CHARLES RUBIN
« Qu'importe que vous soyiez vitaliste, hip- « pocratiste de Cos ou de Montpellier, iatro- « mécanicien, organicien, animiste, etc..., « pourvu que vous sachiez ce qui est, que « vous connaissiez la constitution de la subs- « tance organisée, la nature des actes réels « dont elle est le siège et comment ils varient « selon que la substance organisée se trouve « placée dans telles ou telles conditions. » (Anat. et Phys, cell., p. 455.)
I. — Jasseron. — Les débuts. — Lebert. — L’influence d’Auguste
Comte. — Le traité Du Microscope. — L’état d’organisation. —
Le milieu.
Non loin de Thoirette, patrie de Bichat, est un autre village du département de l’Ain, nommé Jasseron, à la limite de la plaine de la Saône, sur les premières pentes de collines montant vers le Jura. C’est là que Charles-Philippe Bobin est venu au monde le 4 juin 1821. La maison où il naquit et où la mort devait le surprendre est une grande habitation du milieu du siècle dernier. Surlaruelle principale conduisant à l’église du village, une immense porte charretière en cintre perce les murs blanchis d’un vaste bâtiment sans fenêtres au dehors. Après avoir franchi une grande voûte on est dans la cour, pleine de lumière, bordée, sur les trois autres côtés, de constructions basses. Au milieu un bouquet d’arbres avec quelques bancs; ici un puits; devant la maison en rez-de-chaussée qui occupe le fond, une corbeille de fleurs taillée dans le gazon. A droite, à gauche et dans le grand bâtiment de l’entrée, sont les celliers, les remises, les écuries, les pressoirs, le chenil. Sur les murs, des vignes vierges et des plantes grimpantes jettent une tache de verdure joyeuse. De l’autre côté de la maison, un grand verger est en partie planté en jardin pour avoir des fruits, des fleurs. Et comme paysage, les premiers coteaux du Jura où s'appuie Jasseron : sur la colline la plus voisine, les ruines du château d’où est sortie la forte race des Coligny.
L’intérieur est celui de bourgeois riches du siècle dernier. Rien n’a été changé, ni les vieux meubles, ni la boiserie, ni la peinture à la chaux des couloirs. Le grand-père de Robin avait été en relation, dit-on, avec Voltaire à Ferney. Son père avait autrefois tenu un pensionnat à la Croix-Rousse. Aussi la maison était-elle pleine de livres débordant jusque sur les réduits de l’escalier à rampe de fer qui monte au grenier.
La maison appartenait à Robin qui en laissait la jouissance à ses trères. Dans ses rares visites, il habitait la plus petite chambre, tout au bout du couloir, mais la mieux éclairée. Un lit de fer avec des rideaux d’indienne bleue, une table avec un microscope sous une cage de verre recollée à grands renforts de papier, un fauteuil, une chaise, et c’était à peu près tout le mobilier. Sur des tablettes un alignement bizarre de bouteilles avec des substances chimiques et tous les réactifs nécessaires aux recherches anatomiques. Sur d’autres tablettes, des livres; ici un volume de Renan, plus loin le grand traité de chimie de Berzélius et, enfin, sur la cheminée, comme à la place d’honneur dans cette cellule de bénédictin, une balance, l’instrument des sciences exactes par excellence.
Le jeune Robin passa les premières années de son adolescence au pensionnat de Menestruel, près Poncin. C’est là que, pendant une récréation il reçut au visage, en jouant avec ses camarades, un morceau de bois qui lui creva un œil. Il acheva ses études classiques au collège de Lyon, il fut quelques mois élève pharmacien chez M. Tiersot père, à Bourg, et suivait en même temps les cours de l’hôpital. Puis il vint à Paris où il fut externe dans le service de Trousseau avec M. Brown-Séquard, tous deux se préparant à l’internat. Comme ils étaient voisins dans les ruelles aux alentours de l’École de médecine, ils se rencontraient le matin en route pour l’hôpital. Us avaient la même ardeur et furent bientôt grands amis.
Il fut convenu que chacun, tour à tour, devait faire à l’autre, en marchant, la conférence préparée de la veille. Robin travaillait davantage, c’est M. Brown-Séquard qui le dit, mais s’exprimait difficilement, il arriva en moins bon rang (1).
Ceux qui l’ont vu à cette époque travailler de seize à dix-huit heures par jour, sont restés frappés de l’énergie de volonté et d’intelligence qu’il mit à combler les lacunes de son instruction première (2). Interne des hôpitaux à vingt-deux ans (concours de 1843-1844), Robin lait à la Société anatomique sa première communication sur un cas de rupture du cœur. L’année suivante il est
(1) Brown-Séquard, Soc. de Biologie. 10 oct. 1885,
(2) Journal La Nature.
lauréat de l’École pratique. Et presque aussitôt des circonstances particulières le portent vers la zoologie et l’anatomie comparée.
