‹ Charles SédillotChapitre 1 sur 2 · VILLERMÉ, LOUIS, CLOQUET · texte numérisé non relu

VILLERMÉ, LOUIS, CLOQUET

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Les Biographies Médicales mr A ren 2 éditions :

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Membre de l’Académie de Médecine, Membre de l’Académie des Sciences, Professeur de clinique Chirurgicale à la Faculté de Médecine de Strasbourg.

Charles-Emmanuel SÉDiLLOT naquit à Paris le 18 Septembre 1804. Il était le fils de l'orientaliste Sédillot et petit-fils d'un notaire du Roi.

Deux Décembre 1804, le Sacre ; deux Décembre 1805, Austerlitz. La victoire enchaïînée à la hampe des aigles.

Dix années sanglantes, de gloire, de splendeur, de misère.

La famille de Sédillot était originaire d'Auvergne, et comptait des médecins qui exercèrent à Clermont. Ils eurent une réputation locale très grande. Elle ne dépassa pas toutefois les horizons que bornent les monts du Cantal et du Puy-de-Dôme, et les claires vallées que tracent la Sioule et l'Allier. Il est difficile de savoir ce qui détermina chez lui le désir d'être un médecin et un soldat; une hérédité lointaine paraît avoir joué là, comme bien souvent, un rôle réel, et puis que devait être l’état d'âme des écoliers qui vivaient dans l'ambiance de la grande épopée, tandis que, de l'Espagne à la Vistule, les soldats de l'Empereur imposaient la volonté du Maître.

Evoquer la mémoire de Sédillot, c'est retracer une partie de l'histoire du Service de Santé aux Armées.

Sur les bancs du collège, sous l'Empire et la Restauration, il vécut sous quatre régimes : Charles X, Louis-Philippe, la deuxième République et Napoléon II. Il mourut alors que la troisième République était dans sa treizième année.

L'indépendance de son caractère, la conscience justifiée de sa propre valeur, l'horreur de l'injustice lui rendirent parfois pénibles les disciplines étroites; il n'en est pas moins vrai que sa vie est intimement liée à celle de la chirurgie militaire, dont il fut sans aucun doute le représentant le plus illustre dans la période qui

s'étend de 1825 à 1870. Si son existence n'eut pas le caractère de grandeur épique de ses prédécesseurs immédiats, Percy et Larrey, soldats sans peur et médecins sans reproche, dont la figure égale et dépasse celle des maréchaux de l'Empire, il a laissé une œuvre scientifique de beaucoup supérieure à la leur.

Elève brillant au lycée, où il fut le camarade de Saint-Marc

Girardin dont il resta l'ami; comme tous les gens de sa génération il fit d'excellentes études. Nous en retrouverons l'empreinte dans l'ensemble de son œuvre. La phrase chez lui, parfois longue, quelque peu solennelle, émaillée de citations grecques et latines, a une belle tournure classique, et quand il emploie un néologisme pour désigner une intervention ou un fait nouveau, c'est aux pures sources helléniques qu'il ira chercher le terme générique qu'il trouve convenable.

En pleine activité chirurgicale, en 1849, il donne le nom de gastrostomie à la création d'une bouche gastrique pour remédier aux rétrécissements de l'æsophage ; et au soir de sa vie il propose à l’Académie des Sciences d'adopter le nom de microbe pour désigner les infiniments petits qu'avait découverts le génie de Pasteur.

En 1821, il se fait inscrire à la Faculté de Médecine de Paris.

