‹ Charles Rogier (1800-1885) d'après des documents inéditsChapitre 32 sur 65 · DISCOURS DU ROI AUX ÉTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

DISCOURS DU ROI AUX ÉTATS GÉNÉRAUX

La session extraordinaire des Etats-Généraux venait de s'ouvrir à La Haye.

La garde bourgeoise de Bruxelles et les volontaires liégeois avaient pris toutes les dispositions pour parer aux événements que faisait prévoir l'entêtement du Roi.

Il y avait entre les deux corps une fraternisation complète dont nous trouvons, par exemple, la trace dans un banquet offert le 14 aux officiers liégeois par le corps d'officiers de la garde bourgeoise de Bruxelles. . Après un toast aux Liégeois et des couplets de circonstance chantés en leur honneur par le ténor Lafeuillade, Charles Rogier, nous dit le Courrier des Pays-Bas, remercia l'assemblée au nom de ses braves compagnons et son improvisation chaleureuse produisit la plus vive impression.

Voici le passage des Notes et souvenirs relatif à ce banquet :

14 septembre. Banquet patriotique à l'Hôtel de la Paix — i5o convives. — Un toast aux Liégeois porté par Vandersmissen — j'y réponds. — « Nous sommes venus pour combattre non pas la plume à la main, mais les armes à la main. »

Je me suis présenté au banquet en blouse. Je l'ai présidé à la demande unanime des convives. J'y ai lu, monté sur la table, le discours du roi aux Etats Généraux.

Le roi avait dit en terminant :

« Je ne céderai jamais à l'esprit de parti, et je ne consentirai jamais à des mesures qui sacrifieraient le bien-être et les intérêts de la patrie aux passions et à la violence. »

Ce discours devait être mal accueilli : il le fut surtout à Bruxelles. L'entêtement du roi avait exaspéré les hommes résolus, qui estimaient qu'à des paroles qu'on pouvait appeler « une provocation déguisée », les chefs de l'opposition auraient pu répondre par des mesures plus

20Ô ROGIER AVANT LA RÉVOLUTION DE l83o

énergiques à coup sûr que celles qu'avait prises la Conunission de sûreté publique. Entre la commission et ces hommes d'action, les dissentiments devaient finir par s'accentuer : la trace en est visible dans les souvenirs de Rogier :

Le i5. Adresse des habitants de Bruxelles, Liège, Namur, Louvain, Luxembourg, aux députés : Vu le discours du trône, etc., on demande la séparation sans délai du nord et du midi et l'éloignement immédiat des troupes hollandaises stationnées dans les provinces belges. Si leurs efforts n'atteignaient pas le but, ils invitent les députés à revenir parmi eux.

i5. Assemblée, à l'hôtel-de- ville (salle gothique), des sections réunies à l'état-major de la garde bourgeoise et à la commission de sûreté publique. Assemblée rendue publique. Ma vive discussion avec l'avocat Spinnael, marquis de Chasteleer. Je trouve l'adresse molle et trop historique : elle était de la rédaction de M. de Mérode.

C'est, suivant toute vraisemblance, au sortir de cette assemblée que furent jetées les bases d'une société, la Réunion centrale, qui avait pour but d'imprimer plus d'énergie à la Commission de sûreté et de « la faire sortir des voies diplomatiques ». La phrase est de Rogier lui-même : nous l'avons lue sur une feuille où il semble avoir voulu faire comme l'esquisse de ses Notes et Souvenirs (i).

i5-i6. La Reunion centrale, club patriotique, se forme d'abord à la salle des Beaux- Arts, rue de Bavière, puis dans la salle Saint-Georges. J'en refuse la présidence en ma qualité d'étranger à Bruxelles et recommande Ducpétiaux pour la présidence. J'accepte la vice-présidence. Ducpétiaux a peu présidé.

La Commission de sûreté qui n'entendait pas, elle, sortir

(i) Un correspondant bruxellois écrivait trois mois plus tard au Politique (n° du 5 décembre i83o) que la Réunion centrait avait été fondée par quarante citoyens très recommandablcs, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de gens de cœur et de talent : MM. Van Meenen, Çh. Rogier, Niellon, Ducpétiaux, Jottrand, Verboeckhoven , Jenneval, Camille de Smet, etc.

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