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Un autre point capital que touche encore Robin, est la nécessité de distinguer dans chaque question ce qui est, de ce qui a été dit par tel ou tel, en d’autres termes de ne pas confondre la science avec l’histoire de la science. Assurément on ne saurait méconnaître l’importance, comme complément de toute étude, de savoir par quels moyens, intellectuels surtout, les hommes sont arrivés graduellement à telle notion positive, anatomique ou autre; et par quelles phases a passé, relativement à chaque sujet, l’esprit humain. Nous ajouterons, pour l’avoir éprouvé au cours de recherches sur l’histoire de la biologie, qu’on ne peut bien étudier la science ancienne, qu’autant qu’on prend pour point de départ l’état actuel. Autrement il est très difficile d’apprécier le mode selon lequel se sont transformées les idées. C’est par les interprétations dernières qu’on juge exactement les conditions antérieures du savoir. C’est la marche sûre : l’inverse ne donne que des résultats incertains. Avec Descartes on comprend Galien ; avec Galien, Aristote. Procéder autrement est faire de l'érudition et non plus de 1 histoire. Robin sans avoir jamais écrit sur le passé de la biologie qu’il connaissait cependant très bien, arrive par des raisons qui au fond sont les mêmes, à cette conclusion que l’historique d’un sujet doit suivre et non précéder l’exposé nouveau. M. Sappey, qui fut toujours l’ami et le condisciple dévoué de Robin, procède ainsi dans son Mémoires sur les cavités aériennes et les organes respiratoires des oiseaux (1847), paru deux ans avant le traité Du Microscope.
II. — Les Tableaux d’anatomie. — L’état de l’Histologie. — Premiers
TRAVAUX : LES MÉDULLOCELLES, LES MyÉLOPLAXES, LE PÉRINÈVRE.
La longue dissertation que Robin avait mise en suite du traité Du Microscope fut peut-être composée dans le principe pour servir d’introduction à un vaste Traité d'anatomie générale normale et pathologique chez l'homme et les principaux mammifères , annoncé à cette époque comme « sous presse » et « devant paraître incessamment » (J. -B. Baillière, 1849). Il était naturel que l’auteur fut Happé tout d’abord de la nécessité de fixer les limites précises de la biologie par rapport aux autres sciences, et ses subdivisions. Ce travail préliminaire accompli et publié, il reprend à part l’anatomie. Et toujours dans le même esprit de méthode, il essaye d’en déterminer les limites, il se demande si toutes les notions d’organisation relatives aux êtres vivants sont de même ordre, avec des
Sa Vie et son cèuvre.
degrés plus ou moins grands de complication, comme ceux par lesquels on remonte de l’élément au tissu, de l’organe à l’appareil, de l’appareil à l’individu concret. Ou, si ces notions d’organisation ne sont pas plutôt irréductibles, d’ordres divers, et en ce cas quelles elles sont?
Pour éclaircir ce point, il procède par analyse ; il envisage d’abord un organisme quelconque comme formant un tout dont on se proposera d’étudier successivement les caractères depuis ceux de la forme eldu volume jusqu’à ceux de structure intime. Et aussitôt on reconnaît que l’organisme n’est pas simple, mais se divise en parties de divers ordres : d’abord les appareils, lesquels sont formés d 'organes (1), lesquels se distribuent en systèmes, lesquels sont constitués par des tissus et des humeurs, lesquels sont formés à leur tour d’éléments anatomiques et de principes immédiats.
Cet ordre d’études dérive de la nature des choses, où l’Individu nous apparaît dans la complexité nécessaire qu’atteste le mot même que nous employons pour le désigner, individu. Cet ordre, une fois établi dans la matière même delà recherche, peut évidemment être repris en sens inverse; l’essentiel est seulement, malgré que toutes ses parties fonctionnent et agissent simultanément, de les étudier au contraire successivement ou tout au moins séparément. Sinon, l’on tombe dans une confusion inextricable qui exclut toute notion générale, tout enchaînement des faits, et, par suite, toute application.
C’est ainsi que Robin suivant ici de Blainville établit dès l’abord que la connaissance des éléments microscopiques a sa place déterminée dans l’ensemble de la recherche anatomique et qu’elle en est une division spéciale à côté de l’étude des tissus faite par Bichat, sans porter toutefois aucune atteinte à celle-ci, ni en diminuer l’importance. De plus, à côté des éléments anatomiques et comme leur condition même d’existence, il voit les humeurs, les plasmas, les liquides glandulaires et autres dont l’Anatomie jusque-là n’avait tenu aucun compte. Mais bien que l’étude des humeurs y rentre évidemment au même titre que celle des parties solides, elles ne seront pas étudiées par les mêmes procédés. C’est donc une branche à part, que Robin désigne sous le nom d'Hygrologie.
(I) Il est important de relever la distinction ijuc fait Robin entre les organes premiers dont l'ensemble constitue un système anatomique, et les organes seconds formés chacun par la réunion d’organes premiers appartenant à des systèmes différents et qui s’associent pour constituer les appareils. Ainsi le foie, organe second faisant partie de l’appareil digestif, comprend des organes premiers relevant des systèmes épithélial, conjonctif, artériel, veineux, capillaire, lymphatique, nerveux, etc.
Ces humeurs à leur tour résultent du mélange plus ou moins intime d’un certain nombre de principes immédiats qui forment le lien même entre le monde cosmique et le monde biologique. Or la connaissance de ces principes immédiats relève plus de la chimie que de l’anatomie, bien que se rattachant à celles-ci puisqu’il s’agit de parties constituantes du corps. Par suite les procédés vont différer avec l’objet à étudier. Robin propose pour cette science, dont on ne saurait méconnaître l’importance, un nom nouveau : la Slœchiologie.