Il fallait pour celà un certificat de civisme. Nous en avons retrouvé l'extrait dans les Archives du Ministère de la Guerre, il est ainsi conçu :

« À la mairie du douzième arrondissement, l'officier d’etat civil, le 9 Novembre 1821, déclare que Messieurs Aubert Barthélemy, propriétaire rue de l’Enfer-Saint-Michel, et Giraudet Philibert, conseiller honoraire à la cour Royale, demeurant rue des Fossés-Saint-Victor, certifient connaître Charles Sédillot, demeurant chez son père, impasse Saint-Dominique d'Enfer N° 4. Ils affirment qu'il est de bonne vie et mœurs, que sa conduite est irréprochable et qu'il n’a pas cessé de donner des preuves non équivoques de son attachement au gouvernement royal. »

Il est difficile de savoir quels étaient les sentiments réels de l'étudiant de 19 ans qui comparaissait devant l'officier d'état civil; mais en cette fin d'année 1821, sous le dernier ministère de Villèle, tandis que les troupes de France, allaient quelques mois plus tard,

SÉDILLO Tr: (CHARLES) 279

se battre en Espagne, sous la cocarde blanche, il était indispensable d'avoir un certificat de bonne vie et mœurs dûment établi.

Larrey et Percy avaient dû, quelques années auparavant, se faire établir un certificat de civisme devant la municipalité la plus proche de leur cantonnement aux armées, pour affirmer devant le conseil de Santé de la Convention la pureté de leurs sentiments républicains...

Externe des Hôpitaux à la fin de sa première année de médecine, Sédillot entra deux ans plus tard au Val-de-Grâce,

en 1[824.

Candidat à l'internat l'année suivante, il ne fut pas reçu.

Il semble du reste qu'il n'ait pu terminer son concours, car la promotion, qui ne compte que |9 élus, date du 14 Décembre 1825, et le 19 Novembre de cette même année, il était envoyé à Metz comme sous-aide major à l'Hôpital d'instruction. Îl ne devait plus quitter l'armée qu'à sa retraite en 1869, après trente-cinq années de labeur fécond.

Il entrait dans les cadres de la médecine militaire à une époque où le service de santé qui avait connu des jours glorieux, vivait en tutelle et fonctionnait dans des conditions qui durent souvent paraître pénibles à cet homme qui dans la vie ne connut jamais les voies obliques (1),

Par sa haute valeur scientifique, le rayonnement des travaux de l'Ecole de Strasbourg, il apporta à la médecine militaire un appui considérable et {contribua à la restitution de son autonomie relative en 1882.

En 1826, il rentre au Val-de-Grâce où sévissait Broussais. Il semble, du reste, qu'encore que placé sous ses ordres directs, il ne portera à l'enseignement scholastique de ce dernier qu'une attention relative. Sédillot, classique à l'esprit lucide, était trop épris de l'amour des idées claires, des réalités objectives pour admettre,

(1) L'ordonnance royale de 1778, avait laissé au corps de santé une autonomie relative. La convention victorieuse avec les cadres de l’armée royale, l’avait maintenue par les décrets lois de 1792 et 1793. L’autonomie du service de santé supprimée le 3 floréal de l’an IV, ne fut rétablie que le 14 mars 1882.

comme la plupart de ses contemporains, le fatras romantique et obscur du créateur de la médecine physiologique.

Il se réfugie dans l'étude de l'anatomie. Cette tendance à la précision objective, cette horreur des faits abstraits, des expressions confuses, cet amour de la lumière on le retrouvera toujours dans l'ensemble de son œuvre. Au laboratoire, à l'amphithéâtre, il prépare pendant de longs mois une thèse sur le trajet et la physiologie du nerf pneumogastrique, qui, au moins en ce qui concerne sa partie anatomique, reste remarquable encore à l'heure actuelle.

En 1829, il fait comme démonstrateur au Val-de-Grâce un cours de médecine opératoire et un cours libre d'anatomie à la Faculté.

Il a 25 ans. En 1850, quelques mois après les journées de Juillet, éclata l'insurrection de Pologne ; elle dura un an, de Novembre 1850 à Septembre 1851. Elle est trop intimement liée à l'histoire de notre pays pour que nous puissions l'oublier.