Orlila venait de s’adresser à tous les savants de l’Europe pour l’aider à créer le musée anatomique qui porte son nom àla Faculté de médecine. Il avait en même temps envoyé Robin avec le Dr Lebert sur les côtes de Normandie et aux îles Jersey afin d'y recueillir des objets d’histoire naturelle et d’anatomie comparée pour une collection qui ne devait pas être, dans la pensée de son fondateur, exclusivement consacrée à l’anatomie de l’Homme. Cetle mission explique à la fois la direction des premiers travaux de Robin, qui portent principalement sur les Poissons et les Mollusques, et aussi sa collaboration pour plusieurs mémoires avec Lebert. Partageant au début les doctrines pathologiques de ce dernier, il les abandonnera bientôt et se fera une place à part.
C’est à la Société philomatique qu’il fait connaître les résultats nombreux et variés de cette première campagne scientifique au bord de la mer. Il en rapportait une découverte capitale, celle des organes électriques de la Raie, qui devait plus tard, complétée par la physiologie, contribuer largement à lui ouvrir les portes de l’Acacadémie des sciences. Dès cette époque il affirme, en quelque sorte, par la variété même des sujets qui l’occupent, les tendances diverses qui en feront le biologiste le plus encyclopédique de notre temps, à la fois anatomiste, physiologiste, pathologiste, zoologiste, botaniste. Robin est tout cela et dès le début. En 1845, il publie différents mémoires sur les lymphatiques et la circulation veineuse des Poissons et sur le mécanisme de la fécondation du Calmar, sur les organes de la génération d’un autre mollusque, la Patelle, sur la vascularité du cancer, sur une espèce particulière de glande de la peau de l’Homme, etc.
L’année suivante, au milieu de travaux qui font suite aux précédents, c’est un premier mémoire purement histologique sur les éléments caractéristiques du tissu fibro-plastique, et un autre purement zoologique sur les Cysticerques de l’Homme et de l’Ours. En 1847, sa thèse d’agrégation sur les Fermentations, et d’autre part sa thèse pour le doctorat ès-sciences, Des végétaux gui croissent su r l’Homme et sur les animaux vivants, nous le révèlent comme botaniste.
Robin avait été reçu docteur en médecine le 31 août 1846 avec une thèse d’anatomie topographique. La chaire d’histoire naturelle médicale était alors occupée par Richard. Robin devenu agrégé est appelé, en 1849, à remplacer le professeur malade. 11 professe pendant un semestre la botanique et la zoologie, comme l’exigeaient
les règlements. En même temps il institue une série de cours particuliers dans son laboratoire. On peut dire qu’il avait déjà un nom. Richard le fait collaborer à la dernière édition de ses Éléments cïliisloire naturelle médicale (1), Berard (2), Cruveilhier (3) demandent à la science du jeune agrégé des éclaircissements utiles.
Cependant comme il avait peu ou point de clientèle — Robin était l’homme le moins fait pour réussir dans la carrière médicale — la vie était difficile, mais cela ne rebuta pas sa ténacité paysanne, il resta tout au travail, à son violent désir de connaître, d’acquéril', d’observer, d’expérimenter, de faire des collections. Il ne voyait rien en dehors de son laboratoire et de ses études où, marchant en avant de son temps, il n’avait guère d’émules. Plus d’une lois l’agrégé lit cuire lui-même son déjeuner. Il donnait bien quelques consultations, mais si rares! Par contre on lui apportait tous les jours et plus qu’il n’en pouvait examiner, des tumeurs, des pièces pathologiques, des embryons : et en vérité c’était bien là ce qu’il préférait. Il avait aussi de temps à autre quelques expertises médico-légales, bien peu payées et pourtant toujours les bien venues. Rayer, auquel M. Brown-Séquard l’avait fait connaître et qui l’apprécia de suite, lui procurait le plus qu’il pouvait de ces petites occasions. Plus tard, quand Robin était déjà professeur à l’Ecole de médecine, il le fit charger de l’autopsie du duc de Morny.
Donc, à trente ans, Robin était une autorité, il avait publié une multitude de mémoires sur les objets les plus différents relatifs à la biologie : anatomie normale et pathologique de l’Homme, anatomie comparée, anatomie générale, même des animaux inférieurs, zoologie proprement dite, botanique, chimie. On lira dans la bibliographie dont nous faisons suivre cette notice, la liste touffue de ces communications incessantes aux sociétés savantes, qui se succèdent de 1844 à 1 849. C’est à cette dernière date qu’il fait paraître la première œuvre d’ensemble où son génie propre et toute sa conception biologique se révèlent en traits d’une fermeté singulière. On peut dire de Robin qu’il resta jusqu’à la fin l’homme du premier jour, il le fut même parfois et pour certaines doctrines au point de persévérer dans des erreurs qui étonnent. Mais ce fut là certainement, en même temps, un des secrets de sa puissance. Robin jette en 1849 les bases d’une étude complète et systématique de l’anatomie, et c’est en quelque sorte le programme de sa vie qu’il
(1) Édit, de 1849, t. I, p. VII et t. II, p. 17.