Devant ces complications croissantes du domaine si considérablement accru de l’Anatomie générale, Robin se sentant peut-être entraîné, voulant peut-être se contraindre à ne point s’égarer dans un champ si vaste, finit par donner à sa conception de l’Anatomie générale la forme de tableaux explicatifs dans chacun desquels sont simplement énumérées les parties du corps à étudier dans tous les êtres, selon l’ordre que nous venons d’indiquer. Ces dix feuilles imprimées sont assurément une des œuvres les plus originales de Robin. Elles ne portent pas même le titre sous lequel l’auteur les cite et les mentionne dans la liste de ses ouvrages : « Tableaux cl' anatomie contenant l'exposé de toutes les parties à étudier dans l'organisme de l'homme et dans celui des animaux (1850). » On lit simplement en tête de chaque feuille: Laboratoire de Biologie, 8, rue Garancière. plan d’études (1).
Les sous-titres sont les suivants : Tableaux 1 et 2 : Anatomie du corps entier et de ses parties. — 3 et 4 : les Appareils. — 5 : les Organes.— 6 : les Systèmes. — 7 et 8 : les Tissus et les Humeurs. — 9 : les Eléments. — 10 : les Principes immédiats.
Ces tableaux ne sont, avons-nous dit, que des énumérations; toutefois on y trouve çà et là, en petit texte, des digressions, par exemple : 1° sur le phénomène de la mort considérée soit comme phénomène unique, soit dans les divers tissus; 2° sur les veines portes et leur usage; 3° sur l’appareil de Y urination, où Robin nous montre une fonction exactement au même titre que la digestion. Mais le but des Tableaux est essentiellement de servir comme une sorte de guide universel pour l’étude des parties du corps d’un être quelconque. Celle-ci y est conduite depuis la notion morphologique extérieure de cet être, jusqu’à la connaissance de ses éléments anatomiques et des principes immédiats dont le mélange intime constitue ses humeurs. Bien que l’attention de Robin semble avoir été uniquement sollicitée au début par les principes immédiats entrant dans les humeurs, il est évident qu’ils n’ont pas moins d’impor-
(l) Imprimé chez Martinet.
SX VIE ET SON OEUVRE
tance envisages dans les substances demi-solides ou solides composant les parties plus résistantes de l’économie.
Robin, comme beaucoup d’esprits supérieurs, avait le goût de ces laçons d exposer sommairement une science dans ses branches diverses. La même tendance le conduisit plus tard à rédiger son / > ogi anime du cours cl Histologie. Le moindre inconvénient de celte loi me condensée est de tout mettre au même plan et de fausser la i dation des choses, toujours plus complexes dans la Nature, se touchant, se mêlant par divers côtés, ayant en un mot des connexités beaucoup trop multiples pour qu’on les puisse justement exprimer par de simples artifices graphiques à deux entrées.
Les Tableaux d anatomie ont les mêmes défauts que tous les essais de ce genre. Ils n’en présentent pas moins un intérêt très grand comme la première tentative d’un exposé didactique complet de 1 Anatomie. Il laut les prendre avant tout comme un memenlo. Us devraient être, conformément à la destination que leur assignait 1 auteui, affiches dans tous les laboratoires de biologie, présents à l’esprit de tous ceux qui s’occupent d’une branche quelconque de l’anatomie. Ils sont l’expression frappante d’une bonne méthode pour étudier les corps vivants quels qu’ils soient, l’Homme ou le dernier des Métazoaires.
C’est pour avoir négligé cette méthode que tant de recherches patientes sui les êtres intérieurs et qui lont par d’autres côtés tant d honneur à leurs auteurs, sont restées cependant sans profit pour 1 avancement de nos connaissances générales et la solution des questions fondamentales en biologie. C’est pour n'avoir pas su distinguer nettement ce qui est étude des tissus, étude des éléments, ce qu est même un élément ou un tissu, et avoir très généralement omis les humeurs, que de si grandes confusions se sont introduites d une part dans la description d’une foule d’organismes inférieurs; et que, d autre part, des recueils périodiques s’emplissent de figures portant sur les altérations pathologiques les plus diverses, et qui toutes cependant se ressemblent, au point qu’on les prendrait pour la reproduction les unes des autres. C’est pour ne pas savoir ce qui distingue la connaissance d un tissu ou d’un élément de celle d un oigane qu on voit 1 Histologie proprement dite des animaux supérieurs presque délaissée et celle des animaux inférieurs ou des embryons à peine ébauchée par suite de la confusion des méthodes piopres à divers ordres déterminés de recherches.
Les Tableaux nous montrent Robin embrassant dès le début de sa carrièie dans une grande vue d ensemble toutes les parties de
xx CIIARLKS ROBIN
l’Anatomie. Laissant l’Anatomiedescriptiveetl’ Anatomie comparée,
il s’attache à l’Anatomie générale, qui n’était encore que contusion. 11 y jette la lumière en donnant le programme complet des études qu’elle doit réaliser.
