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CHAPITRE XII

NODIER MINÉRALOGISTE, PROFESSEUR D'hISTOIRE NATURELLE, PHYSIOLOGISTE ET CRITIQUE SCIENTIFIQUE

§ 1 . Nodier minéralogiste et géologue.

Ce paragraphe sera court ; à peine peut-on parler de Nodier géologue et minéralogiste.

Cependant on trouve dans les Emigrés en 1199 (p. 193, 195, '204) (I) et dans Thérèse (p. 81, 83, 85) :2), d'intéressantes pages sur la participation que Nodier aurait prise aux travaux d'une commission scientifique chargée de rechercher des mines d'argent dans les Vosges : Nodier avoue lui-même qu'il n'entendait pas grand'chose à cette sorte de recherches, bien qu'il eiit étudié, copié, analysé Saussure, Bergmann et Wallerius (3).

Le Directoire qui s'était laissé dire que la France étoit extraordinairement riche en mines d'argent, dépêcha sur toutes les anciennes mines du pays des escouades d'explorateurs grassement payés, et qui, bon gré, mal gré, n'ont jamais envoyé une obole à la Monnoie. Je me trouvai colloque dans l'expédition des Vosges, où l'on cherche de l'argent de temps immémorial,

(1) Soucenirs de la Révolution, l. I, p. 193 et suivantes

(2) Souvenirs de Jeunesse, édit. Rendiiel, 1834. p. 81-124.

(3) Les ouvrages de ces minéralogistes étaient, en effet, ceux dont on se servait à cette époque: Bergmann (Tobern-Olof), naturaliste suédois (Catharineberg 1784 71784) qui publie Sciagraphia regni niineralis (1782) ; Manuel du minéralogiste; — Wallerius (Jean Gottschalk), chimiste et minéralogiste suédois (1709 f 1785), Sustema mineralogicum (1772-1775); — De Saussure (Horace-Bénédict), naturaliste suisse (Genève, 1740t 1799), dont les travaux sont bien connus de tous.

et dont les ballons, coupés de routes splendides, attestent d'immenses et inutiles travaux.

Nous étions tous jeunes, tous gens de bonne humeur et d'espérance, tous amis de notre devoir et impatients de découvertes. Nos travaux furent zélés et consciencieux et long-temps même ils ne furent pas sans espoir. Je me souviens qu'il n'y avoit pas un de nous qui, au premier coup de marteau, n'eut découvert un filon ; mais ce filon ne menoit malheureusement à rien, et les moindres frais d'exploitation excédoient toujours d'un grand tiers les plus brillants résultats. C'étoit une succession d'extases et de désappointements pour lesquels je n'avois point alors de termes de comparaison. Je me suis aperçu depuis que cela ressembloit à la vie comme deux gouttes d'eau.

Nous arrivâmes au terme des fausses ambitions, au découragement absolu. Il falloit alors épargner à l'Etal une dépense ridicule ; mais cette défection désintéressée ne pouvoit s'appuyer que sur des calculs exprimés avec clarté. Je n'avois pas dixhuit ans, et toute ma science se réduisait à quelques bribes de latin, et à la connoissance fort mal approfondie de quelques spécialités d'histoire naturelle, parmi lesquelles la minéralogie tenoit une toute petite place. Mes camarades, qui auroient distingué à la cassure, à l'odeur exhalée par friction, au contact de l'ongle, au happement de la langue, toutes les substances inorganiques alors reconnues en géologie, s'étoient apei'çus de bonne heure de mon inaptitude, mais ils ne me contestoient pas un assez joli mérite de rédaction que je rapportois fraîchement d'une école de rhétorique dirigée par le bon et judicieux Droz; et il est vrai que je traduisais lisiblement leurs pages un peu confuses, quand je parvenois à y comprendre quelque chose II fut donc convenu que je résiderois à poste fixe dans un lieu central oîi me parviendroient tous les documents, et d'oii je ferois partir toutes les dépêches. Les employés se répartirent sur les mines ; le chef se réfugia, comme c'est l'usage, dans les délices urbaines d'Epinal, et mon poste fut fixé à Giromagny, près du ballon de ce nom, dont les trésors, trop vite abandonnés peut-être, étoient les principaux objets de nos investigations. Par un élan de dévouement tout particulier, qui me fut avantageusement pointé sur mes note? de service,

