1908, n° 162, p. 16.
En Dalmatie, Nodier eut l'occasion d'étudier les relations singulières existant enti-e le typhus et une mouche qu'il ne put malheureusement pas déterminer (voy. plus loin, chap. IX, § 1).
D'après P. Lacroix, Nodier t'ait aussi, en Illyrie, la chasse aux Lépidoptères et des ohservations curieuses sur la persistance de la vie chez les crapauds ; [XXXV», p. lOB^] ; nous en reparlons plus loin (chap. XI, paragr. 1).
Nodier rappelle en divers endroits de ses Contes et de ses Essais, son séjour en Illyrie ou dans les contrées voisines ; « Je ne pensais qu'à poursuivre mes explorations de voyageur naturaliste sur les longues grèves de l'Illyrie, dans des contrées à peine connues des savants et des poètes, » dit-il dans Mademoiselle de Marsan (p. b, etc.), mais en mélangeant les lieux et les dates; il place en effet, ce séjour, à Trieste, en 1808-i<S09, en se rajeunissant, comme d'habitude de deux ans, « j'avais 26 ans », et en rattachant ce voyage à ses pérégrinations de 1806, « au Ijesoin de me dérober enfin aux poursuites obsMnées de la police impériale, le seul objet de ma récente émigration. » C'est là qu'il fait la rencontre d'un autre émigré, un vieux gentilhomme, le père de l'héroïne de la nouvelle, M de Marsan, (|ue le même «goût pour l'histoire naturelle rapproche subitement » de Nodier (p. 8) ; il y trouve, aussi, le D'' Fabricius, « plus versé que moi-même dans la technologie des sciences physiques » (p. 77), dont le nom rappelle le célèbre entomologiste, précisément le créateur du Carabiis cœlatus (1) !
Dans l'Essai De quelques pliénomènes du sommeil (2), Nodier place son voyage en Dalmatieà une date plus rapprochée de celle de 1813, en disant que le voyage de Fortis a été publié « une dizaine d'années avant ma naissance » et qu'il le retrouvait « 40 ans plus tard. »
(1) Sur rentornologibte Fabricius, voy plus haut, p 79. {1) Rêveries, éd. Rënduel, V, 1832, p. 183.
Nodier quittait Laybaoh, au commencement de l'évacuation de rillyrie (octobre 1813), pour rentrer en France, passer quelques semaines à Quintigny et se fixer enfin définitivement à Paris.
.^ 2. Nodier à Paris : dernières années de sa vie de naturaliste (1814-1820)
Dans les premières années de son séjour à Paris ou aux environs, Nodier est encore un naturaliste fervent, au moins pai' intermittences.
Il montre, dit Sainte-Beuve [l, 481]. « des retours par accès vers les champs, des reprises de tendresse pour l'histoire naturelle et l'entomologie (sic!); un jour, ou plutôt une nuit, qu'il errait au Bois de Boulogne, pour ses doctes recherches, une lanterne à la main, il se vit arrêté comme malfaiteur ».
Son ancienne passion se ravive surtout loi'sque les événements l'obligent à aller habiter dans la banlieue de Paris. ' Pendant les Cent jours (avril-juin 1815), au château de Buis, où le duc de Caylus lui donne asile pour le soustraire aux suites de ses imprudences antiimpérialistes, Nodier i"edevient chasseur d'insectes et récolteur de plantes. M"'" Mennessier- Nodier nous le montre « assis auprès de la table sur laquelle il avait api)orté une pelotte de longues épingles et une boite de fer blanc à fond de liège oi^i il piquait les innocentes victimes de ses chasses quotidiennes, des insectes et des papillons » [VIII, 188].
Et plus Idin : « les longues courses au fond des bois à la l'echerche d'un bupreste ou d'un scarabée recommencèrent; mon oncle et ma jeune cousine'!) avaient pris goût à ces études charmantes que le professeur savait rendre plus
(il M. de Tercv et M"* Méiaiiie Frank (vov. tableau généalogique, p. 71).
cliarinanles encore, et coiiiuie pendant ce tenips-l;i les beaux joui's étaient venus, la promenade de la veille encourageant à la promenade du lendemain, les trois marcheurs infatigables s'habituèrent bientôt à ne plus rentrer au cliàteau (ju'après le coucher du soleil » [VllI, 199].