Pour mieux marquer le rôle et la part de Robin dans 1 avancement et les derniers progrès de l’Anatomie générale, il n’est pas sans utilité de se reporter à ce qu’était la science où il entre ainsi en législateur. Avec lui nous pouvons considérer l’Anatomie comme comprenant: 1° l’étude des appareils; 2° celle des organes ; 3° des systèmes ; 4° des tissus ; 5° des éléments anatomiques. L’anatomie descriptive des appareils et des organes est la première qui ait été faite. L’étude des systèmes et celle des tissus, inaugurée d’une façon remarquablement précise par Aristote (1) devient seulement avec Bichat une branche importante et distincte de l’anatomie. C’est Bichat qui crée le terme « élément organique ou anatomique «pour désigner les dernières parties des corps organisés accessibles à nos sens et dont il ne se soucie point d’approfondir la connaissance par les instruments d’optique. D’ailleurs comment, dans sa fiévreuse et courte existence, le jeune et célèbre médecin de l'Hospice d’Humanité eut-il trouvé le temps de ces recherches plus délicates et plus patientes? Il crée l’Anatomie générale; cela suffit. Et dans la voie où il entrait, « il sut toujours, comme dit Ro- « bin (2), se tenir au point de vue philosophique avec une énergique « supériorité d’intelligence, en employant successivement 1 observation, l’expérimentation et la comparaison pour arriver à son but. » Tel sera également le fond de la méthode de celui qui, après De Blain ville, va marcher sur les traces du grand anatomiste français. Robin est revenu à plusieurs reprises sur l’importance qu il convient d’attacher à ce qu’il appelle « les trois modes fondamentaux de la biologie (3). » À vrai dire, il est facile de voir qu’ils n’en tout en réalité qu’un seul. Peut-être se rappelle-t-on la discussion qui s’est élevée, il y a quelques années, entre Coste et Claude Bernard à l’Académie des sciences, l’un et l’autre essayant de tracer les domaines précis de l’expérience et de l’observation. La distinction est bien subtile : l’expérience n’est qu’une observation dans des circonstances voulues ; une observation n’est qu’une expérience dont les conditions, quelquefois tout à fait anormales, ont leur origine dans la marche naturelle des choses. Tout accident observé est en réalité une expérience. Ces nuances délicates doivent être
(1) Voy., sur ce point, Pouchct: La Biologie aristotélique, 1 vol. Paris, F. Alcan, 18S5.
(2) Du Microscope, 1649.
(3) Voy. De la Biologie, 18G7.
SA VIE ET SON OEUVRE
écartées. ïl n’y a enfin de compte qu’un procédé scientifique universel : la comparaison. La méthode comparative sera donc le grand moyen d’investigation dans les sciences biologiques aussi bien que dans les autres. Le but que se propose toute recherche est de saisir dans les phénomènes leurs relations constantes, soit de similitude, soit de succession. 11 s’agit en somme de concevoir ce qu’offrent d’analogue ou de dissemblable tous les cas possibles.
Dans l’application et relativement à l’Anatomie, qui nous occupe ici, Robin toujours attaché aux formules précises, établit que le mode comparatif devra être employé successivement sous cinq chefs qu’on peut énumérer ainsi : 1° comparaison des différentes parties d’un même individu entre elles; 2° comparaison suivant le sexe; 3° comparaison des différentes variétés ou des laces dune même espèce entre elles; 4° comparaison de chaque paitie successivement aux différentes périodes de leur développement; 5° comparaison de chaque partie avec les mêmes choses dans la série des êtres organisés. — Bichat avait forcément négligé ce dernier point de vue; non complètement toutefois, quand par exemple il compare certains tissus des animaux de boucherie à leurs similaires chez l’Homme; mais, par contre, il a spécialement insisté sur la comparaison au point de vue pathologique, « qui après l’état nor- « mal, réplique Robin, doit être reprise ensuite successivement sous « les cinq chefs précédents toutes les lois que la nature des choses « le permet. »
Bichat n’était point allé jusqu’à la connaissance des éléments, microscopiques pour la plupart, qui composent les tissus et dont l’étude est aujourd’hui la partie fondamentale de 1 Histologie. Cependant ces éléments, fibres, cellules, globules, vaguement indiqués dans les végétaux par Malpighi, chez les animaux par Leeuwenhœck, Muys et Fontana (+ 1803), servaient cependant déjà, surtout de la part des botanistes, à l’élaboration d une histologie rudimentaire. C’est en 1802 qu’une femme découvre la cellule estant qu’individu ou élément anatomique distinct (1). En 1816, Treviranus insiste sur l’existence dans le corps des animaux, de matières homogènes et amorphes, à côté des fibres, des globules, etc. Gerber étudie, le premier, systématiquement les éléments anatomiques et les tissus, mais sans établir de distinction nette entre les uns et les autres. Enfin llenle, k proprement parler, ne traite dans son Anatomie générale que des éléments anatomi-
(1) Voy. Puucli. t ctTourneux, Précis d'histologie et d'hislogénie, p. G.
q lies, en s étendant, toutefois, à propos de chacun d’eux, sur 1 histoire du tissu qu ils composent principalement.
I endant ce temps, en France, les principes si magistralement posés pat Bichat, étaient dédaignés. Cuvier, son contemporain et (jui lui survécut de si longues années, n’a jamais prononcé son nom (1). On peut dire que Cuvier, malgré le nombre considérable de ses travaux et le mérite incontesté de ses élèves a eu, sauf en ce qui concerne la Paléontologie, une influence plutôt néfaste sur avancement de la biologie. Il suffit de la comparer à celle de Johannes Muller, en Allemagne. Sans parler de l’écrasement de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire, ces précurseurs de Darwin, on peut reprocher a Cuvier et à ses diciples de ne voir d’autre objet d étude chez les animaux, que les organes et les appareils, et ceci même parfois assez confusément. « Quant aux systèmes et aux tis- « sus, leur étude est complètement négligée. Du moins si çà et « ia on trouve quelques considérations sur eux (2), on reconnaît « par le peu d’importance et le peu d’étendue qui leur sont dona nees , que les auteurs n’ont pas senti que c’était là autant de “ parties d un tout qui, à l’exemple de ce que faisait Bichat, au- « î aient dû recevoir des développements proportionnés à leur importance. C était méconnaître îa valeur philosophique du véritable créateur de 1 Anatomie comme science. » Ces paroles de Kobm, en 1849, sont restées vraies après plus d’un quart de siècle Béclard, lui-même, bien qu’auteur d’un Traité d' Anatomie qènè raie (1821-1823), n’avait tenu aucun compte des principes si nettement posés par Bichat. Ses publications marquent réellement un temps d’arrêt, pour ne rien dire de plus, dans l’essor de la science nouvelle dont le Traité des membranes avait été le point de départ. C’est au Muséum que la grande tradition de l’Anatomie générale est réellement reprise par un homme d’une valeur supérieure et dont les élèves se sont appelés Robin, Coste, F.-A. Pouchet, Gervais, Giraldès, Ilollard. Cet homme était De Blainville. Un étroit commerce intellectuel l’unissait à Auguste Comte, et tous deux en profitèrent largement, l’un se perfectionnant en biologie, l’autre s’inspirant des véritables méthodes scientifiques. De Blainville, avant Gerber et Ilenle, attribue le premier une place à l’étude systématique des éléments en anatomie ( Cours de physiologie générale cl comparée , 1829). D ailleurs, pas plus que Bichat, il ne les observe.
