‹ Charles Nodier, naturalisteChapitre 47 sur 61 · CINQUIÈME SECTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SECTION

Qui contient les Philologues, ou ceux qui ont écrit sur les insectes, sous des rapports critiques et littéraires.

Joannis du Cfioul, dialogus formicœ, niuscae, arana3i et papilionis. Lugduni, Rovillius, 1556, in-8o.

[P. 63]. La fourmi de Ronsard, et le papillon de j| Belleau, traduits en vers latins par Estienne Tabourot. Paris, Antoine Houic, 1572, in -8».

Divers insectes, la puce, le moucheron, le papillon, la fourmi, le grillet, le ver à soie, l'abeille, pièces de poésie, par Perrin. Paris, Duval. 1645, in-12.

Réimprimé en 1661. »

La Puce, qui est un recueil de divers poënies, grecs, latins et français, composés par divers doctes personnages aux grands

jours tenus à Poitiers, en faveur des dames Desroches. Paris, \be\ l'Angelier, 1583, in-40.

« On sait que cet ouvrage n'est que fort indirectement relatif » à l'entomologie. Du Verdier se trompe quand il cite une édi- » tion de lb-0, tems auquel Pasquier, un des auteurs de ce » recueil, n'était pas encore né.

Tractât us varii de publicibus. Utopiae, in-12, fig. « Cet ouvrage est purement philologique. J'en dis autant de celui intitulé : »

L'origine des puces. Londres, 1749, in-16.

[P. 64]. Lampiris ou ver luisant, églogue latine et française, par P. Dan Huet, Paris, 1709, in- 1-2.

« Il y a un grand nombre de poèmes sur les insectes. Je les » place à leurs classes respectives, autant qu'ils contiennent « des préceptes, et qu'ils appartiennent à l'entomologie, plus » particulièrement que par le titre. >

Fin.

[Note]

[La Bibliograj)hie entomologique est analysée dans le Chap. VIII,§2; on l'a reproduite ici, d'après l'exemplaire que M. le D"" Fabre (de Coinmentry) a bien voulu nous confier, aussi exactement que possible, notamment pour les analyses sommaires que Nodier a données d'un certain nombre d'ouvrages ; nous avons respecté même les erreurs de transcription et les fautes d'impression assez nombreuses ; on aurait pu, en comparant celte Bibliographie avec d'autres ouvrages de même nature, comme la Bibliographin entomologicn de Hagen, signaler les inexactitudes, les omissions, etc. qu'on peut y relever; mais ces i-ectifications auraient démesurément et sans grande utilité augmenté cette publication.!

PROIIIE\ADE DE DIEPPE AUX MOmG^ES D'ECOSSE

Chap. XXII. Productions naturelles.

[l\-205] Les parties des comtés d'Argyle et de Dunbai'lon que je parcourais appartiennent à la division des terrains de niicascliiste de M. Boue [A] dans son Essai géologique sur l'Ecosse, et c'est de carrières analogues qu'ont dû être tirés les matériaux des maisons resplendissantes d'Pldimbourg. Il est ques- [P. "206] lion dans l'histoire de la conquête du Mexique || d'une petite ville bâtie en pierres si brillantes que les compagnons de Fernand Cortez s'imaginèrent de loin qu'elle était d'argent; mais Fernand Cortez n'avait pas de minéralogistes avec lui, et il serait un peu liasai'dé d'avancer qu'il entrât du micaschiste dans sa construction. Quoiqu'il en soit, cette illusion se renouvelle souvent aux bords du lac Lomond, et partic-ulièrement au cap pittoresque de Firkin, remarquable par la nature et la physionomie des rochers qui descendent vers le rivage. Ce sont de grandes masses de schistes onduleux dont les écailles d'un blanc nacré imitent de loin l'écume des eaux [[\ -JOT] agitées par i| le vent et blanchies par les brisants de la côte. On dirait des vagues surprises et pétrifiées au moment où elles retombent parmi les vagues du lac, et dont l'éternelle immol)ilité contraste avec la iiiobilité sans fin de celles qui viennent expirer à leurs pieds. Il résulte des mesures prises par l'exact et savant géologue que j'ai nommé au commence-

inenL de ce paragraphe, que le lac Lomond eL le lac Kallrine sont les plus profonds de l'Ecosse, observation qui peut expliquer l'opacilé ténébreuse de leur couleur habituelle, l.c premier a six cents pieds de profondeur près de Tarbet où l»^ [P. ?n8] loftour m'a laissé, et le second quatre cent || quatrevingt sur presque toute son étendue.

