LA JEUNESSE DE CH. NODIER ET SES DÉBUTS
DANS l'Étude des sciences naturelles : girod-cîiantrans
Tous les biographes de Nodier s'accordent à reconnaître sa précocité remarquable, une aptitude singulière pour les connaissances encyclopédiques, enfin une vive imagination qui, dans ses essais historiques, l'a emporté souvent bien au delà des limites de la vérité.
Celte précocité s'est manifestée dans tout, aussi bien au point de vue civique ou sentimental, «pren littérature ou en science ; il suffit de rappeler les discoui's que Nodier débitait, à 11 et 12 ans, au Club des A}nis de la Constitution {'^), les passages de ses mémoires, manuscrits ou publiés, datant de cette période de sa jeunesse C^). Pour l'histoire naturelle, il est certain aussi que Nodier a commencé très jeune à s'en occuper : dès l'âge de 13 ans, d'après M"'« Mennessie?'-Nodier (VIII. 33), peut-être même plus tôt, si son séjour en Alsace, chez un pasteur, amateur de papillons, remonte à 12 ans, comme semble l'indiquer le passage suivant de Scrapinne.
A l'âge de douze ans, j'avois achevé les études superficielles des enfants et par conséquent je ne savois rien ; mais j'avois
fl) Discours prononcé à la Société des Amis de la Constitution, le S^ décembre 1791, par M. Gli Nodier fils, âgé de 11 ans; 4 pages (Besançon, Simard, 1791 ; Bibliothèque de Besançon). — Discours de M. Nodier lils, âgé de 12 ans, prononcé à la Société des Amis de la Constitution, lors de sa réception (Besançon, Simard, 1792; Bibl. de Besançon); cf. aussi CoiNDRE, Mon vieux Besançon, 1908, p. 890.
(2) Voy. Gaziep. (XVIl; et les nombreuses allusions de Nodier aux aventures sentimentales de sa jeunesse, dans Sérapkine, Adèle. ÇlémeiUine, Thérèse, etc.
heureusement appris ce qu'on apprend rarement au collège, c'est que je ne savois rien et que la plupart des savants euxmêmes ne savoient pas grand'cliose. J'étois si avide d'instruction qu'il m'est souvent arrivé d'épeler avec elfort l'alphabet d'une langue inconnue. . . Mais de tous les alphabets écrits ou rationnels que j'essayois de déchiffrer, il n'y en avoit point qui m'inspirât autant de ferveur que celui de la nature... Un séjour de quelques semaines chez un bon ministre de Vindenheim (i), en Alsace, foit amateur de papillons, m'avoit aidé à soulever le voile le plus grossier de cette belle Isis dont les secrets délicieux dévoient mêler tant de charmes, quelques années après, aux misères de mon exil. J'étois rentré dans mes montagnes, le filet de gaze à la main, la boîte de fer blanc doublée de liège dans la poche, la loupe et la pelote en sautoir, riche et fier de quelques lambeaux d'une nomenclature hasardée qui m'initioit du moins au langage d'un autre ujiivers (2). . .
Il ne nous a pas été possible de trouver la date exacte et les conditions de ce séjour en Alsace ; peut-élre a-t-il eu lieu pendant le voyage de Nodier avec les délégués du Club de)i Amis de la Consiiiution chargés de féliciter Pichegru, voyage accompli précisément en 17132, ou bien lors([ue son père l'envoya étudier le grec chez Kuloge Schneider, à Strasbourg, en 1793'? En tout cas, c'est le plus lointain souvenir qu'il ait gardé de son initiation à l'étude des insectes ; et si l'on ne peut pas affirmer que ce séjour remonte bien à ITO'i, il est certainement antérieur aux leçons de Girod de Chantrans et doit, par conséquent, se placer en 1792 ou 1793 l^^j.
(!) l'iubableiiieiit Wiiizeiilieiin, ancien cliel'-lieu de canton ilii llaut- Hlun, a .") kil. a lUuest de Colniar. (Voy. Carte, cliap. 1";
(2j Sét-aphine, p. 23-2i. La l'aniille de Nodier haijituit le n« 11 delà rue Ch. Nodier aeUielie (ancienne rue Neaoe, coustiuili; suf le prolongement de la lue des Minimes, dans les jardins de Chamars, vers le milieu du xvni' siècle (,\ '^^y- Gastaii et Pingaud, Besançon,, llKJl, p. 389).
(3) bans sa très intére-^sarite élude sur Nodier naturaliste et incdecin (XXXVlJj, M. le docteui- Kabie laiL remonter le goût de Nodier poui- lliistoire naturelle a ses années de lugne dans les montagnes du Juia, c"est-adii-e vers 180i-Lk), soit a l'âge de 'ii ans (p. b); il est certain qu'il remonte bien plus baut ; M. l'abre donne, du reste, lui-même, des dates plus anciennes, p. 3 et p. 7.
Mais deux liomines ont exercé une grande influence sur l'orientation de Nodier vers les sciences naturelles et ont surtout guidé ses premiers pas dans cette étude : c'est d'abord son compatriote, le naturaliste Girod de Chantrans, puis un jeune ingénieur breton, de passage à Besançon, Luczot ; on peut y ajouter de Besses, dont Nodier suivit les cours d'histoire naturelle à l'Ecole centrale, quoique son enseignement n'ait t'ait que coordonner et compléter les leçons pratiques de ses deux premiers maîtres ; les paragraphes suivants montrent, du reste, ce que Nodier doit à chacun de ces naturalistes.