17(àvrii°i8b0 r0UChet* La CkaÙe d'Analomic comParée- Revue Scientifique du
(2) Et nous pouvons ajouter : parfois excellentes, comme l'élu le du sarcode des Noctiluques par M. De Quatrefages. oae d
SA VIE ET SON OEUVRE
Il se défie du microscope, il les connaît donc fort mal. Mais il introduit en Anatomie générale une importante distinction, celle des constituants et des produits. Il y fait également rentrer l’étude du sang, de la lymphe, des gaz, des liquides sécrétés, etc., au même titre que celle des parties solides ou tissus.
C’est ici qu’apparaît Robin, avec cet esprit profondément systématique qui en avait fait du premier coup un adepte de la philosophie positive. Il fait un pas de plus. Il distingue, au grand profit de l’élude, ce qui avait été confondu : l’histoire des tissus et celle des parties qui les composent. Il montre que les éléments anatomiques du corps vivant, cellules ou autres, ne sont pas seulement à noter et à observer comme constituant les tissus, mais qu’ils ont leur ontologie propre; que leur qualité d’individus les laits susceptibles d’être groupés en espèces et en genres comme les individus, généralement plus compliqués, que classent le Zoologiste et le Botaniste. Ii établit que l’élément anatomique en luimême et indépendamment du tissu dont il fait partie, est un objet légitime de spéculation, absolument comme les cristaux d’Orthose dans un granit. C’est là un point de vue tout à fait propre à Robin et qu’il formule pour la première fois dans ses Tableaux d’ Anatomie. Et même il donne à cette science un nom, il veut qu’on l'appelle Elémentologie, pour la distinguer de Y Histologie ou science des tissus.
Les Tableaux allant de l’étude totale et générale de l’être vivant à celle de ses dernières parties constituantes, suivent l’odre analytique. Mais l’ordre inverse avons nous dit, se prête tout aussi bien à la recherche, en remontant du simple au composé. Reprenant en ce sens l’Anatomie générale par la base — abstraction faite de l’étude des principes immédiats, qui relèvent plus directement de la chimie — Robin nous la montre, comprenant :
1° L’étude des éléments anatomiques auxquels va se rattacher physiologiquement l’idée de propriété élémentaire de la matière organisée ;
2° L’étude des tissus auxquels se lie l’idée de texture ou arrangement réciproque des éléments, laquelle entraîne avec elle l’idée plus complexe de la réunion ou combinaison des propriétés des éléments divers qui composent ces tissus;
3° L’étude des systèmes qui entraînent l’idée de distribution générale des tissus dans l’économie, distribution variable pour chaque tissu et, de plus, dans chaque espèce, suivant la complication des fonctions de l’être envisagé;
4° L’étude des organes entraînant l’idée de la disposition spé-
ciale d’un ou plusieurs tissus sous telle ou telle lorme, concourant à une action limitée et déterminée;
5° Enfin, celle des appareils auxquels on doit rattacher l’idée d’arrangement d’organes divers et des produits qui les accompagnent, les uns par rapport aux autres, dans le but de l’accomplissement d’une fonction déterminée.
« lel est, ajoute Robin, dont nous ne saurions trop recomman- « der les paroles à la méditation des biologistes, tel est l’ordre des « conceptions anatomiques qu’il faut toujours avoir présent à l’es- « prit, pour se faire une idée nette et exacte de l’organisation et « des fonctions de chaque être. Tels sont les cinq points de vue « sous lesquels doivent être de toute nécessité envisagés successi- « veulent tous les végétaux et animaux ; d’abord individuellement « ou collectivement, suivant toutes les phases du développement,
« depuis leur naissance jusqu’à la mort, ce qui constitue la série * embryogénique ; et ensuite collectivement, depuis les êtres les <1 plus simples jusqu’aux plus compliqués de la grande hiérarchie « organique. Ce dernier et immense parallèle rationnel institué « entre tous les termes de la série organique, offrant une longue « suite de cas variés et pourtant analogues, donne à la méthode « comparative son plus admirable développement. L’un et l’autre « de ces modes de comparaison envisagés sagement, en dehors « d’une précision à la fois trop minutieuse et puérile, se prêtent « un mutuel appui, se complètent l’un et l’autre; ils ne peuvent « être suppléés par rien, et ne peuvent être négligés sans que toute « conception physiologique s’en ressente profondément. »
Voilà donc Robin dès cette époque — il a trente ans chef
d’école. Il établit nettement les principes, il délimite la science, il en montre les faces diverses, que le devoir du véritable anatomiste sera d’aborder successivement. Et il en fait le projet. 11 compte sans doute que sa vie suffira à cet immense labeur. Immense, car ici tout est à créer, jusqu’aux méthodes pour certaines des recherches qu’il entrevoit : Stœchiologie, Élémentologie, Hygrologie, Anatomie pathologique, comparative, autant de branches dont aucune ne le laissera indifférent. Déjà il est à l’œuvre, déjà il a beaucoup publié et même fait d’importantes découvertes en histologie. L’année même où paraissait le traité Du Microscope il avait découvert dans la moelle des os deux éléments anatomiques nouveaux, qu’il désigne sous les noms de médullocclles et de myèloplaxes : il les décrit nettement le premier comme espèces d’éléments anatomiques distincts de toutes les autres par leurs caractères à la fois morphologiques et physico-chimiques. Et c’est ainsi qu’il est conduit à leur im-
SA VIE ET SON OEUVRE
poser un nom spécifique. C’est en vain qu’on a tenté d amoindrir cette découverte en supposant aux mèdullocelles une identité (1 ) qu’elles n’ont d’aucune façon avec les leucocytes du sang, ne lut-ce qu’en raison de leur couleur rouge, et en désignant les myéloplaxes sous le nom vague et déjà appliqué à d'autres éléments fort différents, de « cellules mères » (bien qu’elles ne se segmentent jamais), de « cellules géantes ou gigantesques » (2), nom qui n’entraînait d’ailleurs aucune idée de spécificité pour les auteurs l’ayant employé.
