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NODIER ZOOLOGUE ET BOTANISTE

L'Eiitomoloyie n'e»t pas la seule branche de l'histoire naturelle dont Nodier se soit occupé, on vient de voir avec quelle passion, sinon avec un succès incontesté. Il s'est aussi intéressé à d'autres parties de la zoologie, à la botanique, à des questions de physiologie et de médecine ; il a été enfin professeur d'histoire naturelle, circonstance importante pour la thèse que nous soutenons dans cet ouvrage ; ces divers côtés de sa vie de naturaliste sont étudiés dans les chapitres XI et XII.

§ I. Observations zoologiques : les animaux ressuscitants.

lo On trouve dans les œuvres de Nodier d'assez nombreuses observations sur d'autres animaux que les insectes: nous mentionnerons d'abord celles que P. Lacroix a rappelées dans le Ballelin du Bihliophile (1864, p. 1055) sur les Crapauds centenaires et millénaires, les crapauds accoucheurs, l'association du crapaud et de l'araignée.

Un jour, en Styrie, au cours d'une chasse entomologique, Nodier introduit la main dans le creux d'un arbre ; il sent quelque chose de visqueux et constate que c'est une partie d'un animal emprisonné dans le bois ; il fend l'arbre avec une hachette et en retire un énorme crapaud qui devait être enfermé, là, depuis de nombreuses années ; cette observation fut, pour Nodier, l'occasion d'une étude sur toutes les histoires connues de crapauds centenaires ou millénaires découverts dans des pierres ou des troncs d'arbres (op. cit., p. 1059).

La description d'un fait de coinnienj^alisme entre un crapaud et une araignée avait pour origine une anecdote rapportée par Nodier de son voyage en Normandie (o|). cit., p. 1055). Une autre histoire non moins fantastique met en scène un crapaud et un lézard (id., p. 1060) ; Nodier célèbre, au même endi'oit, les veilns du crapaud .. ; mais ce sont là de ces fantaisies dans lesquelles Nodier excellait et non do véritables observations scientifiques.

« Comme dans l'histoire naturelle, raconte plaisamment A. Dumas, Nodier distançait Hérodote, Pline, Marco Polo, liulTon et Lacépède ! Il avait connu des araignées pi'ès desquelles l'araignée de Pélisson n'était qu'une drôiesse ; il avait fréquenté des crapauds près desquels Mathu.salem n'était qu'un enfant ; enfin il avait été en relations avec des caïmans près desquels la tarasque n'était qu'un lézaid »

Cependant à propos des lézards, Nodier a donné dans le Songe d'Or, une description très exacte, très vivante, de la démarche du Kardouon, « le plus subtil, le plus accort des lézards », un des principaux personnages du conte.

Et le Kai-doiion se glissa vers le trésor, non direclement, parce que ce n'est pas sa manière, mais en traçant de prudents détours; tantôt la tête levée, le museau en l'air, le corps tout d'une venue, la queue droite et verticale comme un pieu; tantôt arrêté, indécis, penchant tour à tour chaciui de ses yeux vers le sol pour y appliquer sa fine oreille de Kardouon, et chacune de ses oreilles pour en relever son regard; examinant la droite, la gauche, écoulant pai'lout, voyant partout, se rassurant de plus en plus, filant un trait comme un brave Kardouon, se retirant de lui-même en palpitant de terreur, comme un pauvre Kardouon qui se seul poursuivi loin de son trou; et puis, tout heureux et tout fier, relevant son dos en cintre, arrondissant ses épaules à tous les jeux de lumière, roulant les plis de son riciie cai'apaçon, hérissant les écailles dorées de sa cotte de mailles, veidoyanf, ondoyant, fuyant, lançant au

vent la poussière sous ses doigts et la fouettant de sa queue. C'était sans contredit le plus beau des Kardouons d).

'■l" Dans son Eccunion aux montagnes d'Ecosse en 1820 (2), Nodier eut l'occasion de faire, outre les reclierches entoniologiques rappelées dans un chapitre précédent (chap VIII, § 3), des observations sur d'autres animaux intéressants de celte région : nous relevons particulièrement ce qu'il dit de la faune des montagnes qui avoisinent le Loch Lomond.

Les landes froides et nues de l'Ecosse sont comme celles du reste des pays septentrionaux, couvertes par le lichen des rouies ; mais la nature qui a prodigué dans ces contrées la pâture du précieux domestique des Lapons, n'y a point placé l'animal qui s'en nourrit. Nul grand quadrupède n'anime de sa présence les solitudes de la Galédonie, si ce n'est quelques bêtes fauves fugitives qui doivent même être assez rares. A peine un miauleuient féroce indique de temps en temps le chat-paid, que toutefois je n'ai pas entendu; et parmi les oiseaux, à peine un long sifrlement. avec un clappement court et répété connne le cri strident de l'oie sauvage, indique la retraite du ptarmigan, espèce de gelinotte ou de tétras, fameuse parmi les montagnards, et qui vit au dessus du domaine humide du héron et au-dessous de celui de l'aigle, dans la verdure basse, sombre, sévère des arbustes herbacés ou des herbes ai'borescentes de la montagne (3).