§ 1. Nodier et Girod de Chantrans
C'est ordinairement à Gii'od de Chantrans seul qu'on attribue le mérite de l'initiation de Nodier à l'histoire naturelle; tous les biographes le disent et le répètent, sauf cependant M. de Gaillon qui reporte ce mérite à Luczot (VI, 9i3, note).
Déjà Sainte-Beuve consacre, dans sa notice de 1844, quelques lignes à « M. Gir-od de Chantrans, un savant, un sage, une espèce de Linné bisontin » (I, 457); puis F. Wey, Thuriet, etc., et plus récemment M. Michel Salomon, racontent dans quelles circonstances les relations s'établirent entre le savant et son jeune élève et font un tableau pittoresque de leur installation à Novillars, pendant la Terreur (II, XV, XIX, etc.).
Ch. Nodier^ âgé alors de 13 ans, était d'une exaltation romanesque (M'"'' Mennessier, VIII, 20), et c'est pour calmer son cerveau, son imagination toujours en délire (Wey, II. 7) qu'on le confie aux leçons et aux soins affectueux de Girod-Chantrans, un ami de la famille. Wey a donné un portrait, souvent reproduit, de ce « patriarche de l'ancien régime, spirituel, érudit et pieux. »
« C'était un ancien officier du génie, petit, contrefait et d'une figure charmante; un homme du temps jadis, plein d'indulgence, de sérénité, voué à l'amour de la nature, à l'étude des sciences, aux recherches de la hotanique et de l'entomologie. » (II, 9).
Ch. Nodier s'attacha à cet excellent maître et passait des journées entières avec lui ; l'élève reconnaissant lui a consacré, plus tard, dans Séraphine, les pages suivantes, souvenir charmant de ses plus belles années de jeunesse.
Il y avolt alors dans ma ville natale un homme d'ime quarantaine d'années qui s'appelait M. de C..., et qu'an temps d'où je parle, on appeloit plus communémentle citoyen Justin, du nom de son patron, parce que la Révolution lui avoit ôtéle nom de son père. C'était un ancien officier du génie qui avoit passé sa vie en études scientifiques et qui dépensoit sa fortune en bonnes œuvres. Simple et austère dans ses moeurs, doux et atTectueux dans ses relations, inflexible dans ses principes, mais tolérant par caractère, bienveillant pour tout le monde; capable défont ce qui est bon, digne de tout ce qui est grand, et modeste jusqu'à la timidité, au milieu des trésors de savoir qn'avoit amassés sa patience ou devinés son génie; discutant peu, ne pérorant pas, ne contestant jamais; toujours prêt à éclairer l'ignorance, à ménager l'erreur, à respecter la conviction, à conqjalir à la folie, il vous auroit rappelé Platon, Fénelon ou Maleslierbes ; mais je ne le compare à personne; les comparaisons lui feraient tort. Le vulgaire soupçonnoit qu'il était fort versé dans la médecine, parce qu'on le voyait toujours le premier et le dernier au chevet des pauvres malades, et qu'il étoit à son aise, parce tpi'il foiu'nissoil les remèdes; mais on le croyoit aussi un peu l)izai're, parce qu'il étoit avec moi le seul du pays qui se pronirnàt dans la campagne armé d'un filet de gaze et qui eu iaucliàt légèrement la cime des hautes herbes, sans les endommagei', pour leur ravir quelques mouches aux écailles dorées, dont pei'sonne ne pouvdit s'expliquer l'usage. Cette analogie de goût nipiirocha bientôt nos âges si éloignés. Le hasard voulait qu'il eût été l'ami de mon père dont le mien fut un moment jaloux : mais ils s'en-
tendirent mieux pour mon bonheur que les deux mères du Jugement de Salomon. (p. 25, Î6).
Complétons ces souvenirs par quelques renseignements biogr.'iphiques plus précis qui achèveront de nous faire connaître le sympathique naturaliste bisontin.
Jvslin GiROD DE Chantbans naquit à Besançon le 20 sept. 1750; il était le -lO» des 12 enfants d'Antoine Girod. seigneur de Naisey, Novillars et Amagney, — le frère de Claude- François GiROD DE Novillars (1748-1812), auteur d'un Es»ai ]iistnrique nur quelques hommes de lettres (1806), — le neveu de Jean- François- Xavier GiROD de Mignovillars (1735- 1783), inèdecin de Louis XVI(li. Très doué pour les mathématiques, J. Girod de Chantrans fit sa carrière dans l'arme du génie (cami)agne des Antilles, Saint-Domingue, Fort de Joux) jusqu'en 1792, époque de son retour à Besançon, où il prenait sa retraite {%.
Bien qu'il se fût déjà occupé de sciences naturelles, notamment pendant son séjour à Saint-Domingue (1775-1777), où, d'après un de ses biographes (3), « il aurait créé un herbier des plus précieux de plantes exotiques. . . », c'est surtout à partir de 1790-1792 qu'il parait s'être livré avec ardeur à l'étude de l'histoire naturelle de notre région (4). Très lié avec Lacroix (5j, professeur à l'Ecole d'artillerie de Besançon, ils
(1) Voy. lès Biographies générales, et particulièrement Lebon d'après Croullebois dans Acadétnie de Besançon, 1881, p. 90. — Voy. note additionnelle.