Nous n’avons pas à défendre la mémoire de Piobin. 11 a produit assez et jeté dans la science assez de faits nouveaux et d’une portée générale, pour que son nom reste inscrit dans l’histoire de la biologie, malgré ceux qui de son vivant ont le plus contesté son mérite. Un antagonisme dont ne voulons pas ici rechercher la source, a empêché des anatomistes français, d’une valeur incontestable, d’adopter ces désignations si profondément légitimes, par lesquelles Robin cherchait à affirmer le caractère positif des recherches histologiques; par lesquelles il essayait d’établir la fixité de l’espèce anatomique, à l’encontre delà bizarre conception de la cellule indifférente, prête à devenir cellule osseuse, épithéliale, leucocyte, absolument comme un ovule qui deviendrait indifféremment oiseau, poisson ou mammifère, suivant certaines conditions. Robin voulait, avec raison, que chaque espèce histologique fut désignée par un nom propre à elle.
Cette opposition aux efforts du savant français, essayant de lutter contre certaines écoles étrangères, n’en était pas moins fâcheuse pour se produire avant les événements qui ont si tristement brisé les liens entre deux nations appelées, semblait-il, à marcher d’un pas égal dans la voie des sciences et de la vérité. Cet antagonisme, chose curieuse, alla même jusqu’à repousser des noms d’éléments proposés par des savants allemands et que Robin s’était empressé d’adopter après en avoir ri connu la juste valeur comme désignation spécifique. C’est ainsi que le nom de leucocyte proposé par Gruithuisen, n’a pas été admis plus que celui de médulocelle ou de myéloplaxe, par les anatomistes français dont nous parlons, qui ont toujours préféré à cette désignation le nom de « globules blancs, » ou encore le nom de cellules embryonnaires, appliqué ici à des éléments que tous leurs caractères de forme, de structure, le nombre et la disposition de leurs noyaux, leurs réactions chimi-
(1) Ranvier. Traité technique d' Histologie, p . 32.1.
(2) Voy. Ranvier. Traité technique d' Histologie, p. 323.
ques, etc., séparent absolument des véritables cellules embryonnaires dérivées de la segmentation des sphères vitellines.
A l’époque de la vie de Robin qui nous occupe, ces mesquines oppositions ne s’étaient point encore fait jour; il leur eut apposé sans doute, comme plus tard, un suprême dédain. Il travaillait, et il pouvait presque répéter ce mot de Geoffroy Saint-Hilaire disséquant les mollusques avec Cuvier, que « chaque matinée apportait une découverte nouvelle ». Il démontre le premier que les cellules ganglionnaires ne sont pas de petits centres nerveux spéciaux, placés sur le trajet des tubes nerveux, sans connexions avec la mœlle et entre eux, comme on le pensait; mais qu’elles sont en continuité de substance avec les conducteurs nerveux, et modifient les actes qui s’opèrent dans les nerfs périphériques. Cette découverte a fixé les anatomistes sur la structure des ganglions; elle est devenue le point de départ de nombreuses recherches physiologiques, qui ont montré que les nerfs ont au-dessus et au- dessous des ganglions, des propriétés différentes en rapport avec fonction propre de ceux-ci (Waller, Schifif, Yulpian, etc.).
Nous ne signalons ici que les découvertes demeurées acquises dans la forme où Robin les annonçait. D’autres ont été des progrès mais non définitifs, et la science moderne a modifié, à leur égard, les opinions du jeune savant de 1849. C’est ainsi que l’étude des spermatozoïdes si avancée, ou plutôt si modifiée qu’elle ait été par Robin, ne doit plus rien ou presque rien à ses travaux. C’était le commencement d’une grande recherche entreprise dans le but de constater si la différence entre les animaux et les végétaux qu’il croyait avoir nettement établie d’autre part d’après certains caractères tirés de leur constitution même (nous reviendrons sur cette opinion de Robin), n’allait pas trouver une nouvelle confirmation dans l’histoire de leur développement. Et comme première question à résoudre, Robin se pose celle de savoir si les éléments anatomiques désignés sous le nom de spermatozoïdes sont où ne sont pas des animaux, et si ces corps fécondateurs ont quelque analogie dans les plantes et le règne animal. Il compare, à ce point de vue, les produits génitaux des Méduses ( Rhizostorna Cuvieri ) et des Algues (Ulva lacluca). Il signale au cours de ses recherches un phénomène des plus importants : la segmentation incomplète, mais spontanée, de l’ovule femelle sans fécondation, comme signe de sa maturité. Le fait a été reconnu depuis par De Quatrefages chez les Hermelles et les Unio. Robin l’avait décrit chez Nephelis octoculala, en indiquant les différences de la segmentation selon que l’ovule est ou non fécondé.
SA VIE ET SON OEUVRE
III. — Collaboration avec Verdeil. — Le traité de Chimie ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE.
Robin, tout en poursuivant ses recherches d’histologie pure n’en restait pas moins fidèlement attaché aux principes qu’il avait proclamés : la forme est indépendante de la qualité vitale; au delà des éléments anatomiques figurés, il y a cette chimie moléculaire qui est la raison môme de toute propriété physique, physiologique et par suite morphologique de la substance organisée; il y a, en un mot, 1 état d organisation résultant de la mise en contact et des réactions réciproques des principes immédiats d’apport, de constitution et de rejet dont sont composées les parties liquides et solides de l’être.