Un des motifs qui m'avait déterminé à circonscrire ma solitude, c'était le désir de reconnaîti'e avec un peu de soin les pi'oductions naturelles des montagnes d'Ecosse, préoccupé que j'étais de la persuasion qu'elles devaient être plus i;araclérisées, et s'il est poiinis de s'exprimer ainsi plus spécialement locales qu'elles ne le sont en efl'et. La géologie seule a ce caractère distinctif que j'aurais voulu trouver dans les autres catégories, et c'est précisément celle que j'entends le moins. Quant aux plantes j'étais dirigé par l'excellente Flora [P. '209] Scoiica \\ de l'aimable et profond docteur Hooker [B], je l'étais par ses conseils, je l'étais enfin par l'admirable instinct de son guide ordinaire, vieillard vif, agile, ingénieux, pénétrant, comme le sont généralement ces montagnards, et (jui ne manquait nulle part de retrouver la plante curieuse ijui avait excité dans le savant professeur un sentiment do simple plaisir, de surprise, d'enthousiasme ou do ravissement, et de figurer sa sensation par des exclamations ou par des gestes qui ne m'ont pas trompé une fois sur l'importance (le ma découverte. Enfin je me contentais de recueillir les [P. 210] espèces qui me fi-appaient le plus par || la nouveauté de leur aspect ; heureux d'en ajouter quelques-unes au riche envoi dont M. Hooker m'avait chargé pour Bory de Saint- Vincent |(i]. et certain de trouver auprès de celui ci de.-^ notions claires et brillantes qui prolongeraient long-temps le charme de mes cxploration«5 et le plaisii'dc mon voyage. C'est presque sous ses yeux que j'écris ces pages où rien ne m'est absolument propre que l'avantage d'avoir vu par moi-même en courant, dans une contrée peu connue, ce que je ne pouvais décrire que d'après les autres.

Ou se persuade mal à propos, quaud ou u'a pas l'habilude [P. 21 1] de ce II geure d'invesligaliou, que les climals trèsopposés différeul esseuliellemeut daus toutes leurs productious végétales. Les hautes moutagues des pays chauds présenteut souveut à l'observateur les mêmes plantes que les pays les plus septcutriouaux du globe. Le voyageur qui vient de recueillir à leur base l'épais veloutier couleur d'argent, la laiteuse scévole, le manguier dont les rameaux plongés daus la mer par leur oxtré.nité s'y chargent d'huîtres groupées comme les baies du pampre, s'étonne de changer de zone à mesure qu'il s'élève au-dessus du niveau de l'Océan, e' de voir se succéder les plantes plus humbles qui naissent sous [P. 212] l'équateur, et môme les plantes austères de l'Ecosse ou de la Laponie. Ainsi sur les flancs sauvages du Gobler et Ju Ben-Lomond, Bory aurait retrouvé avec moi les tubercules de pourpre du bœmyce corallifèrc [D] que nous avions vus briller dans les landes de rEuri)pc méridionale, et qu'il avait recueillis jusque sur les plateaux élevés de l'île Bourbon. Qu'on s'imagine la coupe en cône allongé où pétille le vin de Champagne, réduite aux proportions d'une miniatui'C élégante, élevée de quelques lignes au-dessus du tapis des mousses vulgaires, et couronnant sa fraîche verdure d'un [P. 2 13] petit diadème de rubis, on se formera || quelque image de cet ornement des solitudes alpines. Gomma je ne connais point de figure coloriée qui en donne une idée exacte, ce qui est loin de prouver qu'il n'en existe pas, j'ai cru devoir révéler aux dames qui herborisent dans les environs de Paris l'existence de ce charmant lichenoïde sur quelques points des côtes âpres de Fontainebleau et de Montmorency, en leur présciuant un échantillon du bœomice cnralUfère du Ben- Lomond (Ij. Il leur prouvera que la cryplogamie a aussi son [P. 214] luxe et ses bijoux, et que la || nature, qui a prodigué tous les trésors de sou écrin sur les insectes, les plus méprisés,

(1) Voyez la ligure 2. pi. I.

n'a pas traité les mousses avec plus de parciinonie que les scarabées et les chenilles.