(2) Tiirod-Ctiantrans, — c'est ainsi qu'il s'est appelé depuis la Révolution, — habitait à Besançon, rue de la Vieille-Monnaie, n°3.
(H) De JouFFnOY, Académie de Besançon. 1882, p. 123.
(4) Voy Essai sur la géogr. physiq. du Doubs, t. I, 1810, préface, p. vj : « Mon début dans ce travail date d'une vingtaine d'années, pendant lesquelles j'ai accumulé une multitude dénotes qu'il était absolument nécessaire de coordonner entre elles pour en tirer parti... »
(.5) Lacroi.v (Sylvestre-François), né à Paris en 176.5, f en 1843; après son séjour à Besançon (1788-1793). comme professeur à l'Ecole d'artillerie, le célèbre mathématicien devint professeur a l'Ecole centrale, puis à l'Ecole normale de Paris, enfin à l'Ecole polytechnique, à la Faculté des sciences et au Collège de France.
commencent ensemble des Recherches microscopiques et chimiques sur des organismes inférieurs que Girod-Chantrans publia en 1802; on y trouve la première mention des zoospores des algues d'eau douce, qu'il considérait comme des infusoires; De Candolle lui dédia, à cette occasion, le genre Chantransia (').
Huit ans après HSIO), Girod-Chantrans faisait paraître son Esiai sur la GéograpJnc jthysiqite du Douhs, pi-emièie tentative d'une énumération de toutes les productions naturelles (animaux, plantes, minéraux) de ce département.
On trouvera dans les biographes de Girod-Chantrans, dans Weiss, Quérard, de Jouffroy (2), la liste de ses nombreux travaux publiés dans le Journal des Mines, le Bulletin de In Société d'encouragement, le Bulletin de lu Société pliilomatique.de Paris, la Société d'A g riculture du Doubs, l'Académie de Besançon. Rappelons encore que Girod-Chantrans fonda, en 1799, la Société d'Agriculture, à laquelle il communiqua, jusqu'à la veille de sa mort, survenue le l«r aofit 1841, les résultats de ses expériences et de ses nombreuses obsei'vations agronomiques.
Tel est le savant, le sage, à qui on confiait le jeune Xodiei- ; « effrayé du débordement d'idées, du désoi'di'e (l'imagination de ce cerveau toujours en délire, M. de Chantrans enseigna à l'enfant un peu de mathématiques par manière de potion réfrigérante; il y joignit la botanique et l'étude des insectes, dans laquelle, Charles, avec sa mémoire surprenante, ne tarda pas à exceller. » (Wey, II, 9); d'après Sainte-Beuve, « l'enfant ne mordit qu'à l'histoire naturelle » ; mais il y
(1) Voy. notre note sur Girod-Chantrans mycologue et noire travail sur la querelle scientifique survenue entre Giiod-Chantrans et Vauchoi- {Soc. Emul. du Doubs. '20 mai 1905, juin 1006). — M. G. Bonnier est arrivé plus tard, aux mêmes conclusions, (voy. Le Monde régélal, 1900. p. 91), au point de vue de la valeur respective des recherches des deux naturalistes, mais sans faire mention des zoospores
(2) Weiss dans Biographie .Michaud; Quér.xrd. France liltér , 111.378; De JouFKROV, dans Acad de Besançon, 1882, p. 119-134.
mordit si bien que toute cette activité fébrile, toute cette imagination désordonnée furent désormais, au moins pendant quelque temps, détoui'nées vers ces occupations d'une nature plus paisible; aussi Nodier s'y livra-t-il avec passion et les promenades à la recherche des insectes, la découverte des espèces rares, l'observation des mœurs de ces créatures mystérieuses lui furent un enchantement continuel dont il conservait, bien longtemps api'ès, le souvenir encore vibrant d'enthousiasme.
Notre journée d'investigations commêngoit régnlièrement à midi, après le repas du matin, et^duroit jusqu'à la nuit, car nous étions d'intrépides marcheurs. Nous allions et nous revenions en coiu'ant, moi, questionnant sur tout ce qui se rencontroit; lui, répondant toujours et à tout par des solutions claires, ingénieuses et faciles à retenir. Il n'y avoit pas un fait naturel qui ne fournit matière à une leçon, pis une leçon qui ne ûi sur moi l'elïet d'un plaisir nouveau et inattendu. C'étoit un cours d'études encyclopédiques mis en action, et je suis sûr maintenant que tout autre que moi en aiu'oit tiré grand pi'ofit; mais mon imagination étoit trop mobile poiu' n'être point oniilieuse. Arrivés aux champs ou aii.K forêts, nous entrions en chasse, et, comme mes collections se commençoient à peine, chaque pas me procuroit une découverte; je marîhois en pays conquis.