À l'appel de Stanislas Ostrowski, qui le 20 Décembre 1830, levait le drapeau de la révolte en déclarant que si son pays devait succomber sous les ruines de ses villes et les cadavres de ses défenseurs, il mettrait à couvert les libertés de l'Europe menacée. La Pologne combattit avec héroïsme mais la lutte était inégale. Dieu était trop haut, et la France trop loin. Il n'en est pas moins vrai, qu'en immobilisant pendant une année Îles troupes russes, elle empêcha le conflit général et sauva la liberté Belge. La nouvelle de l'insurrection polonaise fut accueillie avec enthousiasme à Paris, et nombre de jeunes libéraux se joignirent aux insurgés, espérant que leur geste déterminerait l'intervention active du gouvernement de Juillet.

Guyon, Sédillot, Malgaigne obtinrent l'autorisation de partir.

Nous avons retrouvé dans les papiers de la famille Sédillot, qu'a bien voulu nous communiquer le petit-fils du Maître de Strasbourg, notre ami le docteur Charles Sédillot, glorieux blessé de la grande guerre, un cahier de notes, froissé, maculé, taché de boue; c'est le carnet de route de l'aide-major de 26 ans qui venait apporter aux troupes de Pologne le secours de son talent et de sa jeune énergie.

Eé69 =2Ch, SÉDILLOT :n 1869

à l'époque où il venait d'être nommé médecin inspecteur.

La tragédie dura un an: décembre 1830, c'est le manifeste d'Ostrowski, septembre 1851, l'ordre Russe régnait dans Varsovie...

Chirurgien de la sixième ambulance de campagne, il vécut quelques mois pénibles et à diverses reprises il fut exposé à des dangers réels. En Juin il perd contact avec les troupes Polonaises qui reculent, sous le feu de l'ennemi. Je me trouve, écrit-il, au milieu d'une grêle de projectiles et de boulets, et après m'être placé derrière un gros arbre, j'observe combien il est curieux de voir chacun s'incliner et baisser la tête à chaque décharge. Il opère sur le champ de bataille, en pleine action, dans des conditions précaires, amputations et désarticulations... Que devaient être ces opérations effarantes sans anesthésie générale ?..

Il guérit cependant quelques-uns de ses blessés. Il opérait vite et se lavait les mains, ce qui alors était loin d'être la règle. Aux misères de la lutte s'ajouta le choléra qui sévit à la fois dans le camp russe et dans le camp polonais.

Sédillot suivit les troupes de Pologne jusqu'aux derniers combats, et nous avons retrouvé, griffonnées sur son journal de campagne, des notes qui précisent son état d'âme : « Les cosaques proches, dit-il, ne m'ont nullement incommodé; mais un mal de gorge intense et piquant m'a fait une guerre acharnée. - Sochazew, 10 heures du soir, mercredi 3 Août 1831. »

Le 15 Août, l'armée est refoulée après un dernier et sanglant combat. Le 17 Août, tandis que les troupes reculent sous les murs de Varsovie, les destinées de la Pologne s'accomplissent.

La Révolution de 1830, les convulsions de 1860 devaient encore l'ensanglanter. Seule nation d'Europe qui jamais ne fut en guerre avec la France, il était dans sa destinée tragigue de devoir attendre la libération de 1918 pour devenir à nouveau un grand pays.

Rentrée à Paris à la fin de 185], après l'aventure polonaise, Sédillot se remit au travail et se présente à l'agrégation en 1832 (1), dans cette année tragique où le choléra sévissait avec une extrême gravité dans Paris qui avait un aspect lugubre. Sa préparation avait

(1) Le concours supprimé sous Charles X, par les ordonnances de décembre 1822 et février 1823, fut rétabli par réglement d'Administration publique à la date du 8 novembre 1830.