Des toufïes arrondies, d'un vert brunâtre, m'annonçaient plus loin, Vhymenophy Ile de Toioibr^idge i^), à'ahovd découverte en Angleterre, observée depuis sur différents points de nos montagnes où elle est extrêmement rare, et retrouvée depuis par Bory dans cette île Bourbon qui a été pour lui si fertile en découvertes. Elle est remarquable par un aspect [P. 215] particulier qui rend compte de son nom grec. Ses frondes transparentes n'ont rien de la verdure compacte et de la consistance succulente des végétaux ; ce sont en efTet dés feuilles membraneuses qui affectent plutôt l'apparence de certains tissus soyeux ; car la Providence qui, suivant les termes de l'Ecriture, a revêtu le lis d'une robe plus éclaiante que celle des rois, n'a refusé ni la soie ni le corail aux derniers de ses sujets.

Une autre espèce de cryptogame très-digne d'attention est [P. 216] la borrère dorée C^) que M Lichtfoot, auteur || d'une Flore d'Ecosse, et prédécesseur du docteur Hooker avait déjà trouvée au Ben-Lomond, mais qu'il avait prise mal à propos pour une plante connue en la rapportant au lichen vulpin de Linné. Nous ne l'avons jamais rencontrée, ni Bory, ni moi, en état de fructification, quoique nos yeux aient été souvent attirés, en différents pays, par ses coussinets élégants entremêlés de filaments de la pius belle couleur jaune, qui coupent d'une opposition singulière et piquante le ton sombi'e et le fond monoione des schistes, des gneiss et des basaltes. La cryptogamie fait presque tous les frais de la parure des [P. 217] montagnes || à une certaine hauteur. Surla multitude des mousses qui leur tient lieu des pointes courtes et déliées du gazon, rampe ce lycojwde dont le pollen est plus connu pour fournir des éclairs à l'Opéra, que pour donner un asyle

(1) Voyez la figure 3, pi. I.

(2) Voy. la figure 1, pi. 1.

à quelques jolis mycélophages recherchés de l'entomologiste. Qui croirait que le dernier comme le premier de nos spectacles mit à contribution jusqu'aux plus misérables cryptogames des régions qui se rapprochent du pôle, et que l'un des revenus de l'Europe septentrionale se fondât sur les flambeaux de nos furies et les feux follets de nos revenants ? C'est au mélodrame surtout qu'il est vrai de dire que la lumière [P. 218] vient du Nord : grand sujet de méditation pour les philosophes spéculatifs et pour les économistes politiques !

Comme ce n'est pas ici un journal d'histoire naturelle, il faut bien que je m'excuse encore une fois, auprès du lecteur, de l'insipidité de cette nomenclature obligée, et qu'il me pardonne de ne lui montrer que des mousses dans un pays dont les points élevés ne produisent guère autre chose. Parmi celles que le docteur Hooker y a observées et qu'il mentionne dans son inappréciable livre^ j'ai reconnu avec un plaisir extrêmement vif, dont on ne peut donner d'idée aux personnes [P. 219] qui ne sont point accoutumées à ce genre de recherches, le bry turbiné {^) dont les petites urnes sont balancées sur de très-longs péduncules ; la wessie aiguë (2) qui s'amasse sur des fragments de rochers ; le splachnum mnioïde (3) chargé de bouteilles si régulières, et Vencalypte streptocarpe l'Odont la coifTe conique rappelle le bonnet pointu de nos gens de loi, ou cet instrument destiné à étouffer la lumière duquel une [P. 220] philosophie peut être |1 plus éclairée que modeste a décoré autrefois notre ignorance (5).

Les landes froides et nues de l'Ecosse sont comme celles du reste des pays septentrionaux, couvertes par le lichen des résines ; mais la nature qui a prodigue dans ces conti-ées la

(1) Voy. la ligure 3, pi. II.

(2) Voy. la figure 4, ibid.

(3) Voy. la figure 1, ibid.

(4) Voy. la ûguca 2, ibid .