Il n'y a point d'expression pour rendre la joie de ces inno centes usurpations de la Science sur la nature rebelle et mystérieuse, et ceux qui ne l'ont pas goûtée auront peut-être quelque peine à la concevoir. Pjicore aujourd'hui, je me prends quelquefois à frémir d'un voluptueux saisissement en me rappelant la vue du premier carahus auronitens qui me soit apparu dans l'ombre humide que portoit le tronc d'un vieux chêne renversé, sous lequel il ri'posoit éblouissant comme une escarboucle tombée de l'aigrette du Mogol. Prenez garde à son nom. s'il vous plaît : c'était le carabus auronitens \u\-mème\ Je me souviens qu'il me fascina un moment de sa lumière et que ma main trembla d'une telle émotion qu'il fallut m'y rejtrendre à deux fois pour m'en emparer... {Séraphine, p. 35-36)
§ 2. Girod-Chantrans et Ch. Nodier à Novillars.
C'est surtout à Novillars et dans ses environs, pendant Tété 1794, que s'écoulèrent ces journées enchanteresses ; ce séjour dans la retraite de Girod-Chantrans est un des épisodes les mieux connus de la vie de Nodier, grâce aux pages charmantes qu'il lui a consacrées dans ses Souvenirs do Jeunesse ; souvent reproduites, elles ont servi aux biographes pour décrire Tinstallation des deux naturalistes dans la maison de Girod-Chantrans à Novillars, et poui' i-aconter leurs chasses aux insectes et les moments qu'ils employaient à l'étude de leurs récoltes. Et ce[)endant, bien que de nombreux passages de Séraphine aient l'apparence d'une autobiogi'aphie véridique, la date et la durée de ce séjour, l'emplacement de la maison de campagne de Girod-Chantrans, ne peuvent pas être indiqués avec une entière certitude (').
D'après Sainte-Beu^'e, c'est « pendant la Terreur, probablement », et à la suite du décret interdisant aux ci devant nobles le séjour dans les [tlaces de guerre, que Girod-Chantrans (( all(( habiter Novillars, château à deux lieues » de Besançon, emmenant le jeune Nodier avec lui [I, 457].
Wey, moins explicite pour la localité, l'est davantage pour l'époque : « pendant la '/'erreur, à la campagne », dit- il [II, 7, 9].
(1) Pour plusieurs bioiria plies ile Nodier. Séraphine est une « espèce d'aiitobiogi apliie qu'on ;iui:iit bien torl de prendre au sérieux » Cf. Michaud, etc. Mais les renseigneirients qu on a pu recueillir à daiiires sources prouvent que, si certains délails or.t été liansfoimés, embellis par la vive imagination de Nodier, 'e fond des événements qu'il décrit est souvent exacl : on la vérifié non seulement pour Séraphine, mais encore pour d'autres souvenirs, nouvtlles ou portraits, celui de Fouché, par exemple, ainsi que M. Madelin vient d'en donner les preuves (Voy. Micliel Salomun, p. 90,91).
Avec M"'8 Mennessier-Nodier, les renseignements deviennent plus précis : c'est bien à Novillars que Girod-Chantrans se retire avec le jeune Nodier. » dans la paisible maison de Novillars, l'eprésentée dans une aquarelle de M'"" la comtesse de Circourt, devenue par mariage petite nièce de M. de Chanlrans » ; et la retraite est indiquée comme une conséquence de la loi de floréal ^[u\ exilait les nobles des villes de guerre [VIII, 23, 27].
Dans SérapJmte(^} Nodiei" t'ait une allusion à la loi de floréal et ajoute cette paiticularité intéressante qu'à ce moment, c'est-à-dire à la fin de mai^ il ctiiit tombé de la neige ; ce détail ne parait pas une invention de Nodier, mais le souvenir d'un [thénomène qui l'avait frappé à cause de sa rareté c-i).
On ne peut donc placer la dale de l'inslallalion à Novillars qu'après la loi du 30 floréal an II ( lU mai 1794), c'est-à-dire au plus tôt, à la fin de mai 17!)4.
Et comme deux passages très précis de Séraphine i'-^) permettent de fixer au 12 octobre de la même année le départ de Nodier, c'est donc à peine 4 mois et demi et non une année, comme on l'a dit, (|ue Nodier est resté à Novillars, en -1794(4).
Le petit village de Novillars est situé près des boi'ds du Doubs, à 10 kilomètres au nord-est de Besançon : ses
l'I) Pour les citations de Séraphine nous renvoyons aux pages îles CEuvres complètes, édilion Reu iuel, 183i, t. X, Souvenirs de jeunesse (Séraphine, p. 21-80).
(2j Voy. la note de la page précédente.
(3) « .\ujoiird"liui t2 octobre 1831, trente-sept ans jour pour jour » (p. 28) et p. 68.
(4) C'est grâce à rinfluence de Nodier père, président du tribunal révolutionnaire, que Girod Chantrans ne se retira qu'à deux lieues de Besançon ; il lui confia son fils et le lui annonça en ces termes : « .le ne connais pas d'homme plus vertueux que loi; tu méritais de n'être [la^ né gentillioirime ; mais oitéis à la loi, emmène mon enfant, je te le confie, tu lui apprendras à conuaitre la nature et la vérité. » (Cf. Michel Salotrion, XIX, 9).
rares maisons sont disséminées au voisinage d'une petite rivière, affluent du Doubs, la Longeau, dont une dérivation, aujourd'hui comblée, est proltablement le Biez de la description de Sévaphinc.