(2) Voy. Cours de physiologie. Paris 1848, t. I, p. 172, 320, etc.
(3) Traité d'anatomie pathologique générale. Paris 1852, l. 11, p. 24, 84 et suiv.
SA VIE ET SON OEUVRE
vient de tracer. Nulle carrière scientifique, peut-être, n’a été plus logique, plus uniforme au milieu d’une variété prodigieuse de travaux. Les principes qu’il pose en 1849, sont rigoureusement ceux qui le guideront dans son enseignement quand il sera devenu professeur ceux qui inspireront son œuvre maîtresse, son traité <X Anatomie et de physiologie cellulaires , paru en 1873. Il intitule ce premier ouvrage dogmatique : Du microscope cl des injections dans leurs applications à l'analomic et à la pathologie , suivi d une classification des sciences fondamentales , de celle de la biologie et de l anatomie en particulier (1849).
Comme l’indique ce titre long et compliqué, nous avons là en réalité deux ouvrages d’un caractère absolument di fièrent, oppose, le second tout philosophique, le premier simplement de technique. Ce point est à noter. Trop souvent on a fait passer le grand anatomiste pour dédaigneux des multiples procédésde recherches enseignés par l’expérience. On se trompe gravement, il n’y excella point à la vériré, mais ne les dédaigna jamais. Il les tenait simplement pour ce qu’ils doivent être, des procédés de prosectorat macroscopique ou microscopique peu importe, des moyens dont ne saurait se passeï la science, mais qui ne sont nullement la science même. Nous reviendrons sur ce sujet. Aussi bien ce qui nous interesse dans le traité Du Microscope est la seconde partie. C’est véritablement un ouvrage à part, il a même sa pagination spéciale. Le libellé du titie, cette « classification des sciences fondamentalesde labiologie » sont à eux seuls une indication , font deviner 1 in 11 uence d Auguste Comte. En effet Robin a été réellement, après Littré, le représentant et le propagateur le plus autorise de la philosophie positive. Ceci appelle quelques éclaircissements que nous devons à 1 obligeancede M. W i rouboff. Rayer qui se prit de suite d amitié pour Robin, était un ancien camarade de Littré. Ils avaient fait ensemble leurs études à l’École de médecine et avaient conservé des relations intimes. C’est par Rayer que Robiu connut Littré et qu il tut introduit pi ès d’Auguste Comte. Madame Comte dont Littré nous a tracé un si intéressant portrait (1), aurait même eu sur la carrière de Robin une influence décisive. Elle se résolut d aider cet obstiné, ce patient chercheur coulé tout d’une pièce dans le bronze, et si peu lait pou i les habiletés professionnelles. Peut-être est-ce surtout par celle femme supérieure que Rayer tut incité à réclamer la création d une chaire d’histologie pour Robin . Etc’estelle encore qui pressera plus tard Robin de poser sa candidature à 1 Académie des sciences, à
(1) La Philosophie positive, mars avril ISiT.
laquelle il ne songe pas. Quand les idées de Comte se furent modifiées, Robin cessa de le voir et dans le démembrement de l’École positiviste, se rallia au parti où devait l’attacher son esprit essentiellement scientifique. Sa liaison avec Littré se resserra encore quand celui-ci l’eût pris pour l’aider à refondre le célèbre Dictionnaire de Nyslen.
En s’inspirant de Comte(l), Robin devançait son temps. Nous tenons de lui-même cette anecdote qui montre bien tout à la fois les progrès rapides que la philosophie positive allait faire les années suivantes et l’isolement lamentable où se trouvait en 1849 un de ses partisans les plus décidés : dans cette seconde partie du traité Du Microscope où Robin essayait de préciser la place, le rôle et les divisions de la biologie, il avait reproduit quelques pages empruntées au Cours de Philosophie positive. L’éditeur exigea la suppression de ce long passage comme émanant d’un auteur absolument déconsidéré, et fit de ce retranchement une condition. Robin n’avait pas le choix, il consentit. Quelques années plus tard cet éditeur était le même qui entreprenait à gros frais la publication de la 2° édition du Cours de Philosophie positive.
Dans cette seconde partie du traité Du Microscope dont nous rappelons encore le titre : De la classification des sciences fondamentales en général, de la biologie et de l'anatomie en particulier, Robin déjà érudit s’inspire de Vicq-d’Azyr, de De Blain ville, de Dumas, de William Edwards, mais surtout d’Auguste Comte qui restera pour lui le guide toujours suivi. Il commence par assigner à la biologie son rang naturel dans l’ordre des connaissances humaines.
