‹ Charles Rogier (1800-1885) d'après des documents inéditsChapitre 33 sur 65 · LA COMMISSION DE SÛRETÉ 20J · texte numérisé non relu

LA COMMISSION DE SÛRETÉ 20J

des voies diplomatiques, allait vite disparaître de la scène.

Les vedettes de l'armée envoyée par le roi Guillaume dans le but bien évident de mettre fin, fût-ce au prix du sang, à la situation troublée de Bruxelles, n'étaient qu'à quelques kilomètres de la ville.

Deux patrouilles de volontaires avaient été dirigées vers Vilvorde et Tervuercn. Celle de Tervueren avait pris quatre chevaux appartenant à la gendarmerie. Celle qui devait inspecter les approches de Vilvorde, avait rencontré au retour la diligence de Bruxelles à Anvers et craignant qu'elle ne donnât l'éveil à la garnison de Vilvorde, l'avait empêchée de continuer sa route... Laissons parler Rogier :

18. Samedi. Nuit du samedi au dimanche : expédition sur Vilvorde et Tervueren. Enlèvement de 4 chevaux de gendarme : diligence forcée de rétrograder.

Dimanche 19. Proclamation de la commission de sûreté : « ils manifestent leur improbation formelle de l'acte désordonné qui vient d'avoir lieu; ordonnent que les chevaux enlevés seront renvoyés sans délai et sous escorte au détachement de maréchaussée stationné à Tervueren et qu'il sera écrit au prince Frédéric pour désavouer cette infraction et en annoncer la réparation. »

Menace de l'application des lois militaires.

La proclamation est lacérée. L'hôtel de ville envahi par les Liégeois tambour battant. Ma harangue en place publique. Je distribue des fusils de la caserne Sainte-Elisabeth [Voir le récit du Belge (1).]

Lundi 20. Le peuple enfonce les portes de l'hôtel de ville. Désarmement de tous les postes bourgeois. Dissolution de la commission de sûreté. La Réunion centrale décide que la commission sera

(1) Voici ce récit : « ... Une vive altercation s'éleva entre les citoyens qui réclamaient des fusils et la commission. La présence de M. Rogier vint tout calmer; chacun rentra dans l'ordre à sa voix. Il se porta au milieu de la grand'place où il harangua la multitude avec l'énergie qu'inspire le patriotisme. Il l'invita au bon ordre ; il promit de lui distribuer quarante fusils qui appartenaient à son corps. Il demanda que la population de Bruxelles, par sa bonne conduite, prouvât quelle voulait la liberté, non le pillage, non l'incendie, et que l'on punît sur-le-champ militairement celui qui ferait de ses armes un coupable usage ou menacerait la tranquillité publique. »

208 ROGIER AVANT LA RÉVOLUTION DE l83o

remplacée par un gouvernement provisoire composé de 3 membres.

Proclamation d'un gouvernement provisoire. Les noms de De Potter, d'Oultremont et Gendebien, attachés en lettres de drap noir sur le drapeau liégeois, sont promenés sous mon commandement dans toutes les rues de Bruxelles par le corps liégeois, auquel se réunissent diverses sections et plusieurs autres corps armés.

D'autres noms écrits à la main sont attachés au drapeau : Van Meenen, de Mérode, Raikem, Van de Weyer, De Stassart.

Le tambour Du Bois ne cesse de tambourer. Je commande toute la marche, sabre au clair.

Les événements se précipitaient.

Le roi Guillaume avait continué à se faire illusion sur la situation.

Il ne voulait pas voir que l'agitation dont Bruxelles était le principal foyer s'étendait à la plupart des villes.

Il s'imaginait, sur la foi peut-être de renseignements complaisants, qu'il suffirait de faire entrer quelques milliers d'hommes dans Bruxelles pour dissiper toute cause ultérieure de troubles et pour pacifier la Belgique.

D'ailleurs il prétendait que les Bruxellois eux-mêmes ne demandaient pas mieux que de voir l'armée hollandaise mettre à la raison « le petit nombre de factieux qui, cachés parmi eux, excitait la populace au pillage, le peuple à la révolte, Vannée au déshonneur... >». — Ce sont ses propres expressions.

Le prince Frédéric, qui avait n.5oo hommes d'infanterie, i.5oo de cavalerie et 52 canons, fut autorisé à procéder, au besoin de vive force, à l'occupation de Bruxelles.

Le 21 septembre son avant-garde n'était plus qu'à une petite étape de la ville. Il avait lancé d'Anvers une proclamation promettant l'oubli pour « les fautes et les démarches irrégulicres que les circonstances avaient produites », mais menaçante pour « les étrangers ».

Les Souvenirs de Rogier mentionnent la proclamation du prince à la date du 21 septembre, sans l'analyser. Pour unique commentaire, cette phrase : Exception contre les étrangers.

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