* ^ ainement, dit avec raison Robin, physiologistes et médecins, « nous chercherions à nous passer de connaître ce qui constitue la « matière dont sont formés les organes que nous étudions à l’état « sain et à l’état morbide, à nous passer de connaître comment et « en quelle proportion ces matériaux sont unis, et surtout quels tt sont ceux qui entrent et ceux qui sortent... Que l’on réfléchisse « un instant au caractère des altérations que nous observons dans « les muqueuses et autres tissus; que l’on songe, d’autre part, à la « nature moléculaire des phénomènes de nutrition, et l’on recon- « naîtra bientôt qu il n’est pas une parcelle de la substance orga- « nisée, fut-ce même un granule microscopique, dont nous ne de- « vions connaître la composition, au moins approximativement. « Or l’étude seule des principes immédiats peut conduire à ce but... « ( Chimie anatomique, 1852.)»
Robin proclame donc comme point de départ de toute étude biologique sérieuse, l’histoire des principes immédiats entrant dans la composition des tissus et des humeurs. 11 semble toutefois au début, bien qu’il place l’étude des principes immédiats au seuil ou au terme de la biologie, selon la direction suivie, n’avoir point regardé celle-là comme rentrant dans les divisions de l’anatomie. Lui-même le laisse entendre : c’est au cours des recherches histologiques dont nous avons parlé, et dont il s’occupait déjà avec tant d éclat, qu il aurait senti l’impossibilité d’achever l’étude des éléments « d une manière utile à la physiologie normale et pathologique » avec les seules constatations morphologiques, et sans pénétrer la qualité chimique des parties envisagées (1).
Or, c est à peine si on avait tenu compte, jusque-là, de ces prin-
(I) « Le plan de 1 ouvrage n’a été conçu que dans le cours de toutes ces études
cipes dont le conflit est la vie même. Robin, au début, n’a d’abord en vue que ceux qui composent les humeurs. Mais les humeurs non plus n’avaient guère fixé l’attention des anatomistes à cette époque (1849-1853). A la vérité les plus récents traités d’anatomie générale renfermaient l’histoire de la lymphe, du sang et celle du pus. Mais la salive, la bile, le suc pancréatique, le lait, le mucus et beaucoup d autres liquides normaux ou pathologiques n’étaient décrits que dans certains dictionnaires ou dans les traités de physiologie, à propos des organes qui les secrétent. Robin fait cette remarque topique, que si l’on voulait essayer de construire un être vivant avec tout ce qu’on trouvait de son temps décrit dans les traités d anatomie, on aurait un corps formé d’un amas de différents organes, muscles, nerfs, épiderme, etc., mais qui ne contiendrait ni l’eau, ni les sels, ni l’albumine des humeurs, etc., ni même la plupart des liquides, tels que ceux qui remplissent habituellement les conduits glandulaires, ceux qui remplissent les vésicules closes des glandes sans conduits excréteurs, et d’autres encore.
Si l’on s’accordait à proclamer l’importance de l’étude des éléments anatomiques, tels que fibres, tubes, cellules, on ne se préoccupait aucunement de leur composition immédiate non plus que de celle des humeurs. A peine trouvait-on dans les livres quelques indications sur cette partie de l’anatomie. 11 semblait qu’on en fit 1 étude à regret, et le plus brièvement possible, comme un sujet étranger et sans lien avec l’objet même de l’ouvrage. Surtout on omettait de montrer les transformations de ces principes immédiats depuis la forme sous laquelle ils sont introduits dans l’économie, jusqu’à la forme sous laquelle ils en sortent, après avoir passé dans le sang, dans les chairs, après avoir été euxmêmes un certain temps le corps vivant lui-même. Rien de plus contraire aux idées de Robin qui voit maintenant dans ces études le point de départ de toute notion anatomique sérieuse. Ne vontelles pas en effet nous conduire à la connaissance aussi approchée que possible de l’état d’organisation? Cette constitution chimique des éléments et des humeurs ne va-t-elle pas éclairer mieux que toute chose leur histoire physiologique? sans cependant espérer quelle 1 explique tout entière et que la connaissant, nous n ayons plus rien à apprendre. C’est pour n’avoir point reconnu cette relation nécessaire, aussi bien qu’en raison des procédés de
« (d Anatomie générale). Lest en les poursuivant qu’a été reconnue, par expérience,
« l’impossibilité de les achever d’une manière utile à la physiologie normale et paiho- « logique; impossibilité qui a amené un retour en arrière et l’exccution du présent « traité. » (Chimie anatomique , Préface.)
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recherche plus spéciaux à employer, que les anatomistes ont laissé les chimistes fonder cette partie de leur science. Et ceux-ci sans se douter même qu’ils étaient sur le domaine de la biologie, ont donné à cette branche de nos connaissances des noms en harmonie avec leurs propres recherches : Statique chimique des êtres organisés, Zoochimie, Chimie physiologique, Microchimie, Chimie microscopique, Chimie pathologique, toutes dénominations necaiactérisant que des parties de l’anatomie ou de la physiologie, qu il était bien inutile, dit Robin, d’atlubler de ces noms, dont la plupart n’avaient et n’ont encore — car on n’a pas cessé de les employ ci — d’autre raison d'être qu’une ignorance de méthode.