M. Michel Salomon, qui a fait le pèlerinage de NoviUars, y a retrouvé « le charme du vallon, les courbes complaisantes du Doubs, à travers les herbages verts et drus, ce coin de riante nature, que Nodier nommait son paradis perdu » [XIX, 10, 1 1] ; mais il ne nous a pas été possible d'y reconnaître les traces de l'iiabitation de Giiod-Ghantrans et même d'y retrouver le souvenir de son séjour, bien qu'il y eût passé encore de nombreuses années dans la première moitié du siècle dernier !
On se heurte du l'este, dans cette recherche, à plusieurs difficultés.
D'abord le château de Novillars n'appartenait pas à Justin Girod de Chantrans, mais à son frère Charles-François Girod de Novillarif (174-7 -j- 181'2j : la matrice cadastrale, établie en "1808, ne porte rien au nom de Justin ; toutes les cotes, possédées par des Girod, sont au nom de Claude- Fia nçois, ou de ses fils, Casimir, Ferdinund et Eugène : par exemple, n"* 41 et 46 (château et ses dépendances, actuellement à M. d'Hotelans) ; n^siS, 47, 1 13, 190 (en ruines ou démolies) ; n"* 06, 117 (aujourd'hui à divers propriétaires) ; n" 107 (encore à un petit-fils, M. Eugène de Novillar;-).
D'autre part, la maison oii Girod Chantrans et Nodier s'étaient installés, n'était pas un château, d'après la description deSévaphitiei^), mais une habitation très modeste, composée principalement de deux pièces au premier et unique étage, simplement enduites de plaire et pourvues d'un mobilier lustique et sommaire; cette maisonnette était placée tout à fait sur le bord du Biez « dont on suivait au loin les détours entre des fabriques chai'iuaiites et des ilols de ver-
(1; Séraphine, p. "27, 30 el (>U.
dure » et au voisinage d" « une source niurmur.uile qui allait n)uui'if dans le Biez, en bondissanl sui' les cailloux )).
•luslin ('rii'od-(^hantrans avait pi'obableinent trouvé dans une lies maisons de son frère, ou d'un autre habitant de N\)villars. un pied à terre [)0ur ses collections et ses éludes, où il passait la belle saison, dans le cabne et la tranquillité i]u'il n'aurait pas trouvés au château. VVey, qui vint l'y voir-, en iSSi, sur la demande de (^h. Nodiei', ne domie aucun l'enseignement sin^ cette habitation, oi^i, dit-il, « je passai, dans sa riLra'tc, cini] jijuis délicieux y [II, !)J.
FiG. 2. — Village de Novillars : a, maison Grosjean (Claude), démolie (a" 185/ ; 6, uiicieu .Moulin, démoli (n" 186) ; c, petite source au pied des rochers ; d, La Cude, usine démolie (n" 190) ; e, ancien bras de la Longeau, allant au Moulin, supprimé depuis longtemps ; f. ruisseau actuel ; g, gare (1857) ; h, maison Besançon; j, chemin de fer et k roule de Besançon à lîeltbit ; /, m, maisons démolies.
Puisque, d'après le cadastre de 1808 et la description de Séraphine, l'habitation de Girod-Chantrans ne pouvait être le château actuel, nous avons recherché, avec l'aide de
M. Hudelot, instituteur, s'il existait des traces ou le souvenir d'une autre demeure correspondant à cette description ; aucune maison actuelle ne s'y l'apporte ; mais, d'après un habitant de Novillars, M. Daclon, dont le grand âge conserve le souvenir de beaucoup de clioses disparues, on aurait pu la retrouver dans une petite maison située à l'extrémité occitleiitale du village, au lieu dit Ui Cude, Sous les roches, figurée sur le plan cadastral sous le n' 185 (voir le plan de la. page précédente, lettre a), maison déjà en ruines lors de la construction du cheiT.in de fer de Besançon à Belfort (1854-1857) etdéinolie à cette époque.
Cette maisonnette, placée sur les bords d'un bras de la Longeau, actuellement comble (lettre c du plan), n'avait, en effet, que deux pièces à son premier et unique étage ; près d'elle, une maison plus importante (lettre b, n° 186 du plan cadastrai), ancien mouiin ne fonctionnant plus depuis longtemps et démoli aussi par la constixiction du chemin de fer ; entre les deux, s'écoulait une petite source sortant à la base des rochers voisins (lettre c) ; l'établissement de la voie ferrée a supprimé la source, son écoulement aérien, et l'ancien moulin ; mais les eaux provenant du pied de la falaise rocheuse alimentent encore un puits placé au nord de la maison Besançon (lettre /t), construite sur l'emplacement de l'habitation pi'ésumée de Girod-Chantrans (l).
Si cette maison n'est pas celle (ju'a habitée Girod-Cliantrans, Gh. Nodier s'est inspiré de sa situation dans l'endroit le plus pittoresque de la contrée, et de sa disposition intérieure, pour brosser le tableau si vivant qu'il en donne dans Sét'dphine, dans ces pages ravissantes (jue nous croyons devoir reproduire presque en entier (2).
(i) Les lieux maisons, a el b (n"^ 185 et 186) ont appartenu à une famille Grosjean (Jean-Claude et Clauile) de Novillars, jusqu'à leur acquisition, en ISoi, par la G''' du Clieinin de fer l'.-L -M. et leur démolition.
