‹ Charles-QuintChapitre 2 sur 28 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIE ACADËMiaue

DIDIER ET C'°, LIBRAIKES-ÉDITEUKS

35, OL'AL DBS AUGU9Ï1NS

Tuui ilroiU T^rii.

L' abdication de Charles-Uuînt et son séjour dans an cloître de l'Estrémadure pendant les deux dernières années de sa vie : tel est l'objet de ce livre. Consacrer un volume entier au récit d'un événement qui fait sortir» pour ainsi dire, ce puissant monarque de l'histoire, et au tableau d'une existence terminée loin du trône, dans l'inaction mot nolone de la solitude et au milieu des pratiques ^minutieuses de la piété, n'est-ce pas trop?

D'abord, il s'agit d'un grand homme, qui, après voir occupé quarante ans la scène du monde , l'en retire, et, par un acte des plus extraordiaires renonce à la plus vaste des dominations.

Ensuite^ les véritables pensées et les suprêmes actions de Charles-Quint, lorsqu'il devient un pieux solitaire sans cesser d'être jusqu'à la fin un politique éminent, ont été mal connues et entièrement défigurées parles historiens des trois siècles qui ont précédé le nôtre. Il n'est donc pas hors, de propos d'expliquer l'abdication du prince en lui donnant ses motifs et sa grandeur, et de raconter sa vie à l'ombre du cloître en lui restituant toute l'influence extérieure qu'elle conserve et tout l'attrait intérieur qui l'anime.

Comment le potentat auquel a été attribué le premier dessein de la monarchie universelle est-il descendu volontairement du trône? Pourquoi, cessant de diriger l'empire d'Allemagne, de régner sur l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas, de commander dans les îles de la Méditerranée, d'occuper la côte septentrionale de l'Afrique, de posséder les immenses États d'Amérique, est-il allé achever ses jours auprès des religieux hicronymites, dans un petit palais construit à côté de leur couvent? Quand a-l-il eu cette pensée si singulière dans son siècle et avec son ambition? L'ayant eue de fort bonne

heure^ quelle est la raison qui la lui a fait réaliser aussi lard?S*est-il promplement repenti de son abdication, comme on Ta prétendu, ou bien a-t-il continué à s'applaudir de sa retraite et à se plaire dans son repos? Quelle a été sa vie au monastère de Yusteî S'y est-il tenu étranger à toutes les affaires du monde, ainsi qu'on Ta cru longtemps, et n'a-t-il pas, au contraire, connu, jugé, quelquefois même préparé ou conseillé plusieurs des choses qui se sont accomplies durant cette époque si féconde en événements politiques et militaires? Son esprit, déjà fatigué par des travaux accablants et de longues maladies, s'y était-il affaibli dans la dévotion, ou avait-il conservé sa lucide intégrité, sa fermeté prévoyante, sa hauteur dominatrice? C'est ce que des documents nombreux et authentiques, dont quelques-uns ont été récemment publics et dont quelques autres sont demeurés encore inédits, tout en devenant accessibles aux historiens, permettent maintenant et d'éclaircir avec exactitude et d'exposer avec intérêt.

Le principal de ces documents est un volume manuscrit de don Tomas Gonzalez, tiré surtout

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