Dans la description du Loch I.omond, à propos d'une des trois merveilles que les bateliers signalent au touriste, les poissons sans nageoires, Nodier constate que ce prétendu poisson est une couleuvre, probablement le Coluber nalrix (Id. p. 184).

(1) l.c '^onge d'Or, éd. Heinluel, t. YI, p. 279-318.

(2| Voy. plus; haut. Chapitre Vit, § 2.

(3) Promenade de Dieppe anx >nontagnes de l'Ecosse, 1821, p. 220.

3» Les Animaux l'essuscitanis. Les plus curieuses de ses observations zoologiques sont certainement celles que Nodier fit dans sa jeunesse, vers 20 ans probablement, — A. Dumas dit vers sa 18" année, — sur les Animaux ressuscitants. Nodier ne les a pas publiées, mais A. Dumas nous les a conservées dans la préface de son conte Les mariages du père Olifus, paru en 1849, et elles ont été reproduites par P. Lacroix dans le Bulletin du Bibliophile de 1864 (p. 1041). Vers l'âge donc de 20 ans, Nodier logé, probablement à Paris, au 5« étage, s'amusait à examiner au microscope, à l'exemple de son premier maître Girod de Chantrans. les infiniment petits qui grouillaient dans les gouttières du toit, voisines de sa fenêtre ; il aperçoit un jour, dans une pincée de sable humide provenant de cette gouttière, un animal étrange, (( ayant la forme d'un vélocipède, armé de deux roues qu'il agitait rapidement. Avait-il une rivière à traverser, ses roues lui servaient comme celles d'un bateau à vapeur ; avait-il un terrain sec à franchir, ses roues lui servaient comme celles d'un cabriolet... » Nodier l'étudie, l'analyse, le dessine... puis l'oublie, jusqu'à ce qu'un jour une goutte de pluie le ressiiscite : « alors, au contact de cette fraîcheur vivifiante, il semble à Nodier que son Taranfatello, — c'est le nom qu'il lui avait donné, — se ranime, qu'il remue une antenne, puis l'autre : qu'il fait tourner une de ses roues, qu'il reprend son centre de gravité, que ses mouvements se régularisent, qu'il vit enfin ».

Dix fois Nodier renouvelle la même expérience ; dix fois le sable sécha et le tarentatello mourut, dix fois le sable fut humecté et dix fois le tarentatello ressuscita.

C'est, à n'en pas douter, d'un Rotifère qu'il s'agit dans cette description pleine d'humour, dans ces pages spirituellement écrites que nous rééditons en entier dans la '2^ partie de cet ouvrage : les mouvements de l'animal et les phénomènes de reviviscence y sont décrits très exactement

quoique d'une façon qui paraît d'abord absolument fantaisiste (').

Ces petits êtres, dont les plus grands atteignent à peine un millimètre, vivent, en effet, dans la mousse des toits ou le sable des gouttières ; dans l'eau, ils nagent au moyen de deux lobes ciliés placés de chaque côté de la bouche et les mouvements de rotation des cils produisent bien l'apparence de deux roues d'engrenage en mouvement; sur un support humide, ils rampent, se contractent, se roulent de diverses façons, accomplissant les mouvements observés par Nodier et décrits d'une manière si pittoresque par A. Dumas ; enfin, ils ont la propriété de se dessécher sans cesser de vivre (vie latente ou ralentie) et de revenir à la vie active si on les humecte.

Ces phénomènes avaient déjà été observés, à l'insu de Ch. Nodier, par Leeuwenhoeck (1632 7 1723) ^t Spallanzani ( 1729 f 1799), décrits aussi par Valmont de Bomare (1731 -j- 1807), mais mis en doute par Bory de Saint-Vincent (1780 -}- 1846) ; ils ont été vérifiés et expliqués depuis par Schultz, Doyère, Dujardin et enfin par Broca dans ses belles Etudes sur les animaux ressuscitants (Paris, 1860). Des recherches plus récentes ont montré que l'animal ne peut pas résister indéfiniment à une dessication réelle de tous ses organes ; il faut qu'il ait pu se préparer à la dessication apparente par une év'aporation lente, dans le sable ou la mousse par exemple, en se contractant, et en sécrétant autour de lui une enveloppe gélatineuse qui empêche la des-

(1) Dans son Examen des Lettres à Julie (Voy. précéd' Chap. IX, §2), Nodier fait allusion probablement à ces observations dans le paragraphe suivant où il emploie, du reste, le mot tardigrade rotifère : « il y a 150 ans qu'un philosophe trouva la dépouille depuis longtemps desséchée du tardigrade rotifère dans une pincée de poussière, sous une des vieilles tuiles de son grenier, et depuis celte époque, l'atome vivant a rajeuni trois fois de demi-siècle en demi-siècle, plus agile, plus robuste et [ilus industrieux, sous une goutte d'eau pluviale. » (p. 5).

sication des tissus intérieurs ; c'est donc, pour les naturalistes actuels, un simple phénomène d'enkystement 1).