Il montre par quels liens la science des êtres vivants se rattache forcément aux sciences connexes et « comment les faits accumulés « en quelque nombre que ce fût, resteraient stériles, si au lieu de « baser l’étude de l’Homme —-par exemple — sur la connaissance « préalable des lois chimiques, physiques, etc., on continuait à « maintenir à son égard la manière primitive de raisonner, qui « consistait à regarder cette étude comme directe et isolée de celle de « la nature inerte. » (Du Micr., IIe partie, p. 72.) Sans doute ces choses ont moins besoin d’être dites aujourd’hui, mais il faut se reporter à l’époque où paraissait le traité Du Microscope, où une sorte de réaction s’était faite contre les idées philosophiques de la fin du
(t) On nous assure qu’un cahier de noies recueillies par Robin aux leçons d’Au°\ Comte devait se trouver dans ses papiers, probablement un de ceux auxquels il fait allusion dans son traité d 'Éducation (vuy. plus loin). 11 eût été intéressant à plus d’un titre de retrouver ce cahier ou ces cahiers. Sa famille nous avait promis de faire des recherches qui n’ont sans doute point abouti, car nous n’en avons plus entendu'parler
SA VIE ET SON OEUVRE
siècle dernier. Car Robin en définitive ne pense pas autrement sur tout cela que Buffon disant comme conclusion de sa comparaison des animaux et des plantes avec les minéraux que « l’étude des êtres vivants est toute physique ». C’est donc le devoir de la science moderne de reprendre la connaissance anatomique de l’Homme par la base, par le point de contact de la matière organisée dont il est construit, et des éléments cosmiques. L’argument tiré de l’impossibilité où nous sommes jusqu’à ce jour de réaliser directement la synthèse d’une matière vivante, n’est pas suffisant à placer par quelque attribut que ce soit, les êtres qui en sont composés, en dehors du monde physique, puisque chaque jour en réalité nous voyons s’abaisser cette barrière.
Auguste Comte avait déjà défini l’organisme : « Un système de « parties élémentaires indivisibles plus ou moins hétérogènes les « unes aux autres, artificiellement séparables et décomposables, « formant un tout unique temporairement indissoluble et coneou- « rant à un but commun. » Robin étendant sa définition à toute individualité vivante, qu’il s’agisse d’un individu animal ou d’un élémentanatomique (cellulaire) entrant dans sa composition, caractérise ainsi les corps organisés : « Corps de volume et de forme dé- « terminés, quoique très divers, limités par des surfaces courbes; « présentant un ensemble de caractères physiques qui résultent de « la disposition des éléments anatomiques dont ils sont formés, et « qui, bien que variables de l’un à l’autre, n’appartiennent pour- « tant qu’à eux ; composés de principes immédiats gazeux, liquides « et solides, dus à des combinaisons complexes et peu stables d’un « petit nombre de substances simples. »
Et il ajoute :
« Placés dans des conditions convenables les corps organisés ont « la propriété d’y vivre, c’est-à-dire d’être soumis incessamment « à l’action des corps extérieurs et réciproquement de réagir sur « eux ; enfin de croître, de décroître et de se reproduire par formate tion d’un germe dont l’évolution donne naissance à un être sem- « blable à celui qui l’a produit. » (Du Micr., IIe partie, p. 117.)
Cette relation perpétuelle avec le monde extérieur se traduit par un apport et un rejet de matière connus de tout temps, puisqu’Aristote déjà le signale et l’observe. L’être vivant, la matière organisée est donc sans cesse nourrie par les éléments cosmiques (plus ou moins transformés) du dehors. La vie est un déplacement perpétuel de matière et Thomas d’Aquin la définit déjà très bien en disant qu’elle est un mouvement mais d'un genre particulier et qu’on ne retrouve point ailleurs. C’est donc par un abus toujours
fâcheux de langage qu’on a quelquefois appliqué ce mot vie à des phénomènes évolutifs constatés dans certains corps minéraux, sur certains astres, chez des peuples et dans les langues. S’il est admissible de dire qu’un peuple ou une langue sont des organismes, cela n’entraîne pas plus la ressemblance avec un organisme vivant, qu’il n’en existe entre celui-ci et une machine ou le rouage d’une horloge, qui sont aussi des organismes. Le mot vie dans son acception propre et vraiment scientifique, désigne exclusivement un mode spécial d 'activité de la matière et ne peut, ne doit s’appliquer qu’à lui : c’est-à-dire au phénomène de double mouvement moléculaire, à la lois général et continu, de composition et de décomposition que présentent les corps organisés placés dans un milieu convenable. C’est la définition môme de De Blain ville ( Principes d'anatomie comparée, 1822) et d’Auguste Comte (t. III, p. 295).
