‹ Charles Nodier, naturalisteChapitre 48 sur 61 · SUR LES SCARABÉES DES HIÉROGLYPHES · texte numérisé non relu

SUR LES SCARABÉES DES HIÉROGLYPHES

Interprétation des hiéroglyphes. — Recherches archéologiques et entomologiques sur le scarabée sacré des égyptiens, ses significations, ses attributs, ses espèces et ses variétés (extraits).

QPOT AnOAAQiNQ]^ kpoYAuç'.y.a. — Oiu apollinis de sacris nolis et sculpturis libri. Parisiis, Kerver, 1551, in -8, x, 242, et un feuillet pour l'enseigne du libraire, qui représente un terme .

[P. 410] . . .Le scarabée sacré est un des hiéroglyphes les plus multipliés de l'écriture monumentale. Il n'est pas moins abondant comme amulette ou comme momie, et c'est un fait très naturel, car il exprime, suivant Orus Apollo, des idées qui, bien que fort imposantes, se reproduisent souvent : la naissance, le père, l'hoinme, le monde, le soleil, l'immortalité. Le scarabée sacré vaudroit donc la peine d'être reconnu par son nom véritable et désigné par les caractères propres de son espèce, s'il constituoit une espèce cai'actérisée. C'est ce que M. (iaillaud avait entrepris et sa découverte est, je crois, devenue classique en archéologie. Je n'ai certainement aucun intérêt à en contester l'importance, mais on va voir qu'elle se réduit à bien peu de chose.

1" L'insecte que M. Gaillaud a rapporté de Nubie n'étoit point totalement inconnu des modernes, comme on l'a publié et sa consécration hétérodoxe n'est pas même chose nouvelle. [P. 411] 11 en existoit un exemplaire dans le cabinet disert, et il le rapport frappant de sa stature avec celle de Vateuchus

sacer de Fabricius, détermina ce savant méthodiste à lui imposer le surnom de prof anus. Voyez Systema Eleutheratorum, tome I, page 5d, édition de 1801.

2° Le passage d'Orus Apollo qui a déterminé l'hypothèse de M. Gaillaud sur l'individualité spéciale du vrai scarabée sacré, ne me paroît pas concluant. Le voici dans la traduction de Régnier: « cette espèce rayonnante est ressemblante » au chat; elle est consacrée au soleil, tant à cause des rayons » qui semblent sortir d'elle, que parce que la prunelle dii » chat, à laquelle elle ressemble, change avec le cours diurne » de cet astre, s'allongeant à son levei", devenant ronde vers » son midi, et si petite lorsqu'il est près de se coucher, qu'elle » se réduit presque à rien. C'est en conséiiuence de tout cela » que la statue du soleil dans Héliopolis, avoit la fignre » d'un chat ». Or, rien ne i-essemble moins à un chat que Valeuclius profanus, et je ne sais ce que le prétendu Orus Apollo entendroit par les rayons qui sortent de lui, car c'est peut-être le plus mat des coléoptères <à reflets métalliques. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que le pédant qui recueilloitavec peu de savoir ces bribes inintelligibles dans quelques manuscrits fort suspects, ne se comprenoit pas lui-même en écrivant cette étrange définition, et cela lui est arrivé fort souvent.

[P. 412] 3" La seconde autorité de M. Caillaud est celle qu'il tire des 5cara6m amulettes, parmi lesquels il s'en trouve quelques uns de dorés. De là cette conséquence : le scarabée sacré étoii donc doré. .Mais il y a des scarabées amulettes, verts, il y en a des bleus, il y en a des rouges, il y en a des fauves, il y en a qui n'ont que la couleur naturelle à la terre du potier, et le plus giand nombre d'entre eux n'ont point d'analogues eu couleurs parmi les espèces naturelles. Il faut donc renoncer à cet argument, qui ne prouve rien parce qu'il prouveroit trop. Nos églises regorgent de saints dorés, et personne n'iiuagine que samt lloch ou saint Maclou ait eu la cuisse d'or de Pythagore.