Les observations de Ch. Nodier, remarquables pour l'époque où elles ont été faites, méritaient donc d'être rappelées ; le récit si humouristique en a été écrit par A. Dumas, mais il pourrait être signé de notre naturaliste bisontin et c'est pourquoi nous pouvons lui en attribuer tout le mérite, aussi bien au point de vue littéraii-e qu'au point de vue scientifique (2).

4" A ce paragraphe se rapportent les observations critiques de Nodier sur diverses définitions de termes zoologiques relevées dans les Dictionnaires de la Langue française ; elles ont paru 1° Dans les Mélanges de Hltéralure et de critique (1820, t. L p. '145) pour le Dictionnaire de Boiste (définitions des mots Gelinotte, Millepieds, Physetcr) ; ""1° Dans son essai Examen critique des Dictionnaires de la Langue française (1824).

Dans ce dernier travail, Nodier repi'end les articles revisés dans les Mélanges de littérature et y ajoute : Algazelle, Amphisbène (que les Dictionnaires définissaient serpent à deux tètes), Aranéides, Cent-pieds, Cétacé, Chabot, Chauvesouris, Chacal, Connifle, Crapaud, Escai'got, Limaçon, Mollusque, Poisson, Scorpion, etc. Comme exemple de ces spirituelles critiques, nous reproduisons, avec M. Fabre [XXXVII, p. 8j, la note concernant le mot Connifle.

(I) Cf. Delage et Hérouard. Traité de Zoologie coiiciéte, V, 1897, p. 206. — A peu près à la même époque (1803), on trouve dans le V« Rapport de la Société a'agricullure du Douba an XII, p 29), un mémoire de Thomassin, sur Vasphijxie et la mort apparente: il y rappelle les observations de Leeuwenhoeck sur un animalcule à deux roues, du sable des tuiles et des gouttières, celles de Spallanzani sur les Tardigrades, etc.

(2' On connaît d'autres œuvres de Cti. Nodier écrites par A. Dumas, par exemple, La Femme au collier de velours; cf Likffroy. I.e Merveilleux dans Ch. Nodier {Académie de Besançon, 1907, p. 45).

CONMFLE. grand j'oisson à coquille, bon à manger. Monsieur Boisto se li'oinpe quand il cruil eiirichir iioti'e langue du mol Conmfle. Monsieur de Wailly le connaissait déjà : mais certainement ils se trompent l'un et l'autre quand ils définissent la Coiinifle, un poisson à coquille. Je n'ai jamais mangé de coïuiifle, mais je sais qu'il n'y a point de poissons à coquille. Un dictionnaire tle la langue doit contenir des définitions exactes et par cunsé(pient il ne doit pas être en arrière avec les sciences. » (Examen , p. 1 17).

§2 Nodier botciniste ; ses herborisations; ses observations botaniques en Ecosse.

La Botanique est la branche des sciences naturelles dont Ch. Nodier s'est le plus occupé après l'Entomologie; mais il ne l'a cultivée ni aussi longtemps, ni avec la même passion, et c'est, avec ses années de professorat d'histoire naturelle, une des particularités les moins connues de sa vie scientifique.

I Nodier herborise d'abord, tout jeune, avec Girod de Chant!'ans, dans les environs de Besançon, à Novillars particulièrement (1794) ; il analyse les plantes sous sa direction, apprend à les sécher et à les disposer dans un herbier.

C'est là, dit-il dans Séraphine (p. 29), que l'on comptait les étamines ou les divisions du stigmate d'un végétal nain de l'empire de Flore; c'est là qu'après les avoir desséchées, l'on étendait les plantes, avec une minutieuse précaution, sur les blancs feuillets où elles devaient revivre pour la science et qu'on assujettissait leurs pédoncules et leurs rameaux sous de légères bandelettes fixées à la gomme arabique en prenant garde de faire valoir leurs parties les mieux caractérisées et de ne pas altérer leur port et leur physionomie.

II avait appris ainsi à reconnaître un grand nombre de plantes, si l'on en croit notre jeune naturaliste.

Et j'étais là, comme une autre abeille, caressant du regard toutes les fleurs qu'elles caressaient, et je nommais toutes ces fleurs, car je les connaissais toutes par leur nom, soit qu'elles s'arrondissent en ombelles tremblantes, soit qu'elles s'épanouissent en coupes ou retombassent en grelots, soit qu'elles émaillassent le gazon comme de petites étoiles tombées du firmament. (Id., p. 44).

Le dimanche, u tout en chassant, tout en herborisant », on visitait les voisins et on allaita causer botanique et matière médicale avec un brave chirurgien qui estropiait intrépidement la langue des sciences naturelles ». (M., p. -45).

Le cours de botanique professé par De Besses à l'Ecole centrale, ses démonstrations au jardin botanique, ses herborisations dans la campagne, où le professeur savait donner tant de charmes à l'étude des plantes (l), développèrent à leur tour, chez le jeune Charles, le goût de l'observation des végétaux. Du reste, à cette époque, il faisait des « excursions journalières h la recherche des plantes et des papillons »(2).