« Les êtres organisés, dit encore Robin, sont des appareils d’un « effet lent, agissant sur des matières toujours à l’état naissant et « produisant avec un très petit nombre d’éléments, des combinai- « sons organiques les plusdiverses qui varient et se multiplient dès « que la composition ou l’arrangement des parties vient à être mo- « difié par une cause quelconque. » ( Du Hier., IIe part., p. 95.) Et plus loin (p. 144) : « C’est à la chimie que la biologie se su- « bordonne de la manière la plus directe et la plus complète. Les « actes fondamentaux dont la succession perpétuelle caractérise la « vie sont nécessairement chimiques, puisqu’il consistent en une « suite continue de compositions et de décompositions... C’est sur « les lois chimiques que doivent reposer toutes les explications « théoriques de nutrition proprement dites, de sécrétion, etc... »
Il y a donc, en réalité, dans l’organisme deux ordres de caractères, et c’est ce que Robin entrevoit de très bonne heure : l°les qualités morphologiques extérieures et de structure intérieure;
2° les qualités chimiques de composition, de décomposition et de constitution, qui sont le lien direct entre letre organisé et le monde extérieur, dominent par conséquent les premières.
Robin, comme cela ressort nettement des passages que nous venons de citer, fait déjà cette distinction, mais il ne la formule pas encore aussi nettement qu’il le fera bientôt dans ses Tableaux d' anatomie. Dès lors il voit très bien que la structure n’est pas tout, et qu’au-dessus d’elle, avant elle, il importe de pénétrer la composition chimique de ces éléments anatomiques et de ces humeurs disposés suivant un agencement déterminé qu’ils gardent encore un certain temps apres que la vie a cesse en eux, qui n’est point
Sa vie et son oeuvre.
en conséquence la vie. « Dans ce qu on entend par organisation,
« dira-t-il plus tard (1), il y a autre chose qu’un arrangement mé- « canique de parties élémentaires figurées. Il y a quelque chose au « delà, dont il faut tenir compte et qui gît dans chacune de celles- « ci : c’est un état moléculaire spécial de principes immédiats « divers, dont la substance dite douée d’organisntion, est com-
« posée Il y a plus d’une lacune encore à combler touchant
« les lois d’après lesquelles s’accomplit cette association de prin- « cipes immédiats (2). »
Pour Robin, et c’est là un pointque nous ne devrons pas perdre de vue dans l’histoire de ses discussions avec M. Virchow, la vie ne se rattache pas essentiellement à telle ou telle torme géométrique. Elle réside en dernier ressort dans cet état moléculaire particulier: l’état d’organisation. Partant de cette conception biochimique absolument juste en soi et tant qu’on délaisse la notion de succession des êtres, Robin, à la suite de Comte d ailleurs, sera conduit à accorder dans l’économie presque une égale importance aux éléments organiques figurés ou non, à mettre presque au même rang les cellules et les plasmas, les membranes anhistes, les substances fondamentales. Il attribue il est vrai aux plasmas le minimum d’état d’organisation et insiste même sur la nécessité de ne pas confondre les plasmas avec le protoplasma des cellules, mais en somme il regarde toutes les substances liquides, solides ou demi- solides de l’économie comme étant au même degré les éléments organiques du corps, comme ayant un rôle physiologique à peu près équivalent, au point que nous le verrons faire tour à tour dériver les premières substances eccellulaires (3) apparues, des cellules du v i tell us segmenté; et plus tard les cellules de l’adulte, des matières amorphes au sein desquelles il croit qu’elles apparaissent par genèse.
L’être prend ainsi dans son ensemble une unité nouvelle. Tandis que d’autres anatomistes en feront, trop peut-être, une somme d’ac> ti vîtes cellulaires individuelles, et n’v verront que cela, Robin y voit avant tout un 'produit réciproque d’activités bio -chimiques
(1) Arl. Biologie <lu Dict. Encycl., 1868.
(2) Robin ajoute (1868) : « Mais ces lacunes dans nos connaissances ne sont pas en- « tièrement du fait des biologistes. Elles tiennent à ce que la chimie nous laisse encore « ignorer ce que sont les substances coagulables en tant que composés chimiques, quelle « est leur constitution moléculaire réelle... Il y a tout lieu de croire, en outre, que ces « principes immédiats, non cristallisables, sont des mélanges en proportions indéfinies « de composés chimiques définis, mais la nature de ceux-ci reste encore 9 déterminer. » Voir sur ce sujet les derniers travaux de M. Schutzemberger.
(3) Voyez Nouveau Dictionnaire abrégé de médecine , 1886.
résidant dans toutes les substances figurées, cellulaires ou non, partout assujetties à ce qu’il appelle les conditions organiques de forme, d’influence nerveuse, etc. Mais ces conditions particulières n’ont aucun pouvoir de modifier en quoi que ce soit l’acte vital fondamental qui est la nutrition. Elles peuvent seulement en rendre 1 analyse plus difficile pour nous, en raison d’interventions dont la nature nous échappe absolument : quand nous voyons, par exemple, un certain degré d’innervation modifier l’activité et même la nature de l’activité d’une glande ou d’un muscle (1).