(2) Dans son très attachant ouvrage sur Cli. Nodier, M. Michel Salouion a donné un excellent résumé de ces payes, résumé que nous aurions pu
Nous allàiDes habiter un joli villajie éparpillé sur les deux l)Oi'ds d'une petite rivière qu'on appeioit le fîi'^c.suivanl l'usa^ie liu pays, et qui étoit garnie décote et d'autre d'un rang pressé de jeunes peupliers. Ils doivent avoir bien gi'undi ! Notre maison étoit, dans sa simplicité, la plus magnifique de la commune, et l'appartement que nous occupions au premier et dernier étage aiu'uit t'ait envie à dix rois que j'ai rencontrés depuis dans les plus méciianles auberges d'Europe. Il se composoit de deux chambres enduites d'un plâtre blanc et poli, dont la propreté charmoit la vue. Celle du citoyen Justin, qui étoit la jjIus gi'ande, conimede raison, ne manquoit pas d'un certain luxe d'ameublement, quoique le principal s'y réduisit à une couchette de paille (il n'y avoit jamais d'autre lit, et je me suis fort bien trouvé dès lors d'avoir contracté pi'ès de lui cette habitude), à deux fortes chaises de bois de noyer, et à deux grandes tables de la même matière et du même travail, cirées comme des parquets et luisantes comme des miroirs. La première, qui avoit au moins cinq pieds de diamètre, occupoit de sa vaste circonférence le milieu du superbe salon dont je commence la description avec un sentiment si vif et si présent des localités, que j'en reconnoîtrois tous les détails à tâtons, si j'y ètois transporté la nuit par la baguette d'une bonne fée, quoi qu'il y ait, aujourd'hui 12 octobre 1831, trente-sept ans que j'y ai laissé à peu de chose près la petite part de bonheur sans mélange qui devoit m'échoir sur la terre. Celle-là portoit tous nos ustensiles de travail et d'observ.ilion journalière, les presses, les pinces, les scalpels, les ciseaux, les poinçons, les loupes, les lentilles, les microscopes, les étoupes, les yeux d'émail, le fil de fer, les épingles, les goupilles, le papier gris, les acides et les bricpiels, pièces indispensables, s'il en fût jamais, d'un équipage de naturaliste ; c'est là qu'on analysoit, qu'on disséquoit, qu'on empailloit les animaux
c'est là qi'oii essayoit les pierres au contact des houppes nerveuses les plus développées de notre organisme, au cIjoc du fer.
nous borner à reproiiuiie ; mais il nous a semblé que dans un travail consacré spécialement à Nodier, naturaliste, le lecteur aimerait trouver le texte même de ces desoiiplions pleines à la fois de science et de poésie
aux sympathies de l'aimant, au jeu sensible des affinilés, à l'etfervescence et aux décompositions que produisent les réactifs ; c'étoit le modeste laboratoire où venoient se révéler l'un après l'auli'e tous les secrets de la nature.
Sur la paroi du fond, car je suis bien décidé à ne vous faire grâce d'aucun détail, étoit la couchette dont je vous ai parlé, flanquée de nos deux fauteuils de cérémonie, terminée au pied par le mobilier exigu d'une toilette pliilosophique, et appuyée sur l'arsenal de nos grandes expéditions, freloches de toutes les dimensions, de toutes les formes et de toutes les couleurs, outils àfouir, outils à saper, pieux à sauteries ravins, gaules à frapper les ramées. Il n'y manquoit qu'un fusil, mais c'étoit une arme interdite aux naturalistes suspects, et les nôtres n'inspiroient déjà que trop de défiance dans les mains d'un philosophe et d'un enfant. Dessous gisoient le marteau à rompre le roc et la pointe à déchausser les racines. Deux bâtons légers, mais noueux, contre les loups et les serpents, complétoient ce formidable appareil de guerre. Je puis vous assurer que cela étoit terrible à voir.
La muraille de droite ouvrait son unique fenêtre sur une soiu'ce - murmurante qui alloit mourir dans le Biez, en bondissant sur les cailloux, et dont je crois entendre encore le fracas mélodieux. Dans la partie de l'appartement qui précédoit cette croisée, nous avions assis sur des consoles trois gracieuses tablettes dont la première ou l'inférieure supportoit les boîtes de clienilles et de chrysalides, fermées de fins réseaux, qui étoient confiées à mes soins particuliers, et la seconde, les planchettes polies où nous étalions nos papillons, sous des plaques de verre qui contenoient leurs ailes sans les froisser. La dernière étoit garnie de flacons bouchés à l'émeri, qui renfermoient le camphre destiné à saupoudrer tous les soirs nos boîtes de chasse, l'alcali volatil contre la piqûre des frelons et la morsure 'les vipères, et l'esprit de vin conservateur des reptiles et des petits ovipares. Une armoire pratiquée tout au()rès, et dont le citoyen Justin portait toujours la clef, étoit réservée pour les trésors cent fois plus précieux de la pharmacie domestique.