Aussi, pendant ses séjours de vacances dans les Vosges (1798 et années suivantes), notre jeune naturaliste herboriset-il avec ardeur. Déjà, quelques-uns de ses biographes avaient rappelé ses excursions botaniques dans les environs du Puix, au pied du Ballon d'Alsace. J. Janin, notamment, raconte qu'en revenant d'Alsace, après l'arrestation d'Euloge Schneider (3), Nodier rencontre les agents du Directoire à la recherche de mines d'argent et se joint à eux ; mais « il s'inquiète peu des riches découvertes ; Nodier ramasse les belles plantes fièrement épanouies sur le penchant des précipices ; il reconnaît à leur forme, à leur douce odeur, les plus doux produits de la Flore française. . . Il en rapporte non pas une mine d'or et d'argent, mais un riche herbier ». [III, p. 0, 10],

t) Voy. plus haut, Chap. III. § 2, p 42. (2) Jean- François'les- Bas-Bleus, XI, p 164. ^3) Cet épisode doit se placer quelques années plus tard, en 1798 ou 1799,

On a mis en doute la réalité de cette participation de Nodier aux recherches de la commission minéraiogique de 1798-99, mais ses herborisations dans les Vosges ne peuvent être contestées. Les lettres de Nodier à Weiss [X, lettres 1 , '2] nous le montrent, muni des ouvrages de Tournefort et Linné, notamment du Gênera phintartim, faisant de fréquentes promenades dans les environs de Giromagny et au Ballon d'Alsace et y trouvant îles plantes rares des régions alpines.

J'ai fait, écrit-il, tous ces jours-ci, des excursions botaniques assez fructueuses ; j'ai découvert beaucoup de plantes alpines et j'en ai recueilli de superbes individus, entre autres des citises qui ne sont, je crois, pas décrits.

Dans une lettre de 1802, à propos de ses projets de séjour dans les Vosges, il écrit encore à Weiss : « nous cueillerons des plantes, je t'apprendrai à les dessécher ».

Plus tard, il simplifiera son bagage, ne se chargera plus ni de Tournefort ni de Linné : « une petite nomenclature bien simple nous sulfii-a pour reconnaître celles de nos plantes que je verrais pour la première fois ou dont le nom me serait échappé. » [X. lettre VI].

Nous venons de voir que Nodier se servait des ouvrages de Linné et même de Tournefort ; pour prévenir une critique analogue à celle que Ste-Beuve adressait à J.-J. Rousseau botaniste, nous ferons observer que les ouvrages de Linné ont été entre les mains des botanistes pendant longtemps, même au commencement du XIX« siècle ; YMistoire des plnates d'Europe de Gihbert, parue en 1796 et en 1806 est encore disposée suivant le système linnéen ; il en est ainsi du Flora gallica de Loiseleur-Deslongchamps publiée en 1828 ; la méthode de De Jussieu, même facilitée par les clefs dichotomiques de Lamarck, a été acceptée avec beaucoup de peine par les botanistes herborisants. On ne peut donc faire un grief à Nodier de se servir d'ouvrages qu'utilisaient encore tous les botanistes de l'époque.

A propos des conceptions scienlifiques de Nodier et de s;i méthode de travail, Sainte-Beuve émet deux assertions inexactes : « S'il étudie la botanique ou les insectes, dit-il,... c'est à un point de vue particulier toujou'^s et sans s'inquiéter des classifications générales et des grands systèmes natu rels : Jean-Jacques de même en était à la botanique d'avant Jussieu )) [I, page 45'2].

Or, et nous le prouverons plus loin, Nodier s'est au contraii'e, beaucoup préoccupé des classifications, des systèmes naturels, non seulement en botaniiiue ou en entomologie, mais encore en bibliographie : à Paris, quand tout jeune, il publie cette si originale classification des ouvrages d'Entomologie et prépare son Hisloirn des Insectes « avec un nouveau système de classification » ; plus tard, à Quintigny, quand il rédige son Muséum entoinologicum « avec un nouveau système naturel des insectes qui a eu l'approbation des gens versés dans cette puérile science » fl)

Quant au singulier reproche adressé à Jean -Jacques d'en être resté à la botanique d'avant Jussieu, il aurait été difficile à Rousseau de faire autrement ; la méthode de Jussieu n'avait pas encore vu le jour au moment où le philosophe de Genève s'occupait de botanique !

A Paris, Nodier entre en relations avec le botaniste Lamarck (1800) et, bien que ce fût à l'occasion de la Bibliograplne entomologique [^}, il n'est pas invraisemblable que le savant naturaliste et le jeune adepte ne se soient entretenus des plantes du Jura dont Lamarck s'occupait avec De Candolle

(1) Voy. plus liaut, Chap. X, ^2, n<" l et 3. — On trouvera ilans son Essai Sur les Nomenclalures ncientifiques (Bull, du Bibliophile. IS36, p. i-'lO) que nous reproduisons dans la 2<= par lie (n" 10). une erilique des nonieuelatuies « barbares, pëd iiiles », qui prouve enciMe combien Nodier s'intéressait à ces questions de technologie scientifique ; il y rappelle les dénominations poétiques que les anciens, que f.inné lui-même, avaient su donner aux plantes et aux insectf s.