Robin, dès le début de la recherche histologique se sent donc en quelque sorte arrêté par le défaut de nos connaissances par la difficulté de se figurer imaginativement ce mouvement moléculaire intime caractéristique delà vie. Tout manque en effet pour en donner la formule entière, et d’abord, la notion de la véritable constitution des substances comme la fibrine, la cellulose, etc..., entrant dans la composition des corps vivants, et formées d’un mélange plus ou moins complexe de corps définis peu stables, avides d’oxygène et pour ainsi dire constamment voisins de l’état naissant. Ce qui nous manque tout autant, c’est la connaissance de la série des transformations par lesquelles passent ces principes essentiellementconstituants, pour être transformés à leur tour en produits tels que l’acide oxalique, 1 acide cyanhydrique, l’urée, l’acide formique, etc., les seuls dont on avait pu, à l’époque (1849) où Robin écrivait son traité Du Microscope, réaliser la synthèse. Ces produits rendus plus fixes que ceux dont ils dérivent, par la tendance générale de notre organisme à l’oxidation, lui deviennent étrangers, sont par conséquent destinés à être rejetés.
De même il est évident que ce mouvement moléculaire intestin sera le début, le point de départ précis et fondamental de la physiologie, de l’étude dynamique des corps organisés. Par suite, l’anatomie ne saurait se distinguer de la physiologie. L’une ou l’autre des deux sciences envisagée sans sa corrélative est une sorte de non sens.
C’est en poursuivant cet ordre d’idées que Piobin arrive très vite à formuler avec précision sa conception de I’état d’organisation, qui devint par la suite la base de toute sa doctrine biologique.
« Il y a plusieurs degrés de l’état d’organisation (2) , mais pour « avoir une exacte notion du plus simple d’entre eux, et par suite.
« de tous les autres que le premier domine , il faut se reporter au
(1) Voy. Bu Microscope, p. 144,
(2) Voy. plus loin.
SA VIE ET SON OEUVRE
« delà d’une simple notion d’arrangement réciproque ou d’enche- « vêtrement de parties douées d’une certaine configuration. Der- « rière cette notion de dispositions mécaniques ou géométriques, il « faut pénétrer jusqu’à la notion de composition immédiate et d’ar- « rangement moléculaire des principes immédiats associés entre « eux, considérés ensemble et individuellement. C’est donc dans « une notion d’association moléculaire, de modification de la ma- « tière , comme le dit Bonnet, que gît la notion d’organisation ou « ce qu’elle a de caractéristique. On est toujours obligé de remonter « à cette notion lorsqu’il s’agit de décéler les modes de son activité « et ceux de ses altérations. »
« Confirmant les prévisions de Descartes, l’analyse anatomique « et physiologique rigoureusement poursuivie, montre que la vie « est un mode d’activité de la matière, non pas en général, mais de « certaine sorte de matière seulement. La vieest le mouvementd’un « certain système en équilibre moléculaire instable, représenté par « ce qu'on appelle état cV organisation. (Art. Organe du Dictionnaire « encyclopédique.) »
Bobin, dans le traité Du Microscope (IIe part. p. 129), définit la biologie : « La science qui étudie les êtres organisés dans le but « d’arriver, par la connaissance des organes ou des modifications « organiques, à connaître les fonctions ou actes, et réciproque- « ment (1). » Plus tard il en a encore donné la définition suivante (2) : « C’est la science qui a pour objet de ses études les « corps organisés et pour but la connaissance des lois de leur or- « ganisation et de leur activité. »
Ceci revient à dire que la biologie positive doit être envisagée comme ayant pour destination générale de rattacher constamment l’un à l’autre, dans chaque cas déterminé, le point de vue anatomique et le point de vue physiologique, ou en d’autres termes, l’état statique et l’état dynamique. Cette relation perpétuelle constitue son vrai caractère philosophique (A. Comte), et c’est à De Blainville que revient le mérite d’en avoir le premier distingué les deux termes fondamentaux sous ces deux appellations de statique et
(1) Le mot biologie avait été introduit dans la science à peu près simultanément par Lamark ( llydrogéologie , an X) et par Treviranus ( Biologie oder Philosophie der lebenden Natur, Gœtt., 1802). Il est à peine utile de relever la fausse application donnée à ce terme « biologie » par quelques zoologistes qui l’emploient pour désigner les recherches ou les connaissances ontologiques s’appliquant à une espèce animale déterminée.
(2) Vov. Phil. posit., juillet-décembre 18G7, p. 81.
de dynamique des corps organisés (De V Organisation des animaux. Paris, 1822).