je me reportai d'une grande lieue vers le centre, dans un village qu'on appé'Ue le Puy paice qu'il est exactement à la base de la montagne ou du Podium; n)ais ce n'était ni cet avantage de position, ni cette heureuse rencontre d'étymologie qui nravoient déterminé dans le choix de mon domicile; je le pense du moins aujourd'hui, car alors je savois à peine ce que c'éloit.

On a mis en doute la réalité de cette participation de Nodier aux l'echerches de cette commission de minéralogistes ('); à tort peut-être. Nodier y fait plusieurs fois allusion, notamment dans sa correspondance avec Weiss ; dans une de ces lettres (X, lettre VI, p. 11), il lui promet, avec son lyrisme habituel, de lui faire voir « les belles mines de Giromagni ».

On trouve, du reste, d'autres preuves de l'intérêt qu'il portait aux recherches géologiques : dans le cours de son voyage aux montagnes d'Ecosse, en 1820(2), Nodier, frappé (le l'aspect particulier des rochers qu'il rencontre, en donne une description pittoresque, bien qu'il reconnaisse de nouveau son inexpérience dans cette branche des sciences naturelles (p. 205 à 207) (3).

Il en profite pour comparer Faujas de Saint- Fond ci) à Pennant(5), dont il avait consulté les ouvrages sur l'Ecosse,

(1) Voy Michel Saloinon, XIX, p. 21.

(2) Voy. Promenade de Dieppe aux montagnes de l'Ecosse, 1821, chapitre XXII.

(3) Nous reproduisons ce Chap. XXII dans la 2" partie.

(4j Faujas de S'-Fond (Barthélémy), Montélimart 1741, f S'-Fond (Daupliiné) 1819; adjoint naturaliste, puis profe^^seur de géologie au Muséum; nombreux voyages d'exploration ; Voyages en Angleterre et en Ecosse, 1797, 2 vol. 8°

(5) Pennant (Thomas), naturaliste anglais ; Downing, 1726f 1798; nombreux ouvrages de zoologie ; les relations de ses voyages en Ecosse, de 17,59 îpubliée en 1771 et réimprimée 2 fois en un an), puis de 1772 (publiée en 2 vol., en 1774 et 1776;, eurent un grand retentissement et contribuèrent à faire connaître l'Ecosse mieux qu'elle ne l'était jusqu'alors.

ainsi que ceux de Bouéd et de Hooker ,2), pour la prépation de son voyage.

Dans les intéressantes montagnes de l'ouest et du nord de l'Ecosse, le savant Faujas de Saint-Fond, qui ne s'occupait que de géologie, n'y a cherché et n'y a vu que des pierres ; . . . M. Pennant lui seul a élevé un monument parfait dans toutes ses parties (p. 6;.

A propos des rochers basaltiques de Dunbarton, Faujas de Saint-Fond avait écrit : « Je ne sais pourquoi M. Pennant en parlant de ce rocher dit qu'il est d'une hauteur étonnante. J"ai trouvé qu'il a tout au plus 250 pieds •> (3). Nodier commente ainsi cette réflexion : « Je crois connaître à merveille les raisons de cette différence. Elle est marquée de toute la distance qu'il y a entre un homme sensible et un académicien. Pennant ne faisait qu'obéir à une impression et Faujas a mesuré (p. 18-2) ».

Plus loin, à propos de la description de Tarbet, nouvelle citation de Faujas, « du sévère Faujas de Saint-Fond dont le cœur de marbre n"a jamais palpité que pour du marbre (p. 198) (4) », et qui, cependant, avait senti lui-même la « séduction locale » exercée par la beauté du paysage !