Plus tard, à Saint-Gerrnain, où il était allé se rétablir du mauvais état de santé provoqué par la mort d'un jeune enfant âgé de deux ans, Nodier s'occupe encore, avec sa fille d'insectes et de plantes.
(( Je n'avais nullement l'intention, dit M'"'-' Mennessier, de désobéir, d'abord parce que je n'étais pas désobéissante et puis peut-être parce que j'étais fort peureuse, mais je composais un hei-bisi', — comme mon père, — je collectionnais les insectes, — comme mon père, — et toute préoccupée de ma poursuite, [)endant que lui était tout préoccupé de sa lecture, je ne tardais pas à m'égarer complètement » [VIII, 212].
Un nouveau projet vint encore une lois détourner Nodier de ses occupations ordinaires ; on lui offre une chaire d'économie politique au lycée qu'on doit créer en Russie, à Odessa (12 novembre 1817); Nodier vend ses meubles, ses livres, donne ses chères boîtes d'insectes à Aimé Martin (') et va attendre dans le Jura, à Quintigny, l'avis officiel de son départ; il y reste un an, puis revient à Paris (1818) l'efaire (( le nid qu'on avait abandoimé au vent des cliimèi-es ».
(Je fut la fin de sa carrière de naturaliste ; privé de ses livres, de ses collections, Nodier abandonne définitivement
(1) Voy. M""^ Mennessier-Nodier [VIII, 234j. — Martin (Louis-Aimé), né a Lyon, en 1786, mort à Paris, en 1847 ; professeur à V Athénée, À rEcoie polytechiuque, rédacteur aux Débats; disciple et ami de Bernaidin de Sailli-Pierre liout il épouse la veuve, Aimé Martin a publié l'ouvrage suivant qui a eu de nombreuses éditions : Lettres à Sophie, sur la physique, la chimie et l'histoire naturelle, Paris, 1810, 2 vol in-8" ; la 13" édition, en 1847, 2 vol. iu-12; elles inspirèrent probablement l'ouvrage analogue de son compatriote Mulsant : Lettres à Julie sur l'Entomologie, doiil nous parlerons pJLis loin (cbap. IX, paragr. 2).
-ouïes études qui avaient été l'objet de ses recherches enthousiastes depuis 179'2, pendant sa jeunesse, son adolescence, les premières années de son âge mûr, c'est-à-dire pendant 35 ans !
Cependant une passion si vive ne pouvait disparaître complètement. Le voyage que Nodiei- fit en Ecosse, en 1820, lui donna, en effet, l'occasion de se remettre, pendant quelques semaines, à i'Iiisloire naturelle et de faire des observations de géologie, de botani(iue et d'entomologie dans la célèbre région des lacs.
Les lacs de TEcosse rappelaient à Nodier les lacs du Jura, particulièrement le lac de Bonlieu qu'il ne se lassait pas d'aller admirer pendant son séjour à Quintigny (voy. p. 81). Dans l'introduction au volume Franche-Comié du Voyage pittoresque dans l'ancienjie France de Nodier, Taylor et Cailleux (1825, p. 9, 10), Nodier compare ainsi les lacs des deux contrées : « les lacs qui s'étendent à leurs pieds (des monts Jura; ne sont pas immenses comme les Méditerrannées de l'Helvétie et même de l'Ecosse, mais ils sont plus gracieux peut-être dans leurs dimensions moins étendues, et nous avons éprouvé qu'ils éveillent des idées plus familières et plus tendres, comme si leur circonscription bornée se rapportait mieux aux limites des sentiments de l'homme et le ramenait naturellement à ses affections les plus privées ». On sait que, depuis Nodier, cette région du Jura, où miroitent les belles nappes vert-bleu des lacs de Bonlieu, d'Ilay, du Grand et du Petit xMàclu, de Narlay, est souvent appelée l'Ecosse jurassienne (t).
Guidé par les indications du botaniste anglais W.-J. HookerC^), à qui il avait été recommandé par un ami.coinmun,
(Ij Voy. : Bouchot, Lu Franche-Coinlé, 1890, p. 160, etc. ; — Akdouin- DuMAZET, Voyage en France, '23^ série, Plaiiie comtoise et Jura, 1901, p. 254; — .\iit. .M.\G.\iN, Les Lacs du Jura, 1904, p. 144.