L'autre côté de la croisée étoit occupée par notre seconde table, dont je n'ai encore rien dit, quoi qu'elle en valût bien la
peine; mais j'ai cru devoir sacrifier l'ordre logique à l'ordre descriptif dans celle lopograpliie vraiment spéciale qu'on ne refera pas après moi, car je suis le seul (jui m'en souvienne sur la terre, à moins que M. de C... n'ait conservé à quatre-vingts ans quelque mémoire de ces jours d'exil, qui furent, pour moi des jours d'inefïables délices. Je ne savois pas même qu'il souffroit, et son attentive bonté me dissimuloit, sous une htmieur douce et riante, des chagrins qui auroient empoisonné mon bonheur! — Cette table étoit bien longue, à l'idée que je m'en fais aujourd'hui. Foutes nos académies détruites par un vandalisme brutal mais naïf, et qui avoit au moins cette excuse de l'inexpérience qu'il n'aura plus, y siégeoient à mes yeux dans une seule personne. Un homme de génie écrivoit là ces pages admirables, dont quelques rares amis ont reçu la confidence, tirées à dix ou douze exemplaires, et qu'ignorera la postérité qui ne pourroit plus les entendre. Devant lui, ses livres favoris étoient amassés sur trois rayons, dont le premier avait peine à cuntenir nos auteurs usuels, le Systema Naturae, le grave Fabricius, le bon GeolTroy, l'ingénieux Bergmann, Lavoisier, Fourcroy, Berthollet, Maqiier l'éclectique, et Bernardin de Saint-Pierre le poète. {Séraphine, p. 27-32).
Quant aux occupations de Nodier, elles sont décrites dans les pages suivantes des mêmes Souvenirs.
Mon ministère particulier sebonioit à pousser des reconnoissances autour du village, sur tous les points où quelque accident favorable à de certains développements, nous promettoit une abondante récolte de genres nouveaux. Je savois à ne pas m'y tromper le petit bouquet d'aunes ou de bouleaux qui balançoit à ses feuilles tremblantes des eumolpes bleus comme le saphir et des chrysomèles vertes comme l'émeraude; la jolie coudraie qu'afTectionnoient ces élégants attelabes d'un rouge de laque, si semblables aux graines d'Amérique dont les sauvages font des colliers; la plantation de jeunes saules où le capricorne musqué venoit développer les richesses de son armure d'aventurine, et répandre ses parfums d'ambre et de rose; la flaque d'eau voilée de nénuphars aux larges tulipes, et
— sodé pelites renoncules aux boutons d'argent, où nagcoit le dUique aplati comme un bac, et du fond de laquelle Vhijdrophile s'élevoiL sur son dos arrondi comme une oarène, tandis qu'une peuplade entière de donacies faisoient jouer les reflets de tous les métaux sur leurs étuis resplendissants, à travers les léuilles des iris et des menianthes. Je savois le cliène où les cerfs volants vi voient en trii)U,et le hêtre, à l'écorce d'un blanc soyeux (»ù gravissoient lourdement les priones géants... {Séraphine p. 39-40).
Ces descinptions si minutieuses auxquelles le talent de Nodier donne du moins l'illusion de la vraisemblance, si elles ne sont pas l'expression de la réalité, ne s'accordent pas toujours avec l'emplacement de Novillars, ni avec l'iiypothèse d'un séjour de 4 mois et demi dans cette localité : il est facile de relever des détails topographiques qui s'appliquent mieux à une autre contrée; quand, par exemple, iNodier « descend de la montagne », en quittant l'habitation de Girod-Chantrans, ou qu'il suit le sentier taillé dans le rocher, au-dessus d'un précipice elî'rayant, le passage du Irou du hibou (p. 50, (J6), il semble bien que celte demeure serait mieux placée à Nancray, ou à Chantrans, autres patrimoines de la famille Girod, qu'à Novillars lO ; maiSj suivant son habitude, Nodier a dû mélanger les souvenirs de lieux et d'événements différents et les agrémenter des produits de son imagination. 11 en est de même de la description de ses chasses, de ses observations, si remarquables comme vérité scieiiLitique, des caractères et des mœurs des insectes ; Tannée entière qui lui est accordée par la plupart des biographes lui aurait à peine sul'ti pour acquérir des cumiaissances si précises et si étendues; c'est encore ici, le naturaliste déjà exercé, qui utilise,
(\) Giroii-Cliantraus ne cite cepeudaiit jamais Naiicray ni Cliaiiti'ans panai les localités qu'il indique dans sa Gëoijrap/ue pfiijaique ; celles qui i-eviennent le plus souvent sont : .Sovillars (jaidnis, clos, bois, environs) Blaniont, Poulailler, le DouIjs, la l.oue, Ciiuniais, les Prés de Vaux, Amagney, etc..
au moment où il écrit Sérajihine, les résultats de plus de vingt années de recherches et en enrichit des souvenirs de quelques mois seulement d'observations et d'études.
§ 3. Dernières relations de Nodier et de Girod-Chantrans.
Après le départ de Novillars, les relations de Gh. Nodier avec Girod-Chantrans deviennent moins fréquentes et moins intime» ; Nodier se lie particulièrement avec un ingénieur des Ponts et Chaussées, Luczot, arrivé récemment à Besançon (août 1793), que rapprochaient de Nodier, son jeune âge (Luczot n'avait que 25 ans) et une singulière communauté de goûts, notamment pour l'entomologie.