4° Si M. Gaillaud avoil pris la peine de relire cet endroit d'Orus Apollo, il y auroil vu qu'Oi'us Apollo lui-même éloit très conlraire à la théorie du scarabée sacré individualisé dans une espèce, puisqu'il désignoit trois espèces fort distinctes de scarabées sacrés, ce qui, au point où nous sommes parvenus, l'eroit perdre à la découveile dont il s'agit les deux tiers de son importance s'il lui en restoit encore. Régnier obsei've naïvement là-dessus iju^ Pline reconnoissoit plus de trois espèces de scarabées, et il est prouvé par les hiéroglyphes, les amulettes et les momies, que les Egyptiens en avoicnt consacré plus de douze. Nous voilà bien loin du véritable scarabée sacré.

[P. 413] La question étoit mal posée. Ce n'est pas une|icouleur que les Egyptiens ont honorée dane la consécration de leur sublime'emblème du scarabée; ce sont des faits d'observation qui exprimoient intelligiblement des croyances solennelles Le scarabée sacré, suivant les Egyptiens, s'cngendroit d'un seul être, ce qui est, dans toutes les théories religieuses des peuples, le signe du plus haut degré d'organisation. Il n'étoit pas porté dans le ventre d'une femelle, et toutes les générations qui dévoient procéder de lui résidoient dans une maese qu'il rouloit avec puissance, d'aboid de l'orient à l'occident, et puis de l'occident à l'orient pour lui faire prendre la figure du monde ou celle du soleil. Ceci étoit uu double emblème de la création, celle de tous les êtres par l'androgyne, et puis celle du globe, destiné à devenir à lui seul l'habitation de tous les êtres prodnils. On me dispensera de dire que c'éloit là de la mauvaise physique, de la détestable zoologie. Les plus hautes philosophies qui aient éclairé les peuples, se sont appuyées quei(]uefois sur des systèmes plus absurdes encore.

Le VÉRITABLE scarabcc sacré, ce n'est donc pas une espèce particulière, choisie en raison de sa ressemblance fort éloignée avec des animaux d'un autre genre, ou en raison de sa couleur; ce qui a été sancti/ié en lui, c'est une faculté ou un habilus que possèdent en commun beaucoup d'espèces de

[P. 414] scarabées, et qui consiste à enfermer leurs œufs dans une masse de matière stercorale roulée en boule, qu'ils conduisent sans de grands efforts aux endroits les plus propres à favoriser le développement de leurs larves, ou à leur fournir une retraite. Le scarabée sacré, c'est donc, quel qu'il soit, le scarabée orbivolve, et les Egyptiens en reconnoissoient, comme je l'ai dit, une douzaine d'espèces qu'ils ont figurées en amulettes ou conservées en momies.

De tous les 5cara5ée5 orbivolves, il n'y en a point de plus commun dans ces régions Iraiisniéditerranéennes que l'aleuchiis sacer e[ l'ateuchus lalicollis de Fabiicius, qui ne diffèrent l'un de l'autre que par une particularité très sensible dans les amulettes ; c'est que le premier a les élylros lisses, et tout au plus marqués de quelques points rares, tandis que l'autre les a régulièrement sillonnés. Ces deux espèces, que l'on voit perpétuellement occupées à rouler dans les sables un globe d'un noir opaque, ont dû frapper les premières l'attention du peuple, et prêter avant aucune autre, aux philosophes de ces âges poétiques, le sujet d'un de leurs emblèmes. C'est cette considération qui a déterminé les méthodistes à imposer au premier des deux le nom de sacer, non comme individualité spéciale et absolue du scarabée sacré, mais comme son type le [P. 415] plus vulgaire. Il n'est pas|l naturel de penser en etïèt que les Egyptiens soient allés recueillir bien loin d'eux un insecte très rare, pour figurer une idée qu'il iniportoit de faire tomber sous les sens de tous les hommes quand ils eu avoient l'équivalenl multiplié par millions sur les bords de leurfl(Hive, et sur les grèves de leur mer. Ur faleuchiis profanas est peut-être l'espèce la plus rare do cette famille. L'exemplaire d'isert ne venoit pas d'Egypte ; il venoitde la côte de Guinée.

Que si l'on objecte qu'il est naturel au peuple d'honorer et de diviniser les objets en raison de leur rareté, je répondrai que tel n'étoit pas du moins le caractère delà religion égyptienne, où tous les emblèmes sont figurés sur les êtres les plus fréquens, et d'après les notions les plus répandues. Nos

aiiliijiiairos ii'oiU pas été réduits à chercher au fond de la Nubie le type du chien, du chat, de la cigogne, de l'ibis et du crocodile.