(5) On a longtemps conlbnrin cette Mousse avec le brt/ éteignoir (Bryum extinctorium L.j

pâliire du précieux domestique des Lapons, n'y a point placé l'animal qui s'en nourrit. Nul grand quadrupède n'anime de sa présence les solitudes de la Galédonie, si ce n'est quelques bêtes fauves fugitives qui doivent même être assez rares. A [P. 221] peine un miaulement féroce indique || de temps en temps le chat-par I, que toutefois je n'ai pas entendu ; et parmi les oiseaux, à peine un long sifflement, ou un clappement court et répété comme le cri strident de l'oie sauvage, indique la retraite du plarmiyaii, espèce de gelinotte ou de tétras, fameuse parmi les montagnards, et qui vil au-dessus du domaine humide du héron et au-dessous de celui de l'aigle, dans la verdure basse, sombre, sévère, des arbustes herbacés ou des herbes arborescentes de la montagne, au milieu des myrlils aux baies noires et douces que j'ai si souvent dépouillées de leurs globules de jais dans les forêts de pins de la [P. 222] Garniole || et de la Croatie ; de Voxycoccos dont la cerise éclatante appelle de loin le coq de bruyère, de la dabo'cc/'«, dont les fleurs purpurines pendent on grelots à sa lige. L'andromède, liée au rocher comme la vierge dont elle a reçu le nom, ïairelle et quelques bruyères dominent sur la triste pyrole aux quatre feuilles et sur le petit genêt anglais dont les frêles rameaux, armés d'aiguillons recourbés, accrochent et retiennent les flocons de la laine d'un mouton errant et libre, et confient en échange à sa toison les dépouilles de leurs fleurs d'or.

Mes recherches entomologiques [E] ont été infiniment [P. 223] moins fructueuses || que je ne me l'étais promis. Quoique nous fussions parvenus au commencement de Juillet, époque assez avancée de la saison même pour l'Ecosse, et que le temps fût aussi favoi-able qu'on pouvait le désirer', peu d'insectes encore s'étaient conlies aux douces pr.juiesses de la température; ou plutôt la couslilution de l'cLie humide et froide atmosphère ne permetjamaisqu'àun très-petit nombre d'espèces de subir leurs métamorphoses et d'arriver au dernier terme de leurs développements. L'attention la plus scru-

pilleuse et l'habitude la plus exercée ne m'ont fait observer dans les montagnes d'Ecosse, que deux ou trois espèces de [P. 2J4] teignes et de pyrales assez vulgaires, et une dizaine de coléoptères frileux qui se tenaient cachés sous les pierres ou enveloppés des couches épaisses des sphaignes, comme d'un vêtement d'hiver. Encore appartenaient-ils presque tous à la famille des carabiques, que je soupçonne devoir être fort riche dans ce pays rarement exploré, puisqu'il m'a offert, enti-e autres espèces très rares, quatre espèces entièrement nouvelles, dont l'une que je dois à la bienveillance du docleur Hooker, et que je me suis fait un agréable devoir de lui dédier (1).

[P. 225] Je me hâte de sortir de ces détails, dont je me suis occupé moins longtemps sur le Ben-Lomond qu'il ne m'en a fallu pour les écrire. Le goût le plus vif pour quelques études spéciales, dont ou a contracté l'habitude et le besoin, ne balance pas longtemps cependant les plus fortes émotions qu'il ait été donné au cœur de l'homme de connaître ; et comment trouver de la place pour une manie quand ou cède à la puissance d'un sentiment qui contient tous les [P. 226] sentiments à la fois ? Il n'y || a pas là une faculté de l'âme qui ne soit occupée, pas une qui ne s'agrandisse, qui ne reçoive la révélation assurée de tout ce qui lui reste de forces. Il faudrait renoncer à un liomme que le hasard placerait tout seul au sommet d'une haute montagne, entre le ciel et les abymes, et qui ne découvrirait pas en soi une âme d'homme. L'air des montagnes est trop généreux pour les organisations communes. Les reptiles n'y vivent plus.

(1) Carabus Hookeri. A f finis ce rie G. Auronilenti, sed duplo minor. Aplerus, elylris sulcalis viridibus, lineis elevatis externis apice Iricreiiatis, N.