été hâtive, il avait 26 ans et était candidat militaire. Sa thèse sur la phlébite traumatique paraît du reste avoir été faite rapidement. Il échoue en même temps qu'un de ses concurrents qui avait abandonné la médecine de campagne pour affronter les dures épreuves des concours et qui s'appelait Ricord, et que son camarade du Val-de-Grâce Malgaigne. T rois années plus tard il est nommé avec un jury que présidait Cloquet et où siégeaient Marjolin, Gerdy, Blandin et Roux. Il arrive en tête de liste et derrière lui se classent Lenoir, Larrey, Malgaigne. Sa thèse d'agrégation: « Quelles sont les différentes méthodes de fraitement des plaies, quels sont les différents modes de consolidalion », est courte, mais d'une extrême précision. I] semble que dans ce travail il ait eu la prescience de la notion d'infection. N'écrit-il pas, en parlant de l'évolution des pertes de substance traumatiques: « L'influence de l'air est encore plus marquée à l'armée où les soldats ont quelquefois à peine le toit d'une grange ou d'un hangar pour s'abriter et où les blessures les plus graves guérissent avec une merveilleuse rapidité, alors qu'à l'Hôtel-Dieu de Paris, les plus petites plaies entraînent souvent une terminaison fatale ». Ce qu'il n'ajoutait pas, c'est que les faits qu'il mettait en évidence étaient déjà le résultat de sa pratique. FExtrêmement soigné de sa personne, méticuleusement propre, Sédillot ne touchait jamais une plaie opératoire avec ses mains; il opérait à bout de pinces, et faisait de l’asepsie sans le savoir.

Ce fut là le secret de sa constante réussite, et des succès brillants qu'il eut plus tard à Strasbourg, en même temps que Bæckel et Kæberlé, tandis qu'à Paris, la mortalité opératoire des chirurgiens anatomo-pathologistes, contemporains et élèves de Dupuytren, qui sortaient de l'amphithéâtre d'autopsie pour rentrer dans leur salle d'opération, restait effroyable.

À ce concours de 1835 avaient été nommés deux candidats issus comme lui du Val-de-Grâce, Larrey et Malgaigne. Il entretint avec le premier des relations amicales qui durèrent toute sa vie.

Nous avons retrouvé dans le vieil hôpital d'instruction militaire une partie de la correspondance qui s'échangea pendant quarante

Fig. 70. — Ch. SÉDILLOT en 1872

au moment de son entrée à l’Académie des Sciences.

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ans entre ces deux hommes, cependant si dissemblables à bien des points de vue. Ces lettres constituent (fonds Juliette Dodu) un document historique précieux. Il semble, en revanche, que Sédillot, fidèle à ses amitiés et tenace dans ses rancunes, n'ait pas eu avec Malgaigne (1) des rapports spécialement amicaux.

Il est difficile de savoir ce qui se passa entre eux, mais toujours est-il que dans les notes inédites que nous avons eu à notre disposition, dans son journal de Campagne en Pologne, où Malgaigne dirigeait une ambulance voisine de la sienne, il ne fait jamais allusion à son camarade, ni en bien, ni en mal; ce qui est plus pénible il l'ignore. Plus tard leurs discussions d'ordre scientifique ne gardèrent pas toujours le calme qui convient aux débats académiques.

Agrégé à 31 ans, professeur au Val-de-Grâce, il y a tout lieu de croire qu'à l'exemple de son concurrent à l'agrégation, Sédillot ait songé à quitter l'armée. En Mars 1856, il pose sa candidature à la chaire de clinique laissée vacante par la mort de Dupuytren.

Dans sa thèse sur les Æmpulalions dans la contiguilé où la continuité des membres, il déclarait sans ambage que lorsque l'on devait sacrifier la partie supérieure du pied, il valait mieux recourir à l'amputation des cinq métatarsiens sur une même ligne et dans leur longueur, que de pratiquer la désarticulation tarso-métatarsienne, et qu'il ne pouvait partager l'opinion de Lisfranc qui pensait que l'action de la scie, ébranlant les articulations voisines, devrait faire rejeter une semblable opération et lui faire préférer celle qu'il avait décrite. Au point de vue technique, Sédillot avait peut-être raison, mais il commettait une lourde faute tactique. Lisfranc, dont il critiquait amèrement le procédé, était membre du jury, ce qui constituait sur le candidat une grosse supériorité. Il ne fut pas nommé. Nous dirons simplement avec le recul des années que Sédillot n'échoua au concours, que parce qu'il n'avait