L’anatomie, en effet, va se placer dans l’étude des principes immédiats a un tout autre point de vue que la chimie. Sans avoir à se préoccuper de la composition moléculaire et de l analyse des principes immédiats, elle doit seulement mettre à profit les enseignements des chimistes pour arriver a une connaissance plus approfondie des éléments et des humeurs dans la composition desquels entrent ces corps. Ainsi comprise, cette étude a le mérite tout particulier d’établir la transition entre la chimie et la biologie dans l’ordre hiérarchique nécessaire des sciences, car elle relie 1 oiganisme vivant au milieu cosmique. Dernier chapitre de la connaissance des corps bruts, c’est en quelque sorte le premier de la connaissance des corps animés : étude préliminaire si l’on veut, mais
indispensable pour le biologiste.
Il n’est pas douteux que Robin ait alors conçu cette ambition grandiose de parcourir le cycle entier de l’Anatomie générale tel qu’il en avait tracé le plan dans ses Tableaux , en prenant la matière organisée à l’état naissant en quelque sorte, surgissant du monde inorganique. Dans sa pensée première le XL tableau , énumérant les principes immédiats, était un peu en dehors de l’anatomie, et voilà que maintenant il se trouve amené lui-même à le développer tout d’abord. Il se met donc à l’œuvre. Le développement des tableaux suivants (IXe, VIIIe, VIIe) déjà commencé, est interrompu; il sera repris plus tard.
Pour mener à bien le grand travail qu’il avait entrepris et qui nécessitait des connaissances chimiques spéciales, Robin unit son savoir à celui de Verdeil. Celui-ci suisse d’origine était venu à Paris après avoir travaillé avec Liebig. Il avait avec Würtz créé rue Garancière, n° 8, un laboratoire qui dura fort peu de temps. Dans le même immeuble, Robin avait son laboratoire de biologie dont nous trouvons l’adresse en tête des Tableaux (1). De là sans
(1) Voy. ci-dessus, p. xvm.
doute ses relations avec Verdeil (I). C’est en 1852 qu’ils font paraître leur traité de Chimie anatomique et physiologique, en trois volumes, suivi d un atlas.
Il ne s’agissait de rien moins que de refaire, au point de vue anatomique, 1 histoire de chacun des principes immédiats, telsqu’oxigene, hydrogéné, acide carbonique, eau, sels, albumine, fibrine, caserne, creatine, pepsine, urée, etc., qui se trouvent dans l'économie ou en sortent; d établir la nomenclature de ces principes, eui presence daHs 1^ divers tissus ou humeurs, leur abondance
a ive leur histoire anatomique en un mot, comme on fait celle
d une fibre du tissu lamineux, ou d’une cellule de la mœlle osseuse.
Kobin et Verdeil entreprirent donc de relever dans tous les travaux chimiques publiés jusqu’alors sur les tissus, les humeurs ce qui avait etc dit à propos de chaque gaz, de chaque sel, de chaque composé albuminoïde, etc. Mais malgré l’abondance des matériaux de ce genre, les points de vue variés ou faux auxquels on s était place avant eux, les forcent le plus souvent de reprendre par le commencement l’étude des corps qu’ils envisagent; originaux, meme ou ils ne s’y attendaient pas, ils sont obligés de mettre leur technique en rapport avec le point de vue tout nouveau qu ils ont choisis. Au lieu de l’emploi des moyens physiques aides par les moyens chimiques comme accessoires, ce sont les procédés chimiques qui vont devenir ici la source fondamentale d investigations et les procédés physiques, tel que le microscope, etc..., relegues au second plan, ne seront plus qu’un accessoire, indispensable à la vérité pour la bonne étude des corps envisages Ixobin , en prenant soin d’exposer avec détail toute cette méthode, montre une lois de plus combien il sut toujours donner a la technique, quoi qu’on en ait dit, une attention scrupuleuse mais en lui assignant toujours son véritable rôle et sa place t.obin et Verdeil ne perdent jamais de vue que leur tâche est essentiellement biologique, puisqu’elle doit les conduire par la connaissance des principes immédiats dont l’organisme est fonction, a la connaissance du jeu des organes, de la structure intime et des propriétés des tissus. Ils restent, tout en traitant de chimie anatomistes et zoologistes, médecins même quand il sVit e pi oduits morbides. C’est ce qui fait de ce livre remarquable un ouvrage différent, inverse en quelque sorte de tous ceux qui avaient
(1) Nous devons ces renseignements à l’obligeance de M Friedel N„„e
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SA VIE ET SON OEUVRE
été publiés jusque-là sous des litres approchants. Aussi a-t-on pu dire des auteurs du traité de Chimie anatomique qu’avec des instruments employés de tous, opérant sur des matériaux plus d’une fois remaniés, ils avaient cependant accompli un travail nouveau. De fait l’histoire de l’organisation était poussée pour la première lois au delà de ce que donne le microscope.
Le premier soin de Robin et Verdeil devait être naturellement de chercher à séparer les uns des autres les principes immédiats qui constituent la substance vivante sans les décomposer euxmêmes. Mais ici ils tombent dans une grave erreur, que nous avons le devoir de relever. Elle était d’ailleurs la conséquence de l’espèce de parallélisme ou Robin tenait les éléments anatomiques composant les tissus par leur juxtaposition, et les principes immédiats composant les humérus par leur juxtaposition également, c’est-à-dire ici leur dissolution réciproque. A ses yeux, l’élément anatomique et le principe immédiat représentent dans une sorte d’égalité le dernier terme, de part et d’autre, de l’analyse anatomique. Il consacre une série de chapitres à cette question; il cherche à démontrer, à l’aide des arguments les plus divers, que le principe immédiat possède une individualité réelle au point de vue biologique. Et tout à cette idée, il ne tient pas compte de l’impossibilité absolue qu’il y a d’étudier à l’état statique (anatomique) la substance vivante qui n’existe comme telle qu’à l’état dynamique. Du moment que s'arrête le mouvement moléculaire particulier dont elle est le siège, la matière organisée perd ce qu’il y a d’essentiel en elle et retombe dans le monde inorganique. Alors même qu’elle conserve encore pendant quelque temps ses attributs physiques, de forme, de structure, etc..., qui nous la font reconnaître comme ayant été vivante, elle n’en a pas moins subi une altération moléculaire irrémédiable. Les principes immédiats obtenus par analyse anatomique , sans décomposition chimique, par coagulation et cristallisation successives, sont donc en réalité et contradictoirement à cette définition, des produits de décomposition. Ils ne sont plus dans l’état où ils étaient actifs au sein de la substance organisée. Et nous n’avons même aucun moyen de contrôler ni d’apprécier le degré de changement subi par eux. Le problème est insoluble en raison même de sa nature. La vie est par essence, par délinition, un phénomène différentiel; mais outre celte première difficulté, le mélange intime des principes immédiats, leur complication s’opposent à ce que nous puissions étudier les substances envisagées, albumines, substance osseuse, substance du cartilage, etc., par l’apport et le rejet, qui seuls à la rigueur nous
CttARLËS ROBIN
permettraient d’en établir l’équation moléculaire, comme font les chimistes pour certains phénomènes différentiels, à la condition qu’ils se présentent avec une simplicité suffisante.