Après ces deux espèces, il y eu a dix autres, je le reconnois, qui ont offert le même cara'Uère ou auxquelles ou l'a attribué, et qui figurent parmi les momies et les amulettes. M. Passalacqua n'avoit qu'un scarabée momie, qui étoit annoncé comme scarabée sacré. C'étoit la femelle du copris emarginatus, qui est bien une espèce analogue aux ateuches, mais qui ne leur est pas congénère. Les scarabées momies du [P. 416] Musée Charles X que j'ai || vus jusqu'ici, sont des femelles de copris emargiualus et de copris lunaris.

Les scarabées aimuleites diffèrent entre eux comme les scarabées chivo^vaphiés des hiéroglyphes et comme le^ scarabées momies des tombeaux. l,e plus grand nombre offre des formes assez précises pour qu'on puisse y reconnaître distinctement l'espèce, car l'artiste égyptien se piquoit d'exactitude, et ses figures remporioient quelquefois en précision sur celles des insectes factices si mal heui'euseaienl inventés en Angleterre ou en Allemagne, à la liontedela science, il est donc de toute évidence qu'il y avoit autant de scarabées sacres reconnus en l'igypte, qu'il y a de figures diverses dans les amulettes ; car il faudroit supposer, pour établir le contraire, (jue leurs variétés sont le fruit dun simple caprice de l'ouvrier, et c est ce qui est insoutenable, puisque tous les caractères spéciaux ont été soigneusement conservés dans ces tidèles imitations. 11 n'y a pas de foible étudiant en entomologie, qui ne puisse reconnoitre dans les scarabées amulettes, outre ceux que j'ai nommés, Vateuchus pillularius, i'aleuchus /lagellalus, Vateuchus rolveus, le geotrupes puiiclatus. et au moins un onilis. Les Lidiis spècitiques sont si marqués qu'Urus ApoUo en a tiré par hasard une iuducliuii fort singulière qui se trouve [P. 417] juste. « Cette espèce de scarabée, dit-il, en ij parlant » de sa première espèce des scarabées sacrés, a trente doigts, » symbole des trente jours du mois, (jue le soleil emploie à

* parcourir les douze sigues du zodiaque. •> Crus Apollo est à coup sûr le premier écrivain qui ait remarqué que les insectes de cet ordre ont cinq artifles aux tarses.

Une chose qu'il i'ant ajouter à propos du [iveimev scarabée sacré d Orus Apollo, c'est que je n'oserois assurer que tous ceux que j'ai vus figurés en amulettes fussent orbi volves; mais on comprend qu'une grande analogie de configuration et d'habitudes ail trompé quelquefois la dévotion populaire, et que certaines consécrations ont pu être fondées sur des apparences. Gela n'est pas rare dans l'histoire des idolâtries.

I^a seconde espèce d'Orus Apollo a deux cornes et la ressemblance du taureau. C'est bien le copris laurus de Linné, de Geofi'roi, d'Olivier, de Fabricius, d'Illiger, de Panzer ; et il n'est pas étonnant que les égyptiens l'aient cousaci-éà la lune; car le croissant de la lune est pittorcsquement exprimé par la fine découpure et le jeu mobile du cimier de son chaperon.

La dernière a une corne et la figure de l'ibis. On auroit bien de la peine à trouver un coléoptère de cette famille qui eût la figure de l'ibis. Je présume que le faux Orus .4pollo a [P. 418] mal com î| pris ses autorités, et qu'il a voulu parler d'un insecte dont la tète est armée d'une pointe longue, menue, un peu arquée comme le bec de l'ibis. Ce seroit le copris luuarû, qu'on rencontre fréquemment en Egypte, et dont la femelle, que nous avons remarquée plusieurs fois parmi les momies, n'est pas moins commune sous la forme d'amulette, (^e Iroïsiëmo scarabée étoit consacré à Hermès.

r(^et essai, très remarquable par la précision dfs détails enlomologi(jnes, est aussi extrait des Mélanges lires d'une ptiiie bibliollièque (pavâ^r. LU), parus eu 1821) et analysédans noire chapitre IX, ,§ 1 ; on trouvera dans ce chapitre des lenseignements sur le voyageur Çailliaud.]

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