(2,1 II s'agit de Williain-Jacksoii Hooker, né a .Norwich, eu 1785, mort à Ivew, en 1805, le père de l'auteur d\i Gênera plantarurn, Jos.-Dalt.
Bory de Saint-VincenL v'), Nuilier récolte sur les bords des Loch Lomond et Katherine et sur les montagnes qui les entourent, des plantes intéressantes et des insectes rares ou inédits; ces observations sont résumées dans l'ouvrage Promenade de Dieppe aux rnonlagnes de V Ecosse, publié 1 année suivante ('-' ; bien que Nodier se défende d'y donner des descriptions scientiliques, — (( nous n'avons pas, dit-il (p. '20), la prétention d'instruire, notre ambition se borne à jouir de ce qui est beau », — ces pages sont très remarquables même au point de vue de l'histoire naturelle'^,.
Plus tard encore le naturaliste perce à chaque page de la plupart des Nouvelles et des Essais littéraires de Nodier ; rappelons au lecteur, Trilbij (1821), iW^" de Marsan (1830), les Emigrés, la Fée aux miellés, les Souvenirs de jeunesse, Piranèse, etc., et surtout Marie- Sybille Mérian (1832), L'Homme el la Fo'irmi (1841) qui sont de véritables contes entomologiques ; nous les analysons plus loin (Chap. IX, X, XI, XII.)
Nodier saisissait du reste toutes les occasions de parler science et surtout sciences naturelles •, à propos de la publication de divers Diclionnaires de la langue française (1824, 1828), il critique leurs déhnitions des termes d'histoire naturelle ; il publie, dans les Mélanges lires d'une pelite biblio- Uiëque (1829) à l'occasion de deux livres rares, de véritables dissertations scientiliques sur des Sphinx dos environs de
HooKER ; \V. J. Houker a publié de nombreux ouvrages de botanique, nolamuieiil le Flora f,cutica. 1821, dont Nodier se servit pour lu rédaction de son voyage.
l) Bory de S.mnt-Vuncent (Jean-Bapt.-Georges-Marie),oflicier du génie, naturaliste, ué à Agen, en 178j, mort en 1846 ; a exploré les lies de France el de la Heunion ; proscrit en 1815, il était rentré en France eu 1819 ; Nodiei' fait allusion aux observations de Bory dans ses voyages.
(2; En 1821 : Le chapitre XXll, p. 2U5 à 22ti traite des Productions naturelles.
{[ij Nous les reprc^idiasons dans la 2'= partie de cet ouvrage ; voy. déjà plus loin, cliap. VtlL paragr.iS; cliap. XI, piragi'. 1 et 2; chap. Xil, paragr. 1.
Montbéliard et sur les Scarabées des Hiéroglyphes . Ces préoccupations scientifiques se retrouvent encore dans divers articles des Mélanges de litiéralnre et de critique (1820), VEisai sur le gaz lii/drogène (1823), la Palingénésie humaine (4832), les Nomenclalnrcs scientifiques (1836), etc. ; à l'Arsenal même (1824-1844), dans les célèbi'es soirées, « un mot lui rappelait le botaniste et l'entomologiste qu'il avait été jadis dans la vallée de Novillars », sur les monts du Jura et dans la calme demeure de Quinligny.
Nodier donne une autre preuve manifeste de l'intérêt qu'il poi'te toujours à ses anciennes études, au moment de la fondation de la Société entomologique de France (1832), en se faisant inscrire parmi les premiers adhérents.
En 1835, le 23 août, Nodier représente l'Académie française, avec Roger et Michaud, à l'inauguration de la statue de Guvier, élevée à Montbéliard ; il y retrouve Duméril, délégué par l'Académie des sciences. Les connaissances scientifiques de Nodier, autant que sa qualité de compatriote et ses relations amicales avec Guvier, ont pu déterminer l'Académie à choisii' Nodier pour faire l'éloge de l'illuslre savant, à côté des naturalistes Duméril et Duvernoy (1) ; bien que son discours soit entièrement littéraire, on ne peut passer sous silence sa participation à cette cérémonie scientifique (2j; Nodier y signale, du reste, chez Guvier, la réunion des qualités du savant et de {'écrivain, réunion qui se retrouve aussi chez Nodier, puisque, comme il le dit de l'illustre naturaliste, tous deux ont su « exprimer avec une élégante correction des idées et des détails qui semblent se prêter
(i; Nodier était en relations amicales avec Cuvier, comme on le voit par plusieurs de ses lettres de Quinligny et par ce passage de son discour's : (' au pied de cette statue (jui nous rappelle des traits si cliers à notre mémoire, et oserai-je le dire, à notre amitié. » (p. 18).