L expression de « dissolution réciproque » dont se sert Robin pour caractériser 1 état des principes immédiats en présence dans les plasmas, auxquels il reconnaît l’état d’organisation, et de même dans toute matière organisée, est défectueuse en ce sens qu’elle semble supposer un simple mélange là où règne sans aucun doute une union beaucoup plus intime, voisine des véritables combinaisons chimiques, mais sans que nous puissions dire, en face d'un état moléculaire à la lois aussi spécial et aussi variable, l’expression qui convient le mieux à chaque cas.
C est ainsi que la substance osseuse convenablement traitée nous donne des sels minéraux et une matière albuminoïde, Yosséine, dont la formule chimique exacte reste encore à déterminer. Quant a la maniéré dont elle s unit aux sels terreux, tout ce que nous en sa\ons, c est que cette union est susceptible de se faire en proportion très variable, depuis la substance osseuse éburnée jusqu’à la substance ostéoïde des poissons, ou la substance préosseuse (Robin et Herrmann) des bois de cerf. Mais en somme, l’osséine est substance morte aussi bien que les sels que nous en séparons, tandis que la substance osseuse est vivante, tout en pouvant perdre (ostéomalacie, rachitisme) sa propriété de fixer les sels calcaires en raison d une altération chimique jusqu’ici absolument indéterminée.
La voie où Robin s’engageait en voulant faire des principes immédiats, de véritables éléments anatomiques, était sans issue. S’il est permis de penser que les progrès de la chimie ne tarderont pas à nous faire connaître la formule exacte des albuminoïdes, il est encore impossible de prévoir comment on pourra pénétrer un jour le mode d’union des principes immédiats dans la substance organisée. Robin se heurtait à une barrière demeurée infranchissable malgré ses efforts. En relisant sa longue argumentation en faveur de la signification anatomique des principes immédiats, on ne peut s’empêcher de songer à cette phrase du traité Du Microscope (IIe partie, p. 22) : a II y a autant de sagacité à savoir s’arrêter « dans un ordre d’investigations quelconques, poussées à un cer- « tain point, qu’à reconnaître quelle est la partie d’une science qui « doit de préférence attirer notre attention et faire le but de nos « recherches ».
Si la tentative anatomique de Robin et Verdeil était vaine, leur ouvrage n’en demeure pas moins comme marquant une daté im-
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portante dans l’histoire de la biologie. S’il a été un peu oublié, nous ne doutons pas qu’un jour il soit mieux apprécié, lorsque des moyens nouveaux permettront de reprendre l’œuvre commencée avec tant de courage et de mérite. L’ouvrage sous la réserve des observations que nous avons présentées, est plein de faits. Chaque principe immédiat (ou substance envisagée comme tel) est étudié au point de vue de son siège, de sa quantité, de son état liquide ou solide, de son mode d’union avec les autres espèces et de la part qu’il prend dans la constitution des éléments anatomiques ou des humeurs; puis les auteurs passent encore en revue le lieu où on trouve chaque principe, le lieu et le mode de son introduction ou de sa formation, celui de son issue, et, selon les cas, de sa destruction, de son passage d’un état spécifique à un autre dans l’économie vivante, etc.
L’état pathologique n’est pas omis non plus, mais toujours envisagé après l’état normal, le dérangement après l’état d’arrangement, qui permet seul d’apprécier la véritable portée et la véritable signification du désordre survenu.
Robin et Verdeil arrivent ainsi à établir sur des démonstrations rigoureuses plusieurs faits généraux importants, entre autres celuici qui est fondamental, à savoir, que toute parcelle de substance organisée est composée par des principes immédiats nombreux de trois catégories :
1° Des principes d’origine minérale, venant du dehors par conséquent, et qui sortent de l'organisme, le plus souvent, tels qu’ils étaient entrés (phosphates, chlorures, etc.)
2° Des principes cristall isables qui se forment dans l’organisme même et qui en sortent généralement comme principes excrémentitiels, tels qu’ils sont au moment de leur formation.
3° Des principes coagulables (ou colloïdes) dont le propre est de ne pas cristalliser, dont les espèces se forment dans l’organisme à l’aide de matériaux pour lesquels ceux de la première classe servent de véhicules, et se décomposent dans le lieu même où ils se sont formés, étant eux-mêmes les matériaux de formation de la deuxième classe.
Dans le premier volume, les auteurs traitent des principes immédiats (ou des composés qu’ils regardent comme tels) en général, de leur entrée, formation, issue et destruction; puis des procédés d extraction et de ceux qui servent à distinguer les espèces extraites. Le deuxième et le troisième volumes contiennent l’étude spéciale de chaque espèce de principes immédiats, faite à l’aide de tous les moyens dont disposaient alors la physique et la chimie.
CHARLES ROBIN. c