(1) Malgaigne, chirurgien humaniste, et d'autre part très grand chirurgien, paraît avoir eu un bien mauvais caractère. C'est à ce concours de 1835, qu’appelé à argumenter la thèse d’un de ses concurrents, il concluait en disant : Il y a, Monsieur, dans votre travail, des choses qui sont bonnes et qui sont nouvelles; mais les choses qui sont bonnes ne sont pas nouvelles, et celles qui sont nouvelles ne sont pas bonnes...

que quelques mois d'agrégation et que Sanson, qui était son aîné de quinze ans, fit de brillantes épreuves.

Il y a, à la suite de ce concours malheureux, quelques mois de fléchissement dans l'activité chirurgicale du jeune professeur du Val-de-Grâce. La vieille et glorieuse maison de la rue Saint- Jacques est toute entière intoxiquée par l'enseignement de Broussais et de Gama que ne peut admettre son cerveau épris des réalités objectives. Il demande à partir à l'armée d'Afrique, et l'année 1831 le retrouve devant Constantine où il dirige une ambulance voisine de celle de Baudens.

Ces deux chirurgiens militaires ont laissé l’un et l'autre de cette expédition un récit vivant et plein d'intérêt qui constitue un document précieux pour l'étude de l'histoire des guerres d'Afrique. Dans ces notes, après avoir rendu à diverses reprises hommage aux travaux de Maillot () qui en préconisant l'emploi du sulfate de quinine, a permis la conquête de l'Algérie, il adjure ses camarades de l'armée de ne pas fonder leur autorité seulement sur leur rang, mais aussi sur les connaissances acquises, la sûreté du diagnostic et l'habileté de l'exécution qui permettent à un chef de simposer à ceux qui doivent le seconder.

Sédillot avait trente-trois ans, il était au début de sa carrière quand il écrivait que les officiers du service de santé devaient rester disciplinés, certes, mais demeurer plus soumis aux idées scientifiques, quà une hiérarchie stricte. Cette belle indépendance d'esprit ne lui amena pas que des amis, et à son retour d'Afrique il fut assez fraîchement reçu au Val-de-Grâce, si nous nousrapportons au contenu d'une lettre qu'il adressa alors à son ami Hippolyte Larrey, le confident des jours gris et des jours clairs, où il précise son état d'âme et les discussions qu'il eut avec le médecinmajor Judas, qui comprenait mal qu’un chirurgien put s'occuper d'autre chose que de chirurgie. Quoiqu'il en soit, rentré au Valde-Grâce en 1838, il se remet au travail. En Janvier 1839, il épouse

(1) Maillot - né à Briey en 1804, mort à Paris en 1894 - Fait ses études à Metz, entre à l'Hôpital d'instruction de cette ville quatre ans avant Sédillot - Sert en Algérie en 1834, ou il utilise le sulfate de quinine - Professeur au Val-de-Grâce en 1850. L'hôpital militaire du Dey à Alger porte son nom.

Mademoiselle Pelletier, la fille du chimiste qui s'est illustré par la découverte du sulfate de quinine et dont la statue, associée à celle de Caventou, son collaborateur, perpétue la mémoire, en un groupe très académique, tout en haut du boulevard Saint-Michel.

Si l'on sen rapporte au pastel que j'ai vu chez son petit-fils, Mademoiselle Pelletier était idéalement belle.

Trois fils naquirent de cette union, qui servirent dans les armées de France; le troisième, après avoir été un soldat valeu. reux, devint receveur des Finances; c'est chez lui que mourut

en 1883, Charles Sédillot.