Comme tonte science, la biologie comporte nécessairement un système de prévisions. «Savoir, c’est prévoir. « Ainsi, prévoir comment dans telle circonstance donnée agira tel élément, tel organe, tel individu, ou inversement savoir quel est l’élément, l’organe, 1 individu qui a pu produire un acte déterminé, voilà le double but que doit toujours se proposer le biologiste. Mais il faut reconnaître, toutetois, que plus l’agent organique, d’une part, l’acte accompli de 1 autre, deviennent complexes, plus le rattachement intégral de
I un a 1 autre devient dilïicile, au point d’être bientôt insurmontable quand on dépasse les organismes et les actes les plus simples.
II faut même convenir que notre impuissance à prévoir est la règle commune, à cause de cette extrême complication de la biologie qui la maintient forcément dans un état d'imperfection plus grand que les autres sciences, sauf la sociologie, bien entendu.
Définir la vie, l’état d’organisation, par ce mouvement incessant d’accès et de sortie des éléments cosmiques, est une indication suffisante qu’on ne saurait envisager l’être vivant indépendamment de son milieu. C’est une notion devenue populaire depuis les travaux de Darwin, mais que les biologistes avaient avant lui plus ou moins complètement méconnue et négligée. Bichat se trompait du tout au fout en regardant le milieu comme l’antagoniste de l’être vivant, l’appelant à la mort. C’est au contraire le milieu qui nous entoure, pouvant varier dans des limites assez étendues, qui permet la vie; et s’il devient destructeur, c’est qu’il a subi de trop grandes perturbations accidentelles, perturbations qui sont en définitive moins fréquemment cause de mort, que la vieillesse, c’est-à-dire que les modifications nécessaires, lentes, spontanées de l’organisme. Lamark n’avait envisagé l’influence des milieux que dans ses résultats lointains sur l’organisme; mais personne n’en avait conçu une idée juste, à la fois générale et complète dans tous ses détails, avant De Blain ville ( Cours de Physiologie com parée, t. I et III. p. 367, 1830). Et cependant, fait remarquer Robin, le traité de W. Edwards [De l'influence des agents physiques sur la vie ) et l’imperfection de l’art de l’hygiène (n’oublions pas que nous sommes en 1849) fondé en entier sur cette science, auraient dû faire sentir le besoin de son étude systématique. Auguste Comte avait élé sur ce point comme sur tant d’autres le véritable législateur de la biologie. « L’idée de vie, dit-il, suppose constamment lacorréla- « tion nécessaire de deux éléments indispensables, un organisme
« et un milieu ou ensemble total des circonstances extérieures d’un « genre quelconque compatibles avec l’existence de ce dernier.
« C’est de l'action réciproque de ces deux éléments que résultent « inévitablement tousles divers phénomènes vitaux non seulement « animaux mais aussi organiques ou végétatifs. » (Phil. posit., Paris, 1838, t. 111, p. 301, 532 à 535 et 3e édit, 1869, 40e et 41e leçons.) Et cette corrélation est telle, qu’on ne saurait concevoir une modification de l’un sans que survienne une modification de l’autre par une réaction inévitable. On peut dire en définitive que l’idée de vie est aussi inséparable de celle d’organisation, que de celle de milieu en relation déterminée avec l'organisme (Voy. À. Comte, t. 111).
Robin à son tour définit le milieu : l’ensemble total des circonstances ou agents extérieurs, physiques ou chimiques propres à fournir à letre organisé les principes immédiats ou matériaux nécessaires à la nutrition et à la manifestation des autres propriétés de ses éléments anatomiques. (J licrosc., IIe partie, p. 120.) On remarquera que cette définition ne s applique point à ce que 1 on a parfois appelé « le milieu intérieur. » Cette expression est un non sens. Le milieu intérieur c’est l’être même, et on ne saurait davantage appeler, en anatomie, intérieures, autrement que dans un sens tout descriptif, les substances contenues dans les cavités ouvertes au dehors, estomac, vessie, etc. Ces substances sont évidemment en dehors de l’organisme, aussi bien que 1 air < j u i sort à chaque expiration des vésicules pulmonaires, ou qui traverse le canal digestif d’un Cobitis fossilis.