Enfin, dans la belle description du Loch Lomond, Nodier rappelle les trois merveilles que les bateliers signalent au touriste : les iles flottantes, les vagues sans vent et les poissons sans nageoires (5).

(1; BouÉ(.\mi). Hambourg, IT'Ji, 7 Vienne 1881; ancien président de la Soc. Géolog. de France.

(2) Sur Hooker. voy. plus haut, Chap. VII, §2.

(3) Voyage en Angleterre et en Ecosse, 1797.

(4) Nodier traite cependant Faujas, un peu après (p. 201), de « minéralogiste romantique », à propos de sa description du lac Lomond.

(ô) Voy plus haut, Chap. XI, § 1, pour le poisson sans nageoires ; quant aux îles flottantes, c'est une particularité des lacs de tourbières dont nous avons décrit plusieurs exempks dans nos Lacs du Jura (1904, p. 358.)

D'aufres ouvrages purement littéraires de Nodier renferment des considérations sur diverses questions se rattachant à la géologis.

Dans V Examen critique des Dictionnaires ( 1828), il signale les définitions défectueuses des termes Ayate, Avantvrine, Escarboucle, etc.

Dans la Fin prochaine du genre humain (1), Nodier s'aventure dans la géologie, la minéralogie, l'histoire de la terre et même l'anthropologie ; il parle des dendrites, des fossiles, fleurs, insectes de l'ambre, batraciens, nautiles et ammonites : y<. celui-là, qui se maintient en disques solides et dorés parce qu'il s'est revêtu, comme les courtisans habiles qui savent survivre aux révolutions, de la couche la plus solide des métaux, c'est l'ammonite pyriteuse. . . » (p. 312, 313) '2 ; il prévoit même qu'on trouvera des i-estes des anciennes espèces d'hommes disparues (p. 3(4). On rencontre aussi de curieuses pages sur l'histoire du globe, la transformation de la matière, le règne du minéral, dans la Palingénésie humaine (p. 352-356) (3)^ et, dans Plrankse (op. cit., p. 183), une description intéressante de la mer de glace et des glaciers de Gormayeur. (Voy. V Appendice).

A ce paragraphe peut se rattacher encore une discussion toponymique concernant le titre de sa Nouvelle La Combe de Vhomme mort (1841). Combe est un mot local, usité surtout dans le Jura, et adopté par les géologues à la suite de Thurmann ; mais sa signification a échappé à quelques critiques, comme Quérard, qui a cru devoir transformer le titre de la Nouvelle de Nodier en La Tombe de Vhomme mort! Cependant, l'auteur avait donné lui-même la signification du mot, dans les spirituelles lignes suivantes :

(1) Rêveries, édit. Renduel, t. V, p. 301.

(2) Nodier croit cependant que les dendrites « conservent l'empreinte d'une plante inconnue », erreur que ne commettent pas nos plus jeunes étudiants; il attribue aussi, à tort, à la pyrite, un rôle conservateur qu'elle ne possède pas !

(3) On y retrouve l'iniluence des ouvrages du physicien et naturaliste J. C. de La Metherie, dont nous avons parlé plus haut, Chap. IV, § 2.

Combe est un mot très français, qui signifie une vallée étroite et courte, creusée entre deux montagnes, et où l'industrie des hommes est parvenue à introduire quelque culture. Il n'y a pas un village dans tout le royaume où cette expression ne soit parfaitement intelligible; maison l'a omise dans le Dictionnaire, parce qu'il n'y a point de Combe aux Tuileries, aux Champs-Elysées et au Luxembourg (1).

« Dans tout le loyaume » est peut-être de trop.

§ 2. Ch Nodier professeur d'histoire naturelle.

Ch. Nodier professeur d'histoire naturelle est aussi peu connu que Nodier botaniste ; et c'est pour cette raison que j'en parlerai assez longuement.