(2) Voy Ghapiti-e IV, § 2.

pour la 3e édition de la Flore de Fruiice qui devait paraître. (|ue!(iuos années plu.- tard (180")).

On retrouve encore Nodier herborisant pendant qu'il erre en fugitif dans le Jura (1805-1806) : nous l'avons va se reposer au milieu des prairies, notant les fleurs qui les émaillent, renoncules, leucanthèmes, salicaires, et récoltant des plantes médicinales qu'il donne à ses hôtes en reconnaissance de leur lios|)italité'. 1).

Enfin, lixé à Dole, comme professeur d'histoire natuielle (1807-1808^, Nodier herborise encore, particulièrement |)0ur ses démonstrations de botanique ; il continuera à faire un herbier, même pendant son séjour à Saint-Germain, près Paris (1810) ; « comme mon père, dit M"'o Mennessier [VIII, p. il2], je confectionnais un herbier. »

Notiins ([u'à Quintigny (1809-1812), il avait, d'après Sainte- Beuve [I, 473], rêvé de tlure une Flore du Jura ; si cette intention n'a pas été réalisée, elle indique du moins que Nodier avait acquis une connaissance suffisante de la flore de nos montagnes pour se croire capable d'en entreprendre la description.

2. Herborisulions en Ecosse. Le botaniste s'est révélé, une dernière fois, à l'occasion du voyage dans les montagnes de l'Ecosse (1820) dont on a parlé déjà à diverses reprises '2 ; Nodier y observa, sur les indications du botaniste anglais, William-Jackson Hoolcer, les plantes les plus curieuses de ces régions; il fut aidé, pour leur détermination, par Je naturaliste Bory de Saint- Vincent '^) dont il venait de faire la connaissance, et qui représenta, dans deux planches coloriées, les plus intéressantes de ses récoltes : « Il m'a aidé,

( l; Voy. Cliapitie IV. ^ 3.

(2) Voy. Chapitre VII, § 2 ; Chapiire VIll, § 3.

(3) l'our W. J. Hooker et Bory de Saint-Vincent, voy. plus haut, p. 91 Chap. Vil, g 2 )

dit Nodier, à débrouiller des notions presque effacées de ma mémoire, en me prêtant cette facilité d'observation et cette clarté d'analyse qui lui assignent un rang si distingué parmi nos premiers naturalistes «(l).

La partie botanique des observations de Nodier dans la région des lacs écossais étant un des plus importants chapitres d'histoire naturelle qu'on puisse trouver dans ses ouvrages littéraires, nous la reproduisons en entier dans la 2' partie de ce travail ; on y lira, avec intérêt, des remarques très judicieuses sur les analogies de la végétation alpine observée dans les régions de climats très différents : (( On se persuade mal à propos, dit-il. quand on n'a pas l'habitude de ce genre d'investigation, que les climats très opposés diffèrent essentiellement dans toutes leurs productions végétales. Les hautes montagnes des pays chauds présentent souvent à l'observateur les mêmes plantes que les pays les plus septentrionaux du globe... Ainsi sur les flancs sauvages du Gobler ou du Ben-Lomond, Bory aurait retrouvé avec moi les tubercules de pourpre du bœomyce corallifërei'^) que nous avions vu briller dans les landes de l'Europe méridionale et qu'il avait recueillis jusque sur les plateaux élevés de l'ile Bourbon (3). » n en est de même pour VHijmenoplujlliirii tiDibridgense : « Des touffes arrondies, d'un vert brunâtre, m'annonçaient plus loin, VhyménophyUe de Townhridge, d'abord découverte en Angleterre, observée depuis sur différents points de nos montagnes où elle est extrêmement rare (^), et retrouvée depuis par Bory dans cette île Bourbon qui a été pour lui si fertile en découvertes. « (5.

(1) Promenade de Dieppe aux monlagnes de l'Ecosse 1821, p. 9-10.

(2) C'est le Cladonia coccifera des lichénologiies modernes.

(3) Promenade. ., p. 212 — Nodier fait ici allusion aux observations d'histoire naturelle de Bory de Saint-Vincent dans les iles de France et de la l\éunion, en 1800-1802.

(4) L' Hymenophyllum tunbridgense S\v. croit, en elTet, sur les rochers siliceux des montagnes de l'Europe occidentale, dans l'Ouest de la France, depuis le Finistère jusque dans les Pyrénées.

(5) Promenade: p. 214.

Nodier donne de ces plantes inléressanles des descriptions souvent très pittoresques ; il compare, j)ar exemple, les podétions évasés du Cladonia coccifera et les belles apothécies rouges qu'ils portent sur leui's bords, à « la coupe en cône allongé où pétille le vin de Champagne, réduite aux proportions d'une miniature élégante, élevée de quelques lignes au dessus du tapis des mousses vulgaires et couronnant sa fraîche verdure d'un petit diadème de rubis » (1) ; et il croit " devoir révéler aux dames qui herborisent dans les environs de Paris l'existence de ce charmant lichénoïde sur quelques points des côtes âpres de Fontainebleau et de Montmorency ».