[Notes explicatives]

[Cet inléressant chapitre d'histoire nalarelle a été analysé dans plusieurs endroits de la première partie, notamment pour les renvois A, B, G, D, E placés dans le texte :

A. Chapitre Xll, § 1 : Kenseigiiemeats sur les géologues qui ont étudié l'Ecosse.

B et C, Chapitre VII, § 2 : Renseignements sur les botanistes Hooker et Bory de Saint- Vincent,

D. Chapitre XI, § 2 : Sur les plantes observées par Nodier et dessinées par Bory de Saint- Vincent.

E. Chapitre VIII, § 3 : Pour la partie entomologique de ses observations.]

SDR DES SPHINX RES E^YIROIJS BE YIOnBÉLURU

QCELQU•E^J GRAVES ERItELHS EN HISTOIRE NATURELLE, COMBATTUES DEPUIS LONGTEMPS PAR LES VRAIS SAVANTS. — CoMMENT ELLES SE SONT ÉTENDUES A TOUS LES PAYS, ET PROLONGÉES DANS TOUS LES AGES.

Traité des animavls aiant aisles, qui nvisenl par levrs piqvevres ou morsures, avec les remèdes. — Oultre plus vue histoire de qvelqves mouschcs ou papillons non vulgaires apparues l'an 1590, qu'on a eslimées fort venimeuses ; le tout composé par lean Baohin. Imprimé à Mont-Béliarl, 1593; petitin-8, fig. ; mai', bleu, rel. par Simior.

(Je livre, ijui est extrémemeat rare, suriout avec la figure, peut être regardé comme uq des plus curienx monumens des progrès de l'observation philosophique au seizième siècle. Une certaine espèce de papillons, que Bauhin décrit avec une grande exactitude, s'étant étrangement multipliée en l'année 159l), qui fut fort remarquable par ses chaleurs inaccoutumées, le peuple attribua généralement à cet animal, qui avoit été fort rare, et par conséquent fort peu observé jusqu'alors, une foule d'accidens dont il auroit été facile de trouver ailleurs [p. 214] Torigine naiurede, s'il n'étoit pas de l'es || ^ence lie l'esprit de l'homme de se saisir avidement des premières hypothèses qui s'offrent à son esprit et de ne s'en départir qu'avec peine. Cette apparition ayant concouru

avec une épizootie qui frappa une quantité considérable de bestiaux, on ne douta pas que ces bestiaux n'eussent été piqués par l'aiguiUon de ces mouches, c'est-à-dire par la trompe de ces papillons, bien que cet aiguillon soit « t.rop mol, comme le remarque judicieusement le sage Bauhin. pour percer la peau du bestial ou de l'homme ». C'est cette question que Bauhm examine avec un esprit de critique et une force de raisonnement qui ieroient honneur aux observateurs d'un siècle plus perfectionné, et que Féhx Plainer, excellent médecin de Bàle, décide avec encore plus d'autorité dans une lettre dont Bauhin, son ami, a enrichi son excellent petit livre. ija planche en taille douce qui accompagne ce volume, et dans laquelle cet insecte est représenté avec quelques autres de la même famille, offre le portrait fort ressemblant du spnlnx du liseron de «Teotfroy, innocent objet de ces ridicules inquiétudes du peuple et de ses superstitieuses cruautés. Tous ceux de ces malheureux papillons que l'on parvenait à saisir étoient brûlés impitoyablement, comme des émissaires du mauvais esprit. J'ai remarqué depuis, dans le même pays, que le sphinx du liseron, qui n'y est pas absolument rare en quelque année que ce soit, se montre effectivement en bien plus [p. 215J grand \\ nombre à la fin des années où la température a été très chaude, et qu'il devient alors aussi vulgaire que les espèces ies plus connues, surtout au coucher du soleil. J'ajouterai, au reste, comme une preuve assez curieuse de la persistance des préjugés populaires, que co bel insecte n'a pas perdu, depuis deux siècles et demi, sa mauvaise réputation, et que Ton croit encore à Montbeliard, comme au temps de Bauhin, que la trompe souple et mobile qu'il a reçue de la nature pour aspirer

le nectar des fleurs, est pour les bestiaux un instrument crempoisonnement et de mort. Comme il n'y a point d'erreur si grossière qui n'ait son explication dans quelque faux ra[)prochement d'idées, il faut avouer, à l'honneur de l'intelligence humaine, que cette méprise peut être fondée sur le i apport qu'on a remarqué entre l'époque de l'apparition de ces insectes et celle du développement des maladies épizootiques ; mais si on se rappelle ce que j'ai remarqué ci-devant, que les années où le sphinx du liseron apparoissoit en grand nomjjre étoient précisément celles où le thermomètre s'était élevé et maintenu au plus haut degré, on comprendra facilement que les accidens des contagions pestilentielles se reproduisent comme simultanément avec ce phénomène, sans en être le résultat. Ce sont deux effets très divers et très indépendans d'une même cause.