1. Nodier a manifesté de bonne heure des aptitudes très remarquables pour l'enseignement ; avant d'être professeur à Dole, il aimait déjà à parler de ses études favorites, à raconter ce qu'il savait, ce qu'il avait observé ; il a toujours été un causeur charmant et ce causeur devenait facilement un professeur étinceiant de verve et remarquable de clarté (2).

11 est vraisemblable que dans leurs réunions amicales, dans les séances des Philadelphes par exemple, les jeunes camarades de Nodier ne se born.iient pas à discuter philosophie littéi'ature ou politique ; les théories scientifiques y avaient leur place et Nodier, Luczot, Deis, notamment, devaient y communiquer leurs observations d'histoire naturelle ; on imagine la pari que Nodier prenait à cet enseignement mutuel.

(i) Contes en prose et en verf, éiiit. Rendiiel, t. XI, p 2'26 (note).

('2| M"»*^ Meniiessier-Nodier avoue cependant « la naïve inipoiiance d'un écolier podant » que Nodier aflectait dans son enfance (VIII. p. 19) ; mais il s'agit de Nodier, âgé de 12 ans et notre jeune professeur perdit bien vite t(jutes traces de pédantisme. M'"« Mennessier reconnaît, plus tard, combien l'entourage de Nodier prenait goût « à ces études charmantes que le professeur savait rendie plus charmantes encoi-e » (VIII p 199).

2. Plus tard, dans ses courses à travers le Jura, en fugitit (1805-1806), nous i-etrouvons Nodier a professeur amateui-». On a rappelé, dans un chapitre précédent (IV, § 3), comment, pendant ses périgrinations à travers les champs et les bois, trouvant un refuge chez les curés ou les médecins de campagne, il leur laissait en reconnaissance de leur hospitalité, « des plantes rares, des insectes curieux en les engageant à faire des collections. Professeur nomade d'histoire naturelle, ajoute Mérimée (l), il a formé de nombreux élèves dans le Jura qui se rappellent encore ses leçons, rendues plus attrayantes par le charme merveilleux de sa conversation et l'intérêt qu'excitait sa mystérieuse existence ». Quels sont ces élèves naturalistes laissés par Nodier dans le Jura? Il est difficile de les retrouver cent ans après ; mais le fait est intéressant à retenir ; il explique peut-être certaines vocations de naturalistes jurassiens, observateurs ou amateurs, remontant au commencement du XIX*^ siècle ?

3. C'est à Dole, lorsque Nodier trouve enfin un ternie à sa vie d'aventures, qu'il devient professeur sédentaire, autorisé d'abord provisoirement par le sous-préfet M. de Roujoux, puis définitivement par l'Université, fonctions qu'il remplit pendant près de deux ans.

Ses cours commencèrent probablement dans les derniers mois de 1806, d'après Sainte-Beuve (I, p. 473) (2j. Dans une lettre inédite adressée à Weiss, mais non datée (lettre 20), Nodier écrit qu'il peut payer certaines de ses dettes « sur le produit de son cours commencé aujourd'hui » ; et plus loin : « mon cours est authorisé gratuitement sous le titre de spécial et loerfectionné par l'Université impériale ».

(1) Discours de réception à FAcadémie française, 5 fév. 1845 ; voy. aussi Desmarest dans Soc. entom. de France, 1845, p. 18.

(2) D'après M. L. Pingaud, Nodier « ouvi'ait, le 4 juillet 1808, dans l'ancien couvent des Cordeliers, un cours public de belles-lettres » {Soc. EtHul. du Doubs, 1886, p. 206.)

Une lettre de 1807 ou 1808 (inédite, letti-e 23) précise mieux les dates : « mon cours se rouvre le 2 janvier ».

En réalité^ Nodier était arrivé à faire trois cours distincts : un cours de belles-lettres, un cours de grammaire et un cours d'histoire naturelle.

Je passe le printemps à Dole et Lons-le-Saunier, écrit-il fin 1808 (lettre 28 ; X, lettre XXI, p. 38), poursuivant mon cours de belles-lettres et enseignant la botanique et l'entomologie pour m'y fortifier.