Nodier décrit de même façon le lichen vulpin ''^ que ni Bory, ni lui, n'ont jamais rencontré en état de fructification. « quoique nos yeux aient été souvent attirés, en différents pays, par ses coussinets élégants entremêlés de filaments de la plus belle couleur jaune, qui coupent d'une opposition singulière et piquante le ton sombre et le fond monotone des schistes, des gneiss et des basaltes (3) » ; puis, le lycopode ; le bry turbiné « dont les petites urnes sont balancées sur de très longs pédoncules » ; la weissie aiguë ; le spldchne mnioïde « chargé de bouteilles si régulières » ; et Vencalypte streptocarpe « dont la coiffe conique rappelle le bonnet pointu de nos gens de loi. . . » (i,

Ces plantes sont repi'ésentées dans les deux planches coloriées dessinées par Bory de Saint-Vincent (5).

(i) Promenade, p 212, 213.

(2; Lichen vidpinus L., Erernia vulpina Aeh. ou Chlorea vulpina Nyl. Prodr., p. 45.

(3) Le Chlorea vulpina est, en effet, un lichen piesque toujours stérile; Nyiander ne cile que deux localités des Alpes où on l'ait rencontré fructilié (Prodr. cit . p. 45).

(4) Lycopodium clavatum L., Bryiim tuibinalum Schvvœgr., Weiasia acuta Ueâw Blindia acuta Bi.), Splachnum mnioides Lin. f (Telraplodon mnioides Br.), Encalypta streplocarpa Hedw.

(5i La planctie 1 (p. 205) représente la Borrère dorée (Chlorea), le Béomice corrailifère, le Trichomane de Tovvnbridge ; la planche 2 (p. 224), les Splachne mnioïde, Encalypte streptocarpe, Bry turbiné et Weissie aiguë.

Enfin dans le passage consacré à la faune on trouve aussi indiqués, avec leur caractère distinctif, les arbrisseaux où se cache le ptarrnigan : les mijriils « aux baies noires et douces que j'ai si souvent dépouillées de leurs globules de jais dans les forêts de pins de la Carniole » ^) ; ïoxycoccos « dont la cerise éclatante appelle de loin le coq de bruyère; la daboëcie dont les fleurs purpurines pendent en grelots à sa tige ; Vamlroinède, liée au rocher comme la vierge dont elle a i-eçu le nom(2j ; Vairelle et quelques bruyères dominant sur la triste pyrole aux quatre feuilles et sur le petit genêt anglais dont les frêles rameaux, armés d'aiguillons recourbés, accrochent et retiennent les flocons de la laine d'un mouton errant et libre et confient en échange à sa toi>on les dépouilles de leurs fleurs d'or » \3).

Nodier devait faire cette herborisation avec W. J. Hooker, « le célèbre docteur Hooker qui a dirigé mes excursions dans le comté de Lennox et qui m'a chargé, à mon départ, d'une riche moisson de plantes rares pour notre ami commun, Bory de Saint-Vincent « (^■l ; mais Nodier manqua de dix jours le célèbre botaniste (5) et dut se contenter de son guide habituel qui connaissait du reste très exactement les stations des plantes rares de la région.

3. Plus tard, à Paris, Nodier (( a des retours par accès vers les cliamps, des re[)rises de tendresse pour l'histoire naturelle » [I, 481] ; à l'Arsenal même. « un mot lui rappelait le botaniste qu'il avait été jadis » [XIX, 119.]

(1) Pourquoi Nodier ii'a-t-il pas rappelé les inyrfiles qu"il a dû reiiconrer dans les forets des Vosges et les parties décalcitiées de celles du Jura ?

i2) L'.\iidromède ordinaire (AriLiromeda poUfolia L ) croit ordinairement dans les tourbières ; mais d'autres Ericacées voisines, rapportées à l'ancien genre .Vndromède par quelques botanistes, sont bien fixées sur les rochers.

(3) Promenade, p. 'li\. '222

(4) Id., p. 9.

Ces « repi'ises de tendresse » pour ses anciennes études se manifestent dans beaucoup de passages de ses œuvres iittéiaires, où il utilise ses connaissances en botani(iue et ses souvenirs de chercheur de plantes.

Dans VExamen critique des Diclionnaires de la Langue française déjà cité, Nodier examine un certain nombre de définitions de noms de plantes ou de termes de botanique, pai- exemple : Adragante, Anthère, Aubour, Baguenaudier, Baie, Bon Chrétien, Caïeu, Chanvre, Ciboule, Esparcette, Fougère, Herboriste, Hiéble, Ivraie, etc. Les articles consacrés aux mots Aubour el Herboriste donneront une idée de la " forme à demi-facétieuse » de ses observations.

Aubour. Arbre dont les feuilles sont employées contre rastlime. Wailly. — Celte définition n'est pas très satisfaisante quand il s'agit de désigner une plante inconnue. Aubour est le nom patois du faux ébénier des Alpes, espèce de cytise, dont on est liltre d'employer les feuilles contre l'astiime, au hasard de n'en pas guérir.