Seulement, il est bien évident d’autre part, que l’idée de milieu peut être transportée de l’être entier à l'élément anatomique. A ce point de vue le milieu de celui-ci est constitué par les éléments et les humeurs qui l’environnent, le nombre étant en général relativement petit des éléments qui sont directement en contact avec le milieu ambiant, à la surface du corps, dans les voies respiratoires, digestives, génitales, auxquelles on pourrait même ajouter les voies urinaires. Pour la plupart des éléments anatomiques— abstraction faite évidemment des éléments sensoriels — le milieu cosmique n’intervient plus que d’une façon tout à fait indirecte : ils sont au contraire directement influencés par leur propre milieu, ici organique, résultant de la composition chimique ou même des modes de repos ou d activité spéciaux des éléments limitrophes de celui considéré. Aussi voyons-nous les éléments anatomiques et en particulier les éléments cellulaires, c’est-à-dire les véritables détenteurs de l’activité des corps organi-
sés, exiger pour la plupart comme condition essentielle de celte activité la présence continuelle d’humeurs les enveloppant de plus ou moins près, leur apportant dissous les principes qui doivent s intégrer en eux, emportant les principes éliminés par le fait de leur désintégration simultanée. On peut dire des éléments et des humeurs qu ils sont réciproquement indispensables les uns aux autres. Solide ou liquide, nul n’a la prééminence : l’un agit, l’autre maintient en état d agir. 11 nous est impossible de concevoir un corps organisé vivant quelconque sans un milieu dans lequel il puise et rejette, 1 un étant 1 agent, l’autre fournissant les conditions d activité : c est par les humeurs que s’établit cette liaison entre les éléments anatomiques et le milieu universel (1). Ceci toutefois est beaucoup plus généralement vrai des animaux que pour les plantes, dont beaucoup telles que les mycélium, etc..., ne piésentent aucune lacune intercellulaire renfermant un gaz ou une humeur en dehors des éléments anatomiques. On en peut dire autant des animaux au début de la période embryonnaire, quand 1 individu ne contient aucune humeur et est uniquement toi mé de paities plus ou moins solides cellulaires, réagissant les unes sur les autres en même temps qu’elles réagissent individuellement et simultanément sur le milieu cosmique.
Dans 1 étude de ces réactions multiples, plus ou moins complexes et plus ou moins directes du milieu, Robin indique toute une science : « branche essentielle de la biologie, dit-il, peu connue « et encore tellement imparfaite, si peu caractérisée, que la plupart « des physiologistes n’en soupçonnent pas l’existence distincte et <c nécessaire. » C est la même science qui traitera également des milieux comme modificateurs généraux des caractères extérieurs des èties vivants. Pour tout dire d’un mot, c’est la science de l’organisme en fonction du milieu. Et pour cette branche spéciale de la biologie, Robin toujours épris de précision, propose le nom de Mcsologie.
Dans le tableau complet qu’il essaye de tracer des branches diverses de la biologie et des rapports qu’elles ont entre elles, Robin n oublie pas la Pathologie, et en termes excellents il en marque la place aussi bien que la portée. Arrivant enfin aux connaissances pratiques basées sur la biologie, il en reconnaît seulementdeux ordres :
1° ^ Éducation des êtres vivants, végétaux et animaux, c’est-à-dire les modifications qu’on leur fait subir par une direction sysléma-
(1) Voy. Robin, Chim. anal ., 1853, p. 13-14.
SA VIE ET SON OEUVRE
tique imprimée dans un but déterminé durant l’ensemble de leur développement; 2° leur Médication c’est-à-dire l’action rationnelle exercée par l’homme pour ramener à l’état normal les êtres dont les organes sont altérés. — Robin ne s’est jamais sérieusement occupé de thérapeutique, excepté quand elle est nettement indiquée par la nature même des maladies parasitaires, quand elle devient précisément, pour les êtres qu’il s’agit de détruire, une question de milieu cosmique. — Au contraire tout ce qui touche à l’éducation lui était beaucoup moins indifférent, et nous le verrons vers la tin de sa carrière publier une intéressante étude sur les rapports de l’éducation et de l’instruction.
Dans cet appendice si singulièrement étendu qu’il met à la suite de son traité Du Microscope, Robin après avoir exposé les rapports de la biologie et la place qu’elle occupe dans l'ordre des connaissances conformément à la doctrine de Comte, passe à l’Anatomie et refait pour elle le même travail, en marque les divisions. Nous y reviendrons à propos de ses Tableaux. Enfin les derniers chapitres sont consacrés à une question qui a toujours beaucoup préoccupé Robin, celle d’une distinction nette entre les végétaux et les animaux. Nous y reviendrons également.
Et malgré tant de sujets traités, l’auteur dans l’Introduction nous dit ceux qu’il regrette de n’avoir point abordés (1). Il aurait voulu prévenir les biologistes contre l’inanité de toute recherche sur la nature intime de l’essence des choses et des phénomènes, questions à jamais insolubles. Les physiologistes en particulier devront se garder de l’hypothèse d’un « fluide nerveux » reconnu invisible, intangible, impondérable, c’est-à-dire auquel on attribue précisément toutes les qualités nécessaires pour qu’on ne puisse jamais s’assurer de sa réalité. Il n’est que trop certain qu’aujourd’hui encore les physiologistes du meilleur esprit auraient parfois besoin d’ètre prévenus avec la même vigueur contre l’assimilation qu’on est étonné de les voir faire des actions nerveuses et des actions électriques. Or elles n’ont bien évidemment de commun que l’apparence extérieure de certains effets produits, lesquels nous permettent de raisonner de la conductibilité nerveuse en nous servant des faits connus de conductibilité électrique, comme nous raisonnons des vibrations de l’éther en nous servant des faits connus des vibrations des corps pondérables, et sans que pour cela l’identité des deux phénomènes soit démontrée.
(1) Du Microscope, p. LV.