Les deux amis suivent ensemble pendant l'année 1796- 1797. les cours d'histoire naturelle de l'Ecole centrale : Nodier y retrouve, il est vrai, Girod-Chantrans comme membre de la commission de surveillance et du jury d'e.\.amen.
C'est aussi à cette époque (an VI) que Luczot et Nodier publient, en collaboration, leur fameuse Dissertaiion sur V usage des antennes; on s'étonne de n'y trouver aucune allusion à Girod-Chantrans, à son rôle initiateur dans l'étude des insectes pour l'un des deux collaborateurs. Mais dans les Descriptions d'insectes nouveaux rédigées la même année (1797) et restées manuscrites (Bibliothèque de Besançon), Nodier reconnaît avoir puisé les renseignements qu'il donne sur plusieurs insectes dans « deux autres cabinets, celui de M. de Chantrans et celui de M. Luczot » ; on remarque cependant qu'il parle avec plus de complaisance de Luczot « mon collaborateur et mon ami », et que le nom du jeune ingénieur revient plus souvent que celui de « Monsieur de Chantrans » dont le cabinet n'est cité que deux fois : à propos du Capricorne à longues cornes et du Capricorne peltifère.
Plus tard, après la [jublicatioa de la hihliographie eiitomoloyique (I8O1), une lettre de Nodier père, reproduite par M'" Mennessier-Nodier [Vlll, 35], nous apprend que Girod- Cliantrans devait taire un ra|)port sur cet ouvrage à la Société d' ÀgricuUure-ilu Doubs, qu'il avait récemment fondée (1799) ; or, on ne trouve pas trace de ce i'a[^port dans les dix premières années des publications de cette Société : et cependant Ch. Nodier en taisait partie depuis sa fondation et il y figure sur la liste des membres, comme associé corrcs])Oitdant, jui^qu'en 4804.
Depuis^ rien dans les œuvres diverses de Nodier, rien dans sa correspondance publiée, notamment dans ses lettres à Ch. Weiss où cependant il parle souvent d'entomologie et des entomologistes bisontins comme Gevril, Lonjan, rien ne vient rappeler le souvenir de Girod-GliantransC), jusqu'en 1832, date des Souvenirs de jeunesse où Nodier rend un hommage tardif, mais si touchant, au savant bisontin. Deux ans plus tard (1834), f"i-. VVey, sur la demande de Nodier, ira visiter Girod-Gliantrans dans sa retraite de Novillars, et le vieux savant, plus qu'octogénaire, lui parlera avec émotion des collections faites par Ch. Nodier et qu'il conservait encore (2). [11, 9.]
A l'occasion de Séraphine, Girod-Chantrans avait du reste remercié Nodier des pages de souvenirs leconnaissants qu'il lui avait consacrées:
Besançon, 18 février 183"2. — Vus souvenirs d'un comiaeacement d'adolescence, mon cher Charles, qui embellissent tous les objets sur lesquels ils se rattachent, sont bien ilalteurs pour votre ancien ami. Le précieux témoignage d'alTection et d'estime
(1) Cependant, dans une poésie datée de Dole, 1807, l'Ombre, Nodier se souvient de « Chantrans qui réunit Aristote et Newton « (Poésies, 2" éd , 18-29, p. 153.)
(2) « Colieclions de Heurs et diiisei'tes amassées par son élève », dans Michel Salomon [XIX, i5.]
dont vous l'honorez dans volie joli roman de iiéraphine le dédommage de ce qu'il est forcé de se reconnaître infiniment audessous du citoyen Justin. Je peindrais avec bien moins de talent, mais avec plus de vérité, les qualités heureuses qui vous ont signalé lès l'enfance... (Lettre inédite, dans Michel Salomon [XIX, 15.])
Si Nodier cite si rarement Girod-Chantrans, on constate aussi que le naturaliste bisontin n'a jamais mentionné Nodier, — ni Luczot, — dans ses ouvrages d'histoire naturelle; le m un de Nodier ne se rencontre pas dans V Essai sur la Géographie phj/iiqiie du Doubs (1810, 2 vol.), ni dans la Préface, où riirod-Chantrans parle seulement de De Basses (p. viij), ni à Va\'i\c\o Insectes (p. 129), quoi((u"il y rnenlionne fréquemment Xovillar.<, l'enclos du château et les environs. Mais au moment où il écrivait son Essai (1810), Girod-Chantrans était depuis longtemps privé de ses collections, comme le prouve la note de la page 1 43 : il ne lui en restait, à ce moment, que le Catalogue! (voy. op. cit., p. 175); de quelle collection de Ch. Nodier, Girod-Chantrans pouvait-il parler à Wey, en 1834? probablement de quelques débris d'insectes et de plantes, échappés à la destruction et conservés dans la retraite de Novillars '.'
La grande différence d'âge, la nature spéciale des recherches d'hi.stoire naturelle de Girod-Chantrans et de Nodier, mais surtout la vie désordormée de ce dernier pendant ses années de jeunesse, avaient dû i-endre de moins en moins étroites les relations, si affectueuses au début, du vieux savant et du jeune disciple; elles ne furent bientôt que des souvenirs de plus en plus lointains, mais dont ils aimaient tous deux, dans les dernières années de leur vie, à se rappeler la douce intimité et les bonnes heures d'agréables et instructives causeries.