Je ne crois pas que le ménage du maître de Strasbourg fut absolument sans nuages. Madame Sédillot était belle. Elle aimait ce qu'on est convenu d'appeler le monde et ses joies légères. Le chirurgien avait au cœur l'amour du travail, et des satisfactions sans mélange et sans lendemains amers que donnent les études scientifiques. Il travaillait sans relâche et sans arrêt, et ne sut toujours cantonner son bonheur, aux cendres de son foyer.

À la mort de Richerand, il s'était présenté en 1839 à la chaire de médecine opératoire et avait échoué.

Deux années plus tard, Bégin quitte Strasbourg, pour prendre la succession de Gama comme directeur du Val-de-Grâce. Deux chaires sont vacantes, celle de clinique et celle de pathologie externe. Sédillot est nommé en même temps que Rigaud, chirurgien des Hôpitaux de Paris, qui fut plus tard un des membres fondateurs de la Société de Chirurgie. Paris perdait un homme qui aurait été un chef d'Ecole, la médecine militaire le gardait et Strasbourg acquit alors avec lui un maître incontesté. C'est là où il donna le meilleur de lui-même. Professeur de clinique chirurgicale, chirurgien de l'hôpital militaire, en 1841, à 37 ans, en pleine vigueur physique et intellectuelle, sa vie va être intimement liée à celle de la vieille Faculté des marches de l'Est, et son labeur fécond va contribuer au rayonnement intellectuel de cette dernière qui fut considérable dans la période de trente années qui

s'étend de 1840 à 1870.

Un normalien de 26 ans, professeur adjoint à la Faculté des Sciences, devait quelques années plus tard, 1849, y publier un travail dont le titre était le suivant : « Recherches sur les relations qui peuvent exister entre la forme cristalline, la composilion chimique et le sens du pouvoir rolaloire ». Pasteur faisait pour la première fois intervenir dans ses expériences un élément vivant.

Le médecin major Villemin,!! détaché du 7‘régiment d'artillerie en garnison à Strasbourg, comme répétiteur du Service de Santé, publiait à la même époque un court mémoire de 94 pages intitulé: « Du lubercule au point de due de son siège, de son évolution el de sa nalure ». La découverte de la contagiosité et de l'inoculabilité de la tuberculose était toute entière contenue dans ce travail.

Malgré ses titres précis, Sédillot n'arrivait pas dans cette vieille Faculté dans une ambiance qui lui fut entièrement sympathique. L'agrégé de Paris, transplanté dans un milieu fermement régionaliste, ne vit pas s'ouvrir devant lui que des portes amies. I] sut s'imposer par sa valeur. Il était du reste conscient de cette dernière, et puis il avait fait la guerre, la Pologne et l'Algérie. Il semble bien que les gens qui ont vu la mort proche d'eux, soient disposés à passer sur bien des contingences qui apparaissent comme redoutables à ceux qui ont borné leur horizon aux arbres de leur jardin.

Il regardait les choses et les gens en face et n'utilisait pas les voies transversales. En présence des difficultés réelles il sut toujours pour le plus grand bien de ses malades et l'honneur de la Faculté, imposer sa ferme volonté. Clinicien brillant, opérateur hors pair, chirurgien propre, aseptique, ses succès furent immédiats et nombreux. D'une indépendance de caractère peu commune, il n'eut pas que des amis; mais n'est-ce pas le propre des novateurs hardis, des amants passionnés de la vérité que de connaître les bienfaits de l'inimitié quelquefois singulièrement plus féconde que l'indifférence ou les tièdes sympathies.

(1) Villemin - Né dans les Vosges à Picy en 1827, mort à Paris en 1892 - Elève puis surveillant à l'hôpital militaire de Strasbourg - Médecin inspecteur en 1885 - Membre de l'Académie de Médecine en 1874 - Cet homme modeste est une des plus belles figures de la médecine - Son buste est au Val-de-Grâce, tout proche de l’encombrante statue de Broussais- Son nom a été donné à un des hôpitaux du Couvernement militaire de Paris.

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