Le peuple nourrit dans tous les pays des préjugés [p. 216] de la même espèce contre des animaux très innocens, qu'il poursuit avec cruauté, sans s'aviser qu'ils ont une destination utile dans l'ordre de li nature, et à laquelle le bien-être même de l'homme est quelquefois intéressé. Je citerai, parmi ces espèces proscrites, le lézard vert, la plupart des couleuvres, et surtout cet orvet, si impuissant pour le mal et si essentiellement inoffeusif. dont le seul aspect cause des attaques de nerfs à une petite maîtresse. Il faut dire ici que ces préventions sont universelles, et que je n'ai vu aucun peuple qui en fût exempt. En Dalmatie, où il y a beaucoup d'hommes éclairés, personne ne doute que le typhus contagieux qui désole souvent les belles campagnes de Narente, et qui en décime presque tous les ans la population, ne soit produit parle seul contact d'une mouche

extrêmement vulgaire, (lui porte des germes de mort partout où elle se repose. J'ai fait tous mes efforts pour reconnoître bien distinctement l'espèce de cette mouche, sms pouvoir y parvenir, soit parce que les habitans ne sont pas exactement d'accord sur s^^s caractères, soit parce qu'ils attribuent indistinctement la même influence à beaucoup d'espèces différentes ; ainsi, on m'a indiqué tour à tour des culex, des lipLulcs, des diplolcpcs, etc.. c'est-à-dire des insectes qui n'ont pas le même caractère générique commun. Comme la contagion dont on la croit l'agent ne se communique pas [)ar U pipùre, mais par [p. 217] l'attouchement, ' on suppose qu'elle résulte des sucs de quelques plantes vénéneuses dont ces petits animaux se nourrissent, et qu'elles déposent sur les corps auxquelles elles viennent s'attacher Mais quel est cet arbre poison, ce mancenillier d'Europe, dont la funeste puissance ne se manifeste que [)ar Tintermédiaire d'un petit insecle? N'est-il pas plus [)robable que le développement de ces mouches, dont la larve ijabite probablement les marais de Narente, favoi-isé dans les années de chaleur par la tempérf^ture qui dessèche leurs eaux, concourt upcessairement avec celui des exhalaisons méphitiques lie ces marais, et que Ton prend encore ici un effet simultané pour une cnuse. Ainsi, à supposer (ju'on dessèche jamais les marais de Narente, le typhus et les mouches disparoissant à la fois, le préjugé restera.

Jean Bauhin est aussi l'auteur d'une Histoire notable de la rage des loups, advenue en d590, imprimée à Montbéliart en 1591, petit in-8, et que je n'ai jamais eu le loonheur de trouver ; elle n'est pas moins rare que le Traité des animavls aians aislcs. La planche [ircsijue introuvable de ce dernier ouvrage e.-t un grand feuillet

plié, composé de deux parties réunies sur un onglet, et où sont représentées en 17 figures, sous les lelties ABGD, quatre séries de sphinx vus dans tous les sens. La première est certainement, comme je l'ai dit, le sphinx du [p. 218] liseron ; je suis porté à croire ;| que la seconde est le sphinx de la vigne, et la troisième le moro sphinx de Geoffroy. Mais Bauhin n'a décrit soigneusement que la première ; et, quoique les portraits soient excellens pour le temps, il ?eroit difficile d'y reconnoître parfaitement des espèces dont la différence spécifique consiste le plus souvent dans un caractère presque insaisissab'e a la vue. Cette gravure a cela de irès curieux qu'elle contient, je crois, les premières figures passables d'jnsectes (jui aient été données, le volume d'Aldrovande n'ayant paru que neuf ans après, en 168*2. Platner dit toutefois, dans sa lettre, qu'il a l'image d'un tel papillon, « prins plusieurs » ans y a, à Milan, taillée en cuivre et imprimée, avec » une longue trompe, plusieurs pieds, comme une beste » horrible et dangereuse, et qu'on tenoit pour un » monstre ». Mais ce livre n'est point connu, et il est fâcheux que Platner ne l'ait pas cité.

[Cet essai est extrait des Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, parus en 1822, paragraphe XXVII.

Il a été analysé dans la l'" partie, chap. IX, § Ij.

Prionus eori

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