Le 31 mars 180 >, Nodier écrit à Weiss (lettre 33, inédite) : (( j'ai besoin de ine reposer un peu des travaux presque incalculables qu'a exigés de moi la composition de trois cahiers de systèmes différens, l'un consacré à la grammaire générale, un .second aux belles-lettres et un troisième à l'histoire naturelle, que je professe concurremment depuis quatre mois sans un jour de relâche ». (Ces mots ne sont pas soulignés dans le msc).

Dans la même lettre, notre jeune professeur annonce que ses élèves l'ayant décidé à leur donner encore un mois, il n'ira que le 15 mai ouvrir ses cours à Dijon, « où l'on me promet un si grand nombre de souscripteurs, (ju'il y a de quoi me remettre fort au-dessus de mes affaires ».

Je n'ai pas trouvé d'autres renseignements sur les cours que Nodier devait faire à Dijon ; peut-être en a-t-il été de ce projet comme des cours qu'il pensait ouvrir à Rennes, pendant son séjour à Hédé, chez son ami Luczot : « Luczot m'engage d'une manière si vive à aller passer quelques mois avec lui, que j'y suis tout décidé, surtout si je trouve moyen de donner mon cours à Prennes. Ainsi de Dijon en Bretagne, et de là, j'espère, à la Nouvelle-Orléans, cela s'appelle des voyages ». On sait que le départ de Nodier pour Amiens (août 1809) l'empêcha de mettre ces divers projets à exécution.

L'enseignement de Nodier était très goûté de ses auditeurs ; leur empressement à lui demander une prolongation d'un mois le prouve déjà ; mais le succès de ses cours, (( suivis, dit un témoin, par une foule empressée » est aussi constaté par ses biographes. « Ceux qui l'ont entendu, écrit Béchet, se rappellent encore avec délices, et cette éloquence naturelle que l'autre saurait égaler et la manière simple et lucide avec laquelle il expliquait nos classiques. , . (•) ».

Pour l'histoire naturelle, Nodier mettait aussi tous ses soins à rendre son enseignement aussi clair et aussi intéressant que possible ; il se procurait, pour ses démonstrations, des plantes et des insectes qu'il allait chercher dans des excursions spéciales ou qu'il demandait à ses correspondants ; il en réclame à Gevril, à Lonjan, avec d'autant plus d'insistance, certain jour, que (( la saison n'est pas assez avancée pour m'en fournir un nombre suffisant à mes démonstrations » (lettre 33, inédite).

Nodier semble faire allusion à ses succès comme professeur, dans la Fée aux omettes (p. 2-47), lorsque, à propos des écoliers de Greenock, il se rend ce témoignage : « Je me flattais au moins de leur avoir inspiré quelque sentiment plus doux par mon empressement à les aider dans leurs études et à leur apprendre le nom des fleurs et des papillons ».

Nodier a toujours eu la vocation de l'enseignement ; poursuivi par une véritable obsession, il espéra, pendant plusieurs années obtenir une place de professeui- dans l'Université; sa correspondance avec son ami Weiss, avec le préfet De Bry, contient de nombreuses traces de ses démarches ; mais jamais on ne lui offrait ce qu'il désirait.

C'est ainsi qu'après avoir demandé les fonctions d'Inspecteur de l'Instruction publique (1808; X, lettre XX), il refuse les chaires de professeur de belles- lettres latines et de

(1) Académie de Besançon, 24 août 1845, p. 5.

rhétorique que son ami Ordinaire lai propose (X, lettres XXXVIII, XLIV, LIX-LX) (l).

Nodier voulait être professeur d'Histoire naturelle.

Ici se place un épisode qui nous intéresse d'autant mieux qu'il se rattache au centenaire de la création des Facultés de Besançon.

En 1809, en effet, il y a juste cent ans, une Académie universitaire était organisée dans cette ville, avec deux Facultés, Iji Faculté des lettres constituée la même année, la Faculté des sciences constituée en octobre 1810.