Herboriste. D'arbor, arboriste, qui était souverainement ridicule car on ne recueille pas des arljres ; et d'arboriste, herboriste qui est une violation intoléralile de l'étymologie ; car herbe ne se dit pas lierbor.

Le princii)al personnage (ï Adèle (1820), Charles, est surtout botaniste ; dès les premiers jours de printenfips (c'était le 17 avril), il annonce son retour à l'étude des fleurs : « Comme il esi difficile de vivre longtemps sans occupation,... je suis revenu à la botanique, autrefois ma plus douce étude. Je vais recommencer mes herbiers détruits et lenouer connaissance avec ces riches familles de végétaux parmi lesquelles une longue inhabitude m'a rendu presqu'étranger (1) ». Cette étude sera cependant assez superficielle : « je ne puis me passer de quelque méthode

il Adèle, éilition Rendue), II, p. 1.53 et suivantes.

de botanique ; mais comme la collection de mes espèces ne deviendra jamais fort considérable, je m'en tiens main tenant aux méthodes les plus anciennes et les plus simples » (p. 156). Quand Adèle apparaît, Charles était assis, « comptant scrupuleusement les étamines d'une fleur douteuse » (p. 186) ; il lui apprend le nom de l'Anémone des bois : « c'est Silvie. la fraîche silvie, la douce anémone des bois. Il n'y a point de fleurette, ô Sylvie, qui puisse rivaliser avec toi de grâces et de beauté, quand tu balances au souffle de l'air ta couronne blanche et rose découpée en cinq parties. Toute la pompe des autres fleurs, et l'amour lui-même n'en excepterait pas la rose, ne vaudra jamais ta modeste beauté. Ta tige courbée sur elle-même est l'emblème de la mélancolie et la mobilité de ton calice flottant exprime les agitations d'un jeune cœur » (p. '225).

Dans le Peintre de Salzbourg (1803), Nodier avait déjà fait étalage de ses connaissances en botanique : « Là s'échappaient, du milieu des marches rompues, les cylindres veloutés du verbascum, les cloches bleues des campanules, des bouquets d'arabettes et des loutïes d'éclairés dorées ; la jusquiame y croissait aussi, avec ses couleurs acres et ses fleurs meurtries (l; ».

Les solanées vireuses paraissent hanter l'esprit de Nodier, si porté au merveilleux (2; ; on les retrouve dans Une heure où la vision t-^), où les décombres sont « jonchées de plantes vénéneuses, telles que la jusquiame et l'éclairé » (p. 300) ; on les retrouve encore dans La Fée aux miettes, où la Mandragore joue un rôle si mystérieux.

Dans ces pages charmantes, Nodier raconte sa visite à la maison des lunatiques de Glasgow, « à son jardin botanique si riche en plantes rares et merveilleuses » ; il décrit le jardin de la Fée aux miettes, « aux nombreux arbres

(1) Edition Renduel, t. II, p. 28.

(2) Voy. LieflVoy (Académie de liesançon, 1907)

(3) Edition Renduel, 18;-J7, t. II, p. 295.

étrangers qu'il connaissait à peine par leur nom » ; il fait aussi allusion à son cher Quintigny : (( les seules distractions que je prenais alors, car j'étais fort affectionné au travail, c'était la recherche des papillons, des jolies plantes de nos parages (p. 81) ». Un passage rappelle son herbier: « ce qui m'étonnerait, Daniel, c'est que tainilier comme tu l'es avec les plantes de mon herbier dont je t'ai souvent confié le soin, à ma grande satisfaction, lu n'eusses pas trouvé moyen de comparer cette fleur à quelque fleur qui t'es connue, si ses caractères étaient aussi bien déterminés que tu le dis (p. 385) ». Et c'est la Mandragore qui chante, épisode si connu, où Nodier fait montre de ses connaissances botaniques : « Il a pour lubie spéciale de s'enquérir à tout venant d'une Mandragore qui chante. Or, monsieur n'est pas sans savoir que cette plante qui est VAtro'pa mandragora de Linné, est dénuée, comme tous les végétaux, des organes qui servent à la vocalisation. C'est une solanée somnifère et vénéneuse, comme un grand nouibre de ses congénères. . . (p. 374) )) ; et plus loin : « il est inutile de vous rappeler, monsieur, que l'analyse la plus scrupuleuse n'a jamais fait découvrir, ni dans le calice monophylle et turbiné, ni dans la corolle pentapétale et campanuliforme de la mandragore, l'ombre d'une glotte. . . (p. 378) » ; enfin, à propos du cri que laisserait échapper la mandragore au moment où on l'arrache, Nodier cite les naturalistes qui en ont parlé : Aristote, Dioscoride, Aldrovande, Geoffroy Linocer, Golumna, Gesner, Lobelius, Uuret. C'est encore dans ce conte que Nodier propose l'emploi du mot herbuliste, au lieu d'herboriste (( qui est, dit-il, un horrible barbarisme (li (p. 371) ».

Dans les descriptions de Nodier, toujours quelque détail précis rappelle le botaniste.