(2) Inauijuration du moamneal Cuvier el Précis hislorigiie de la cérémonie qui a eu lieu à Montbéliard, le 23 août 1835; Montbéliard, 56 p , 8' : le discours du Nodier occupe les pages 16 à 18.
le lUDiiis aux coiiiljinaison.s du style et aux ornements du langage ».
Trois ans auparavant, Nodier avait fait paraître dans le joui'nal Le Temps un Examen critique des Lettres à Julie sur l'Entomologie par MulsantiK ; au moment de la publication da cet ouvrage, en 1830, il avait écrit à l'éditeur cette lettre bien suggestive.
.1 M. Levavasseur, libraire, au Palais-Roijal, f/alevie neuve.
4 juin 1830.
-Mon ciier Monsieur,
Vous avez publié des Lettres sur l'Entomologie, auxquelles je prends un grand intérêt, car cette science de fourmis et de cirons est, de toutes celles que J'ai étudiées, le plus en rapport avec mes facultés littéraires et je me flatte de la bien savoir. Ce serait donc une belle et bonne œuvre de votre part que de m'en donner un exemplaire, dont je vous compenserais volontiers la valeur en quelques lignes d'appréciation mieux entendues que la plupart de celles qu'on peut vous offrir dans les journaux
.\ vous de cœur.
à l'Arsenal.
L'éditeur de cette lettre, M. ue la Fizelière (2,i, ajoute : « La révolution de Juillet, arrivée quelques semaines plus tard, a dii empêcher Nodier de donner suite à son projet d'article, car je n'ai trouvé trace de son article, ni dans les Débats, ni dans le Temps, les deu.x journaux où il écrivait le plus volontiers ».
i\) Lettres à Julid sur l' Eatoniolojie. Lyon, Rossary ; Paris, Levavasseur, 1830, 4 vol. in-S». — Mulsant ^MarLial-Etienne), entomologiste lyonnais, né à .Marnant (Rhône) en 1797, f à Lyon, le 4 nov. 1880 ; conservateur (Je la Bibliothèque, professeur au Lycée, etc.
(2) Charles NoJier, entomologiste, dans Bull, du Bibliophile, 18.07, 13» série, juin, p. 3'24, 325.
Contrairement à celte assertion, mais seulement en 1832, dans le journal le Temps (26 février et 8 mars), Nodier donnait, comme il l'avait promis, une analyse de l'ouvrage de l'entomologiste lyonnais, analyse curieuse, pleine de verve et d'aperçus ingénieux, mais où il est à peine question de l'œuvre elle même ( voy. chap. IX, paragr. 2) ; Mulsant en fut cependant satisfait puisqu'il la fit réimprimer quelques mois après (Lyon, 1833, chez Rossary, 14 p. in-12) et qu'il donna le nom de Nodier, sept ans plus tard, à un bel insecte, ÏOxijpleurii.i Nodieri, en accompagnant cette dédicace de la note suivante :
;( Je l'ai dédié à M. Gli. Nodier, auteur d'une bibliographie entomologique (entomologiste autrefois passionné. 2^ édition, 1862) et l'une des gloii-es de notre littérature » [XXX, 1840, p. 57].
Cet hommage de 1840 est le dernier lien (|ui rattache Nodier à l'entomologie ; l'illustre encyclo|iédiste mourait quatre ans plus tard, le 25 janvier 1844, à l'Arsenal, au milieu d'une partie seulement de ce qui avait été la passion de sa vie, (( mes in.-ectes, ma femme, ma fille » [X, lettre XL] : sa femme et sa fille l'entouraient de leurs soins pieux ; mais ses livres et ses collections d'Iiistoire naturelle, « ses cliers insectes », avaient quitté depuis longtemps la demeure du naturaliste ijui leur devait les rares instants de véritable bonheur de sa jeunesse agitée et les meilleurs délassements des débuts difficiles de sa carrière d'écrivain.