.aussitôt que la nouvelle lui en parvient, Nodier écrit à son ami Weiss et lui demande :

(( N'y a-t-il pas de professeurs spéciaux pour les différentes sciences ? et qui serait professeur d'histoire naturelle à Besançon ? » et il ajoute cette phrase bien significative : « Oh ! pour cela je ne ferai pas le modeste car je serais très capable selon moi. Enfin je m'en rapporte à toi sur le tout ; et je serai ce que vous voudrez. » (Lettre 56 ; X, lettre LUI, p. 113).

Certes, dans bien des circonstances de sa vie, Nodier s'est bercé d'illusions que les événements se chargeaient de détruire cruellement ; mais ici se trompait-il tant sur sa valeur de naturaliste ? Les renseignements que nous avons donnés sur ses travaux scientifiques et sur ses aptitudes pour l'enseignement prouvent qu'il était bien préparé à professer l'histoire naturelle dans notre première Faculté des sciences.

Sa demande ne fut cejiendaiit pas accueillie, bien qu'il eût écrit aussi au Recteur de la nouvelle .académie, Jean-Jacques

(ij Nodier fait probablement allusion à des propositions de cette nature dans la Préface de VExamen critique des Dictionnaires (p. 10) : « Tout proscrit que j'étais. . . j'ai vu l'Université impériale me chercher deux fois dans l'exil, pour un emploi de professeur, au moment où je sortais à peine du rang de» écoliers ». Observons, à propos de cette dernière allégation, que Nodier avait alors 2S ans ! Voy aussi .M. !.. Pinoaud, dans Soc. Eniul: Doubs, I88G, p. 207, etc.

Ordiiiain-, son ;iiiii, (|ai lui {.('inoignait beaucoup d'inlérêt ; ce fut le frère de Jean-Jacques, Désiré Ordinaire, qui obtint la chaire. Et voilà comment nous ne voyons pas le nom de Ch. Nodier en tète de la liste des professeurs de la première Faculté des sciences de Besançon (•).

Les |)Ourparlers avec le recteur Ordinaire duraient encore en 1812 ; voy. lettres du 25 avril (li ; X, lettre LVIf, p. 123); du 20 juin : « je ne veux pas être professeur de rhétorique » (70; X, lettre LXA2).

Ces années de professorat, particulièrement son cours d'histoii'e naturelle, son désir de devenir professeur de sciences n;ilurelles à l'Université de Besançon, fonctions qu'il se sentait parfaitement capable de bien remplir, sont autant d'épisodes et d'arguments d'une grande importance pour asseoir un jugement définitif sur Nodier naturaliste.

^3— Nodier critique scientifique, physiologiste et médecin.

A l'œuvi'e scientifique de Nodier se rapportent non seuleiuent les recherches d'Histoii'e naturelle analysées dans les cha|iilivs et les paragraphes qui précèdent, mais encore un certain nombre d'ouvrages, de mémoires ou de notes sur des sujets appartenant à d'autres ordres de sciences ; de plus, beaucoup de ses œuvres purement littéraires, contes, nouvelles, essais, contiennent des pages où Nodier aborde des questions scientifiques autres que des questions d'hist(jire naturelle : ce sont surtout des notes critiques sur des ouvrages ou des sujets de physiologie ou de médecine. Mais,

(I, Cette première Faculté a été supprimée en IS15 et réorganisée seulement en 1845.

(2| Cependant, on voit dans une lettre de Nodier à De Bry (Amiens, 28 sept. 1809; IX ou XII, p. 367), qu'on lui avait offert, vers la même époque, une place de professeur d'histoire naturelle dans une de nos [iremières Universités ?

notre étude ayant surtout pour objet Ch. Nodier naturaliste, nous nous bornerons à donner le plus souvent une simple énuinération de ces publications, quelquefois une brève analyse^ plus rarement des extraits plus ou moins étendus, renvoyant à plus tard une étude approfondie de ces aulres manitéstations de l'activité intellectuelle de Nodier.

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