DEVANT LE SÉNAT IMPÉRIAL
Vers 1 époque où Robin, dans une lièvre d’activité vraiment prodigieuse, corrigeait les épreuves de son traité Du Microscope et de ses Tableaux , préparait avec Verdeil les trois volumes de la Chimie anatomique, réalisait d’importantes découvertes en anatomie et en histologie, un groupe de jeunes naturalistes et de jeunes médecins, obéissant à la puissante impulsion de Rayer, avaient fondé la Société de biologie. Celle-ci, après quarante ans d’existence, fonctionne exactement dans les conditions mêmes où elle fut instituée. Le constater est faire le meilleur éloge de ceux qui surent ainsi 1 organiser. Dans cette jeune pléiade Robin, considéré déjà comme un maître, fut chargé de rédiger une sorte de programme des recherches dont la nouvelle compagnie devait s’occuper. Dans le discours par lequel il ouvre les travaux delà Société, le 7 juin 1848 (1), il expose que « ses membres ont eu pour but, en étudiant l’anato- « mie et la zoologie, d’élucider le mécanisme des fonctions, et en « étudiant la physiologie, d’arriver à déterminer comment les or- « ganes peuvent s altérer, et dans quelles limites les actes peuvent « dévier de l’état normal. Mais, ajoute-t-il, pour atteindre ce but, « c est d abord la disposition naturelle des choses qu’il faut con- « naître, et si nous appelons à notre aide les cas anormaux, ce n’est « que parce qu’ils peuvent directement ou indirectement nous « éclairer sur 1 état normal, en nous servant d’expériences toutes « faites ».
La collection des Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie depuis son origine montrent qu’elle n’a point dévié de la voie qui lui était si nettement tracée. La vitalité puissante quelle a conseï vee tout en se bornant généralement aux spéculations de biologie pure, atteste 1 excellence du programme que lui ont donné ses fondateurs. Elle tenait au début ses séances dans les combles
(I) C’est par erreur (jue ce discours a été imprime avec la date de 1849.
SA VIE ET SON OEUVRE
de 1 École pratique (1). C est là que Robin apportait presque à chaque séance des recherches originales, des vues profondes sur les sujets qui 1 avaient occupé avant et pendant sa collaboration avec A erdeil ; c est là qu il enregistre dans les années suivantes de nou\ elles decouvertes anatomiques, car il va revenir avec plus d ardeur que jamais aux études histologiques proprement dites.
Vers 1854, il établit nettement la distinction entre la prétendue substance conjonctive ou nevroglie des centres nerveux et le tissu conjonctif ordinaire dont elle diffère absolument par tous ses caractères physico-chimiques (2), notamment par la manière dont elle se comporte avec les acides minéraux. Il détermine comme
éléments spéciaux, qu’il appelle d’abord myèloblasles (3) et plus tard myélocytes , les éléments cellulaires qu’on y rencontre, regardes jusque-là comme similaires des éléments lamineux et dont Robin proclame nettement la nature nerveuse, les décrivant déjà comme 1 état jeune des cellules nerveuses, et pouvant devenir chez 1 adulte par leur multiplication 1 origine de certaines tumeurs. Cependant c est à peine si Robin , dans cette voie, fut suivi par un seul observateur (4) en France. Il faut arriver jusqu’à nos jours, après trente ans, pour voir le professeur Renaut, de Lyon, décrivant un gliome développé dans le centre ovale conclure (conformément d’ailleurs à une opinion exprimée par Deiters en 1865) que la névroglie est, comme le soutenait Robin, un tissu essentiellement nerveux, formé d’éléments nerveux (5).
(1) Dans une circonstance récente, M. Bertheiot traçait en ces termes l’histoire des origines et des premiers temps de la Société de biologie : « La Société de biologie, « fondée sous l’impulsion de l’esprit positif, est demeurée fidèle à l’esprit profond de (( son règlement, rédigé autrefois par Ch. Rohin. Elle a été, dès son origine, et elle « est restée un centre puissant d’initiative scientifique, plus vivant et plus libre que « les académies. Elle était peuplée alors de jeunes gens qui s’appelaient : Itobin, « L>roca, Charcot, Verneuil, Laboulbène, Vulpian, Sappey, Brown-Séquard, Rouget, « P. Lorain et bien d’autres amis que j'oublie, les uns vivants et présents ici, les « autres disparus, bous la présidence amicale de Rayer, avec la vive sympathie et le « franc abandon de la jeunesse, nous y échangions nos idées , en nous communiquant « les uns aux autres l’élan et l’esprit d’initiative... ». ( Discours de M. Bertheiot à l inauguration de la statue de Claude Bernard. Comptes rendus de V Acad, des sc
8 févr. 1886.)
(2) Pouchct et Tourneux. Précis d'Ilislologie , p. 303.
(3) « D après les recherches de M. Robin, les tumeurs décrites sous le nom de can- « cers de la rétine ne seraient point formées par le tissu cancéreux, mais par les élé- « ments anatomiques énumérés et décrits plus haut, parmi lesquels les myèloblasles, « devenus plus abondants qu’à l’état normal, joueraient le principal rôle. » Siebel, Leçons sur l’Encéphaloïde de la rétine. ( Moniteur des hôpitaux, 1854, n° 124, p. 090.)
(4) M. Lancercaux. Voy. Arch. de Physiologie, 1869.
(5) Renaut va même encore plus loin, quand il dit : « que la névroglie prend la