(( Je recueillais les fleurs que son corps avait froissées, les blancs pétales imbibés de carmin qui décorent le front

(1) Voy. plus haut. Examen critiqua des Dictionnaires, p. 157.

penché de l'Anémone », dit-il dans Smarra (18'21, p. 71); (( les fruits de l'If, rouges comme des cerises. . . attii-ent de loin tous les oiseaux de la contrée », lit-on dans Trilby (18'22, p. 282), dans le beau paysage d'automne reproduit plus loin.

Bupli-ite Montauban (•), cette misérable victime de l'amour, ap[)oite à la maison maternelle « ses livres, ses herbiers, ses ustensiles de science (p. 124).

Dans La fia prochaine du genre liiimainC^), Nodier rappelle les plantes naines obtenues par les Chinois : « Ils apprennent à réduire les géants des bois aux proportions des moindres arbustes : forêts pygmées dont les insectes seuls de la terre ont droit d'obtenir quelque abri contre l'orage ». Il donne enfin souvent des noms de plantes à ses personnages ou les prend comme titres de ses contes : Trésor des Fèves et Fleur des pois, Fanchette ou le Laurier-rose, etc.

Nodier a fait, dans une de ses notes de Bibliophile, une comparaison ingénieuse de la Bibliographie avec la Botanique.

Si l'on compare, dit-il, la bibliographie à une science naturelle quelconque, à la botanique, par exemple, on verra combien un système de livres est plus difficile à faii'e qu'un système de plantes: 1^» le nombre des livres surpasse infiniment celui des plantes, puisqu'on ne connaît guère que quinze à vingt mille de ces dernières (3), et que les livres, déjà presque innombrables, angmentenl en nombre tous les jours ; -2° les ouvrages de la nature sont assujétis à des lois ; chacun d'eux, du moins, forme un tout simple et liomogène dans ses parties; mais un livre, fruit de l'imagination et quelquefois de la fantaisie, est souvent composé de parties très disparates et qui n'ont aucun rapport entre elles. D'après quels caractères peut-on les classer (i) ?

fl) Contes en prose et en vers, édition Rendiiel, t. Xt, p. 109.

(2) Rêveries, édition Renduel, t. V, p. 323.

(3) Le nombre des plantes connues est aujourd'hui beaucoup plus considérable ; on révalue à environ 400,000.

(i) Bulletin du Bibliophile. 1864, p. 1189.

De même que la Pervenche est la fleur de J.-J. Rousseau, de même l'Ancolie est la fleur de Gh. Nodier II la mentionne déjà, au passage, dans ses fugues à travers les montagnes du Jura(l) ; dans Adèle, il la cite parmi ses fleurs préférées : (( LAncolie n'est pas rare dans les teri'es légères et sablonneuses à la lisière des forêts, mais Lucie que je pleure toujours l'aimait par dessus toutes les fleurs »(2). On la trouve encore citée dans Clémentine (p. 185), dans Ste-Beuve (p. 469, 473), dans les Souveniri* de D. Monnier, etc. Nodier lâchante aussi dans Le Bengali, véritable poésie botanique :

Qui me rendra l'aspect des plantes familières

Le Houx aux lances meurtrières,

L'Anculie au front obscurci

Qui se penche sur les bruyères (3).

Un poète franc-comtois, Aimé de Loy, l'a rappelé dans le joli quatrain suivant :

J'y cultive, au pied d'un coteau, La tleur de Nodier, l'ancolie, Si chère à sa mélancolie Et la pervenche de Rousseau (4).

Nodier, disciple en cela de Rousseau, a aussi plusieurs fois rappelé la Pervenche dans ses Souvenirs. Il écrit notamment de Paris, à Weiss, en 1802 (X, p. 12) :

J'ai vu de tout, j'ai goûté de tout un peu, j'ai éprouvé à Paris des émotions extrêmement vives que je ne retrouverai nulle part, mais je n'en ai goûté nulle part de plus précieuses que celles que nous recueillîmes ensemble en cueillant la pervenche dans le bois de Messiat.

(1) Suites d'un mandat d'arrêt, p. 119. (2, lidition Renduel, 1832, t II, p. 154.

(3) Contes en prose et en vers, éd. Renduel, t. XI, p. 419.

(4) Cité dans Sainte-Beuve, Notice, 1844, p. 469.

Et voici, pour terminer ce paragraphe, ce ravissant paysage botanique d'automne, tiré de Trilbij (p. 218).

L'hiver n'était point commencé, mais l'été finissait. Les feuilles saisies par le froid matinal, se roulaient à la pointe des branches inclinées, et leurs bouquets bizarres, frappés d'un rouge éclatant ou jaspés d'un fauve doré, semblaient orner la tête des arbres de fleurs plus fraîches ou de fruits plus brillants que les fleurs et les fruits qu'ils ont reçus de la nature. On aurait cru qu'il y avait des bouquets de grenades dans les bouleaux et que des grappes mûres pendaient à la pâle verdure des frênes, surprises de briller entre les fines découpures de leur feuillage léger.

On peut compléter ce paysage d'automne par le paysage botanique de printemps dont Nodier a donné, dans Thérèse Aubert (éd. Renduel, t. II, p. 321), le gracieux et exact tableau.

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